Histoire sociale des idées au Québec 1760-1896, est un ouvrage rédigé par Yvan Lamonde, professeur de littérature à l'Université McGill, historien, philosophe et essayiste. Son livre est publié en 2000 aux éditions Fides, est traduit en anglais en 2013 et connaît une réédition en 2014. Il s'agit du premier volume d'une trilogie allant jusqu'en 1965 : le deuxième volume, Histoire sociale des idées au Québec 1896-1929, paraît en 2004 tandis que le troisième volume, La modernité au Québec, est publié en deux tomes (2011 et 2016).

Yvan Lamonde est spécialisé en histoire des idées, en histoire culturelle et est un nom connu de l'historiographie québécoise. Il rédige et publie de nombreux ouvrages et articles sur l'histoire québécoise, notamment sur la question identitaire et culturelle. Il est récompensé au cours de sa carrière par de nombreux prix comme le prix du Gouverneur général en 1980 et en 1995. Le titre de son ouvrage énonce clairement son objectif : faire une histoire sociale des idées au Québec. Yvan Lamonde entend montrer dans sa synthèse, dans quels contextes sociaux sont produites et reçues les idées qu'il qualifie de civiques, comme le libéralisme, dans la société québécoise entre 1760 et 1896. Son livre est très bien reçu et ses recherches sont saluées par la communauté scientifique qui reconnaît l'importance historiographique de cet ouvrage. Ce dernier lui vaudra d'ailleurs de nombreuses récompenses comme le prix Richard-Arès. Cependant, certains historiens et universitaires émettent quelques critiques et réserves sur certains aspects comme la justesse de la désignation d'histoire sociale de l’œuvre de Lamonde ou bien la grande place faite au libéralisme, qui se ferait parfois au détriment d'autres idées selon certains de ses pairs.

Contexte historiographique L'ouvrage d'Yvan Lamonde appartient aux pratiques de l'histoire des idées et de l'histoire intellectuelle. Ces écritures de l'histoire s'inscrivent dans le large domaine de l'histoire culturelle. Lamonde suggère de définir ce courant historiographique ainsi : « l'étude de l'évolution des idées, des sentiments, des croyances, des pratiques et des représentationsYvan Lamonde, « L'histoire culturelle comme domaine historiographique au Québec », Revue d'histoire de l'Amérique française, 51, 2, 1997, ().. » Le développement de ce champ historiographique au Québec fait l'objet de différentes interprétations. Les historiens du Québec sont en mesure de théoriser sur les avenues empruntées par les chercheurs de ce domaine au fil du temps, parce qu'ils profitent d'importants efforts de réflexion sur la discipline. En effet, des bilans bibliographiques et des guides bibliographiques portant précisément sur ledit terrain historiographique furent fréquemment publiésYvan Lamonde, « L'histoire culturelle comme domaine historiographique au Québec », Revue d'histoire de l'Amérique française, 51, 2, 1997, ().. L'orientation de certaines revues scientifiques témoigne également de l'active consolidation du champ disciplinaire. Par exemple, le numéro d'automne 1989 du Journal of Canadian Studies/Revue d'études canadiennes, dont des universitaires du Québec étaient les principaux instigateurs, visait à faire le point sur la recherche en histoire culturelle et intellectuelle dans l'ensemble du CanadaYvan Lamonde, « L'histoire culturelle comme domaine historiographique au Québec », Revue d'histoire de l'Amérique française, 51, 2, 1997, ().. La plupart des historiens s'accordent pour dire que l'histoire culturelle prit sa source dans le climat intellectuel qui succéda à la Seconde Guerre mondiale. D'aucuns considèrent la Revue d'histoire de l'Amérique française, fondée en 1947, comme un terreau fertile pour le développement de cette pratique historiographique. Lionel Groulx, à qui on impute la fondation de cette revue, s'intéressait, notamment, aux idées préconisées et formulées par Louis-Joseph Papineau.

Après la naissance de l'histoire culturelle au Québec des années 1940, il est possible de distinguer trois moments importants dans l'évolution du champ historiographique. La première phase correspond à la décennie qui fait suite à l'armisticeYvan Lamonde, « L'histoire culturelle comme domaine historiographique au Québec », Revue d'histoire de l'Amérique française, 51, 2, 1997, ().. Pour rendre compte de l'évolution de cette écriture de l'histoire durant l'après-guerre, des historiens confrontent les grilles d'analyse historique de l'Université de Montréal et celles de l'Université Laval à Québec. Par « école de Québec », on entend généralement désigner les professeurs qui étaient favorables à la préservation de l'héritage britannique et au projet de confédération. L'« école historique de Montréal » incarnait plutôt la défense des valeurs catholiques et françaisesFrançois Olivier Dorais. « Classifier et organiser la production historiographique au Québec : réflexions critiques autour de la notion d'« école historique ». Bulletin d'histoire politique, 24, 3(2016), ().. Cependant, certains historiens s'intéressant à ce débat a posteriori ne réduisent pas ces deux écoles à des positions antagoniques. En insistant sur les constantes qui sous-tendent l'historiographie canadienne-française et québécoise de l'après-guerre, ils prétendent que cette querelle majeure donna lieu à une écriture de l'histoire culturelle cohérente. L'amitié intellectuelle qui unissait Marcel Trudel, professeur à l'Université Laval, et Guy Frégault, de l'Université de Montréal, illustre bien l'étroite collaboration des deux écoles historiques dans la consolidation d'un nouveau champ d'études. Ces deux amis appartenaient à une génération d'historiens laïcs et professionnels qui voulaient rompre avec une historiographie traditionaliste et soumettre leur discipline à une méthode plus stricte selon des critères scientifiquesFrançois Olivier Dorais. « Marcel Trudel et Guy Frégault : regards sur une amitié intellectuelle », Recherches sociographiques, 57, 2-3(2016), ().. Hormis Marcel Trudel et Guy Frégault, ce courant était alimenté par les travaux de Claude Galarneau, Philippe Sylvain et Pierre Savard. Ils étudiaient les manifestations des cultures française et britannique dans le Canada et le Québec. Le deuxième moment dans lequel peuvent être classées les productions d'études en histoire culturelle au Québec est associé à la décennie 1970. Fernand Ouellet, Jean-Pierre Wallot, Jean-Paul Bernard, Nadia Fahmy-Eid et Fernand Dumont détournèrent les premiers le regard des métropoles européennes et choisirent la colonie comme principal terrain de recherche pour y observer la production et la diffusion des idées politiques et la constitution d'idéologies. Dans un troisième temps, dans les années 1990, des universitaires comme Normand Séguin et Gérard Bouchard étudièrent les composantes de la culture de la société coloniale.

De façon globale, les bilans historiographiques révèlent que la religion, la question de l'identité nationale, l'éducation et la manifestation de l'idéologie libérale occupent une part fort importante de la recherche dans le domaine de l'histoire culturelleYvan Lamonde, « L'histoire des idées et de la culture au Québec (1760-1997) : deuxième supplément bibliographique (1993-1997) et tendances de la recherche : première partie : 1760 à 1880 », Bulletin d'histoire politique, 9, 2, 2001, ().. Les études de ce courant partagent non seulement des thématiques essentiellement similaires, mais également certaines tendances méthodologiques. Ce que certains désignent comme l'histoire critique dénote le désir de faire progresser la connaissance historique de la culture en s'appuyant sur la valorisation des documents premiers et leur analyse circonspecteFrançois-Olivier Dorais. « Marcel Trudel et Guy Frégault : regards sur une amitié intellectuelle », Recherches sociographiques, Volume 57, no 2-3(2016), ().. Des corpus furent établis dans le but de rendre compte « du circuit complet de la production, de la diffusion, de la consommation et de la réception d'un phénomène ou d'un objet culturelYvan Lamonde, « L'histoire culturelle comme domaine historiographique au Québec », Revue d'histoire de l'Amérique française, 51, 2, 1997, ().. » Cette mouture canadienne-française et québécoise de l'histoire culturelle participe de courants internationaux. Yvan Lamonde suggère que le champ historiographique est profondément enraciné dans le contexte de l'Amérique du NordYvan Lamonde, « L'histoire culturelle comme domaine historiographique au Québec », Revue d'histoire de l'Amérique française, 51, 2, 1997, (). À cet effet, François-Olivier Dorais rappelle que Frégault et Martel furent fortement influencés par leur passage dans les universités américainesFrançois-Olivier Dorais. « Marcel Trudel et Guy Frégault : regards sur une amitié intellectuelle », Recherches sociographiques, , , 2016, ().. L'influence des Écoles des Annales et des études françaises est, par conséquent, à nuancer. Toutefois, Damien-Claude Bélanger, de l'Université McGill, considère que les Annales infléchirent les travaux en histoire culturelle au Québec, ce qui explique en partie la distanciation des productions anglophones et francophones au CanadaDamien-Claude Bélanger. « L'histoire intellectuelle du Canada et du Québec : bibliographie sélective », Mens, 1, 2, 2001, ()..

L'histoire intellectuelle, parce qu'elle constitue l'un des embranchements principaux de l'histoire culturelle, peut faire l'objet d'un examen plus spécifique. Parmi les ouvrages d'histoire culturelle parus au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la naissance de l'histoire plus spécifiquement intellectuelle s'incarne dans l'étude de Marcel Trudel, éditée chez Fides en 1945 : L'influence de Voltaire au CanadaFrançois-Olivier Dorais. « Marcel Trudel et Guy Frégault : regards sur une amitié intellectuelle », Recherches sociographiques, , , 2016, ().. Cette écriture de l'histoire ne se contente généralement pas d'étudier les idées, mais cherche plutôt à situer ces dernières dans un climat, à réfléchir aux conditions de production et de diffusion de celles-ci. Puisque les considérations sociétales découlent nécessairement de l'étude de la production d'idées, il faut noter que les chercheurs associés à cette tradition historiographique peuvent avoir recours à l'écriture d'une histoire sociale. Du point de vue de la documentation, en histoire intellectuelle, l'utilisation des documents écrits et imprimés prime souvent le recours aux sources matérielles et l'étude des traditions orales.