Les événements de mai-, ou plus brièvement Mai 68, désignent une période durant laquelle se déroulent, en France des manifestations étudiantes, puis un peu partout sur le terroire des grèves générales, qui en en Provence ont débouché rapidement sur une jonction entre syndicats de salariés et d'étudiants, quand celle-ci ne les a pas précédées. Les manifestants se sont fait entendre au Festival de Cannes, côté cinéma, et au Festival d'Avignon, pour les amateurs de théâtre, qui leur ont donné une tribune internationale.
Le mouvement s'est développé très tôt en particulier dans les résidences universitaires de nombreuses villes de province, avec à Nice comme à Clermont-Ferrand et Nantes des protestations massives dès le début de l'hiver 1967-1968. Après les manifestations du , lancées localement par le Mouvement du 11 mai, plusieurs usines de la région ont été les premières à se mettre en grève, dans ce qui a ensuite constitué le plus important mouvement social de l'histoire de France du . Les prémices chez les étudiants niçois Manifestation dans les résidences universitaires Nice compte à la rentrée 1967, soit 1,7 % des étudiants français dont 45,5 % sont inscrits en Lettres, 31,1 % en Droit et 23,3 % en Sciences. La ville fait face à un afflux d'étudiants dans les années 1960, si bien qu'en la cité universitaire Jean Médecin est mise en chantier et un restaurant universitaire ouvre à Trotabas) alors qu'existent depuis 1965, les résidences universitaires et le restaurant universitaire Montebello, créés par l’Université Aix Marseille mais en 1968 les abords de la faculté des Lettres sont toujours en construction.
Dès le , 4 jours avant le lancement de la campagne nationale de l’UNEF le sur ces thèmes, les étudiants niçois entament une grève quasi-totale des restaurants universitaires et abolissent le règlement intérieur des cités universitaires, qui à Nice sera légèrement amendé, avec par exemple la fermeture des portes à seulement 1 h du matin. Les résidents réclament la fin du contrôle de l’heure de rentrée des résidents, et la gestion des cafétérias par les comités de résidents.
La grève de la faim et la pétition À partir du , ils lancent une grève de la faim sur les mêmes thèmes. Le , les propositions de réforme du règlement des résidences universitaires dévoilées dans la presse par le ministre Alain Peyrefitte n'ont pas satisfait. L’UNEF lance une pétition contre le "projet Peyrefitte", qui à Nice recueille 450 signatures. Le , des manifestations sur le même thème ont lieu à Rennes et à Besançon, et le , c'est le restaurant universitaire d’Antony (Hauts-de-Seine) qui se met en grève. Les 15 et 16 de nouvelles manifestations ont lieu à Rennes et Saint-Étienne contre le règlement des résidences universitaires et le Plan Fouchet.
À Nice, des étudiants se barricadent dans les résidences et le restaurant. Le recteur de l’Académie, Robert Davril, fait fermer le restaurant universitaire et les cafétérias. Trois étudiants sont arrêtés. Le restaurant universitaire Montebello (Valrose) ne rouvre que le . Dans la foulée, le à Nice, à l’appel de six syndicats et avec le soutien des associations de parents d’élèves, une grève est suivie par 50 à 80 % de grévistes dans les collèges et lycées et on atteint plus de 85 % dans les lycées techniques. L'objectif est la création massive de postes d’enseignants, l’aménagement des horaires pour les surveillants, qui sont généralement des étudiants, la titularisation des auxiliaires et la limitation du nombre d’élèves par classe à 25.
Les grèves dans les Alpes Maritimes avant Mai 68 La « grève administrative générale » lancée à Nice début mars par les syndicats des impôts bloque la transmission des documents administratifs, comptables jusqu’au , pendant près de six semaines. Le même mois, 4 usines du département, Peugeot-Nice, la cimenterie de la Grave de Peille
Delta Tex et Delta Chimie subissent des grèves, qui s'étendent aussi aux PTT, à Air France et au secteur du commerce urbain, le , avec 133 des 150 employés du Prisunic de Nice, choquées par la fouille et l’arrestation d’un vigile de nuit. Une semaine après, le ce sont agents d’EDF et GDF qui manifestent, ce qui déclenchent le , une journée d’action de la CGT avec un meeting place Saint-François.
La situation spécifique à Marseille
L'influence des guerres du Vietnam et d'Algérie En , la ville de Marseille est au cœur du combat militant contre la Guerre du Vietnam, avec la collecte de 520 tonnes de marchandises entreposées dans les cales d'un cargo qui embarque du port de Marseille"Étudiants, travailleurs, jeunes, ils revivent avec nous les événements de Mai 68", par Marie Bail, pour France Télévision le 2 mai 2018 , pour aller ravitailler les populations du Vietnam et apporter des matériels de soins: c'est la campagne nationale "La victoire du Vietnam, c’est aussi de la quinine et une trousse chirurgicale dans chaque village", article dans Tribune Socialiste, journal du PSU, du 25 janvier 1968 , qui trouve son aboutissement dans le port provençal et trouvera une forme nouvelle en 1979 lors d’une opération humanitaire du même nom souhaitant venir en aide cette fois aux boat-peoples vietnamiensSynthèse suivie du reportage de Gaylord Van Wymeersch sur France Inter, le 24 septembre 2015 .
Les dockers joueront un rôle important dans la grève, en structurant le mouvement. Le quotidien L'Humanité citera le cas d' Alfred Pacini, docker communiste, qui manifestera le sous la banderole "Union locale du port", aux côtés de son copain Circa, un ancien de l'Espagne républicaine et qui se sent fort du "rôle important joué par les dockers dans les luttes interprofessionnelles", et de l'"internationalisme" qui, dans les années cinquante, leur a fait "refuser l'embarquement des armes pour la sale guerre" d'Algérie.
La victoire de la gauche aux législatives de 1967 Les Bouches du Rhône ont connu au début des années 1960 l’arrivée massive des Français rapatriés d’Algérie, mais les élections législatives des 5 et 12 mars 1967 sont gagnées dans le département par la gauche, qui obtient les onze circonscriptions, cinq députés communistes et six de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) . Le PCF recueille plus de 30 % des voix et son journal La Marseillaise, tire à . Le courant communiste est dominant à la tête des syndicats enseignants, en particulier la Fédération de l’Éducation nationale (FEN) et dans le privé dans la CGT. Force ouvrière est implantée chez les municipaux de Marseille et dans le bassin minier de Gardanne, où la CFTC conserve également une certaine influence.
La forte présence des rapatriés d'Algérie à Marseille après 1962, dont une partie avaient été sensibles aux discours de l’OAS entre 1960 et 1962, explique par ailleurs la force des groupes d’extrême droite à la faculté de droit d’Aix-en-Provence. Plus de cent mille rapatriés s’étaient établis à Marseille à partir de 1962 tandis que lors des accords d’Evian, la France avait demandé à l’Algérie l’envoi de travailleurs, souvent logés en bidonvilles, dans les quartiers périphériques"Marseille en mai 68 et les années de rêves" par Sébastien Barles aux EditionsTimbuctu 2018, compte-rendu de lecture par Jacques Soncin journaliste et militant écologiste .
La crainte d'une crise économique Le contexte général est la crainte d'une crise économique en raison de l’accélération des fermetures d’entreprises à la faveur du déplacement de nombre d’activités comme la pétrochimie, en faveur du développement du nouveau port, voisin, de Fos sur Me r, avec son aire englobant Istres et Martigues.
« C’est une spécificité de Marseille par rapport aux autres villes : elle est déjà en crise économique, déjà en déshérence », avec des salaires plus faibles qu’ailleurs et un chômage plus fort, selon l'historienne Isabelle Sommier"Mai 68: C'était plutôt calme à Marseille, puis la ville a été «à l'avant garde de nombreuses luttes»" par Jean Saint-Marc, dans Vingt Minutes le 06/04/18 .
Le contexte d'union syndicale Comme ailleurs, L'UNEF lance une semaine d'action, du 11 au sur la question des examens et contre la "Réforme Fouchet", tout en soutenant le les grèves CFDT-CGT du 16 mai et 13 décembre 1967 contre les ordonnances sur la sécurité sociale.
Ces grèves ont resserré les liens entre les deux syndicats de salariés et permis aux jeunes militants de la CFDT, orientée plus à gauchet et déconfessionnalisée depuis 1964, de s'investir dans de nouvelles entreprises, sur fond de montée du mécontentement social et d'envolée des « jours perdus pour fait de grève » passés de 0,97 million en 1965 à 4,2 millions en 1967 qui durant les premiers mois de 1968 font place à des affrontements entre grévistes et forces de l’ordre, à la Saviem de Caen, au Mans, ou à Mulhouse"La CFDT : Dans les luttes, avec l’autogestion au cœur" par Pierre Cours-Salies, revue Syndicollectif . À Martigues, secteur des Bouches du Rhône en plein développement économique grâce aux nouvelles raffineries, la CFDT peut compter sur de jeunes militants très actifs comme Jean-Claude Aparicio, ex-ouvrier aux Chantiers et Ateliers de Provence de Port-de-Bouc, où sa mère était ouvrière à la sécherie de morues « La Fécampoise », puis aide chimiste chez Naphtachimie Lavéra, qui siège au conseil fédéral de la Chimie CFDT depuis 1967Biographie Maitron.
Depuis le milieu des années 1960, l’Association générale des étudiants de Marseille (AGEM), affiliée à l’UNEF participe à l'alliance locale entre CGT, CFDT et FEN, en s'y affichant lors des manifestations annuelles pour le Premier Mai en 1967 et 1968. Cette pratique régulière de l'intersyndicale va jusqu'à des banderoles communes SNES-AGEM. L'UNEF marseillaise dirigée par un PSU en opposition avec Paris L'AGEM-UNEF, branche marseillaise du syndicat étudiant, est alors très disputée car la vente de polycopiés procure des ressources et son local abrite au sous-sol une discothèque, Le Kilt, qui déménagera plus tard au 169 Avenue du Prado, 13008 Marseille. C'est la même chose à Nice où le Kilt Club, logé dans une somptueuse villa du quartier de Magnan, appartient à l'Agen (Association générale des étudiants de NiceLa Corse et la République par Jean-Paul Pellegrinetti, Ange Rovere - 2013.