thumb|Immeuble du Comité d'Aide et d'Assistance aux Victimes de l'Antisémitisme en Allemagne (1933-1940). L’antisémitisme en Belgique comprend les actes d'hostilité contre les Juifs et la haine érigée parfois en doctrine, sur le territoire de la Belgique, à travers les époques. L’époque chrétienne produit l’antijudaïsme tandis que l'antisémitisme contemporain, comme idéologie raciste, date de la seconde moitié du Pour Joël Kotek : C'est donc au Moyen Âge, pas au , que l'antijudaïsme théologique se change en antisémitisme", et il donne comme explication : L'antijudaïsme déteste le Juif pour ce qu'il est, un adepte du judaïsme. Avant les croisades, on était plutôt là-dedans. On reprochait aux Juifs de ne pas accepter le message de Jésus. L'antisémitisme rejette par contre le Juif pour ce qu'il n'est pas, à savoir un ennemi du genre humain, qui empoisonne les puits, propage les maladies, qui tue et cannibalise les enfants, etc. , voir dans l'article de Joël Kotek : Les stéréotypes antisémites dans le carnaval remontent au du 2 mars 2020 . Au , sous la montée du nazisme, et sous l'occupation allemande, le génocide des Juifs de Belgique est organisé. Les criminels nazis ne sont pas condamnés par la Belgique.
Plus récemment une vague d'antisémitisme a été déplorée. Selon une étude de 2024, les Belges auraient moins de sympathie pour les Juifs que les Français.. En 2025, le ministre israélien des Affaires de la Diaspora, Amichai Chikli, propose l'Alya comme solution.
Historique Persécutions des Juifs avant la révolution belge La présence juive sur le territoire durant le haut Moyen Âge est peu documentée. D'après Bernhard Blumenkranz, en Europe occidentale, les Juifs vivaient sans réelle ségrégation et au sein de la population chrétienne. Période des croisades Lors de la première croisade, une armée formée sur le territoire de Godefroy de Bouillon et les contrées avoisinantesThe army of Godfrey of Bouillon, 1096-1099 : Structure and dynamics of a contingent on the First Crusade [article] sem-linkAlan V. Murray Revue belge de Philologie et d'Histoire Année 1992 70-2 , puis rejointe par d'autres soldats, se livre aux massacres de nombreuses communautés juives, en particulier celles de RhénanieStengers, Jean. Les Juifs dans les Pays-Bas au Moyen Age . Bruxelles: Palais des académies, 1950., et, malgré la rançon.
Ces massacres annoncent au siècle suivant, une période d'hostilité chrétienne, contre leur religion. Cela est illustré par les écrits chrétiens d'érudits, sans que l'on connaisse exactement leur portée dans la société chrétienne. Les occurrences de rencontres théologiques sont principalement écrites pour décréditer le judaïsme devant une audience érudite chrétienne, comme le fait Odo de Tournai dans sa Disputation, en stigmatisant les Juifs comme étant incapables de la vérité spirituelleChristoph Cluse (2004), The Jews of Europe in the Middle Ages (Tenth to Fifteenth Centuries): Proceedings of the International Symposium held at Speyer, 20-25 October 2002, Cultural Encounters in Late Antiquity and the Middle Ages, Brepols et . En 1160, témoignant déjà de l'existence d'une virulence dans l'antijudaïsme, Gauthier de Castillon, prévôt du chapitre de Tournai, rédige un pamphlet empli de haine, proférant de nombreuses calomnies à leur encontreAbicht, Ludo. De joden van België . Amsterdam ;: Atlas, 1994.. Dans la production artistique, le triptyque de Stavelot atteste de la montée de la haine avec une représentation particulièrement péjorative du personnage Synagoga, associé aux Juifs par des artistes catholiques. D'autres représentations de violence contre Synagoga, reflètent de la montée de la violence contre les Juifs européens durant cette périodeA History of Catholic Antisemitism: The Dark Side of the Church, R. Michael, Springer, 2008, . L'antijudaïsme représente aussi les Juifs par des symboles, propre de la déshumanisation.
Le concile de Latran de 1215 organisant la société chrétienne, impose aux Juifs nombre de mesures discriminatoires : obligation de porter des vêtements se distinguant de ceux portés par les chrétiens (dont le signe discriminatoire de la rouelle), obligation de ne pas être vus en public pendant la Semaine sainte, l'interdiction d'avoir une position publique, et d'autres. Les Juifs sont victimes de l'antijudaïsme de l’Église catholique et vivent désormais « en dehors » de la société chrétienne. Le testament de 1261, du duc Henri III de Brabant, soulevait déjà la question de l'expulsion des juifs de ses terres. Ceux-ci sont ainsi contraints d'habiter dans des juiveries, principalement du Brabant, mais aussi dans le Luxembourg et le Hainaut. Pour y échapper, certains se laissent convertir par l'Église. Dans la littérature catholique du , les écrits de Jacques van Maerlant, Jan van Boendale et Dirc Potter témoignent de l'étendue de l’antijudaïsme parmi les lettrés.
En 1308, il est attesté des pillages contre les demeures des Juifs, qui sont massacrés par la croisade l'année suivante, à l'exception de ceux qui se sont réfugiés dans le château de Genappe du duc Jean II. Des tueries se produisent, comme celle de Louvain, ou du château de Born, où ceux qui s'y étaient réfugiés dans les alentours seront massacrés. En 1326, un Juif converti est accusé d'avoir fait saigner une image de la Vierge, et est brûlé vif. Cet épisode donnera lieu à la légende antijuive du sacrilège de Cambron.
Massacres du vignette|Miniature chrétienne représentant un massacre de Juifs du Brabant durant la période de la peste noire : les victimes sont brûlées vives sur un bûcherHenri Pirenne et Franz Schauwers, Histoire de Belgique des origines à nos jours, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1972, tome I.. Vers 1348-1349, face à la propagation de la peste noire, les flagellants répandent l'accusation contre les Juifs d'être auteur de la peste, par empoisonnement, des puits et des fontaines, ainsi, les Juifs périssent de la maladie et de massacre. La rumeur flagellante, est répandue à travers le Brabant au delà des régions limitrophes. Lors du massacre du Sacrement du Miracle, plus de 600 personnes sont massacrées, si l'on s'en tient à la description de Gilles Le MuisitLa seule description détaillée est celle du moine de Tournai Gilles Li Muisit , dans sa chronique publiée par J.-J. De Smet , Recueil des chroniques de Flandre = Corpus chronicorum Flandriae , vol. 2, 1841, (chapitre: De captione et destructione Judaeorum ). Pour le reste, le pogrom est mentionné dans la martyrologie juive: Siegmund Salfeld , Das Martyrologium des Nürnberger Memorbuches , 1898, . Pour des raisons peu claires, Carmoly, qui suit Muisit, mentionne : Eliakim Carmoly , « Essai sur l'histoire des Juifs en Belgique », dans: Revue orientale, plein. I, 1841, .. Le comte de Hainaut en aurait tiré profit, vis-à-vis des créances impayées aux Juifs. la documentation atteste de massacres, tel que la tuerie de Hon, près de Bavay, où deux familles sont brûlées vives le . Il semblerait que les habitants juifs du Brabant aient été massacrés ainsi que ceux d’Ath. Dans le Hainaut, . Elle atteste également de massacres à Anvers: « beaucoup furent pendus, brûlés sur le bûcher, battus à mort ou noyés »..
En 1370, les dernières familles juives sont accusées de profanation d’hosties et périssent brûlées vives sur le bûcher. Différentes versions racontent le déroulement du massacre, celle de l'historien du Georges-Bernard Depping, décrit par exemple des tortures de juifs qui se produisent à Enghien. Abondamment relayé dans la culture belge, il donne lieu, après avoir été reconnu par l'Église catholique en 1402, à un culte antijuif des reliques qui ne prendra fin qu’à la fin du Voir notamment:
ainsi qu’à une importante production iconographique dont une tapisserie, des vitraux et 18 tableaux dans la cathédrale de Bruxelles ou les vitraux de l'église Saint-Nicolas à EnghienVoir e.a.:
. La conclusion d'un poème populaire rédigé à propos du massacre (vraisemblablement au ), laisse une idée de l'étendue d'une haine génocidaire chrétienne. Le Massacre du Sacrement du Miracle s'offre donc à la vue de tous des siècles durant dans la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles où la chapelle du Saint-Sacrement atteste de la convergence de l'antisémitisme et de la foi chrétienne. Et sur les vitraux réalisés au par le maître-verrier Jean-Baptiste Capronnier, trois hosties consacrées réputées miraculeuses qui, selon la légende, auraient été profanées par des Juifs mises en valeur encore au ). En 2026, une plaque commémorative à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, formulée en quatre langues dont l’hébreu, a pour vocation de dénoncer les persécutions des Juifs du duché de Brabant au XIV siècle, ainsi que le caractère antisémite des vitraux de la cathédrale.
Les Juifs disparaissent de Belgique. Dans certaines régions, ils sont de passage, considérés comme étrangers et menacés par une vindicte populaire, sous l'emprise de l'antijudaïsme de l'Église. Ils sont exposés d'autre part à la concurrence déloyale des banquiers lombards et aux corporations de métier (desquels ils sont exclus), ainsi que contraints de payer des taxes spéciales comme les maltôtes. La seule voie proposée reste la conversion.
Inquisition catholique Du fait des persécutions de l'Inquisition espagnole en 1492 et de l'Inquisition portugaise en 1497, des Juifs s'installent à Anvers. L'Inquisition est imposée aux Pays-Bas espagnols, mais dans une moindre mesure. On peut citer, à titre d'exemple l'année 1541, lors de laquelle, deux personnes refusant la conversion et sont ainsi brûlées vives sur le bucherMendes, Benveniste, de Luna, Micas, Nasci: The State of the Art (1532-1558) Herman Prins Salomon and Aron di Leone Leoni , No. 3/4 (Jan. - Apr., 1998), (77 pages), University of Pennsylvania Press.. En 1549, une ordonnance de Charles Quint retire aux Juifs convertis au christianisme le droit de séjour, les Juifs y étant interdits sous peine de mort. Minorité religieuse Au , dans les Pays-Bas autrichiens, les Juifs bénéficie de la tolérance, et de la contrainte du payement de taxes discriminatoires, excluant ceux sans ressources, tout en conservant ceux dits « utiles ». Les Juifs sont exclus du droit de bourgeoisie qui impliquait une profession de foi catholique, sous exception. Philippe Pierret identifie pendant cette période, de la marginalisation, à la fois par les pouvoirs politiques locaux et dans les mentalités. À la fin du siècle, la population juive bénéficie de la nouvelle législation de l’édit de Tolérance de Joseph II de 1781, puis sous Napoléon, le culte israélite est reconnu et s'organise en consistoire par les décrets de 1808 , ayant eu, toutefois, une utilité à la délationSchmidt, Ephraim. L’histoire des juifs à Anvers (Antwerpen) . rev. ed. Antwerp: Excelsior, 1969. Print..
Royaume de Belgique Dès le début du , la Belgique est une terre d'immigration pour les Juifs en raison de la nature du Royaume, qui garantit des opportunités sociales et économiques, mais aussi des libertés constitutionnelles et un rapport de l'État avec l'Église.
Avec l'indépendance de la Belgique, la constitution rompt radicalement avec le passé, l’identité juive relève désormais de l’espace privé. En 1836, le serment antijuif, more judaïco est abrogé et la taxation extraordinaire des Juifs cesse. En contrepartie, l'on témoigne de manifestations d'hostilité.
Concernant le culte israélite, comme le démontre Jean-Philippe Schreiber, il fut véritablement reconnu par un arrêté royal en 1876 : « Le fait que l’État ne reconnût pas formellement l’existence du Consistoire central ni celle des Communautés (…) et l’interprétation que fit le Consistoire des décrets de 1808 pour fonder son existence légale engendrèrent de nombreuses difficultés tout au long du siècle, particulièrement dans les rapports que le Consistoire central entretint avec les administrations communales et les gouvernements d’inspiration libérale ».
Fin du