vignette|Des techniciens préparent un corps pour la cryoconservation, en 1985. La cryonie ou cryogénisation (du grec κρύος kryos signifiant « froid ») est un procédé de cryoconservation (conservation à très basse température, typiquement ) de cadavres dans l'espoir que de futures avancées technologiques rendent possible de les ressusciter. Elle pourrait permettre dans le cas d'un patient souffrant d'une maladie incurable avec les moyens médicaux actuels d'attendre qu'un traitement soit finalement développé dans un avenir lointain.

L'ingénierie cryogénique, également appelée cryoingénierie, est l'application pratique de la cryonie pour congeler les humains et les animaux.

Actuellement, la réanimation d'un corps cryogénisé n'a toujours pas été accomplie. Du fait de la toxicité des cryoconservateurs et de l'impossibilité de refroidir un corps entier à de telles températures sans sévèrement l'endommager, il n'est en effet actuellement pas possible de conserver plus de quelques cellules à de telles températures sans les endommager. Cependant, les pratiquants de la cryonie (ou cryonistes) espèrent que les avancées médicales permettront un jour de faire revenir à la vie des personnes cryogénisées ; plusieurs stratégies ont actuellement été envisagées sans aucune garantie qu'elles puissent être mises en pratique dans le futur.

La cryonie est vue avec scepticisme par la communauté scientifique, et n'est pas reconnue par les autorités médicales. En effet, l'efficacité même du processus actuel de cryonie et la possibilité de son inversion, même en utilisant des technologies suffisamment avancées, est remise en cause. La cryonie reste une pratique spéculative.

Une partie de la théorie de la cryonie repose sur le concept de mort informationnelle, théorie selon laquelle ce qui fait l'individualité d'une personne est codée dans son cerveau et qu'il est possible de faire revivre un individu tant que la mort informationnelle n'est pas advenue. Ce concept est différent de ceux reconnus par les autorités médicales, notablement la mort clinique et la mort légale.

Aux États-Unis, la cryonie ne peut être pratiquée qu'après la mort légale du patient, les individus cryogénisés sont donc considérés comme légalement morts. Il est alors important pour les cryonistes que la cryonie soit effectuée peu de temps après la mort légale du patient.

En France, la cryogénisation est interdite.

Histoire

En 1962, le professeur Robert Ettinger publie le premier ouvrage sur la cryogenisation, The Prospect of Immortality (La perspective de l'immortalité). Selon lui, la cryogénisation permettrait à des malades d'attendre des avancées médicales suffisantes leur permettant d'être soignés. Il affirma que le processus de cryogénisation pourrait être inversé dans le futur. En 1976, Ettinger fonda Cryonics Institute, une entreprise spécialisée dans le domaine de la cryonie.

En 1966 est créée l’Association Cryonics Française (A.C.F.) promouvant la cryogénisation en France.

En 1967, l'universitaire et médecin américain James Bedford est la première personne à avoir été cryogénisée. En 1972 est créée l'entreprise Alcor LEF, entreprise américaine de cryonie, c'est dans ses locaux qu'est conservé le corps de James Bedford.

Dans les années 1970, la Cryonics Society of California, dirigée par Robert Nelson, arriva à court d'argent. Ne pouvant maintenir ses patients sous cryogénisation, Nelson fut poursuivi pour avoir laissé se décomposer neuf cadavres.

En 1971, D.R.Uhlmann étudie la vitrification de l'eau. En 1984, Jacques Dubochet et J.Lepault mettent au point une méthode efficace de vitrification des cellules.

En 2003 est créée l'entreprise KrioRus, entreprise russe de cryonie.

En 2016, près de 300 personnes étaient cryogénisées aux États-Unis et une cinquantaine en Russie. De plus, quelques milliers de personnes avaient prévu de se faire cryogéniser après leur mort.

En 2017, Jacques Dubochet, Joachim Frank et Richard Henderson reçoivent le prix Nobel de chimie pour leurs travaux sur la microscopie cryo-électronique permettant d'observer des cellules en les vitrifiant.

Vers 2018, un procédé appelé vitrifixation ou aldehyde-stabilized cryopreservation est mis au point. Selon des experts, il lui manque la préservation du seuil d'excitabilité des synapses. L'urgence est donc d'orienter les recherches vers la préservation du seuil d'excitabilité des synapses pendant la vitrification......

France En France, la cryogénisation est légalement interdite ; seuls deux modes de sépulture sont autorisés : l’inhumation et la crémation. Le premier cas de corps cryogénisés est le couple Martinot qui fait l'objet d'une longue procédure juridique entreprise par leur fils Rémi Martinot. En 2006, une panne de caisson interrompt le processus avant que la Cour Européenne des Droits de l'Homme ne soit saisie, à la suite d'une décision négative du Conseil d'état. L'absence de texte juridique permet d'expatrier le corps d'un défunt vers un pays où la cryogénisation est autorisée, comme pour les corps de Lise Leroy (morte en 1999) et de sa fille, Joëlle Leroy (morte en 2020) qui ont été transférés du territoire de la Réunion pour les États-Unis afin d'y être cryogénisés par Alcor Life Extension Foundation.

Aspects biophysiques Endommagement des cellules lors de la congélation La cryonie a été écartée par la communauté de cryobiologie. En effet, lors du procédé de congélation, des cristaux de glace se créent, endommageant les cellules et structures cellulaires. En cryobiologie, il fait consensus que ces dommages détruisent les cellules.

Les cryonistes soutiennent que la portée de ces dégâts avait été exagérée. Il serait ainsi possible en injectant des cryoconservateurs chimiques (dans le passé du glycérol), d'inhiber la formation et la croissance des cristaux de glace, permettant ainsi à l'eau d'atteindre un état bien particulier de la matière : l'état vitreux.

Vitrification La vitrification est la transformation d'une substance en verre. L'eau vitrifiée est un état de l'eau caractérisé par l'absence de structure, les molécules ne se réarrangent pas comme dans le cas de la glace. Dans le cas de cellules, la vitrification de l'eau permet de les refroidir sans créer de cristaux de glace, limitant ainsi les dommages qui leur sont infligés lors du refroidissement. La température à partir de laquelle l'eau atteint un état vitreux est appelé température de transition vitreuse (Tg). Cependant, un tel état est difficile à obtenir car, dans des conditions normales, l'eau, en se refroidissant, se transformera en glace.

D'après , afin de vitrifier une épaisseur d'un micromètre d'eau, il faut refroidir le liquide à une température de 107 K/s. Une telle vitesse de refroidissement est complexe à atteindre même dans le cas d'une unique cellule. Une procédure a cependant été développée dans les années 1980, permettant de vitrifier une cellule. Cette procédure nécessite une épaisseur assez faible de matériel biologique et peut échouer, ce qui rend difficile son utilisation pour la vitrification d'un organe, voire d'un corps entier. D'après Jacques Dubochet, prix nobel de chimie 2017, « L’eau reste un grand mystère. Lorsque l’on comprendra ce qu’est la nature de notre eau vitrifiée, on aura fait de grands progrès en biologie, et on assistera sans doute à de nouveaux Prix Nobel. »

Selon les cryonistes (thanatopracteurs exerçant dans les instituts tel que KrioRus, Alcor LEF ou ), l'état de vitrification est atteignable grâce à l'utilisation de substances anti-gel : les cryoconservateurs. Ainsi, les cryobiologistes Greg Fahy et Brian Wowk, de , entreprise spécialisée dans la cryoconservation, auraient élaboré des cryoconservateurs permettant la vitrification de corps humains, aboutissant dans les années 2000 à la quasi-disparition de la formation de cristaux de glace dans le cerveau. Une autre solution vitrifiante, le CI-VM-1, aurait été élaborée par le , un chercheur ukrainien du Cryonics Institute. Cette solution, couplée à un système réfrigérant assisté par ordinateur permettant de s'assurer que le taux de refroidissement soit élevé au-dessus de Tg et faible en dessous, permettrait de réduire la création de fissures qui pourraient se produire à cause des contraintes thermiques.

Il existe cependant deux obstacles à l'utilisation de ces cryoconservateurs. D'une part, si l'irrigation corporelle n'est plus possible dans la totalité du corps, les produits conservateurs ne sont plus capables d'atteindre toutes les zones, ce qui conduirait à la formation de glace pendant le refroidissement ou le réchauffement. D'autre part, les cryoconservateurs utilisés sont toxiques ; c'est, d'après les cryonistes, ce qui empêche la résurrection de corps vitrifiés.

Certaines stratégies ont été développées par les cryonistes : réparer les dommages dus au refroidissement avant de réchauffer le cerveau, atténuer les dommages lors du réchauffement par l'ajout de cryoconservateurs lors de l'état solide, améliorer les procédés de décongélation ou encore réparer ou remplacer les protéines détruites par les cryoconservateurs. Ces stratégies ne permettent pas pour autant une résurrection d'un corps cryogénisé à l'heure actuelle.

Procédure et prise en charge Un des obstacles à la cryonie est la dégénérescence des organes à la mort du patient. En effet, dès que le cœur s'arrête, le flot sanguin s'interrompt et l'endommagement ischémique survient. Privés d'apport en oxygène et en nutriments, les cellules, les tissus et les organes commencent à se détériorer. Si le cœur redémarre après un délai trop long d'inactivité, l'oxygène réintroduit peut causer encore plus d'endommagement à cause des contraintes oxydatives, connues sous le nom de lésions de reperfusion.

Ce sont pour ces raisons que les cryonistes insistent sur la nécessité de commencer la procédure de cryogénisation dès le constat de mort légale, permettant ainsi de préserver les organes encore biologiquement vivants, et peut-être même tout le corps du patient. En effet, dans les pays où elles sont autorisées, les opérations cryoniques ne peuvent pas être entreprises avant que la mort légale n'ait été déclarée.

Les cryonistes cherchent à minimiser les lésions de reperfusion et ischémiques en refroidissant le corps et en le plaçant sous support cardio-respiratoire dès l'annonce de la mort. Des produits anticoagulants, comme l'héparine, et des antioxydants peuvent également être injectés. Ainsi, les personnes souhaitant être cryogénisées portent souvent un bracelet ou un collier qui décrit ces soins préparatoires en cas de mort subite ou accidentelle : « Ne pas autopsier, ne pas embaumer, injecter d'héparine IV». Le corps est ensuite placé en suspension cryonique dans une sorte de sac de couchage inséré dans une boîte spécialement conçue, soumise à des vapeurs de glace sèche qui abaissent sa température jusqu’à . Enfin, la boîte est immergée dans un conteneur d’azote liquide à .

Résurrection La résurrection nécessite la réparation des dommages dus au manque d'oxygène, à la toxicité des cryoconservateurs, aux contraintes thermiques, et aux cristaux de glace formés dans les tissus qui n'auront pas pu se vitrifier avec succès. Tous ces problèmes rendent impossible la résurrection des corps cryogénisés à l'heure actuelle.

Les cryonistes, pour y parvenir, envisagent généralement l'utilisation d'organismes ou de machines microscopiques qui pourraient restaurer les structures cellulaires, si possible avant même de réchauffer le corps. Cependant l'existence à moyen ou long terme de telles techniques n'est pas assurée à l'heure actuelle.