Les combats du bois de Bourlon de juin 1944 se sont déroulés dans le département du Pas-de-Calais. Lors de la Seconde Guerre mondiale, entre le 9 et le , trois compagnies de FTP (francs tireurs partisans) composées de résistants issus du bassin minier du Pas-de-Calais vont être anéanties dans des combats contre l'armée et la police allemandes à la suite d'un ordre de marche visant à leur faire rejoindre un maquis en cours de création dans les Ardennes. Ce maquis devait avoir pour vocation de bloquer la retraite allemande consécutive du débarquement allié du sur les côtes normandes.
L'embuscade du "bois de Bourlon" de juin 1944 (affaire dite du "maquis des Ardennes") Les origines : le débarquement allié Sur un plan général cet épisode de la seconde guerre mondiale est lié à l'accompagnement du débarquement allié du par la résistance intérieure dans le Nord-Pas-de-Calais.
Sur un plan particulier, il trouve son origine dans deux messages radio reçus de Londres entre le 5 et le , les dates différant selon les sources : «les sirènes ont les cheveux décolorés» ou encore « le canapé est au milieu du salon ». Ce sont des messages d'alerte en vue de préparer la résistance au débarquement. Cependant, un grand flou demeure quant à la signification et à l'origine précises de ces messages.
Kléber Deberles, journaliste à « La voix du Nord », rattache le premier de ces deux messages (« les sirènes ont les cheveux décolorés »), qu'il date du , à l'ordre qui est donné aux hommes de l'O.C.M. (organisation civile et militaire) de se rassembler et de se préparer à rejoindre les marais de Brimeux.
Pour Jean Marie Fossier, ce ce même message émet : « un ordre de regroupement et de marche pour les 2e, 5e et 6e compagnies de FTP (franc tireurs partisans) du bassin minier du Pas-de-Calais. Leur objectif : gagner la zone du maquis des Ardennes afin de renforcer les groupes de combat existants ».
Il en est de même pour Robert Vandenbussche qui écrit : « le , dans la soirée, la BBC lance ce message : La sirène a les cheveux décolorés ». C'est un appel à rassembler les FTP des mines, particulièrement dans le Pas-de-Calais, pour constituer dans les Ardennes un maquis sur les arrières d'une armée allemande qui doit battre en retraite. ».
Sur le site de la commune de Bourlon, un article intitulé « Le monument du maquis » rattache la mise en mouvement des compagnies FTP au deuxième message (« le canapé est au milieu du salon ») et le date du .
La grande majorité des historiens s'accorde toutefois pour admettre qu'un message a bien été envoyé de Londres par le B.C.R.A. (Bureau Central de Renseignement et d'Action), le service de renseignements et d'actions clandestines de la France Libre.
Ainsi, lors d'un débat tenu à l'occasion d'un colloque organisé par la Revue du Nord les 2 et , un des débatteurs, M. Lhermitte, indique en réponse à une question d'un interlocuteur qu'il a « retrouvé trace de l'ordre qui a été donné aux FTP de partir au maquis des Ardennes », et que cet ordre « provenait de Bergeon qui était l'adjoint de Thiennet »Colloque "La Revue du Nord" 2-3 novembre 1974 : "La libération du Nord et du pas de Calais 1944-1947".
Le colonel Bergeon alias Aubert était l’ O.P. (officier politique) régional A des FTP.
De son côté, Alain Nice dans «La guerre des partisans» rappelle que ce même Colonel Lhermitte confirme bien que : "Le , l’État major des Forces françaises de l'intérieur du Pas-de-Calais prescrit aux corps francs de se mettre en état d'alerte, de s'armer et d'occuper leurs emplacements de combat pour aider le débarquement allié... Les corps francs s'arment et rejoignent dans la nuit du 5 au 6 leurs bases de départ dans l'attente des combats et se mettent en embuscade".
Il ajoute, toujours sur les dires du colonel Lhermitte : « [...] Les corps francs reçoivent alors l'ordre d'intensifier les sabotages en attendant les forces alliées. Les FTP agissent différemment, leur état major donne des ordres particuliers à trois compagnies (les 2e, 5e et 6e) ayant pour objectif de gagner la "zone du maquis des Ardennes».
Roger Pannequin alias Commandant Marc est revenu lui aussi sur cette affaire : « Le soir, dans un village du Pas-de Calais, je retrouve Pierrard, Warret et René Lanoy, Ils m'informent de la catastrophe; nos groupes FTP hâtivement rassemblés en unités de marche, encerclés, décimés, disparus. Nous essayons de comprendre...Mais d'où peut venir cet ordre de repli donné à trois unités constituées en vitesse ? Warret, commissaire régional aux effectifs nous raconte qu'à Auchel est sorti d'un bistrot un FTP qui, assis à une table, enrôlait des jeunes et leur fixait des points de ralliement ! ».
Roger Pannequin ajoute : « Lui qui, de nous quatre, devrait être le seul au courant de tous les ordres transmis concernant les unités, n'a rien su et ne comprend pas ».
Cette anecdote a aussi été rapportée par K. Deberles sous une forme quelque peu différente.: « : Jules Warret, commissaire aux effectifs des FTP, informe ses subordonnés d'un ordre de départ. Trois compagnies du bassin minier doivent rallier un maquis[...]».
« ...Apprenant la nouvelle....André Pierrard, le "P" (politique) du parti communiste au sein des FTP, qui vit dans l'illégalité sursaute: "Ce n'est pas possible qu'on donne un tel ordre. Nos hommes seront bien plus utiles ici. Je veux voir cet ordre écrit pour le croire ».
« Jules Warret lui explique que le message lui a été remis par le lieutenant-colonel Aubert. Peu de temps après il lui en apporte la preuve ».
Enfin, pour l'historien Henri Amouroux, ce serait une erreur d'interprétation du message d'alerte de Radio Londres qui serait à l'origine de cette expédition.
À ce jour, les causes ne sont toujours pas clairement établies, et les avis divergent encore entre provocation, incompréhension et consigne individuelle. Les faits : L'anéantissement de trois compagnies FTP Le , 350 hommes environ de la compagnie (Lens, Liévin, Harnes, Hénin, Montigny, Pont-à-Vendin, Vendin-le -Vieil), 5e compagnie (Auchel, Marles, Calonne-Ricouart, Bruay-en-Artois, Gosnay, Allouagne, Annezin) et de la compagnie de FTP (Bully, Grenay, Hersin-Coupigny, Arras, Pas-en-Artois) se mettent en marche. Elles sont sous les ordres des commandants Max (Marcel Cavroix), Tino (Aimé Delebarre) et Arthur (Jean Ratel).
Le premier lieu de rendez-vous officiel est fixé au dans la forêt ou le bois d'Havrincourt situé à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de Cambrai.
K. Deberles précise que chaque commandant en a eu notification,
Compte tenu de la nécessité de ne pas éveiller l'attention des Allemands et de leurs collaborateurs français, les chemins pris par ces quelque 350 hommes furent très divers. Malheureusement, au-delà de cette élémentaire précaution, la diversité des chemins empruntés fut aussi le résultat de l'impréparation de l'opération.
Dès le premier jour 30 hommes de la compagnie qui font une halte dans le cimetière de Fampoux sont arrêtés.
Dans la nuit du 8 au 9 une partie de la compagnie (son arrière-garde sous les ordres du lieutenant Arthur Théo « Bruno »), est accrochée par une patrouille allemande sur la R.N. 319 entre Hénin-Lietard et Drocourt, au lieu-dit « La Parisienne ». Elle est obligée de se replier en direction de Noyelles-Godault et Courrières, il y a au moins 2 hommes tués et 8 arrêtés. Le une multitude d'accrochages a lieu en une dizaine d'endroits (Mont Saint Éloi, Ablain-Saint-Nazaire, Monchy Le Preux, Guemappe, Villers-Les-Cagnicourt, Arsonville et Bernoville, Guise, Fourmies).
Ces nombreux accrochages qui se poursuivront pendant une grande partie du mois de juin finiront par mettre en déroute la totalité de l'opération. Seuls quelques-uns atteindront les Ardennes où certains d'entre eux trouveront la mort au même titre que leurs camarades décimés dans le Pas-de Calais.
Au total, 68 résistants seront fusillés, 86 mourront en déportation et 32 au combat.
L'épisode dit du bois de Bourlon Le plus meurtrier des accrochages aura lieu 3 jours après le départ, dans le bois de Bourlon situé à 6 km à l'est de Cambrai.
Le y sont regroupés en une halte provisoire les survivants de la compagnie (après l'épisode du cimetière de Fampoux), une partie des effectifs de la et la section d'Annezin-les-Béthune.
Citons encore M. K. Deberles : « ...la 5e se dirige vers Bourlon… Où allez vous ? » interroge un cultivateur, -- à Bourlon !» « Méfiez- vous, c'est plein d'Allemands». Le village abrite un contingent qui travaille dans un dépôt à proximité, il y a une batterie de canons anti-aériens. L'arrivée de nombreux jeunes dans les bois a alerté les autorités allemandes.
"…Le lendemain les habitants voient des camions ceinturer le bosquet où sont rassemblés une cinquantaine de résistants. Chacun est à son poste, caché dans des trous derrière des taillis. Les Allemands, à l'aide d'un porte-voix, les somment de se rendre. Personne ne répond".
"Les "feldgendarmes"...tirent à vue puis s'approchent. Le capitaine Coussette d'Annezin donne le signal de la riposte. Des soldats tombent, faute de munitions, le combat cesse".
"C'est le sauve-qui-peut. Des résistants sont mortellement frappés par des rafales en franchissant une clôture. Quelques-uns réussissent à s'échapper. Dix hommes restent sur le terrain".
Dans une note de bas de page, M. K. Deberles ajoute : « Des jeunes du village de Bourlon furent réquisitionnés par les Allemands pour transporter les corps. Le curé, l'abbé Fouquet, voulut célébrer une messe. Il obtint simplement l'autorisation de bénir les tombes. Le maire, M. Henri Darbois, fut convoqué à la mairie où avaient été regroupés les FTP prisonniers ».
Le déroulement des événements de cette journée est aussi, en partie, raconté sur le site internet de la commune de Bourlon dans un article intitulé « le monument du maquis »..
« Bilan de l'attaque : 10 hommes seront tués, 22 seront faits prisonniers, 20 d'entre eux, condamnés à mort par le tribunal d'Arras, seront fusillés le .
Du côté allemand : 1 officier et 22 soldats tués».
"L'opération allemande fut "commandée par la GFP de Lille et d'Arras, avec l'appui d'unités de la Feldgendarmerie et de l'organisation Todt".
L'organisation Todt avait été chargée de former des barrages, alertée par la GFP d'Arras. C'est dans les camions de l'organisation Todt que les prisonniers seront emmenés à la prison Sainte Nicaise d'Arras.
L'historien Laurent Thiery rappelle que cette "opération de police " va donner lieu aux "deux principales affaires jugées en procédure rapide...et aux deux plus importantes exécutions de condamnés à mort dans le ressort de l'O.F.K. 670".
Il ajoute : « Dès le 10 juin 24 de ces jeunes hommes sont condamnés à mort par le tribunal militaire d'Arras. Le jugement directement confirmé le lendemain par Bertram (chef du gouvernement militaire allemand dans le ressort de l'O.F.K. 670) est exécuté le 14 à la citadelle d'Arras. Le 16 juin 20 jeunes FTP arrêtés dans les mêmes conditions sont condamnés à mort par le même tribunal et exécutés deux jours plus tard».
Il y a tout lieu de penser que ces 20 combattants fusillés le étaient ceux faits prisonniers à Bourlon et dans les environs immédiats le .
Dans un autre de ses travaux, L. Thiery confirme : «Simultanément, le tribunal d’Arras condamne à mort, le 11 et le , après deux simulacres de procès, 44 FTPF arrêtés les armes à la main lors de la tentative de constitution d’un maquis dans le Pas-de-Calais. 118 autres arrêtés dans le même secteur sont déportés dans une action "Nacht und Nebel", le , vers la prison de Bayreuth». L'histoire de Marcel Roussel et du convoi des "118" du 13 juillet 1944
La résistance : Janvier 1943 - Juin 1944 L’itinéraire d'un résistant Marcel Joseph Roussel est né le à Béthune. Quand la guerre commence il habite chez sa mère Berthe Roussel au 127 rue des Flandres à Calonne-Ricouart. Il est mineur à la compagnie des mines de Marles-Ferfay.