Johannes Jacobus (Han) Voskuil (La Haye, – Amsterdam, ) est un ethnologue spécialiste de culture néerlandaise et un écrivain de romans et de nouvelles.

Biographie J.J. Voskuil est le fils aîné de (1895-1975), de son vivant rédacteur en chef de Het Vrije Volk, connu par sa rubrique radiophonique Socialistisch Commentaar à la VARA. J.J. Voskuil porte les prénoms de son grand-père Johannes Jacobus Voskuil, qui était boulanger à Zwolle. Son frère était le juriste (1929-2019).

Après des études de linguistique et de littérature à l’Université d’Amsterdam, Voskuil a travaillé comme traducteur auprès de la CECA à Strasbourg, et ensuite pendant l’année scolaire 1955 /56 comme enseignant dans une école normale dans la ville de Groningue. Revenu à Amsterdam, il a travaillé comme élève-assistant à une édition des œuvres de Pieter Corneliszoon Hooft. En 1957 il rejoint l'Institut voor Dialectologie, Volks- en Naamkunde, l’actuel .

Voskuil était marié avec Lousje Haspers. Tous les deux étaient des défenseurs des animaux. En 1997 Voskuil a fondé une organisation pour le bien-être animal, la , s’intéressant à la condition des porcs d’élevage, avec le soutien, entre autres, de l’écrivain . Beaucoup d’éléments de sa vie personnelle et de son couple, comme ne pas vouloir posséder d’auto, avoir des chats, résider sur le Lijnbaansgracht n° 84-hs (1956-1969) et Herengracht n° 60 (1969-2008) à Amsterdam et leurs randonnées de vacances en Auvergne, figurent dans ses livres.

Après une longue maladie, Voskuil a choisi d’être euthanasié. Il est décédé à son domicile le . Le il a été enterré au cimetière à La Haye.

Œuvre Bij nader inzien Origine et accueil Les débuts littéraires de Voskuil se sont faits avec le roman autobiographique Bij nader inzien dont ses années d’études en constituent le sujet principal. Il a eu beaucoup de peine à trouver un éditeur pour l’épais manuscrit – avec 1207 pages, cette œuvre est l’un des romans parmi les plus volumineux de la littérature néerlandaise – mais en 1963 il a finalement été édité en deux tomes par d’Amsterdam.

Le roman a été très mal accueilli par la critique, en partie parce qu’il s’agissait d’un roman à clef. Quelques années plus tard, une grande partie du tirage, malgré la promesse de l’éditeur de ne pas solder l’ouvrage, a fini auprès du bradeur De Slegte. Néanmoins il avait été apprécié par un petit cercle et en 1985 est paru une deuxième édition du livre. Il a fallu attendre 1991 pour que l’oeuvre soit largement connue par les six épisodes de la série télévisée tournée sous la direction de Frans Weisz, scénario : et , qui ont été diffusés par la VPRO. La série est également sortie en 2008 sous forme de DVD. Elle est assez différente du livre, et Voskuil en a été initialement très contrarié. Finalement le tournage lui a convenu, d’après le réalisateur Frans Weisz, bien que Voskuil ait trouvé que le téléfilm n’avait rien à voir avec son livre.

Sommaire Le livre n’a pas de narrateur, il se compose d’une multitude de scènes dans lesquelles divers étudiants faisant leurs « humanités » se rencontrent à Amsterdam, pendant toute leur période universitaire. Dans ce cercle d’étudiants, Paul Dehoes et Maarten Koning sont les plus opposés. Paul est tout entier dans le « contact », il est aux petits soins pour les demandes de ses amis, veut toujours être sûr que ses amis seront toujours d’accord sur les points essentiels, et adopteront la même attitude dans les situations où cela s’avère important. Maarten est plus le flâneur, l’observateur, qui se replie rapidement sur lui-même, se réfugie dans l’ironie et réagit par des boutades qui agacent les autres. Il ne sait pas comment répondre au flot des paroles de Paul, qu'il ne peut réfuter, mais qu'il considère parfois comme rationnelles. Paul invoque le magazine littéraire : l'honnêteté personnelle, c'est ce qui compte avant tout dans la littérature, alors que pour Maarten avec Arthur van Schendel : c’est l'ambiance, les descriptions qui sont essentielles. Paul est celui qui s'expose le plus, il est le plus vulnérable car il propose constamment des projets (dont les autres peuvent facilement constater qu'ils ne se réalisent pas tous) et parce que son intelligence inépuisable pulvérise l’une après l’autre les théories, dont les autres perçoivent qu'elles ne sont pas cohérentes entre elles et avec son comportement. Il est donc le véritable « moteur » qui anime le livre. Les femmes / amies de Marteen et Paul constituent également des personnages opposés.

Au milieu du livre des évènements surviennent : Hans doit se rendre un certain temps à Louvain, Paul doit faire son service, Flap se marie, et David doit passer une année au Surinam. Le monde extérieur brise le cocon de leur vie étudiante. L’énigmatique et silencieuse Henriette fait son apparition, dont la sympathie – ou plus exactement l’approbation – devient une pomme de discorde entre Maarten et Paul.

Dans la dernière partie, tout change : l’accent est moins mis sur le contenu des discussions, mais plus sur le pourquoi des silences de l’un et des discours de l’autre. Leurs pensées sont plus approfondies. Lorsque Maarten dit de lui-même, « Mon esprit manque de talent et de raffinement », ou, comme Paul l’écrit dans une lettre à Maarten, alors qu’il vient d’être nommé professeur : « Tu pourrais parler de mon discours comme un raid vers l’inconnu ». Ce à quoi il ajoute l’explication des silences d’Henriette : lui-même ne peut pas se répéter, elle peut difficilement parler, parce que pour elle, les paroles sont déjà une répétition, notamment des pensées. Cette dernière partie se caractérise plus par son atmosphère. Les protagonistes sont bien conscients que le temps des réflexions théoriques est terminé, et que la vie active est maintenant très proche. Leur amitié constitue maintenant un réel rempart contre le monde extérieur. Malgré leurs différences constantes de comportement et d’opinions, il y a une véritable communication entre Maarten et Paul. C’est l’aspect « ode à l’amitié » de ce livre.

La scène finale : Lors d’une fête de fin d’études chez David où presque tout le monde est assis, Maarten voit Paul (dont la femme n’est pas présente parce qu’elle est enceinte) allongé sur une autre femme. Sans dire un mot à ce sujet, Maarten cherche sa femme Nicolien dans la foule et lui dit qu’ils rentrent chez eux. Quand ils sortent, c’est presque le matin. Un enfant d’une petite classe roule à vélo sur le Keizersgracht avec son instituteur.

Tout comme la scène finale de Het Bureau, cette fin a impressionné Voskuil lui-même. Voskuil a prétendu sans réfléchir que ce livre serait un règlement de comptes avec Paul Dehoes, que « l'amitié se révèle être une illusion ». Cela était peut être vrai pour l'écrivain Voskuil, mais pour le lecteur, qui n'a lui-même aucun lien avec les personnes décrites, le ressenti peut être différent. Ce livre fournit une description extrêmement détaillée et subtile de l’évolution du jeune étudiant vers l’étudiant senior dans les études littéraires. Au fil du livre, les attitudes et les sympathies mutuelles changent constamment. Il y a des enthousiasmes et des désintérêts réciproques. La façon dont chaque personnage s’exprime, ses points de vue et sa façon de penser sont parfaitement représentés : souvent avant qu’il soit indiqué lequel s’exprime, le lecteur pressent qui parle, car les personnages sont construits avec beaucoup de soin.

Binnen de huid Ce livre, écrit entre 1964 et 1968, a été publié à titre posthume en 2009. Voskuil lui-même avait déclaré lors d’interviews qu'il ne pouvait pas publier cette œuvre car lui-même n'était pas en mesure de la relire car elle l'affectait trop. La petite préface de sa femme montre qu'une autre raison était sa peur de blesser les autres, ainsi que la nature intime du livre. Contrairement à Bij nader inzien et Het Bureau, ce livre est écrit à la première personne et les épisodes ne sont pas datés.

Le livre commence après la remise des diplômes de Maarten Koning. Les 100 premières pages concernent principalement la relation entre Maarten et Paul, devenu entretemps enseignant, la complexité de leur amitié, le fait qu'ils soient toujours amis - « J'ai compris que l'amitié est une forme raffinée d'inimitié. L’on se tourne autour jusqu'à ce l’on puisse se frapper. » - Commence alors la partie la plus intime du livre, qui décrit principalement la relation entre Maarten et Rosalie (qui a maintenant une petite fille). Ce n'est pas une relation intellectuelle, il n'est pas question non plus de parenté, ici prédomine principalement l'attraction physique. Il semble que, d'une part Maarten doive prouver sa masculinité et, d'autre part s'inquiète constamment de savoir si c'est bien ou non : « La fidélité est de la lâcheté » ; « Tout désir réprimé est une lâcheté. » Le lecteur se souvient involontairement du commentaire de Flap à Maarten dans Bij nader inzien (dans une boulangerie) : « Vous ne pouvez pas profiter de la vie sans soucis (...) Si des personnes instinctives comme vous commencent à bouger, toute la boulangerie sera réduite en miettes. » Le rôle important que Rosalie joue à ce moment dans sa vie est évident, plus d'une fois dans le livre, cela est indiqué par « elle », même si aucun nom n'est mentionné. Par exemple à la page 370 : « Quand Nicolien est allé à la cuisine, j'ai attrapé sa main », où « sa main » se réfère à Rosalie. Le chaos dans son esprit continue, avec finalement comme conclusion : « Je suis devenu de plus en plus convaincu qu'être seul est le seul vrai mode de vie. Être seul et s'enivrer. » Mais Nicolien et lui restent ensemble à la fin. Le contenu ainsi raconté donne l'impression d'un triangle amoureux classique, mais avec les éléments de Voskuil, de l'humour et des descriptions précises. Grâce à l'utilisation d'un narrateur, l'accent est principalement mis sur les sensations, les sentiments et les pensées de Maarten.

Het Bureau right|vignette|250px|Plaque signalétique au n°84 Lijnbaansgracht

Origine et accueil critique La portée de Bij nader inzien a largement été dépassée par le cycle du roman en sept parties de Voskuil Het Bureau, qui prend pour sujet ses trente années d’emploi administratif auprès du Het Bureau, couvrant la période 1957-1989. Suivant les mentions relatives à la création figurant dans chaque tome, Voskuil a commencé le cycle le et il l’a achevé le . Dans cette œuvre, parue entre 1996 et 2000, quelques personnages de Bij nader inzien réapparaissent, mais la plupart des 5058 pages (4975 si l’on ne compte pas la liste des noms enregistrés à la fin de chaque tome) sont peuplées, en sus de Maarten Koning, l’alter ego de Voskuil, par des personnages nouveaux comme les employés ou les relations de Het Bureau, dans une similitude avec la réalité qui est loin d’être une coïncidence. Qu'ils ne soient pas tous satisfaits de la manière souvent impitoyable dont ils ont été dépeints par Voskuil, a été montré dans un documentaire de la VPRO en 1998 sur l'Institut Meertens dans lequel des collègues de Voskuil s'expriment, mais certains, bien que présents à leur corps défendant, sont finalement fiers de figurer dans le livre et ont publié des listes détaillées sur qui se cachait derrière les personnages du roman.

Contenu Comme dans Bij nader inzien, dans Het Bureau Maarten Koning, alter ego de Voskuil, est le personnage principal. La différence est que dans Het Bureau les pensées et les sentiments de Maarten King sont également décrits, quoique brièvement, voire sommairement.