L'histoire de la dette publique française est l'évolution temporelle de la dette publique de la France, de sa création jusqu'à aujourd'hui. Elle est étroitement liée à l'histoire des dépenses publiques françaises.

L'État a souvent eu recours à la dette pour faire face à des dépenses fortes, comme celles induites par les guerres ou les plans de relances en période de crises économiques. Le montant de la dette a fluctué, passant par exemple par une valeur presque nulle (par rapport au PIB) en 1540 ou en 1820, et atteignant jusqu’à environ 290 % du PIB en 1944Voir graphiques : Richard Brun, Histoire de la Dette Souveraine Française - siècle – La Perpétuation d’une Fatalité ?, support de conférence, pages 2 et 22. Après les périodes de forte augmentation qu'ont été la première moitié du , la part de la dette dans le PIB a été rapidement réduite, principalement en raison d’une forte hausse de l’inflation, qui réduit la valeur réelle de la dette, et d’une croissance forte du PIB et de la productivité. La faible croissance et la faible inflation, ainsi que les déficits budgétaires chroniques depuis les années 1970 ont conduit à une augmentation de la dette publique.

De François à la fin du , à quelques exceptions, l’État souverain a été un grand emprunteur mais n'a que rarement remboursé ses dettes, par de multiples techniques, comme les banqueroutes, l'extorsion ou la spoliation.

Ancien Régime

Du à la Renaissance Sous l'Ancien Régime, le roi de France s'endette auprès des banquiers ou des corporations. Les corporations jouissent souvent d'une meilleure réputation que l'État. Ce procédé de financement de la dette par les corporations s'étend dans l'histoire de France jusqu'à l'entre-deux-guerres ; est par exemple créée en 1926 la Caisse autonome d’amortissement chargée de rembourser la dette publique, financée notamment par les bénéfices de la SEITA.

Il arrive que les souverains français pratiquent l'extorsion pure et simple du patrimoine des créanciers, ce qui annulait de facto la dette. L’extension du territoire national, notamment durant la période capétienne, permet de renforcer le domaine royal et donc, les sources de revenus, susceptibles de dégager le moyen de payer les engagements antérieurs. Le recours à la dévaluation a également été fort pratiqué, y compris à des moments de l’Histoire où la monétisation des échanges n'était pas forcément la règle.

Le temps des dettes royales commence réellement au en France. Jacques Le Goff qualifie ainsi Saint Louis de « premier roi de l’endettement »Jacques Le Goff, Saint Louis, Gallimard, 1996, . En 1223, le roi de France Louis VIII avait eu recours à la spoliation des banquiers juifs pour ne pas avoir à rembourser ses emprunts. Saint Louis finance par la dette l'achat des reliques de la Passion, qu’il collectionne pour la Sainte Chapelle. Il finance également les croisades par la dette : sa première croisade, en 1248, coûte un million et demi de livres, alors que les revenus du royaume s’élèvent annuellement à 250 000 livres. Saint Louis doit donc mettre en place un impôt sur ses sujets, et lever la décime sur les revenus du clergé.

Il est suivi par Philippe le Bel. La dette publique ayant augmenté sous les précédents règnes, il pratique l’extorsion des biens de banquiers lombards et des créances de financiers juifs. Après la chute de l’ordre du Temple qu'il coordonne, il récupère une partie de ses biens, 200 000 livres, ce qui permet de combler le déficit du Trésor pour plusieurs années, . Il manipule également la monnaie en captant une partie du métal en circulation pour le faire refondre successivement, jouant sur des dévaluations et des réévaluations. Cette méthode lui vaut le sobriquet de .

Pendant la Guerre de Cent Ans, le roi de France échoue à obtenir des emprunts des grands marchands étrangers. Ces derniers savent que le successeur du roi ne reconnaîtrait probablement pas les dettes de son prédécesseur. Les rois de France comme Charles V et Charles VI nomment donc des grands marchands, tels que Hugues Aubriot et Jean Le Mercier, aux postes de grands financiers du royaume, afin d'avoir accès à leur financement et à leurs réseaux.

De la Renaissance à Louis XIV En 1522 soit sept années après son accession au trône, le futur François quémande aux notables de Paris. Une fois au pouvoir, il lance en 1535 le premier véritable emprunt public sous forme d'une rente perpétuellechronologie des marchés financiers, MINEFI, afin de ne plus avoir à s'adresser aux notables. Son successeur, Henri II, perpétue les emprunts, mais son impossibilité de payer les intérêts ruine plusieurs milliers de familles.

Entre 1558 et 1788, la France fait défaut à huit reprises. Elle n'est pas isolée dans ce cas, car l'Espagne fait également défaut en 1557, 1575, 1596, 1607, 1627 et 1647 ; l'Angleterre fait de même en 1472, 1594 et 1672. Dans tous les cas, il s'agit de « moratoires », période de suspension des paiements qui ouvrent à une réduction négociée de la dette.

Les marchés financiers se sont formés par la mise dans le commerce des titres de la rente publique et qu'ils sont restés plusieurs siècles sous le contrôle très étroit des États qui les ont mis au service de leurs intérêts et de leurs politiques.

En 1561, les finances royales sont, avec 43 millions et demi de livres de déficit, dans une situation critique. On décide alors aux états généraux de Pontoise que le clergé, qui est très riche, doit assister le pouvoir royal pour l’amortissement de la dette royale« Les dettes du roi de France », Philippe Hamon, in La Dette publique dans l'histoire,

La pratique de l'État de financer le remboursement de cette dette par création monétaire (émission de monnaie, typiquement en réduisant le poids de métal précieux dans les monnaies de même valeur faciale, pour fabriquer de nouvelles pièces) a souvent amené la population à douter de la valeur des pièces émises et à thésauriser les métaux précieux (or, argent).

La charge des finances de l'État tient alors à un équilibre délicat entre maintien de la confiance, remboursement des emprunts et financement des dépenses. La dette souvent très élevée de la France obéra la capacité française à s'endetter pour financer l’ost royal ou louer les services de mercenaires (la conscription, qui sera mise en place par la Convention nationale, n'existant pas encore) dans ses guerres contre les nations comme l'Angleterre, beaucoup plus saine financièrement à partir du et qui pouvait s'endetter à moindre coût.

Sous le règne d'Henri IV, le budget est équilibré à hauteur d'une vingtaine de millions de livres tournois.

La guerre de Trente Ans vide les caisses de l’État. Les créanciers refusent de plus en plus souvent de prêter à l'État, du fait de l'incapacité du monarque à honorer ses dettes.

Sous le règne de Louis XIV Lorsque Louis XIII décède en 1643, il est découvert que les recettes de l’État prévues pour les trois prochaines années sont déjà dépensées.

Les premières années du règne de Louis XIV sont marquées par une dette contenue, du fait d'une gestion des finances publiques saine et d'une politique douanière agressive inspirées par Colbert.

En 1661, le budget est de 22,8 millions de recettes et 32 de dépenses.

À la mort de Louis XIV en 1715, les rentrées fiscales sont de 69 millions pour 146 millions de charges. La dette publique est alors de 2,3 à 2,4 milliards, dont 1,2 milliard de rentes constituées, plus importante qu'au déclenchement de la Révolution française en 1789 bien que l'ensemble du ait vu des budgets déficitaires.. La dette à la mort du monarque aurait été d'environ 80 % du PIB.

Sous le règne de Louis

vignette|redresse|John Law par Casimir Balthazar (1843).

La modification radicale de la gestion de la dette en France au , initiée par John Law, qui institue une banque centrale sur le modèle anglo-saxon, échoue en 1720 : mais son système« John Law et la gestion de la dette publique », Antoin E. Murphy, in La dette publique dans l'histoire, permet, indirectement, de réduire de 50 % la dette publique grâce entre autres à la commission du visa.

La plupart des dettes de ce siècle ont pour origine l'extraordinaire de la guerre : à chaque conflit, des sommes colossales sont débloquées via l'emprunt à titre exceptionnel et de nouveaux impôts temporaires.

Les intérêts de la dette représentent la moitié des dépenses publiques en temps de paix, en raison de taux d'intérêt bien plus élevés que sur les autres marchés boursiers, et ce, malgré une dette moins lourde. Les hauts fonctionnaires tentent d'y remédier par des innovations financières auprès des créanciers suisses et hollandais, comme les rentes viagères en loteries dont le principe remonte aux années 1737-1739, grâce au ministre Philibert Orry. En 1749, le ministre Machault d'Arnouville tente d'alimenter une « Caisse générale pour le remboursement des dettes de l’État » par le biais d'un nouvel impôt payable par tous, le vingtième : c'est un échec.

En 1763, une Caisse des amortissements est créée face à une dette déjà colossale qui suscite des polémiques : la chambre des comptes et le Parlement de Paris obtiennent que cette caisse soit finalement placée sous leur juridiction.

vignette|redresse|Joseph Marie Terray par Alexandre Roslin.

La Guerre de Sept Ans oblige Louis à s'endetter à nouveau auprès des fermiers généraux, ce qui a comme conséquence de vider le Trésor public en 1769. Le Roi confie à l'abbé Terray le soin de rétablir les comptes publics. Il met en place des emprunts à court terme, réduit les dépenses et réforme la fiscalité du pays. Si la mesure est initialement acceptée, l'opinion publique s'y oppose lorsque les intérêts financiers des plus modestes sont touchés. Elle permet toutefois d'améliorer la situation financière du pays : en 1772, le budget est légèrement excédentaire. La dette publique continue toutefois d'augmenter.

A cette époque, l'endettement de la monarchie n'est pas exceptionnel ; le Royaume-Uni est par exemple plus endetté. Le problème réside dans la solvabilité de l’État : la France souffre de son incapacité à simplifier et uniformiser son système d'impôts, et à améliorer ses moyens de financement.

Sous le règne de Louis

vignette|redresse|Anne Robert Jacques Turgot.

Louis XVI souhaite améliorer la situation financière française. Il nomme Anne Robert Jacques Turgot à la tête des finances du royaume. En 1775, il supprime la caisse des amortissements, qui était si décriée, et en crée une autre caisse l'année suivante, en suivant cette fois le modèle imaginé par le financier suisse Isaac Panchaud. Son objectif est de restaurer la confiance en l’État et ainsi de faire baisser le taux d'intérêt auquel la France emprunte. Turgot soumet au roi un projet ambitieux pour l'État, où il refuse toute banqueroute, toute augmentation des impôts, et interdit l'emprunt et le déficit public. Il prépare également des coupes nettes dans les dépenses publiques. Louis XVI le renvoie en .

vignette|redresse|Jacques Necker par Joseph-Siffred Duplessis.

Jacques Necker est nommé en à la direction du Trésor royal. Il emprunte 530 millions de livres entre 1777 et 1781. Pour rétablir la confiance avec les investisseurs, il rend public pour la première fois en l'état des finances publiques françaises. L’État a alors une dette de 530 millions, et un excédent de 10,2 millions.

Necker n'est pas suivi et il est renvoyé à la suite d'un scandale économique. La dette baisse à 411 millions sous ses successeurs. Le financement de la Guerre d'indépendance américaine augmente d'1,3 milliard le montant des dépenses. Cela contraint le contrôleur général des Finances Calonne à lancer des emprunts qui vont gonfler la dette. Une troisième caisse destinée à amortir le service de la dette est créée par Calonne en . Elle est supprimée par Jacques Necker en qui institue un Trésor royal unique.