Le site archéologique de Hauterive-Champréveyres est situé sur la rive du lac de Neuchâtel à l'emplacement du musée du Laténium.
Le site, alors encore immergé, est signalé dès 1858 par Ferdinand Keller. À la suite de la correction des eaux du Jura (1868-1878), les occupations humaines préhistoriques des rives du lac de Neuchâtel sont plus amplement dévoilées. La récolte de mobilier archéologique s'accroît à cette époque, mais ce n'est que durant les fouilles de sauvetages programmées (1983-1986) dues à la construction de l'autoroute A5 qu'une véritable documentation du terrain est effectuée. Ainsi, sur le lieu-dit Champréveyres, sont mis au jour deux sites paléolithiques de l'époque magdalénienne et azilienne, deux sites néolithiques des civilisations de Cortaillod et de Horgen, ainsi qu'un village de l'âge du bronze final..
Contexte Localisation et topographie
Le site archéologique d'Hauterive-Champréveyres se trouve sur la rive nord du lac de Neuchâtel (CH), dans la baie de Champréveyres (commune de Hauterive, canton de Neuchâtel), au pied du massif du Jura. Champréveyres, toponyme associé à un vignoble et à un domaine, a une altitude moyenne de et Hauterive est situé à flanc de coteau, au pied de la montagne de Chaumont, dont le versant sud est sur un substrat de roches calcaires. Ce lieu offre donc principalement des prairies maigres.
(Pré-)histoire Les plus anciennes traces d'occupation relevées sur le site de Hauterive-Champréveyres datent du Paléolithique supérieur. Tout comme le site de Monruz qui lui est distant d'un kilomètre, le site de Champréveyres a d'abord été un campement magdalénien., puis azilien. Par la suite, le site sera occupé deux fois durant le Néolithique et connaîtra une phase d'occupation à l'âge du Bronze ; les attestations ultérieures d'une présence humaine sont plus sporadiques.
Histoire de la recherche
Ce site, alors immergé de 1,20 à 1,80m de profondeur, avait été repéré en 1858 par Ferdinand Keller. Une vingtaine d'années plus tard, à la suite de la première correction des eaux du Jura, le niveau moyen du lac s'abaissa de 2,70 m, ce qui exonda en partie le site et permit ainsi de ramasser des objets archéologiques, datant principalement du bronze final, à pied sec. En 1933, l'archéologue Paul Vouga y effectua des sondages à l'aide d'une drague mécanique. Il releva l'existence d'un établissement néolithique du Horgen au nord de celui du bronze final. La zone encore immergée de l'établissement du bronze final fut encore en partie explorée en 1961 par une équipe de plongeurs du Centre d’Études et de Sports subaquatiques de Neuchâtel (CESSNE), puis par le Service cantonal d'archéologie en 1979-1980. C'est la construction de l'autoroute A5, et plus particulièrement du tronçon reliant Saint-Blaise à Neuchâtel, qui a permis de lancer un vaste programme de fouilles de sauvetage, financées par la Confédération, du site d'Hauterive-Champréveyres. Le site fut tout d'abord exondé et asséché grâce à la construction d'une digue, laissant ainsi accessible une surface à fouiller de 15'000 m² environ.. Ces fouilles, qui se déroulèrent de mai 1983 à août 1986, furent réalisées par le Service cantonal d'archéologie neuchâtelois, dirigé par Michel Egloff, archéologue cantonal, et son adjoint Beat Arnold..
Une fois la zone endiguée fouillée, il s'est avéré qu'elle contenait des établissements d'époques différentes. La partie centrale avait abrité un village du bronze final, qui, à l'ouest, empiétait sur les vestiges d'un village néolithique du Cortaillod classique. Au nord de la zone, un autre village néolithique, attribué cette fois au Horgen, a été découvert. Cependant, en raison de la forte érosion qu'a subi cette partie du site, le village Horgen n'a pas bénéficié de fouilles approfondies. Des campements de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique supérieur (horizons azilien et magdalénien supérieur) ont également été mis au jour.. Les fouilles de ces différents gisements ont été suivies de plusieurs années d'étude du mobilier archéologique découvert, et les résultats publiés notamment dans la série Archéologie neuchâteloise.
Paléolithique supérieur
À la fin de la dernière glaciation, une population de chasseurs-cueilleurs s'est établie à Champréveyres durant le Magdalénien ; des foyers, nappes d'ocres, déchets de débitage du silex et restes osseux attestent de leur présence.
Néolithique Le site de Hauterive-Champréveyres est surtout connu pour son occupation importante à l'âge du bronze final, mais des occupation plus anciennes, du Néolithique y sont attestées, dès le premier quart du quatrième millénaire avant notre ère, avec des bâtiments érigés à proximité du lac durant l'époque de Cortaillod.
En outre, juste en retrait du site archéologique de Hauterive-Champréveyres, un site de l'époque du Horgen a été identifié et fouillé, en retrait du rivage, sur le lieu-dit voisin de Rouges-terres. Cet habitat, d'une extension de 500 m², comprenant des constructions mal conservées, a été daté par la dendrochronologie, entre 3242 et 3236 avant notre ère.
Néolithique moyen : Cortaillod classique
Fondé vers 3810 avant notre ère, le village néolithique de Champréveyres a été occupé pendant environ 20 ans. La typologie du matériel archéologique retrouvé sur les lieux correspond à la culture du Cortaillod classique. De 3811 à 3809, six longs bâtiments rectangulaires, probablement construits à même le sol, ont été construits perpendiculairement au rivage. Leur sol était aménagé de dalles et de galets. Quelques maisons et annexes ont ensuite été ajoutées sur les côtés. Enfin, une série d'édifices de plus petites dimensions, destinés au stockage et à des activités artisanales, ont été construits au sud. Trois reconstitutions in situ de maisons néolithiques ont été réalisées dans le Parc archéologique du Laténium, de même que le plan des pieux retrouvés, à l'emplacement exact où avait eu lieu la fouille. Dans son occupation maximale, le village couvrait une surface de 2400m2. Le village était doté de deux palissades successives, la plus ancienne faite de bois tendre, la plus récente en chêne, qui englobait la première. Si le chêne est l'essence la plus utilisée dans la construction, le peuplier, l'aulne, le bouleau et l'érable ont également été employés.
Le travail du silex était important dans ce village, comme en témoigne la mise au jour de près de 1800 outils. Âge du bronze Le village de Hauterive-Champréveyres est l'un des plus grands villages lacustres suisses du bronze final. Le chantier de fouilles couvrait 8700 m² et les vestiges y étaient conservés à des degrés variables ; la couche 3, au nord, était la mieux conservée et la plus épaisse. S'étendant du Ha B1 au Ha B3, la durée d'occupation du site de Hauterive-Champréveyres couvre quasiment tout l'âge du bronze final ; ainsi, le village a été occupé sur près de , avec probablement deux phases successives.
Environnement Les excellentes conditions de conservation, dues à la situation immergée du site, ont permis la préservation de nombreux restes organiques. Les chercheurs ont ainsi pu identifier plus de 220 végétaux différents, conservés sous forme de fruits ou de graines, qui leur ont permis de reconstituer l'environnement et les habitudes alimentaires des habitants de ce village.. L'étude des diatomées, des algues microscopiques unicellulaires, a permis de mettre en évidence que le village, construit sur la rive, se trouvait régulièrement inondé lors des crues, dont l'eau, en se retirant, nettoyait le sol des détritus accumulés en période d'étiage.
Dendrologie Les datations obtenues pour ce village du bronze final proviennent essentiellement de l'analyse dendrochronologique des pieux utilisés pour la construction des maisons. Il en ressort que le site a été habité de façon continue depuis les années 1050 jusque vers 871 av. J.-C. Trois grandes phases d'abattage des arbres, correspondant à des périodes d'expansion du village ou à des rénovations de ses habitations existantes, ont été mises en évidence. La plus ancienne partie du village se trouve dans la zone nord et a été construite entre 1054 et 1037 ; le village s'est ensuite étendu vers le sud entre 996 et 977, puis vers l'est entre 910 et 876. Dans son extension maximale, le village couvrait une surface d'environ 8700 m².
Pour ce qui est des habitations elles-mêmes, elles suivaient un plan courant pour cette période. Rectangulaires et constituées de trois nefs, elles étaient disposées parallèlement au rivage, sur plusieurs rangées. Leur surface moyenne était de 85 m². Elles étaient construites sur des poteaux qui soutenaient un plancher surélevé. L'ossature de pieux et de bois horizontaux était fixée avec un système de tenons et mortaises, renforcé par des ligatures. Les parois étaient constituées de clayonnage enduit d'argile et de planches. La toiture, réalisée avec des planchettes, formait un angle de 65°. Le plancher supportait une chape d'argile destinée à isoler le foyer du plancher inflammable.
La partie la plus ancienne du village, qui recouvrait la moitié de sa surface finale, était composée de 19 constructions. C'est le chêne, l'essence la plus courante dans les forêts alentour, qui a été utilisé pour réaliser les pieux. Sur les 7446 pieux retrouvés à Hauterive-Champréveyres, seuls 2 % provenaient d'autres essences. L'analyse dendrochronologique a permis de dater 80 % des pieux, qui étaient généralement abattus en automne et en hiver. Les habitations les plus anciennes ont été construites avec de gros arbres provenant des forêts primaires. Au fur et à mesure de la construction du village, le diamètre des pieux s'est fait plus varié, car les habitants abattaient les chênes provenant des zones régénérées de la forêt. Les troncs étaient préformés en dehors du village, en taillant les pieux en pointe dans la partie cime, et traînés jusqu'au village, où ils étaient façonnés et enfoncés. Grâce à la découverte de stries en zigzag sur les pieux, leur technique d'implantation a pu être mise en évidence. À l'aide de traverses, on appliquait un mouvement semi-rotatif au pieu pour l'enfoncer. Ce procédé laisse en effet des stries en zigzag lorsque le pieu frotte des pierres en s'enfonçant.
Paléoenvironnement Le site de Champréveyres se trouvant dans un ensemble paysager orienté plein sud, il bénéficie d'un fort ensoleillement favorisant l’implantation d’espèces thermophiles.
Les diatomées, algues unicellulaires très résistantes, se retrouvent dans les différentes couches sédimentaires du site de Hauterive-Champréveyres et permettent de reconstituer les conditions physico-chimiques qui prévalaient au moment du dépôt de ces organismes. Ainsi, elles indiquent que le sol du village devait être généralement humide, avec quelques épisodes de sécheresse, et qu'il était jonché de restes organiques en décomposition régulièrement dispersés par des marées.
Dès la fin du Néolithique, les sociétés humaines ont un impact grandissant sur l'environnement ; des prairies et terres arables sont obtenues par défrichement à proximité des habitats. Cette ouverture des paysages, qui s'applique au site de Hauterive-Champréveyres, est visible grâce à la palynologie. Ainsi, on remarque que les cultures céréalières sont plus importantes, en témoigne la quantité élevée de pollens de ce type de végétaux retrouvée. De manière générale, au nord des Alpes, les champs semblent avoir été de petite envergure et étaient fréquemment entourés de prairies humides..