Les Entretiens familiers de Confucius, de leur titre chinois Kongzi Jiayu ( ; transcription de Harlez : Kong-tze kia-yu), sont un recueil d'entretiens de Confucius rédigé en supplément aux Analectes.

L'existence d'un ouvrage de ce nom est supposée remonter au moins au début de la dynastie Han (206 – 220 ), et il est mentionné dans le , bibliographie impériale du , qui précise que le livre contient . La version actuellement existante a cependant été compilée au par l'érudit () du royaume de Wei, et contient dix rouleaux et .

Les spécialistes chinois ont longtemps pensé que le texte transmis n'était qu'un apocryphe forgé de toutes pièces par Wang Su, sans aucun lien avec le texte original du même nom, mais cette opinion a été remise en cause par la découverte de tombes de la dynastie des Han occidentaux à Dingzhou ( ; 55 ) et ( ; 165 ).

Contenu alt=Représentation de Confucius avec ses disciples (Japon, époque d'Edo)|gauche|vignette|Représentation de Confucius avec ses disciples (Japon, époque d'Edo). Dans la postface des Entretiens familiers de Confucius, son auteur le décrit comme une compilation de discussions de Confucius avec et d'autres interlocuteurs, recueillies par ses élèves. Certaines discussions ont été publiées dans les Analectes de Confucius, tandis que le reste a été collecté dans les Entretiens familiers. Cette explication est cohérente avec le contenu de l'ouvrage, qui couvre presque toute la tradition confucéenne attestée par divers textes anciens comme le Zuo Zhuan (), les Discours des royaumes, le Mencius, le Han Feizi (), le Classique des rites, les , les Annales des Printemps et des Automnes de Lü, le Huainanzi (), à l'exception des éléments inclus dans les Analectes, le Classique de la piété filiale et quelques autres œuvres.

Les sujets traités par les Entretiens familiers de Confucius comprennent la généalogie détaillée de Confucius, ses parents, sa naissance, des épisodes et événements de sa vie, et ses discussions. Ses disciples y occupent également une place importante, l'une des sections étant ainsi entièrement consacrée à Yan Hui (), son élève favori. En tout, voient leur nom mentionné dans l'ouvrage.

Soupçons de mystification alt=Première section des Entretiens familiers de Confucius|gauche|vignette|Première section des Entretiens familiers de Confucius. D'après la postface des Entretiens familiers de Confucius, l'ouvrage a été compilé par (), un lettré influent et descendant de Confucius ayant vécu au , à partir de retranscriptions des enseignements du philosophe par ses disciples. Peu après la publication des Entretiens familiers par Wang Su, par ailleurs connu pour ses critiques contre le lettré Zheng Xuan (), l'un des partisans de ce dernier, Ma Zhao (), soupçonne Wang Su de l'avoir modifié pour y introduire des apports personnels.

Malgré la persistance de doutes sur leur authenticité, les Entretiens familiers ont une certaine influence tout au long des dynasties Tang et Song. (), auteur d'un important commentaire des Mémoires historiques, les place sur le même plan que cette dernière œuvre. Zhu Xi (), figure du néo-confucianisme, les tient également en haute estime.

Toutefois, avec l'émergence des , un mouvement intellectuel rationaliste influent sous la dynastie Qing, les Entretiens familiers commencent, comme d'autres ouvrages anciens prétendument authentiques, à faire l'objet de critiques. Un grand nombre de spécialistes, dont Sun Zhizu (), Fan Jiaxiang (), Yao Jiheng (), Cui Shu (), Pi Xi (), Wang Pinzhen () et (), considèrent l'œuvre comme un faux, Sun et Fan se livrant même tous deux à des analyses poussées appuyant leurs conclusions ; une petite minorité, notamment représentée par Chen Shike (), continue toutefois de défendre l'authenticité du texte.

Au , Gu Jiegang (), chef de file de la très influente , s'inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs en réaffirmant leur conclusion selon laquelle les Entretiens familiers de Confucius ne sont qu'un faux créé par Wang Su, et les estime pour l'étude de Confucius. En conséquence, peu de spécialistes modernes se sont penchés sur le texte.

Études occidentales En raison des controverses sur leur authenticité et du fait que l'essentiel de leur contenu soit déjà connu par le biais d'autres textes anciens, les Entretiens familiers de Confucius ne sont guère étudiés par les premiers sinologues occidentaux. Toutefois, quelques-uns, dont James Legge, et Richard Wilhelm, soutiennent l'authenticité de l'œuvre, malgré l'avis des auteurs chinois qui y voient un faux.

Les Entretiens familiers de Confucius sont traduits pour la première fois en anglais par A. B. Hutchinson sous le titre , puis en français par Charles de Harlez en 1899. En 1950, Robert Paul Kramers retraduit en anglais les dix premières sections des Entretiens familiers et les publie sous le titre . Dans son introduction, Kramers rejette l'idée selon laquelle Wang Su aurait forgé le texte de toutes pièces.

Découvertes archéologiques alt=Tombe de Shuanggudui au musée de Fuyang|vignette|Tombe de au musée de Fuyang. En 1973, des archéologues chinois fouillent une tombe de la dynastie des Han occidentaux à Bajiaolang (), une localité du district de Dingzhou (), dans le Hebei. Daté de 55 , le site livre des lamelles de bambou sur lesquelles figure notamment un texte intitulé Entretiens de l'école confucéenne (), qui présente de grandes similitudes avec les Entretiens familiers de Confucius.

En 1977, d'autres archéologues découvrent la tombe de (), datant de 165 , près de Fuyang, dans la province de l'Anhui. Ils y mettent au jour une tablette de bois contenant la table des matières des Entretiens de l'école confucéenne, là encore très similaire au texte des Entretiens familiers de Confucius qui nous est parvenu.

Ces découvertes archéologiques, ainsi que des recherches menées sur les et la publication d'une version des Entretiens familiers de Confucius tiré des manuscrits de Dunhuang conservés à la , a convaincu de nombreux spécialistes que l'œuvre ne pouvait pas être un faux créé par Wang Su, et qu'elle pourrait bien avoir été compilée par Kong Anguo, comme le prétend Wang. De fait, les Entretiens familiers bénéficient maintenant d'une plus grande attention de la part des spécialistes : Yang Chaoming (), auteur de l'ouvrage Interprétation des Entretiens familiers de Confucius (), publié en 2005, les considère ainsi comme étant de même valeur que les Analectes pour l'étude de Confucius.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Articles connexes Classiques chinois Confucius Entretiens de Confucius

Catégorie:Classique confucéen Catégorie:Livre paru au IIIe siècle Catégorie:Œuvre littéraire se déroulant au VIe siècle av. J.-C. Catégorie:Œuvre littéraire se déroulant au Ve siècle av. J.-C. Catégorie:Œuvre littéraire se déroulant en Chine