vignette Claudio Corte (vers 1514- 16??) est un écuyer italien de la Renaissance, fondateur de l'équitation académique.
Biographie Les principales informations concernant la vie de Claudio Corte proviennent de ses propres écrits.
Claudio Corte est né à Pavie vers 1514Dans la préface de la première édition de son ouvrage Il cavallerizo di Claudio Corte di Pavia, paru en 1562, il écrit être âgé de 48 ans.. Son père, Giovanmaria della Girola, était d'une famille de petite noblesse originaire de Padoue. Il servit Ludovic le More et Bartolomeo d'Aviano, et fut l'écuyer successivement d'Isabelle d'Aragon et de Prospero Colonna avec qui il participa à la bataille de Bicocca en 1522. Giovanmaria était un displine et neveu de l'écuyer Evangelista Corte à qui Claudio Corte attribue la paternité d'une sorte de martingale appelée camarra et d'une façon particulière de tresser la queue des chevaux.
Du côté de sa mère, il est originaire de Mantoue. Pour cette raison et, de son propre aveu, il porta une grande estime aux chevaux de l'élevage des ducs de Mantoue. Il travaille d'abord au service d'Isabelle d'Aragon. À sa mort en 1524, il devient page de Vespasiano Colonna, duc de Trasetto et comte de Fondi. Plus tard, en 1556-1557, pendant la guerre entre Philippe II d'Espagne et Paul IV, il est écuyer de Bonifacio Caetani, avant d'entrer au service du cardinal Alexandre Farnèse à qui il dédicacera la première édition de Il cavallerizo. La période exacte pendant laquelle il resta au service de celui-ci n'est pas connue avec précision. Il semblerait, compte-tenu de ce qu'il écrit dans la préface de son ouvrage, que ce fut pendant une courte période, juste avant le séjour du cardinal en France de à . Il dit lui-même qu'il ne fit pas le voyage par delà les Alpes.
Ensuite, peut-être grâce à la notoriété internationale que son ouvrage lui permit d'acquérir, Claudio Corte fut invité en Angleterre par Robert Dudley, comte de Lancaster, qui était l'un des favoris de la reine Élisabeth et son maître d'équitation. L'ouvrage de Corte avait été traduit en anglais par Thomas Bedingfield et publié en 1584 à Londres par H. Denham sous le titre, The art of Riding. Il devient écuyer de la reine et du comte de Lancaster. Il quitta l'Angleterre plusieurs années plus tard. Il se rendit probablement directement en France où une nouvelle édition de son livre fut publiée en 1573 chez Marsili à Lyon, dédiée à Charles IX. Dans cette dédicace, il précise qu'il a servi le père du roi, Henri II, lorsque celui-ci se battit le long du Rhin, probablement lors du "voyage d'Allemagne" de 1552, et qu'il demeura à Paris pendant sept années à partir de 1563 ou 1564.
Comme il le précise dans ses écrits, il ne fut pas, du moins jusqu'en 1562, l'écuyer d'un roi ou d'un empereur, et n'a jamais monté de chevaux vraiment célèbres. Il n'a jamais participé à des tournois ou à des combats chevaleresques. A ses détracteurs, il réfute qu'il a toujours servi des nobles importants, comme le Cardinal Farnèse, et qu'un bon théoricien n'a pas besoin de verser dans la pratique.
Il avait l'intention d'écrire un autre ouvrage sur les infirmités pouvant arriver au cheval, leurs origines et leur traitement. Soit il ne l'a pas écrit, soit cet ouvrage ne nous est pas parvenu.
Il cavallerizo Son ouvrage, dont le titre complet est Il cavallerizo di Claudio Corte di Pavia, parait en 1562 à Venise chez Giordano Ziletti. Une deuxième édition sort du même éditeur en 1573, en même temps que l'édition française.
Il est divisé en trois livres. Le premier livre traite de la nature du cheval, des robes, de la reproduction, de la sélection, des soins et de l'élevage; le second livre des poulains, des embouchures, des différents airs de manège et de leur enseignement. Le troisième livre consiste en une série de trois dialogues entre l'auteur et son élève Prospero sur la personnalité du cavalier. Cette technique théâtrale est relativement fréquente dans les manuscrits hippiques italiens de la fin du . Il explique qu'il n'aborde pas les sujets concernant la ferrure et le traitement des maladies, ceux-ci étant du ressort du maréchal-ferrant et du forgeron. Son intention est d'écrire sur tout ce qui concerne les chevaux et le bon cavalier.
Contrairement à Federico Grisone et Cesare Fiaschi, Corte n'est pas issu d'une famille de la haute noblesse. Plus que cavalier, il est un intellectuel raffiné avec une remarquable culture littéraire qui apparait dans ses citations et dans les termes littéraires sophistiqués qu'il utilise dans son traité. Contrairement à ceux de ses prédécesseurs, son livre n'est pas uniquement un ouvrage technique, mais un écrit élégant qui dénote une culture étendue et une bonne connaissance du grec et du latin.
Controverses Claudio Corte était parfaitement lucide des conséquences induites par l'apparition des publications imprimées sur l'équitation qui permettait aux traités de Grisone et Fiaschi d'être diffusés plus largement qu'aucun autre manuscrit ne l'avait été jusqu'alors. Il mentionne explicitement ses prédécesseurs, y compris Giovan Battista Ferraro. S'il les remercie d'avoir été les précurseurs dans l'écriture de traités équestres d'un genre nouveau, il souligne aussi clairement l'originalité de son propre travail, poussant ses réflexions jusqu'à la controverse. Sa cible principale est Federico Grisone avec qui il est en désaccord sur plusieurs points, critiquant notamment ses méthodes brutales. Il décrit pour exemple sa manière pour faire céder un cheval rétif, suggérant qu'il soit corrigé par un homme à pied munis de badines qui cesse toute action dès que l'animal avance, dénigrant implicitement l'efficacité les moyens barbares recommandés par Grisone dont il énumère la liste.
Il est plus indulgent avec Fiaschi même s'il ne partage pas son intérêt pour la ferrure, sujet qu'il considère trop commun pour être traité par un homme de cheval. Il craint que l'utilisation de la notation musicale pour indiquer le rythme des exercices soit incompréhensible à la majorité des cavaliers. Il fait remarquer que les auteurs classiques et de l'époque médiévale, en faisant toutefois une exception partielle pour Xénophon, n'ont traité que des aspects spécifiques du cheval, focalisant principalement leurs travaux sur les soins et la race des chevaux. Il considère qu'il se distingue totalement de cette tradition et qu'il a publié des travaux plus complets et plus documentés qui couvrent tous les aspects de la culture équestre dont un cavalier a besoin.
Claudio Corte prétend que le cheval a une double nature où coexistent à la fois les caractéristiques d'un animal domestiques et celles d'un animal sauvage. Pour tirer le meilleur parti de cette complexité, son dresseur doit user de raison et de patience. Par dessus tout, l'équitation est bénéfique au corps, génère une humeur joyeuse et bannit la mélancolie. Les chevaux sont aussi très utiles aux états car ils fournissent une formidable arme de guerre aux armées qui fait de la cavalerie la plus noble des troupes. Le cheval élève l'homme dans la bataille, compense ses faiblesses physiques et l'exalte dans les tournois et les joutes. C'est pourquoi il est le complément indispensable à tout gentilhomme qui sera jugé par ses congénères sur sa façon de monter et de gérer sa monture.
Selon Corte, les spectacles avec des chevaux sont les plus beaux car même l'homme le plus fruste et le plus vulgaire a plaisir à voir ces animaux exécuter les exercices d'école. La docilité, l'obéissance, l'intelligence, l'amour et la mémoire sont les qualités qui rapprochent le cheval de l'humain. D'après lui, c'est de cette ressemblance qu'est né le mythe du Centaure dont le haut du corps a l'apparence d'un homme, ce qui induit que l'intelligence humaine domine le physique incontrôlable de l'animal.
Il prétend que le cheval a un tempérament chaud et qu'il "est très apte au coït et très enclin à l'amour", et que, comme l'homme, il rêve quand il dort, affirmation qui a été confirmée par des études éthologiques modernes. Sa description passionnée atteint un niveau poétique inattendu quand, en écho à un passage de Xénophon, il dit qu'au printemps, comme les femmes charmantes, les juments se vantent de la beauté de leur crinière et de leur queue, et pour cette raison, elles refusent de s'accoupler avec les ânes, imposant aux hommes de cheval d'imaginer des stratagèmes s'ils veulent produire des mules.
La couleur des robes et la théorie des humeurs Claudio Corte décrit en détail la pseudo-théorie selon laquelle le couleur de la robe révèle le caractère de l'individu. Cette croyance s'appuie sur la théorie des humeurs qui fut développée par Hippocrate et Galien. Il partagea la croyance en cette doctrine avec la plupart de ses confrères de la Renaissance et avec les auteurs des deux siècles qui suivirent, mais lui seul fournit autant d'explications sur ce sujet. Cette théorie était la première qui était avancée pour expliquer la cause des maladies, remplaçant les croyances religieuses et la magie. Selon Corte, la chaleur naturelle gouverne l'assimilation des humeurs dans le corps de l'animal. Ce process engendre des "vapeurs de suie" qui sont poussées vers le haut par la force de cette même chaleur et qui exercent une pression pour sortir du corps. L'écoulement se fait par les pores et par la peau, là où cela lui est le plus facile. Quand ces vapeurs entrent en contact avec l'air, elles s'épaississent, formant des crins et des poils plus ou moins gros ou fins en fonction de l'intensité de la chaleur qui les a expulsés. Ils prennent ensuite une couleur différente selon l'humeur d'où provenait la vapeur qui les a généré. De la même façon, les crins sont raides ou bouclés selon que le passage que les "vapeurs de suie" ont emprunté était sec ou humide, droit ou en courbe. Pour cette raison, Corte affirme que la qualité de la robe donne une bonne indication du tempérament des chevaux, "de leur plus grande chaleur ou froideur, de leur sécheresse et de leur moiteur. Ainsi, la couleur et la qualité de leur crinière provient des quatre humeurs (sang, colère, mélancolie et passivité) et des qualités correspondantes (chaleur, froideur, sécheresse et moiteur)".
Chacune de ces humeurs et de ces qualités génère une couleur de robe différente; le sang génère les robes baies, la colère produit les robes alezanes, la mélancolie donne les robes noires et la passivité les robes grises. Ces qualités ne sont presque jamais parfaites mais se combinent les unes avec les autres. Corte rejoint l'opinion générale de l'époque qui avait une préférence pour les bais, les gris pommelés et les alezans brûlés. Les rouans étaient aussi appréciés car ils combinent les qualités des quatre principales robes. Il a peu de considération pour les chevaux noirs bien qu'il admette qu'il en existe de bons spécimens. Enfin, il est sceptique sur la signification des balzanes. N'ayant pas réussi à trouver d'explications convaincantes, il se réfère à l'autorité des anciens selon laquelle une jambe avec des balzanes serait plus lente et plus faible. Sur ce point, il émet toutefois quelques réserves, concluant que son expérience lui avait prouvé la non-pertinence des interprétations des balzanes et autres marques extérieures.
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