Une histoire monétaire des États-Unis, 1867-1960 () est un livre écrit en 1963 par les économistes américains Anna Schwartz et Milton Friedman.

Présentation générale Une histoire monétaire des États-Unis est un livre d'économie écrit par Anna Schwartz et Milton Friedman. Cet ouvrage est considéré comme leur magnum opus et comme un ouvrage fondamental du monétarisme.

Les économistes étudient rigoureusement l'histoire monétaire américaine entre 1867 et 1963. La principale découverte des auteurs est que les variations de la masse monétaire ont eu un impact décisif sur l'économie américaine durant son histoire.

Le livre est devenu célèbre pour son analyse monétariste de la Grande dépression. Selon Anna Schwartz et Milton Friedman, les effets durables de la crise sont dus à une contraction brutale de la masse monétaire permise par la Réserve fédérale des États-Unis de 1929 à 1933. Les chapitres du livre consacrés à la Grande dépression ont été réédités dans un seul ouvrage, The Great Contraction.

Résumé

1. Introduction Les auteurs précisent l'objectif de leur ouvrage et des thèmes qui y sont abordés. D'un point de vue descriptif, le livre cherche à détailler l'évolution de la masse monétaire américaine depuis la fin de la Guerre de Sécession jusqu'à 1960. Analytiquement, les auteurs cherchent à saisir les déterminants des évolutions de la masse monétaire. La date de départ de l'étude est 1867, année à partir de laquelle des statistiques certaines sont disponibles.

Le premier fait stylisé du livre est que la masse monétaire a connu une croissance importante depuis 1867. Cette année-là, la masse monétaire est de 1590 millions de dollars. En 1960, la masse monétaire a été augmentée par 157 ; elle a connu une croissance de 5,4%/an en moyenne. Comme la population américaine a quintuplé sur la même période, la masse monétaire par personne a été multiplié par 32 (taux de croissance annuel de 3,7%). Sur ces 3,7% de croissance, 1,9 points sont dus à l'augmentation de la production par tête, 0,9 point par l'augmentation du niveau des prix, et 0,9 par l'augmentation du montant de monnaie, en pourcentage du revenu, que les agents souhaitent posséder.

Étudier l'évolution de la masse monétaire américaine, c'est étudier également l'effet des différentes réglementations bancaires. Jusqu'à la création de la Réserve fédérale en 1914, qui impose des réglementations différentes pour les comptes courants et les comptes à terme, cette distinction n'était pas très importante, et n'est donc pas retranscrite dans les statistiques nationales.

2. La période du greenback

Vue synoptique Le premier chapitre historique du livre se penche sur la question de la monnaie durant les premières années de l'après-Guerre de Sécession. La fin de la Guerre de Sécession est marquée par une . Le système bancaire national est alors en train de se former, pour ne plus changer qu'en 1914, avec la création de la Réserve fédérale. Le taux de change est alors flottant, et aucune banque centrale n'assure la vente de l'or à un prix fixe. Il faut attendre la Première Guerre mondiale pour que le dollar flotte librement face à la livre sterling et au franc français.

L'évolution de la masse monétaire depuis 1867 On distingue généralement, au sein de la masse monétaire, les devises et les dépôts. L'Amérique du Nord répond à cette division, car dès la Guerre de Sécession, la monnaie a été ou bien de la devise (des espèces), ou bien a trouvé une autre forme, comme des dépôts. Les banques ont été obligées à maintenir un certain niveau de réserves, sous la forme de devise ou non, équivalentes à une fraction de leur passif (système de réserves fractionnaires).

En 1867, le public a presque autant de valeur en devises que de valeur en dépôts bancaires : . Cela évolue rapidement : en 1872, il y a 2$ de dépôts pour 1$ en devises. Cela est dû à la croissance du secteur bancaire, qui facilite l'ouverture de comptes. L'or est à l'époque utilisé dans le cadre du commerce international, pour payer les importations. L'or était d'autant plus important que certains grands pays utilisaient l'étalon-or.

3. La politique de l'argent et le déclin séculier des prix (1879-1897)

4. L'inflation de l'or et la réforme bancaire (1897-1914)

5. Les premières années de la Réserve fédérale (1914-1921)

6. La marée haute du système de la Réserve fédérale (1921-1929)

7. La grande contraction (1929-1933)

8. Les réformes du New Deal du système bancaire et du standard monétaire

9. Changements cycliques (1933-1941)

Vue synoptique de la période Entre 1933 et 1937, le pays entre dans un nouveau cycle économique particulièrement puissant, avec un taux de croissance élevés, allant jusqu'à 12%/an. Entre 1933 et 1937, à prix constants, le PIB a augmenté de 59%. Pourtant, du fait de la sévérité de la dépression dans les années qui précèdent, le revenu nominal en 1937 est de 17% plus faible, en moyenne, que huit ans plus tôt ; le revenu réel n'est plus élevé que de 3%. La population ayant crû de 6%/an, la production par tête est même plus faible lors du sommet du cycle en 1937 que lors du dernier sommet de cycle.

Caractéristiques de la reprise La caractéristique principale de la reprise de 1933 est son caractère incomplet : le chômage est resté élevé, à 5,9 millions de personnes au sommet du cycle en 1937, et augmente à 10,6 millions lors du creux un an plus tard. La population active est alors de 54 millions de personnes.

La reprise est aussi caractérisée par son caractère erratique. La réouverture des banques stimule le crédit et la production industrielle, mais l'économie rechute à la fin de 1933, pour croître à nouveau au début de 1934, et encore chuter. Ce n'est qu'à la fin de 1934 qu'une période de croissance continue du revenu et de la production a lieu ; mais la croissance de la production a principalement lieu dans le secteur des biens non durables, et des biens achetés par l’État. Les biens non-durables ont une part plus élevée de 21% dans l'indice de production du pays par rapport à 1929 ; cela reflète une faible formation de capital privé. L'investissement privé net est négatif jusqu'en 1936. En 1937, à son plus haut niveau, la construction privée est égale à un tiers de ce qu'elle était au milieu des années 1920.

Les investisseurs investissant peu ou plus du tout, la demande de fonds prêtables est restée faible. Cela contribue à une chute du taux d'intérêt de long terme, qui est la preuve d'une demande anormalement faible de capitaux, et donc, d'une demande de consommation également faible.

L'inflation entre 1933 et 1937 a été freinée par le chômage, qui restait élevé, et le fait que les facteurs de production n'étaient pas pleinement utilisés. Toutefois, l'inflation a été stimulée par plusieurs facteurs, parmi lesquels la dévaluation du dollar, qui a renchéri le coût des importations et fait entrer des capitaux dans le pays. Ensuite, les mesures gouvernementales, qui ont fait augmenter les salaires et ainsi les prix (Guffey Coal Acts, National Labor Relations Act, etc.). Toutefois, leur effet a été limité par les censures postérieures de la Cour suprême des États-Unis.

Évolution de la masse monétaire Le facteur principal d'augmentation de la masse monétaire sur la période a été une augmentation de la monnaie banque centrale : la masse monétaire a crû de 51% entre et , et la monnaie banque centrale, de 60%. Le ratio entre les dépôts et la monnaie détenue par les agents économiques a fortement augmenté entre 1933 et 1935. Le seul moment où la croissance de la masse monétaire a été interrompue est en 1937, lorsque le Trésor met en œuvre une politique de stérilisation de l'or, et double le montant des réserves obligatoires.

10. L'inflation de la Seconde guerre mondiale (1939-1948)

Vue synoptique de la stabilité monétaire sur la période La Seconde guerre mondiale a fait entrer le pays dans une phase inflationniste qui ne trouve d'équivalent qu'après les crises de la guerre de Sécession et de la Première Guerre mondiale. Entre et , les prix ont plus que doublés, la masse monétaire, triplé, et les revenus distribués sous forme de monnaie ont été multipliés par 2,5. La vélocité de la monnaie a donc chuté.

Du début de la guerre à l'entrée en guerre américaine L'économie américaine est restée relativement stable pendant la première période de la Seconde Guerre mondiale, c'est-à-dire jusqu'à l'entrée en guerre américaine en 1941. L'économie subit un bref passage spéculatif à la fin de 1939, puis une chute générale de la production, de l'emploi et des revenus jusqu'à . La défaite de la France a pour effet une augmentation des commandes britanniques à l'économie américaine : l'influx d'or aux États-Unis devient alors marqué, car il sert de moyen d'échange. Les États-Unis stimulent alors leurs programmes d'armement, ce qui augmente la production industrielle, l'emploi et les revenus.

Cet épisode n'a pas eu d'effet inflationniste, car l'économie ne tournait pas à plein régime : le chômage était alors élevé, et certaines usines étaient inutilisées. Les prix n'augmenteront qu'à la fin de 1940. 80% de la croissance de la masse monétaire est due à la croissance du stock d'or. Entre fin 1939 et 1941, la masse monétaire croît de 29%, la base M0 du même pourcentage. Les prix augmentent toutefois de 9% par an en moyenne, quoique la hausse soit concentrée sur la fin de la période.

Les déficits de guerre, de 1941 à 1946 Les dépenses publiques augmentent fortement en 1941, quoique les hausses d'impôts compensent en partie. Les dépenses publiques triplent entre 1941 et 1942, puis augmentent de 50% entre 1942 et 1943. Les déficits passent de 40 milliards de dollars en 1942 à 50 milliards en 1943 ; la décrue commence à partir de 1944 (45 milliards) et continue en 1945 (35 milliards). Lorsque la guerre s'achève, les dépenses baissent mais les revenus restent élevés.

Prix et vélocité de la monnaie Les prix se sont comportés, durant la guerre, comme durant la Première Guerre mondiale. L'entrée en guerre s'est accompagnée d'un ralentissement du taux d'inflation, et ce n'est qu'à la fin de la guerre que l'inflation a repris. Les prix ont augmenté de 4%/an pendant la phase active de la guerre (1941-1946), contre 9% avant l'entrée en guerre (1939-1941), et 16% dans la période qui suit la fin de la guerre.

La principale raison est qu'un contrôle des prix a été mis en place au début de l'année 1942 ; les prix ont donc augmenté sous une forme déguisée, comme par le biais de la qualité des biens, la suppression des promotions, ou une chute de la production. L'inflation à la fin de la guerre correspond à une officialisation de l'augmentation des prix.

La vélocité de la monnaie a augmenté d'un cinquième entre 1940 et 1942, puis a chuté d'un tiers jusqu'à 1946, avant d'augmenter de 13% entre 1946 et 1948. Ce comportement de la vélocité n'est pas étonnant, car la vélocité augmente généralement durant les périodes de croissance, et chute pendant les contractions. Après la mi-1940, les prix ont augmenté, ce qui a encouragé les agents à ne pas détenir leurs actifs sous une forme monétaire. La chute de la vélocité de la monnaie, toutefois, a probablement moins à voir avec la stabilisation du taux d'inflation à un niveau faible qu'à une chute de l'offre, c'est-à-dire au fait que moins de biens étaient produits ; les produits d'achat étant moindres, les agents économiques ont de plus épargné.

De manière plus pratique, on peut analyser l'inflation comme une augmentation de la masse monétaire fiat (en cash). Cela est dû à ce que la Fed a augmenté son crédit en achetant des obligations publiques sur les marchés. En achetant ces obligations, la Fed a payé avec de la monnaie nouvellement créée. Entre et , sur les 178 milliards de dette publique générés, 69 milliards ont été achetés par les banques commerciales, et 22 milliards par la Fed.

11. Le retour de la politique monétaire (1948-1960)