La diplomatie féministe ou politique étrangère féministe est un concept originaire de Suède, initié par l'ancienne ministre des Affaires étrangères suédoise Margot Wallström, qui consiste pour un État à promouvoir, au travers de ses relations diplomatiques, des idéaux et bonnes pratiques pour atteindre et à garantir , texte et (entretien avec Margot Wallström, )...
La diplomatie féministe peut concerner l'aide au développement, dont les financements peuvent être accrus et ciblés sur des programmes favorisant l'égalité entre les hommes et les femmes. Elle peut aussi consister à nommer un nombre paritaire d'ambassadeurs et d'ambassadrices.
Les objectifs de la diplomatie féministe incluent notamment : la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. ; l’éducation des filles et des femmes, des garçons et des hommes, partout dans le monde ; l’émancipation économique des femmes à travers le monde (particulièrement en Afrique), notamment l'entrepreneuriat féminin. ; associer les femmes à la politique et aux décisions engageant l'avenir de leurs pays ; associer les femmes aux négociations et accords de paix et de coopération, ce qui les rendrait plus susceptibles d'aboutir et d'être respectés selon Margot Wallström.
Ce dernier point est confirmé par des recherches menées par le think tank américain (CFR), qui démontrent que les femmes sont plus susceptibles de contribuer à la paix, avec une approche allant au-delà des clivages ethniques, culturels et sectaires. Selon le CFR, lorsque les femmes participent aux négociations de paix, les accords qui en résultent ont plus de chances de durer au moins 15 ans..
Contexte international et origine du concept Situation des femmes dans le monde au début du En , un rapport d'information de l'Assemblée nationale dresse un panorama des conditions des femmes dont le monde dans le but d'orienter la diplomatie féministe de la France. Ce rapport, qui reprend notamment des informations d'autres institutions internationales comme la Banque mondiale dresse un constat alarmant de la persistance des inégalités hommes-femmes dans les pays en développement..
Le rapport énonce comme principales tendances que : les femmes âgées de 15 à 44 ans étaient plus nombreuses à décéder de mort violente que du paludisme, du sida ou du cancer réunis ; près de 200 millions de jeunes filles et de femmes vivent actuellement avec les conséquences des mutilations sexuelles ; une fille sur neuf se marie avant l’âge de 15 ans, et devient mère avant l’âge de 16 ans ; les femmes représentent la majorité des 2,2 millions de la population mondiale vivant avec moins de 1 dollar par jour ; dans les pays en développement, les femmes possèdent moins de 20 % des terres et ne touchent que 10 % des revenus ; les femmes consacrent jusqu'à dix fois plus de temps que les hommes au travail non rémunéré, obstacle majeur à leur émancipation économique et politique ; deux tiers des analphabètes dans le monde sont des femmes.
Selon Laurence Dumont, co-rapporteure : .
Origines de la diplomatie féministe Originaire de Suède, ce diplomatique s'inscrit dans une tradition de politique étrangère ambitieuse et porteuse d'idéaux sur les droits de l'Homme, de la part de l'État scandinave. Le Premier ministre social-démocrate suédois, Olof Palme avait adopté dans les années 1970 et 1980, une ligne dure contre l'Afrique du Sud de l'apartheid, l'Espagne de Francisco Franco ou le Chili d'Auguste Pinochet. Stockholm garde depuis une image d'allié de l'Organisation de Libération de la Palestine.
vignette|left|Margot Wallström, ministre des Affaires étrangères de Suède entre 2014 et 2019.
La diplomatie féministe a été officiellement lancée en Suède, dans la foulée des législatives de par le gouvernement Löfven (centre-gauche), le premier à atteindre la parité hommes-femmes dans l'histoire du pays. Il devient également le premier gouvernement au monde à adopter publiquement une « politique extérieure féministe ».. La ministre suédoise des affaires étrangères Margot Wallström, personnalité clé de ce virage politique, a notamment exercé à l'ONU en tant que représentante spéciale sur les violences sexuelles dans les conflits auprès du secrétaire général Ban-Ki Moon. Sa politique féministe et
Sur le terrain ou dans l'arène internationale, la diplomatie du pays scandinave actionne tous les leviers : émancipation économique, lutte contre les violences sexuelles, influence dans les processus de paix, participation politique.
En , Margot Wallström dénonce dans un discours devant le parlement le traitement des femmes dans les pétromonarchies du Golfe, provoquant une suspension des relations diplomatiques entre la Suède et l'Arabie Saoudite.
Trois ans après les législatives de 2014, un rapport du ministère juge les succès , bien que difficiles à mesurer. Le ministère cite son rôle d'information et de financement dans le combat contre les « normes de masculinité destructives » en République démocratique du Congo, ou l'inclusion des principes d'égalité hommes-femmes dans l'accord de paix signé en 2016 en Colombie.
En 2017, des ambassadeurs suédois sont des ambassadrices, contre seulement 20 ans plus tôt. En 2020, ce taux passe à 48 %, ce qui fait de la Suède le pays avec le plus fort taux de femmes ambassadrices au monde ; par ailleurs, 52 % des directeurs de son ministère des Affaires étrangères sont des femmes..
En , la Suède présente un « Manuel de diplomatie féministe » pour faire partager aux ONG et aux chancelleries du monde entier les leçons de sa politique étrangère articulée autour du droit des femmes. Ce livret d'une centaine de pages, accessible en anglais sur le site du gouvernement suédois, détaille ses principes et méthodes : assurer la parité hommes-femmes dans les conférences, investir les réseaux sociaux, mobiliser ressources humaines et financières, mettre les compétences en réseau.
Diffusion dans le monde Conférences mondiales de l'ONU
La première conférence mondiale sur les femmes s'est déroulée au Mexique en 1975 ; la seconde à Copenhague, au Danemark, en 1980 ; la troisième à Nairobi, au Kenya, en 1985 ; la quatrième à Pékin, en Chine, en 1995. Depuis la quatrième conférence mondiale sur les femmes, des évaluations ont eu lieu tous les cinq ans.
En 1975, Année internationale des femmes, a lieu la « Conférence mondiale de l'Année internationale de la femme », à la demande de la Commission de la condition de la femme, au sein de l'ONU. Elle a lieu au Mexique et a réuni 133 gouvernements. Elle a abouti à un « Plan d'action mondial pour la mise en œuvre des objectifs de l'Année internationale de la femme », qui avait 1985 pour horizon. 6000 représentants d'organisations non gouvernementales (ONG) ont participé à un forum parallèle nommé « Tribune de l'Année internationale de la femme ».
En 1980, la « Conférence mondiale dans le cadre de la décennie des Nations unies pour la femme » a réuni 145 États membres de l'ONU à Copenhague. A eu lieu un bilan des cinq années passées au regard des objectifs définis lors de la conférence précédente, en ce qui concerne l'emploi, la santé et l'éducation. Un nouveau Programme d'action, avec des mesures plus ambitieuses, a été émis : il demandait aux États de davantage garantir la propriété et le pouvoir sur leurs biens, améliorer leurs droits quant à l'héritage, la garde des enfants et la nationalité.
En 1985, Nairobi accueille la « Conférence mondiale chargée d'examiner et d'évaluer les résultats de la Décennie des Nations unies pour la femme ». Le bilan ayant montré des obstacles concernant l'atteinte des objectifs précédents, des mesures ont été prises pour dépasser ces obstacles ; les « Stratégies prospectives d'action de Nairobi pour la promotion de la femme » ont été adoptées par les États, avec notamment des mesures en faveur de l'égalité des genres dans les pays et la valorisation de la participation des femmes en matière de paix et de développement.
En 1995, la quatrième conférence mondiale sur les femmes organisée à Pékin, qui s'appuie sur les précédentes et d'autres progrès juridiques faits durant les 50 années l'ayant précédée, a été , selon l'ONU. En parallèle à celle-ci, a eu lieu un forum des ONG, à Huairou, un district de Pékin.
Le , le secrétaire général de l'ONU António Guterres publie une tribune dans le journal libanais L'Orient-Le Jour, intitulée Le doit être le siècle de l’égalité femmes-hommes, dans laquelle il déclare. :
En mars et , la conférence de l'ONU, le « Forum Génération Égalité » (initialement prévue en 2020, mais reportée d'un an en raison de la pandémie de covid-19), est organisée en deux temps, à Mexico (mars), puis à Paris (). Le deuxième volet est présidé par Emmanuel Macron et par le secrétaire général de l'ONU António Guterres, et permet une levée de fonds de près de 40 milliards de dollars (dont 17 milliards en provenance des États, 10 milliards de la Banque mondiale et 2,1 milliards de la fondation Bill-et-Melinda-Gates).vignette|Le couple de philanthropes Bill et Melinda Gates. Ce forum doit déboucher sur un plan mondial d'accélération vers l'égalité, autour de plusieurs thématiques comme les violences envers les femmes, le droit à disposer de son corps, l'éducation des filles et l'égalité économique.
Aux côtés des dirigeants politiques, participent également la prix Nobel irakienne Nadia Murad, la philanthrope américaine Melinda Gates, et des militantes des droits des femmes venues de plusieurs continents, engagées dans la défense de l'accès à l'avortement en Pologne, du mouvement LGBT en Turquie ou des droits politiques des femmes en Afghanistan. Plusieurs participants soulignent que la pandémie de Covid-19 a particulièrement touché les femmes et contribué à un recul de leurs droits, provoquant notamment la déscolarisation de filles, une augmentation du nombre de femmes tombées dans la pauvreté ou des violences conjugales pendant les confinements.
La diplomatie féministe au Canada vignette|250x250px|Maryam Monsef, ministre canadienne des Femmes et de l'Égalité des genres en 2019. Le Canada est le deuxième pays après la Suède à intégrer la défense des droits des femmes comme un sujet prioritaire dans sa diplomatie. À la suite des élections de 2015, l'accession de Justine Trudeau au poste de Premier ministre marque un tournant dans la priorité donnée au droit des femmes dans la politique canadienne.
Son cabinet ministériel nomme au début de son mandat trente ministres en respectant strictement la parité hommes-femmes, tout en confiant des postes clés aux autochtones du Canada, notamment le ministère de la Justice. Le poste de ministre des Affaires étrangères est confié à Chrystia Freeland, tandis que Maryam Monsef obtient les ministères dédiés à la condition des femmes et au développement international.
En 2017, Isabelle Hudon est nommée ambassadrice du Canada en France, tandis la région du Québec confie à deux femmes deux de ses plus importantes délégations à l'étranger : Paris, avec Michèle Boisvert, et New-York avec Catherine Loubier. L'ambassadrice canadienne au Liban, Emmanuelle Lamoureux, déclare que la politique féministe du Canada est "désormais au cœur de sa politique étrangère d'aide au développement". Sur le terrain, cette politique se traduit par l'identification au sein des sociétés de "leaders femmes" économiques, politiques, et associatifs, suivie d'aides au développement et appuis à leur initiatives.
Lors du sommet du G7 de juin 2018, organisé dans la ville de La Malbaie au Québec, l’égalité entre les femmes et les hommes est à l’agenda..