vignette|291x291px|Adolphe Thiers.
Le discours sur les libertés nécessaires est un discours prononcé par Adolphe Thiers devant le Corps législatif le . Il y accuse par des sous-entendus le Second Empire et plus précisément l'Empereur de limiter les libertés de la presse ainsi que les libertés d'élection.
Genèse du discours Après avoir été très actif pendant la monarchie de Juillet, Adolphe Thiers découvre la Deuxième République, qu'il désire conservatrice. Ayant soutenu la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte en , il lutte en effet pour le maintien d'un ordre moral, l'éloignement des masses populaires de la vie politique grâce à la représentation. Lors du coup d'État du , Thiers paie son opposition à l’ancien président de la République et son attachement aux institutions parlementaires. Arrêté au petit matin, l’homme d’État est rapidement expulsé du territoire. Même s’il est autorisé à rentrer à Paris dès le mois d’aout suivant, il considère qu’il n’y a rien à attendre d’un Empire autoritaire. Pour la première fois depuis , il décide donc de renoncer totalement à la politique, et partage l’essentiel de son temps à l’achèvement de son Histoire du Consulat et de l’Empire. Cependant, son intérêt pour les affaires publiques et la libéralisation du régime impérial l’incitent à se présenter aux élections législatives de . Il se présente à Paris comme candidat de l'Union libérale, alliance entre les républicains et les orléanistes :
Le décret impérial du fixe que chaque année le Sénat et le Corps législatif, à l’ouverture de leur session, voteraient, en réponse au discours du Trône, une adresse qui serait discutée en présence de commissaires du gouvernement chargés de donner aux Chambres toutes les explications nécessaires sur la politique intérieure et extérieure de l’empire. De plus leurs débats font l’objet d’une reproduction in extenso (dans son intégralité, du début jusqu’à la fin) dans Le Moniteur universel. La session législative de est donc ouverte le par un discours de l’empereur . Mais dans ce discours, aucune nouvelle réforme et garantie libérale à introduire dans les institutions de la France n’a été annoncée.
La discussion à laquelle ce projet d’adresse donna lieu fut ouverte, le par Adolphe Thiers, qui vint réclamer, dans un discours ferme et incisif sur le fond, et modéré et respectueux dans la forme, les libertés qu’il désigne comme nécessaires : la liberté individuelle, la liberté de la presse, la liberté électorale, la liberté parlementaire et la responsabilité ministérielle. Thiers réclame le retour au régime parlementaire en traçant le programme de l’opposition libérale conservatrice.
Ludovic Halévy, secrétaire rédacteur au Corps législatif, évoque le retour de Thiers :
Contenu du discours Le , Thiers prononce un discours au Corps législatif, réclamant les , qui connaît un grand retentissement. En effet, si pour lui la forme de gouvernement importe peu, les valeurs libérales doivent elles devenir les bases de ce régime, le Second Empire, qu'il croit fort et stable. Thiers affirme sa politique et revendique le rétablissement des cinq :
Liberté individuelle La première des cinq conditions qui constituent d’après Thiers le nécessaire en fait de liberté, est la liberté individuelle. C’est comme cela que Thiers définit la liberté individuelle. Il dénonce la loi de sureté générale, , dans la liberté individuelle. Cette loi votée le , à la suite de l’attentat d’Orsini et surnommée la « loi des suspects »Référence à la loi du qui, à la veille de l'instauration de la Terreur, permettait l'arrestation de ceux qui ., donne le droit au gouvernement d’arrêter, d’expulser, d’interner ou de déporter toute personne qui a fait l’objet d’une condamnation depuis , et, plus largement quiconque est jugé . Elle n’a pas été utilisée depuis , mais n’a pas pour autant été abrogée. Mais face à cette loi, l'opinion publique, quant à elle, est très critique. Dès l'année suivante, le régime promulgue une loi d'amnistie, qui concerne les politiques qui n'avaient pas encore bénéficié de la libéralisation toute neuve du régime. Beaucoup d'exilés, de transportés et de déportés acceptent cette clémence et rentrent en France. D’autres tels que Louis Blanc, Victor Schœlcher ou Victor Hugo la refusent pour marquer leur désaccord avec la politique de l’Empereur. Victor Hugo déclare :
Liberté de la presse La deuxième des libertés demandées par Thiers est la liberté de la presse. [...] Dès le lendemain du coup d’État, la législation met au pas les journaux par le décret du où sont instituées cinq dispositions, mais la plus importantes d’entre elles, est le principe des avertissements. L’avertissement est délivré arbitrairement par l’administration au journal qui avait mécontenté le pouvoir. Le premier avait la valeur d’un simple rappel à l’ordre, le second pouvait entrainer la suspension temporaire du titre et la troisième l’interdiction définitive. Comme le dit Jean Tulard, En effet, la simple menace d’un avertissement suffit presque à chaque fois à calmer les critiques des journaux d’opposition. Entre et , on distribua aux journaux parisiens, et on supprima six journaux dont L’Assemblée nationale, orléaniste, en et L’Univers, catholique, libéral et social en . Mais malgré tout on peut remarquer quand même un desserrement de la tutelle de l’Empire sur la presse après les années . C’est la guerre d’Italie qui provoque le début d’une évolution, grâce au prestige de la victoire qui conforte l’empereur dans cette libéralisation. De nombreux titres sont créés, comme Le Monde en , dans le but de remplacer L’Univers ou Le Temps, libéral protestant, en pour ne citer que les plus importants. Bien qu’il pense la liberté de la presse nécessaire, Thiers indique aussi . Pour lui il est nécessaire d’avoir un contrôle sur la presse, tout en lui laissant une large marge d’action, tant qu’elle .
Liberté électorale La troisième des libertés énoncée par Thiers est la liberté électorale. Dans cette liberté électorale, le député de la Seine vise un système en particulier, le système des candidatures officielles. Les candidats dit officiels sont des candidats aux élections proposés et soutenus par le gouvernement. Il s’agit de faire en sorte que les futurs élus se comportent comme des soutiens du régime en place. Sous d’autres termes, une candidature officielle était donc assimilée à un « contrat » entre l'Empire et un candidat, au terme duquel ce dernier s'engageait (duc de Persigny). Cette pratique a été abondement utilisée par Persigny et ses préfets lors des élections de , et Thiers en a d’ailleurs souffert dans sa candidature, en étant la cible de manœuvres administratives. Il réclame la fin des candidatures officielles car elle fausse le libre jeu du suffrage universel. Il critique l’hypocrisie d’un gouvernement qui le suffrage universel comme un , mais qui lorsqu’il s’agit de l’élection des députés,
Liberté de représentation nationale La quatrième des libertés est la liberté de représentation nationale. [...] . La représentation nationale est tout simplement le fait de pouvoir choisir quels sujets pourront être abordés et mis à l’ordre du jour, dans le Corps législatif. Pour que cette liberté fonctionne, il faut deux choses : premièrement qu’une majorité de députés veuille que la question soit soulevée, car si personne ne veut débattre la question est inutile, et deuxièmement que le gouvernement accepte la question, car s’il ne peut pas répondre, la question est aussi inutile. En plus de créer une meilleure du Corps législatif sur l’autorité de l’Empire et de créer une réelle séparation entre le souverain et les Chambres, Thiers avance des arguments qui montrent les dangers et problèmes que peut causer ce manque de représentation nationale. Par exemple certaines affaires importantes ne peuvent pas être saisie à temps, et cela peut coûter des Référence ici à la dette flottante de la France. à l’État. Il résume cela par une citation :
Liberté parlementaire La cinquième liberté est la liberté parlementaire avec le rétablissement du droit d’interpellation. Thiers résume très bien cette liberté en une courte citation : Puis il continue en allant plus en profondeur dans son propos. Ici Thiers critique les ministres sans portefeuilles et le Ministre d’État Eugène Rouher, il aimerait que ce soit chaque ministre qui vienne parler de ces propres affaires, ils nomment par exemple le ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Marine et le ministre de la Guerre, pour discuter plus en détails de la situation au Mexique. En effet, sous le Second Empire les ministres à portefeuille n’ont pas à paraitre devant les Chambres et sont irresponsables de leurs actes. Pour Thiers, il faut rétablir ce droit d’interpellation, il faut que ces ministres puissent venir s’expliquer de leurs actes et qu’ils en soient responsables. Et à l’inverse le souverain, que la Constitution rend responsable, doit devenir irresponsable. Un ministre sans portefeuille est tout simplement un ministre qui n’est responsable d’aucun ministère, et qui doit défendre la politique impériale dans les Chambres.
Ces deux dernières libertés sont en réalité complémentaires, et vont toutes deux dans un sens : une volonté pur et simple d’un retour à un régime parlementaire.
Réactions au discours
Réactions directes dans le Corps législatif
Réactions en faveur de Thiers En réponse au discours de Thiers, de nombreuses voix vont s’élever afin de le soutenir dans ses idées, et vont même compléter sa pensée. C’est par exemple le cas de Jules Favre, député du Rhône, qui fait partie du groupe des élus en , l’un des plus connus puisqu’il fait partie du « groupe des cinq » avec le fameux Émile Ollivier. Spécialiste des affaires étrangères, il défend la cause italienne et combat l’expédition au Mexique. Favre défend Thiers face au discours du Ministre d’État Rouher, il dit par exemple que, Annales du Sénat et du Corps législatif, .. Pour lui Rouher n’a pas compris la thèse de Thiers, ou plutôt a fait exprès de ne pas la comprendre, et a répondu à côté. Il critique aussi de manière virulente la loi de sureté générale, en répondant à Rouher mais pour lui, . Il faut qu’il y ait une vraie séparation des pouvoirs en particulier, les pouvoirs judiciaires et administratifs qui sont dans ce cas-là pas séparés, . Puis d’après Favre la majorité des gens qui complotent contre le gouvernement le font depuis l’étranger, et Annales du Sénat et du Corps législatif, (référence à l'attentat de Felice Orsini, révolutionnaire italien).. Pour ceux qui est de la liberté de la presse, il met le ministre d’État face à ces contradictions, or il aurait déclaré auparavant qu’il n’existe aucune . Et comme avec le discours de Thiers, Favre termine le sien avec une mise en garde . Autrement dit les Français sont un peuple de révolutionnaires, qui en sont loin d’être à leur coup d’essai, et que pour obtenir la liberté, ils sont prêts à utiliser la violence.
Pierre Latour du Moulin, député du Doubs, chef du parti des réformes, approuve l’évolution libérale du régime, pour mieux en déplorer la lenteur. Dans son discours il donne plusieurs avertissements au gouvernement auquel il se dit pourtant profondément dévoué, Annales du Sénat et du Corps législatif, .. Lorsque ce dernier prend la parole, on a changé de jour, c'est le lendemain le . Pour lui les gens, lorsqu’ils votent pour des députés d’opposition, ne votent pas contre l’Empire, mais aimeraient voir l’existence . Il souhaite tout de même , , et .
Réactions en opposition à Thiers