Phryné (en grec ancien / , littéralement « crapaud », surnom donné à cause de son teint jaunâtre) est une célèbre hétaïre grecque du .
Histoire De son vrai nom MnésaretéEn grec / . (), elle naît à Thespies, en Béotie, d'un père qui s'appelait Épiclès. Elle se rend à Athènes où elle devient hétaïre. Rapidement, elle a pour amants certains des hommes les plus distingués du moment. Ainsi du sculpteur Praxitèle qui, selon Athénée (XIII, 59). et Pline l'Ancien (XXXIV, 21)., l'utilise comme modèle pour son Aphrodite de Cnide. Athénée y ajoute le peintre Apelle, qui l'utilise comme modèle pour son Aphrodite Anadyomène.
Elle est célèbre pour ses tarifs élevés : selon le poète comique MachonCité par Athénée, (XIII, 45)., elle réclame une mine pour une nuit. Le scholiaste du v. 149 du Ploutos d'Aristophane mentionne le prix extravagant de , soit plus d'un talent. Toujours selon Machon, son tarif varie suivant ses humeurs. Elle accumule de telles richesses que, selon le grammairien Callistrate (Livre XIII, 60)., elle aurait offert de rebâtir les murailles de Thèbes, abattues en par Alexandre le Grand, sous réserve qu'on y grave l'inscription . L'offre aurait été refusée.
Organisatrice d'une confrérie religieuse vouée au culte du dieu thrace Isodaetes, elle est accusée par l'un de ses anciens amants, Euthias, d'introduire une divinité étrangère à Athènes et par là-même de corrompre les jeunes femmes. Au tribunal de l'HéliéeEt non de l'Aréopage, erreur devenue dominante chez les non-spécialistes depuis le tableau de Gérôme (1861), la courtisane est défendue par l'orateur Hypéride, l'un de ses amants. Selon notre source principale Athénée de Naucratis, Hypéride, sentant la cause perdue, aurait déchiré la tunique de Phryné, dévoilant aux héliastes sa poitrineUne telle exhibition des seins, réinterprétée plus tard (notamment chez Alciphron au II siècle de notre ère) comme un stratagème érotique, relevait en réalité (si l'anecdote est vraie) d'une gestuelle de supplication attestée dans la littérature grecque, en particulier chez les Tragiques. Voir à ce sujet Florence Gherchanoc, « La beauté dévoilée de Phryné : l'art d'exhiber ses seins », in Mètis, 10 (2012), p. 201-225 (malgré une traduction doublement erronée du participe présent « δεξιουμένη » du poète Posidippe transmis par Athénée XIII, 60, page 591 e-f : non pas « après avoir supplié [chacun de ses juges] », mais « en tendant son bras droit vers chacun de ses juges » : geste solennel et respectueux accompagnant une demande, mais non geste de supplication) ; Jean-Victor Vernhes, « Quand Phryné dévoilait son sein, ou du nouveau sur l'affaire Phryné ? », dans Ὁ Λὐχνος / Connaissance hellénique, n° 153, juillet 2019, https://ch.hypotheses.org/3212. Ce spectacle, probablement inhabituel mais non pas impossible en un tel lieu, fut aussitôt complété par une péroraison habile où l'orateur fit valoir la beauté sacrée de l'accusée, peut-être (si l'on en croit Athénée ou sa source) en la parant du titre pompeux d'« interprète et sacristine d'Aphrodite » (ὑποφῆτιν καὶ ζάκορον Ἀφροδίτης)Athénée, loc. laud.. La traduction est celle de Vinciane Pirenne-Delforge, L'Aphrodite grecque. Athènes-Liège, 1994, p. 113 et note 109. Il serait abusif de traduire « ζάκορον » par « prêtresse », qui se dit « ἱέρεια ». Hypéride suscita ainsi dans le jury un mélange de pitié et de crainte religieuse (Athénée ne parle pas d'admiration ou de trouble des sens) qui entraîna la clémence : Phryné fut acquittéeAucun auteur antique ne dit qu'elle ait été ensuite « portée en triomphe au temple d'Aphrodite » tandis que son accusateur était « chassé de l'Aréopage » [sic, alors qu'il s'agit de l'Héliée] même si l'on trouve parfois écrit cela..
Selon Élien (IX, 32)., les Grecs auraient dressé sur une colonne, à Delphes, une statue en or de Phryné. Athénée précise qu'elle est l'œuvre de Praxitèle et qu'elle porte l'inscription « Phryné, fille d'Épiclès de Thespies ». Plutarque parle également de cette statue comme œuvre de Praxitèle présente dans le sanctuaire d'Apollon à DelphesPlutarque, Eroticos, 9, 753 E-F, éd. Bernardakis, p. 411.
Évocations artistiques
Peinture et sculpture
Phryné séduit le philosophe Xénocrate, Angelica Kauffmann, 1794, collection privée; Praxitèle donnant à Phryné sa statue de Cupidon, Angelica Kauffmann, 1794, Rhode Island School of Design Museum; Phryné, Gustave Boulanger, 1850, Amsterdam, Van Gogh Museum; Phryné devant l'aréopage, Jean-Léon Gérôme, 1861; Phryné aux fêtes de Poséidon à Éleusis, Henryk Siemiradzki, 1889; Phryné, James Pradier,1845, musée de GrenobleCatalogue de l'exposition : Statues de chair, sculptures de James Pradier (1790-1852), Paris-Genève, 1985/86, .; Phryné remettant ses voiles, James Pradier, 1852.
Littérature Dans le monde littéraire, Charles Baudelaire, dans ses poèmes Lesbos et La Beauté, Alexandre Dumas dans Le Comte de Monte-Cristo, ainsi que Rainer Maria Rilke, dans son poème Die Flamingos, se sont inspirés de la beauté et de la réputation de Phryné. Dans son poème La carafe d'eau pure, Saint-Pol-Roux l'invoque comme un accord secret entre beauté et vérité, s'appuyant sur le topos de la Vérité sortant du puits.
Autres Camille Saint-Saëns écrit son opéra Phryné en 1893.
En 1891, le futur académicien Maurice Donnay connaît un grand succès en présentant au théâtre d'ombres du Chat noir sa fantaisie PhrynéDont le texte est consultable sur Gallica ..
L'histoire de Phryné a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en Italie en 1953, sous le titre Frine, cortigiana d'Oriente (Phryné, courtisane d'Orient), réalisée par Mario Bonnard.
Dans son ballet pour Faust, Charles Gounod écrit une Danse de Phryné.
Dans le final de son opéra Les contes d'Hoffmann, Offenbach évoque Phryné dans La Chanson de Kleinzack.
En 2015, l'écrivain Christophe Bouquerel fait de Phryné l'héroïne de son roman La Première femme nue (prix Historia 2015 du roman historique).
Notes et références Deipnosophistes (XIII, 59).
Voir aussi
Bibliographie
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Articles connexes Vénus d'Arles Prostitution en Grèce antique Phryné aux fêtes de Poséidon à Éleusis Autres courtisanes célèbres : Aspasie (), Laïs d'Hykkara (rivale de Phryné), Laïs de Corinthe () Deux représentations de Phryné dans la statuaire d'édition du : et celle de Salmson
Liens externes
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