Le secteur de l'énergie au Liban est totalement dominé par le pétrole, qui représente plus de 90 % de l'énergie primaire consommée, et près de 30 % des importations totales du pays en 2022.

Le marché libanais de l'énergie est caractérisé une consommation en forte hausse, et des pénuries fréquentes du fait d'infrastructures vétustes en partie détruites par la guerre civile qui a ravagé le pays entre 1975 et 1990.

Depuis les années 1990, d'importants travaux ont néanmoins été engagés par les pouvoirs publics pour augmenter la production, diversifier le mix énergétique très dépendant des énergies fossiles importées, et raccorder de nombreux foyers n'ayant pas accès à l'électricité. La consommation d'énergies primaires a ainsi été multipliée par plus de 4 entre 1990 et 2017, passant d'environ 2 à plus de 8 tonnes d'équivalent pétrole sur cette période. Mais des écarts élevés entre la capacité de production et la demande persistent, principalement pour ce qui concerne l'électricité.

Le secteur de la distribution de carburant est aux prises avec des difficultés financières chroniques du fait de l'utilisation des fluctuations du dollar, monnaie utilisée pour les importations, tandis que le prix des carburants est fixé en livre libanaise par le Ministère de l'Énergie. Pour autant, contrairement à l'électricité, il n'y a pas de pénurie structurelle d'essence sur le marché libanais. Mais la dépendance extérieure du secteur énergétique libanais aggrave lourdement la dette publique libanaise : la dette liée au secteur de l’énergie et de l’électricité du Liban représente plus de 40 % de sa dette souveraine du Liban alors que les Libanais bénéficient de moins de deux heures d’électricité par jour.

La fonction de Ministre de l'Énergie et de l'Eau est actuellement occupée par Nada Boustani. En , Walid Joumblatt, principal chef politique de la communauté druze du Liban suggère de nommer à ce poste à Carlos Ghosn, ancien PDG de Renault d'origine libanaise et réfugié au Liban depuis son évasion du Japon où il est inculpé pour des malversations. Cette proposition est déclinée par l'homme d'affaires.

Chronologie du secteur énergétique au Liban

Dans les années 1960, le Liban avait une consommation électrique annuelle par habitant parmi les plus élevées du Moyen-Orient, d'environ 300 kWh contre 130 en Turquie, 100 en Syrie, et 61 en Jordanie.

Entre 1975 et 1990, la guerre du Liban, conflit interne ponctué d’interventions étrangères fait près de 150 000 victimes, et provoque d'importants dégâts matériels, notamment sur les infrastructures énergétiques. Au sortir du conflit, la capacité de production s’est réduite à environ 600 mégawatts.

Depuis lors, la demande est repartie à la hausse, et plusieurs initiatives de réformes et reconstructions d'infrastructures ont été prises par les pouvoirs publics pour y faire face. Les tarifs de l'électricité ont notamment été bloqués en 1994 et basés sur le prix du baril de pétrole de l’époque qui s’élevait à 20 dollars. Ce faisant, le gouvernement libanais achète de l’électricité à un prix inférieur pour aider les personnes à revenu modeste à payer leurs factures, et couvrir le coût chaque année tandis que, pour des raisons électorales, cette politique de subvention a été appliquée à toute la population, et non seulement aux plus défavorisés. Cela a entraîné une consommation abusive, des profits sur les concessions et d’énormes déficits publics.

En , le conflit israélo-libanais détruit à nouveau une partie de l'infrastructure du Liban, provoquant une baisse de 20 % de la consommation d'énergie primaire, entre 2005 et 2007. Après la fin des hostilités, celle-ci repart à la hausse retrouvant son niveau d'avant la guerre en repassant en 2008 le seuil de 5 tonnes d'équivalent pétrole.

Dans une moindre mesure, le Liban, très dépendant des importations d'hydrocarbures subit les conséquences du "troisième choc pétrolier" de la fin des années 2000.

En fin d'année 2019, les pénuries d'électricité persistantes, ainsi que de nouvelles taxes sur les carburants font partie des principales causes des manifestations qui secouent le pays à partir d'octobre.

Mix énergétique

Consommation d'énergie primaire au Liban Années199219972002200720122017Pétrole228348774860380167658644Charbon0132132132165171Bimoasse105123142169141133Énergies renouvelables6279636012687Gaz naturel000000Total (Ktep)245052115197416271979035 Source : Agence Internationale de l'Énergie

En 2017, plus de 95 % de l'énergie primaire consommée au Liban étaient constituées d'hydrocarbures, uniquement le pétrole, le gaz naturel étant absent du mix.

En , un appel d’offres a été communiqué par le gouvernement portant sur l’importation de trois unités flottantes de stockage et de transformation du gaz liquéfié, visant à terme remplacer le fioul par du gaz dans le mix énergétique.

Production d'électricité au Liban

Production d'Électricité du Liban La compagnie nationale, « Électricité du Liban », détient le monopole de la production d’électricité dans le pays depuis les années 1960, et emploie 2000 salariés. En 2010, un plan d’action a été approuvé par le gouvernement libanais, prévoyant la modernisation des réseaux de distribution, et l’installation d’un système de comptage moderne. Des plans de raccordements à grande échelle sont depuis lors régulièrement mis en œuvre par la compagnie nationale.

Le courant est principalement produit par des centrales thermiques terrestres, auxquelles s'ajoutent deux navires-centrales loués au turc Karpowership. Les centrales thermiques de Deir Ammar et Zahrani, qui déploient chacune environ 470 mégawatts fonctionnent au gasoil, tandis que les autres centrales thermiques du pays consomment du fioul. Ces infrastructures sont approvisionnées par des navires-citernes dépêchés par les deux fournisseurs du pays, l’algérien Sonatrach et Kuwait Petroleum Corpporation. En décembre 2021, le Ministre libanais de l'Énergie se rend à Paris et rencontre le PDG du groupe Total Patrick Pouyanne, de qui il obtient un accord pour mener une étude technique et financière relative à la construction d'une unité flottante de regazéification dans la centrale électrique de Zahrani. L'usine a une capacité d'environ 650 millions de mètres cubes de gaz par an, mais cette capacité passerait à 1,4 milliard de mètres cubes après la construction de l'unité supplémentaire.

La production d'électricité de la compagnie EDL est d'environ 1 800 mégawatts (pour capacité totale d'environ 2 300 MW), tandis que la demande oscille entre 3 000 et 3 200 MW. À cause de ce déséquilibre, en 2018, les habitants de l'agglomération de Beyrouth subissaient environ de 4 heures et demie de coupure d'électricité par jour, tandis que le rationnement est beaucoup plus lourd dans les régions périphériques.

Usage massif de groupes électrogène Cette tension sur le marché de l'électricité est en partie compensée par l'utilisation de générateurs privés, qui fournissent du courant à plus de 1,5 million de foyers touchés par les coupures. Ces générateurs sont tolérés par le gouvernement qui fixe les prix de revente de l'électricité qu'ils produisent.

En 2018, selon une étude de la Banque mondiale, entre 33.000 et 37.000 groupes électrogènes produisaient 8,1 térawattheures d’électricité et couvraient 37% de la demande d’électricité du Liban et étaient responsables de 11,4% des émissions de gaz à effet de serre dans le pays. Pour le secteur résidentiel, les générateurs de quartier fournissaient 4 térawattheures à près de 1,1 million de foyers. Mais ce parc est aussi dépendant du carburant importé qu’Électricité du Liban (voire plus en raison de son inefficience) avec une consommation estimée à 1,8 milliard de dollars en 2018.

Outre des difficultés de production, le marché de l'électricité au Liban est aussi en butte à des problèmes de détournement par des branchements illégaux, en raison des insuffisances persistantes de raccordement. Ceux-ci ont détourné plus de 20 % de la production en 2018. La compagnie Électricité du Liban prévoit les réduire à 3 % en 2021, en raccordant massivement les foyers dans le besoin au réseau national. Cette mesure est un des axes majeurs du plan de réforme de l’électricité voté en , qui vise à rendre EDL capable à terme de fournir du courant 24 h sur 24 à tous ses abonnés tout en restant rentable.

Importations En août 2021, l'administration américaine approuve un projet qui permettrait d'approvisionner le Liban en électricité en provenance de Jordanie via la Syrie, potentiellement financé avec l’aide de la Banque mondiale.

Consommation énergétique dans le secteur des transports Le début des années 2020 est marqué au Liban par un essor des véhicules électriques, accéléré par la crise économique qui provoque durant l'été 2021 une dramatique pénurie de carburants. Selon les chiffres de la Direction générale du département du trafic routier confirment ce constat, 741 voitures électriques ont été mises en circulation au Liban depuis 2015 jusqu’à fin mai 2022, dont 83,4 % l’ont été depuis début 2021.

Vu sa petite superficie (10 452 km²) et sa nature montagneuse, le Liban représente un terrain idéal pour ces véhicules, mais le manque, voire l’absence d’infrastructures adaptées est l’une des raisons principales du retard des Libanais habituellement avides de nouveauté. Une douzaine de stations de recharge ont été installées sur l’ensemble du territoire libanais, essentiellement entre la capitale Beyrouth et la région du Mont-Liban. Depuis 2018, les importations de véhicules électriques au ,Liban sont exemptées de droits de douane.

Développements du potentiel énergétique du pays

Développement des énergies renouvelables Depuis la fin de la guerre civile, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique du Liban oscille entre 1 et 2%. Si les infrastructures manquent, plusieurs estimations indiquent que le potentiel du pays en énergies renouvelables est globalement élevé.

En 2010, le gouvernement libanais a lancé l'« Action nationale pour l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables », un mécanisme destiné au financement de projets d'énergie verte dans le pays. Les entités du secteur privé peuvent demander des prêts avantageux pour tout type de projets respectueux de l'environnement. En , la ministre de l’Énergie et de l’Eau, Nada Boustani, annonce que le Liban a revu à la hausse son objectif en termes de part d’énergies renouvelables à l’horizon 2030, à 30 % de la demande d’électricité. Il s’agit du double du seuil initialement fixé.

Selon un rapport préparé par le Centre libanais pour la conservation de l’énergie et publié par Forbes Moyen-Orient, un investissement de 6,7 milliards de dollars dans les énergies renouvelables pourrait mettre fin à la pénurie d’électricité au Liban :

2,6 milliards de dollars pour 2 500 MW de solaire photovoltaïque ; 1,8 milliard de dollars pour 1 000 MW d'éolien ; 1,9 milliard de dollars pour 601 MW d'hydroélectricité ; 309 millions de dollars pour 100 MW de centrale solaire thermodynamique ; 50 millions de dollars pour 13 MW biogaz.

À noter que les chiffres de l’hydroélectrique qui pourrait couvrir 10 à 15 % des besoins semblent exagérés puisqu’il devrait coûter environ 400 millions de dollars tandis que les investissements pour le solaire et l’éolien devraient être limités respectivement à 700 MW et 800 MW. Le Liban devrait également envisager d’investir dans la géothermie.

Potentiel sur l'énergie photovoltaïque