La Branche 215, ou Brigade des raids, surnommée en Syrie « branche de la mort »..., est un centre de détention et de torture qui dépend des services de renseignements militaires syriens, située dans le quartier de Kafr Sousseh à Damas. La prison est connue pour ses témoignages d'anciens détenus, rescapés, qui évoquent leurs conditions de détention atroces, un recours à la torture systématique et généralisé, les viols et violences sexuelles faisant partie des actes de torture, ainsi qu'un nombre important de décès survenus en détention, dont identifiés sur les clichés du photographe légiste César.. Pendant le début de la guerre civile syrienne, la prison enferme environ , dont des prisonniers politiques, qui arrivent d'autres centres de détention en Syrie.
Tous les prisonniers sont libérés le lors de la prise de la prison par les rebelles après leur entrée dans Damas.
Histoire et organisation L'immeuble, situé rue du (rue « Al Tawjih Al Siyasi »), au centre ville de la capitale., derrière l'hôtel Carlton, il comporte sept ou huit étages et des sous-sols, c'est un ancien bâtiment d'une société d'électricité.
La branche est dirigée par le général de brigade Hassan Daboul. Au début de la révolution, cette branche était chargée de réprimer les manifestations, notamment à Daraa. Jusqu'au milieu de 2012, il était responsable des descentes dans les maisons, surtout à l'aube. À ce moment-là, 201 agents ont été transférés à la brigade du maintien de l'ordre à Harasta en raison de « problèmes de confiance ». La branche 215 est ensuite dirigée par le brigadier général Sha'afiq Masa (ou Shafiq Massa).., et Ahmed al-Ali est le directeur du quartier des femmes de la branche 215. Selon l'association syrienne Pro-Justice, ces trois dirigeants sont responsables d'actes de torture, et la Branche 215 est l'une des 20 branches des renseignements militaires en Syrie où des crimes contre l'humanité ont été commis.
Sha’afiq Masa est placé sous sanctions européennes pour la torture d'opposants détenus et pour la répression contre des civils..
En 2017, des plaintes sont déposées en Allemagne par des survivants de la torture contre les responsables de trois centres de détention : la branche 215, la branche 227 et la branche 235...
Les agents de sécurité sont assez peu nombreux dans le sous-sol de la prison même, à l'exception d'un petit bureau d'officier. Il y a six toilettes pour , qui doivent parfois attendre deux à trois jours pour s'y rendre. Toutes les tâches dans les cellules sont confiées aux « shawishia » (sergent, en arabe), des détenus de droit commun incarcérés depuis plusieurs années, et aux travailleurs forcés « soukhra » (détenus depuis plus d'un an) qui sont responsables de l'hygiène, de la distribution de nourriture, et de remonter les cadavres des détenus morts, généralement sous la torture, six étages plus haut...
Les détenus viennent d'autres centres de détention à travers tout le pays. L'âge moyen des détenus en 2012 et 2013 est de , beaucoup sont étudiants. La prison abrite des détenus politiques, dont le défenseur des droits humains Mazen Darwish... Les prisonniers sont généralement victimes de disparitions forcées et les informations parviennent aux familles via d'anciens détenus, les autorités niant leur détention ou donnant des informations contradictoires..
Conditions de détention Les détenus sont entassés dans des cellules, entre dans une cellule de . Il peut y avoir plus de dans une seule cellule, tandis que les femmes sont beaucoup moins nombreuses, selon une ancienne détenue.. Les derniers détenus arrivés doivent dormir en position assise ou accroupie. Les prisonniers manquent d'eau, de nourriture et de soin, d'accès à l'hygiène. Ils sont déshabillés à leur arrivée, puis régulièrement battus et torturés..
La nourriture avariée, les conditions d'hygiène et le manque de soin et de médicaments entraînent des épidémies de dysenteries qui tuent de nombreux détenus.
Violence sexuelle Les femmes, les hommes, et les mineurs détenus dans la branche sont victimes d'humiliation, de fouilles corporelles douloureuses et parfois de violences sexuelles pouvant entraîner la mort. La pratique du viol est courante.Manon Loizeau, Syrie, le cri étouffé, 2017..
Les viols se pratiquent régulièrement devant d'autres détenus, afin de les terroriser ou de faire avouer des crimes qu'ils n'ont pas commis. Il arrive que des détenus soient forcés à commettre des viols sur des codétenus..
Torture La torture est systématique et quotidienne, les décès sous la torture fréquents. En 2015, la commission internationale d’enquête sur les droits de l’homme en Syrie établie par le conseil des droits de l’homme des Nations unies établit que le recours à la torture était généralisé et systématique dans les locaux de différentes sections, dont la branche 215, et que « le gouvernement portait la responsabilité de la mort d’un nombre colossal de détenus »......
La torture psychologique est également évoquée par d'anciens détenus, forcés d'assister à des séances de torture.
Décès de détenus L'accès à des soins est régulièrement refusé, les détenus se voyant répondre par les gardes de rappeler quand le malade serait mort.. D'anciens détenus estiment le nombre de décès à plusieurs milliers.. L'information est compliquée, voire impossible à obtenir pour les proches, y compris les dates et circonstances du décès, et les corps ne sont pas rendus aux familles.
En , le Centre de documentation des violations rédige un rapport sur la branche 215, basé sur de nombreux témoignages d'anciens détenus, sur le témoignage d'un des officiers ayant fait défection et un médecin spécialiste, pour vérifier le nombre alarmant, de centaines ou de milliers de cas de décès survenus dans la branche.
La commission des Nations unies sur les Droits Humains estime que la Branche 215 est parmi les plus mortifères de Syrie..
Plus de la moitié des détenus morts en détention qui figurent parmi les photographies du Rapport césar proviennent de cette branche : 3 532 corps de détenus, décédés dans la branche 215, ont été photographiés par l'équipe de photographes légistes dont César a exfiltré les clichés.
Anciens détenus notables
Bassel Khartabil, informaticien et militant, exécuté Mazen Darwish, avocat, réfugié en Allemagne Omar Alshogre, étudiant, réfugié en Suède Amina Khoulani, militante pacifiste, réfugiée au Royaume-Uni Rehab Allawi, étudiante, morte sous la torture Hasna al-Hariri, réfugiée en Jordanie
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Lieux de détention en Syrie
Autres prisons syriennes notables Prison d'Adra Prison de Palmyre Prison de Mezzeh Aéroport militaire de Mezzeh Prison de Saidnaya Branche Palestine Branche 251, dite branche al-Khatib
Services de renseignement syriens Services de renseignement syriens Idarat al-Amn al-Amm, Direction générale de la Sécurité Idarat al-Amn al-Siyasi, Direction de la sécurité politique Shu'bat al-Mukhabarat al-'Askariyya, Direction de l'Intelligence militaire Service de renseignement de l'armée de l'air
Liens externes « A Report on Branch 215, Raid Brigade, Military Intelligence Division - Damascus », Centre de documentation des violations en Syrie.
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