Le fort du Grand Saint-Antoine est un ouvrage fortifié situé à Toulon, dans le Var, sur le versant occidental du mont Faron. Implanté à environ 150 mètres d'altitude, il domine la vallée du Las, également appelée vallée ou gorge de Dardennes.

Construit entre 1843 et 1845 dans le cadre du renforcement de la défense terrestre de Toulon, le fort constitue un élément important du dispositif destiné à empêcher un adversaire de contourner le mont Faron par l'ouest et de prendre à revers les défenses de la ville.

Le site possède toutefois une histoire militaire plus ancienne. Dès le XVIIIe siècle, plusieurs projets de fortification sont élaborés afin de contrôler la gorge de Saint-Antoine, notamment après le siège de Toulon de 1707. Un premier projet de fort permanent est établi en 1764, mais les travaux restent limités à des terrassements. Le fort actuel reprend cet emplacement au XIXe siècle.

Transformé en batterie de défense contre les aéronefs dans les années 1930, le fort est occupé successivement par les forces allemandes et italiennes pendant la Seconde Guerre mondiale. Il se trouve dans le secteur des combats de la Libération de Toulon en 1944. Après la guerre, il perd progressivement sa fonction militaire et sert notamment au stockage d'archives de la Marine.

Le fort, ses fossés et ses glacis sont inscrits au titre des monuments historiques depuis le 27 février 2014.

Situation et rôle stratégique

Le fort est implanté sur un replat du contrefort occidental du mont Faron, à environ 150 mètres d'altitude. Il domine la vallée du Las et la gorge de Dardennes, passage naturel permettant de contourner le massif du Faron par l'ouest.

Cette position lui confère une importance stratégique dans la défense terrestre de Toulon. Les événements militaires du début du XVIIIe siècle mettent notamment en évidence la vulnérabilité des accès occidentaux de la place forte.

Le secteur du Grand Saint-Antoine doit notamment empêcher une force ennemie venant de l'ouest ou du nord-ouest de franchir la vallée de Dardennes et de contourner le Faron. Le fort s'intègre ainsi dans le réseau de positions établies sur les hauteurs occidentales de Toulon, avec notamment le fort des Pomets, la tour de l'Hubac et la tour Beaumont.

Les origines du site

Le siège de Toulon de 1707

L'intérêt militaire du secteur de Saint-Antoine apparaît lors de la guerre de Succession d'Espagne.

En 1707, une armée austro-savoyarde commandée notamment par Eugène de Savoie entreprend le siège de Toulon. Les forces alliées cherchent à contourner les défenses françaises en progressant depuis le nord par Le Revest et Dardennes.

La gorge de Saint-Antoine constitue alors l'un des passages permettant de déboucher à l'ouest de Toulon et de menacer les positions françaises établies sur le Faron. Le secteur est défendu par une ligne française commandée par M. de Barville et comprenant environ 3 000 hommes.

Les forces alliées ne parviennent finalement pas à réaliser cette manœuvre et se replient vers leurs positions initiales. Le siège échoue, mais les opérations mettent en évidence l'intérêt stratégique des passages situés à l'ouest du Faron.

Les fortifications du XVIIIe siècle

À la suite du siège, plusieurs positions sont renforcées sur le Faron. En 1746, une nouvelle menace austro-savoyarde entraîne notamment la réalisation du fort des Pomets ainsi que l'aménagement de plusieurs retranchements sur les pentes occidentales du massif.

Le secteur de Saint-Antoine fait ensuite l'objet de projets de fortification permanente.

Dans le cadre du programme de défense de Toulon établi dans les années 1760 sous la direction de Nicolas Milet de Monville, un projet de redoute destinée à accueillir environ 500 hommes est prévu au Grand Saint-Antoine en 1764. Le projet est repris et détaillé en 1768.

L'ouvrage envisagé présente un plan pentagonal irrégulier entouré d'un fossé. Un petit bastion doit protéger le front d'entrée et plusieurs locaux sont prévus pour le logement des troupes et le stockage du matériel. Une batterie séparée doit également être installée en contrebas.

Le projet n'est cependant pas réalisé dans son ensemble. Les documents de la fin du XVIIIe siècle montrent principalement des terrassements et des fossés préparatoires. Une petite redoute située plus bas, connue par la suite sous le nom de Petit Saint-Antoine, complète le dispositif.

Le projet du Grand Saint-Antoine apparaît encore sur des plans militaires réalisés pendant la Révolution française. Les terrassements existants peuvent alors être intégrés à des dispositifs de campagne, sans que le fort permanent projeté au XVIIIe siècle ne soit achevé.

Le projet de 1810

En 1810, dans le cadre d'un programme de remise en état des défenses du mont Faron, l'officier du génie Duhamel de Querlonde reprend le projet du fort Saint-Antoine.

La construction d'un fort permanent est toutefois différée. Un retranchement en pierre sèche est établi autour de l'emplacement destiné au futur ouvrage. Les documents de cette période représentent également des installations destinées aux besoins du chantier.

Ces aménagements se dégradent progressivement au cours des décennies suivantes.

Au moment où les ingénieurs reprennent le projet dans les années 1840, les anciennes installations sont décrites comme ruinées. Les documents militaires désignent alors le site sous les appellations de « fort du Grand Saint-Antoine » ou « fort Rouge ».

Construction du fort actuel

Le programme de 1836

La construction du fort actuel s'inscrit dans un vaste programme de modernisation des défenses de Toulon.

Le principe d'un nouveau fort au Grand Saint-Antoine est arrêté par le Comité des fortifications le 29 novembre 1836. Un crédit de 400 000 francs est prévu pour le Grand Saint-Antoine et de 150 000 francs pour la redoute du Petit Saint-Antoine.

Le nouvel ouvrage doit permettre d'éloigner les positions ennemies des abords de Toulon et de renforcer la défense occidentale de la place.

Avec le fort des Pomets, il doit contribuer à repousser la ligne d'investissement ennemie au-delà du massif du Faron. En cas de perte du fort des Pomets, le Grand Saint-Antoine doit également pouvoir servir de position de défense en arrière du dispositif occidental de Toulon.

Les projets de 1841 et 1842

Un premier projet détaillé est établi en 1841. Il modifie sensiblement les projets du XVIIIe siècle.

Les ingénieurs adaptent notamment la disposition des fronts et renforcent les capacités de flanquement des bastions. Les ouvrages situés sur le front occidental sont placés à des niveaux permettant de mieux les protéger contre les tirs ennemis.

Le projet prévoit une caserne intégrée à l'enceinte ainsi qu'une batterie d'artillerie installée sur une importante masse de terre formant cavalier.

En 1842, deux variantes sont étudiées. Le projet finalement retenu donne au fort son organisation générale actuelle : une enceinte pentagonale bastionnée, une batterie haute portée par un cavalier central et des locaux casematés destinés notamment au logement de la garnison et au stockage.

La porte principale est installée sur le front méridional, tourné vers la ville.

Achèvement

La construction est réalisée principalement entre 1843 et 1845. Le projet est précisé au cours de cette période sous la direction des ingénieurs militaires du génie, avec notamment l'intervention de Dautheville et du capitaine Noël.

Une partie des matériaux employés provient du creusement des fossés et des terrassements réalisés sur le site.

Le projet de retranchement destiné à relier le fort au Bau de Midi est finalement ajourné afin de concentrer les travaux sur l'achèvement de l'ouvrage.

Le fort est achevé en 1845.

Architecture

Le fort présente une enceinte pentagonale renforcée par cinq bastions. L'ouvrage s'étend sur environ 90 mètres de largeur et 72 mètres de profondeur. Il est entouré d'un fossé dont la contrescarpe est revêtue de maçonnerie.

Sa conception repose sur une séparation entre les positions destinées à l'artillerie et celles consacrées à la défense rapprochée. Les fronts occidental et septentrional accueillent principalement les batteries, tandis que les secteurs oriental et méridional sont davantage aménagés pour les tirs d'infanterie.

Le front occidental constitue le principal front tourné vers l'extérieur du dispositif. Il comprend trois bastions. Le front oriental, faisant face aux pentes du Faron, comporte deux bastions. Le front méridional accueille l'entrée de l'ouvrage.

Les batteries d'artillerie sont disposées sur plusieurs niveaux. Une batterie basse occupe notamment les bastions tandis qu'une batterie haute est installée sur le cavalier central.

Le cavalier et les casemates

Une importante masse de terre formant cavalier occupe le centre de l'ouvrage. Elle protège les bâtiments installés autour de la cour intérieure et sert de support à la batterie haute.

Les casemates de la caserne sont principalement disposées sous les parties nord et ouest de cet ensemble. Elles sont constituées de locaux voûtés destinés au logement de la garnison.

Le fort comprend également des espaces destinés aux magasins, une citerne pour l'approvisionnement en eau et un magasin à poudre.

La caserne casematée est destinée au logement de la garnison. Les différents locaux sont protégés par les masses de terre du cavalier et par les voûtes maçonnées.

La porte et le pont-levis

L'entrée principale se trouve sur le front méridional. Elle est protégée par un pont-levis de type Poncelet, dont certains éléments du mécanisme sont encore visibles.

Deux corps de garde encadrent l'accès à l'intérieur de l'ouvrage.

Le fossé, la contrescarpe et le glacis participent également à la protection de l'entrée et des fronts exposés.

Armement et transformations au XIXe siècle

Le fort est conçu comme une position d'artillerie destinée à contrôler les approches occidentales de Toulon.

En 1847, puis en 1873, son armement est donné pour douze pièces d'artillerie.

Dans les années 1870, trois traverses-abris sont aménagées sur la batterie haute afin de protéger les servants et le matériel.

La batterie du cavalier est ensuite réorganisée en 1893.

Ces modifications accompagnent l'évolution des techniques d'artillerie et des systèmes de fortification au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.

La défense contre les aéronefs

Au début du XXe siècle, la fonction du fort évolue avec l'apparition de la menace aérienne.

En 1933, l'armement du fort est entièrement renouvelé afin d'y installer une batterie de défense contre les aéronefs (DCA). Quatre canons de 90 mm modèle 1926-1930 de la Marine sont installés sur la batterie haute.

La batterie dispose également d'un télémètre, d'un télépointeur et d'un poste de calcul contre avions (PCCA) modèle 1930. Ces équipements permettent de déterminer les paramètres nécessaires au tir contre les aéronefs.

Le fort devient alors une position spécialisée dans la défense antiaérienne de Toulon.

Des aménagements supplémentaires sont réalisés pour le personnel de la batterie, notamment des logements, un garage et un lavoir. Une plate-forme en béton accueille le matériel associé au calcul de tir.

Seconde Guerre mondiale

L'occupation allemande et italienne

En 1942, le fort est remis à la Marine et constitue la batterie no 14 du dispositif de défense antiaérienne de Toulon.

Après le sabordage de la flotte française à Toulon le 27 novembre 1942, les forces allemandes prennent le contrôle des positions militaires de Toulon. Le fort du Grand Saint-Antoine est alors occupé par les Allemands avant d'être confié à une garnison italienne, qui reste sur place jusqu'en septembre 1943.

Les Italiens retirent les canons antiaériens de 90 mm installés en 1933. Ils les remplacent par quatre canons de 75 mm modèle 1924 provenant du cuirassé Provence, sabordé dans la rade de Toulon en novembre 1942.

La Libération de Toulon