La guerre en Irak dans la province d'Al Anbar, également connue sous le nom de campagne d'Al Anbar, consiste en une série d'affrontements entre l'armée américaine, les forces du gouvernement Irakien, et la guérilla irakienne sunnite dans la province irakienne occidentale d'Al-Anbar.
La Guerre d'Irak dure de 2003 à 2011. Toutefois, la plupart des combats et la majeure partie de la campagne de contre-insurrection à Al-Anbar a eu lieu entre et . Après une première phase d'intense guerre urbaine, principalement entre des insurgés et des Marines américains, les combats évoluent par la suite et les insurgés se concentrent durant les dernières années sur des embuscades contre les forces de sécurité américaines et irakiennes, menées à l'aide d'engins explosifs improvisés (IED), des attaques à grande échelle contre des avant-postes de combat ainsi que des attentats à la voiture piégée. Le bilan des pertes fait état de près de Irakiens et de Américains tués au cours de la campagne. Une majeure partie de ces morts eurent lieu dans la vallée de l'Euphrate et dans le triangle sunnite autour des villes de Falloujah et Ramadi.
Al Anbar, la seule province sunnite d'Irak, connut peu de combats lors de l'invasion initiale. Après la chute de Bagdad, elle fut occupée par la 82nd Airborne Division de l'armée américaine. Les violences éclatèrent le lorsque 17 Irakiens furent tués à Fallujah par des soldats américains lors d'une manifestation anti-américaine. Début 2004, l'armée américaine confia le commandement du gouvernorat aux Marines. En , les révoltes s'étendirent à l'ensemble du gouvernorat. Des combats de forte intensité eurent lieu à Falloujah et à Ramadi à la fin de l'année 2004, comme lors de la deuxième bataille de Falloujah. L'intensité et la violence des combats se sont ensuite accrues tout au long des années 2005 et 2006 ; les deux parties camps luttaient alors pour sécuriser la vallée de l'Euphrate occidental. Pendant ce temps, Al-Qaïda en Irak (AQI) devint le principal groupe d'insurgés sunnites du gouvernorat et fit de la capitale provinciale de Ramadi son fief. Le Marine Corps publia un rapport de renseignement fin 2006 déclarant que le gouvernorat serait perdu sans un engagement supplémentaire significatif de troupes.
En , plusieurs tribus situées à Ramadi et dirigées par le cheikh Abdul Sattar Abou Richa commencèrent à former ce qui allait devenir l'éveil d'Anbar. Cette formation fut ce qui par la suite permit aux tribus à se révolter contre AQI. L'éveil d'Anbar contribua à inverser la tendance contre les insurgés jusqu'en 2007. Les forces américaines et les forces tribales irakiennes reprirent le contrôle de Ramadi au début de l'année 2007, ainsi que d'autres villes telles que Hīt, Haditha et Ar-Rutbah. Des combats plus intenses suivirent néanmoins tout au long de l'été 2007, en particulier dans la vallée de la rivière occidentale rurale, en grande partie en raison de sa proximité avec la frontière syrienne et du vaste réseau de points d'entrée naturels permettant aux combattants étrangers d'entrer en Irak, via la Syrie. En , les États-Unis tournèrent leur attention vers le gouvernorat d'Anbar oriental et priorisèrent la sécurisation des villes de Fallujah et d'.
Les combats étaient pour la plupart terminés en , bien que les forces américaines aient conservé un rôle stabilisateur et consultatif jusqu'en . Pour marquer leur victoire, le président George W. Bush se rendit à Al-Anbar en pour féliciter Sheikh Sattar et d'autres personnalités tribales de premier plan. AQI assassina Sattar quelques jours plus tard. En , le contrôle politique de la province fut transféré au gouvernement Irakien. Le contrôle militaire fut pour sa part transféré en , à la suite du retrait des forces américaines des villes. Les Marines furent remplacés par l'armée américaine en . L'armée retira ses unités de combat en , ne laissant que des unités de conseil et de soutien. Les dernières forces américaines quittèrent le gouvernorat le .
Contexte alt=refer|gauche|vignette| Une carte de la province d'Al Anbar en 2004, telle que subdivisée par l'armée américaine. Al-Anbar est la province la plus grande et la plus occidentale de l'Irak. Elle représente 32 % de la superficie du pays, soit près de , soit presque autant que l'état de Caroline du Nord aux États-Unis, ou un peu plus que l'ensemble de la Grèce. Géographiquement, elle est isolée de la majeure partie de l'Irak, mais elle est facile d'accès depuis l'Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie. La géographie de cette province se caractérise notamment par la présence du fleuve Euphrate, du lac Habbaniyah et du (créé artificiellement). En dehors de la zone qui entoure l'Euphrate, le terrain est essentiellement désertique, et inclut la partie orientale du désert de Syrie. Les températures varient de à entre novembre et mars. La province manque de ressources naturelles importantes et de nombreux habitants ont bénéficié du système de patronage du gouvernement baasiste, financé par les revenus pétroliers provenant d'autres provinces dans le pays.
L'Autorité provisoire de la Coalition (CPA) a estimé qu'environ 1,2 million d'Irakiens vivaient dans la province d'Al-Anbar en 2003, dont plus des deux tiers dans les villes de Fallujah et Ramadi. Avec une population sunnite estimée à 95%, dont beaucoup de la , Anbar est la seul province Iraqienne sans population chiite ou kurde notable. 95% de la population vit à moins de de l'Euphrate. Au moment de l'invasion, Fallujah était connue comme une enclave religieuse hostile aux étrangers, tandis que Ramadi, la capitale provinciale, était considérée comme plus laïque. En dehors des villes, l'ancien dirigé par les cheikhs avait une influence considérable. alt=Aerial photograph of a built-up area, with a major river, houses, and palm groves.|droite|vignette|250x250px| Une photographie aérienne des zones urbaines autour de Ramadi et de l'Euphrate, où vivait la majorité de la population de la province d'Al-Anbar. Certaines conditions ont particulièrement favorisé une insurrection dans la province. La province était majoritairement sunnite. Ce groupe religieux est minoritaire à l'échelle du pays (environ 40% de la population) et a perdu une partie de son pouvoir et de son influence en Irak après la chute de Saddam Hussein. Ce dernier était également très populaire dans Al-Anbar, plus que partout ailleurs à travers le pays. Le service militaire était obligatoire dans l'Irak de Saddam et la région d' contenait une part importante de l'industrie de l'armement du pays. Immédiatement après la chute de Saddam, des insurgés (et d'autres) pillèrent une grande partie des 96 sites de munitions connus, ainsi que des armureries et des stocks d'armes locaux. Ces armes furent notamment utilisées pour armer les insurgés à travers Al-Anbar et ailleurs. Alors que seule une petite minorité de sunnites étaient initialement des insurgés, beaucoup les soutenaient ou les toléraient. Des sympathisants baasistes et d'anciens responsables de Saddam en exil syrien fournirent de l'argent, un sanctuaire et des combattants étrangers à ces groupes d'insurgés, les renforçant. Le futur dirigeant d'Al-Qaïda en Irak, Abu Musab al-Zarqawi avait passé une partie de l'année 2002 dans le centre de l'Irak, y compris le gouvernorat d'Al-Anbar, à se préparer à la résistance. Quelques mois après l'invasion, le gouvernorat était devenu un sanctuaire pour les combattants anti-occupation.
2003
L'invasion
Al-Anbar connut relativement peu de combats lors de l'invasion initiale de l'Irak : l'offensive américaine fut principalement dirigée vers les régions chiites du sud-est de l'Irak, du Koweït à Bagdad. Une division d'infanterie avait été affectée en 2002 pour sécuriser Al-Anbar pendant l'invasion. Cependant, le Pentagone décida de traiter la province avec une économie de force au début de 2003. Les premières forces de la Coalition à entrer à Al Anbar étaient des forces spéciales américaines et australiennes, qui prirent possession de cibles stratégiques telles que la base aérienne d'Al Asad et le barrage de Haditha. Ils empêchèrent aussi le lancement de missiles Scud vers l'état d'Israël. Malgré le relativement faible nombre de combats, l'affrontement le plus important eut lieu lorsque des éléments du 75th Ranger Regiment du américain prirent d'assaut le barrage de Haditha le . En face d'une force irakienne plus importante, les Rangers maintinrent le contrôle du barrage jusqu'à ce qu'ils soient relevés huit jours plus tard. Pendant le siège, ils détruisirent un total de 29 chars irakiens et tuèrent environ irakiens. Trois Rangers ayant participé à cet assaut furent décorés de la Silver Star. En outre, quatre autres Rangers furent tués lorsque leur poste de contrôle près de Haditha fut pris pour cible par un kamikaze.
À la fin de l'invasion, les forces pro-Saddam à Al-Anbar - le parti Baas, la garde républicaine, le Fedayeen Saddam et les - étaient intactes. Saddam se cacha à Ramadi et Hīt début avril. D'autres forces pro-Saddam purent se déplacer depuis Al-Anbar vers Syrie avec de l'argent et des armes, où elles établirent leur quartier général. Le cœur de l'insurrection au cours des mois qui suivirent fut formé par les forces pro-Saddam à Al-Anbar et en Syrie. Contrairement au pillage qui put être observé à Bagdad et dans d'autres parties du pays, les quartiers généraux baasistes ainsi que les domiciles des hauts dirigeants sunnites furent relativement laissés intacts. Le chef des forces terrestres irakiennes dans la province, le général Mohammed Jarawi, s'est officiellement rendu aux soldats de la Division d'infanterie à Ramadi le .
Les débuts de l'insurrection
Peu de temps après la chute de Bagdad, l'armée américaine attribua le contrôle de la province d'Al-Anbar à un seul régiment : le Régiment de cavalerie blindée (ACR). Avec seulement plusieurs milliers de soldats, cette force avait toutefois peu d'espoir de contrôler efficacement la province.
Un événement servit alors de catalyseur pour les insurrections qui suivirent dans la province, un événement que de nombreux journalistes, aussi bien irakiens qu'étrangers, qualifièrent de . Dans la soirée du , jour de l'anniversaire de Saddam Hussein, une foule d'une centaine d'hommes, de femmes et d'enfants se rassemblèrent pour des manifestations anti-américaines devant les avant-postes militaires américains à Fallujah. Les Irakiens affirmèrent qu'ils n'étaient pas armés tandis que l'armée a déclaré que certaines personnes transportaient et tiraient avec des fusils AK-47. Les soldats qui occupaient l'un des avant-postes tirèrent sur la foule, faisant au moins douze morts et des dizaines de blessés. L'armée n'a depuis jamais présenté d'excuses pour ces meurtres ni versé d'indemnisation. Dans les semaines qui suivirent, le maire pro-américain de la ville exhorta les Américains à partir.
Le , l'Autorité provisoire de la coalition (ACP en anglais) a publié l’ordonnance numéro 1. Cette dernière abolit le parti Baas et entama un processus dit de dé-ba'athification, en référence au Parti Baas. L'ordonnance fut ensuite publiée le , qui ordonna la dissolution de l’armée irakienne et d’autres forces de sécurité. Ces deux ordonnances contrarièrent les sunnites d'Al-Anbar : de nombreux sunnites étaient très fiers de l'armée irakienne et considéraient sa dissolution comme du mépris envers le peuple irakien. La dissolution mit également des centaines de milliers d'Anbaris au chômage, car beaucoup étaient membres de l'armée ou du parti. Trois jours après l'ordonnance de l'ACP, le major Matthew Schram devint le premier Américain tué depuis l'invasion de la province d'Anbar lorsque son convoi a été victime d'une attaque à la grenade propulsée par fusée (RPG) le près de Haditha.
Juin – octobre 2003 alt=refer|gauche|vignette| Des soldats américains avec la compagnie de police militaire opérant près de Fallujah en juin 2003. Ces soldats ont la particularité d'utiliser des Humvees non blindés.