Le Magdalénien est l'une des dernières cultures préhistoriques du Paléolithique supérieur en Europe. Il se développe à la fin de la dernière période glaciaire, dite glaciation de Würm dans les Alpes, entre environ avant le présent (AP). Avant le début de cette période, les glaciers alpins atteignaient leur taille maximale et la Suisse en était entièrement couverte.

Magdalénien en Europe

Le Magdalénien prend son essor en Europe occidentale et plus précisément en Espagne, en France, notamment dans les sites du Sud-Ouest, en Belgique, en Suisse, et dans l'Ouest de l'Allemagne. Après le dernier maximum glaciaire, un léger réchauffement marque le début du Magdalénien, dont l'environnement typique est de type toundra. Ainsi, les premières plantes se développent. La végétation caractéristique de ce climat froid est représentée par une diversité de buissons nains, d'herbacées, de bouleaux arbustifs, quelques pins et mélèzes ; toutes ces plantes ont pu être déterminées avec assurance par différents diagrammes polliniques. Peu de forêts recouvrent alors le continent européen. Les rares qui existent sont peu denses . Bien qu'elles soient clairsemées, les plantes croissantes appâtent très vite les hardes des grands herbivores. Ces troupeaux attirent les groupes d'Hommes modernes (Homo sapiens), dont les capacités cognitives seraient les mêmes que les nôtres. Leur subsistance est entièrement fondée sur la chasse, la pêche, et la cueillette.

Les Magdaléniens travaillent sur un outillage plus élaboré. En effet, une grande variété de burins, grattoirs, perçoirs, lames et lamelles est réalisée en pierre. De plus, dès le Magdalénien, par exemple, se développe un outillage mieux adapté au climat qui les entoure comme le propulseur et la sagaie, qui révolutionnent la chasse : le propulseur procure au chasseur qui manipule la sagaie une plus grande puissance et une meilleure précision. De plus, ces deux outils sont idéaux pour les paysages de l'époque où les forêts sont rares. Les propulseurs sont notamment taillés dans les bois de rennes. Comme mentionné, l'outillage peut donc être non seulement d'origine lithique, osseuse ou en matière dure animale, mais on peut aussi penser que le bois ait pu être utilisé, bien qu'aucun reste n'ait subsisté. En ce qui concerne leur habitat, ces groupes humains logeaient principalement dans ce qu'on appelle des "abris-sous-roche" : les températures y sont constantes et ils sont de bons coupe-vents. Aussi, ces chasseurs vont s'adonner à quelques formes d'art comme sur les parois de grottes.

L'époque magdalénienne est marquée par un essor des expressions d'art, dont l'art pariétal, qui était apparu dès l'Aurignacien, aux alentours de AP (avec en particulier la grotte Chauvet).

Vers AP, peu après le début du Magdalénien, le Dryas ancien commence. Le climat redevient rude : les températures peuvent baisser jusqu'à -20 °C en hiver (cette conclusion se base sur une étude menée sur le rapport isotopique de l'oxygène O et O). De fait, il est aussi fort probable que les grands ruminants aient entrepris des migrations saisonnières afin d'accéder à des sources d'eau, puisque les rivières, ruisseaux, etc. devaient se recouvrir sporadiquement de neige. Puis, vers AP, un réchauffement climatique brutal transforme la flore et la faune. Les températures moyennes se situant jusqu'alors en dessous de zéro passent à environ 5 °C. Ce changement drastique demande alors aux Hommes une adaptation rapide à leur nouvel environnement.

Sites magdaléniens en Suisse Quarante-neuf sites datant du Magdalénien ont été identifiés en Suisse (état en 2020) :

Canton de Vaud

Scé du Châtelard (Villeneuve) Abri sous roche du Mollendruz (Mont-la-Ville)

Canton de Fribourg

Environs du lac de Lussy (Châtel-Saint-Denis)

Canton de Neuchâtel

Monruz (Neuchâtel) Champréveyres (Hauterive)

Canton du Jura

Noir Bois (Alle)

Canton de Berne

Moosbühl (Moosseedorf)

Canton de Soleure

Solothurn-Hauptgasse (Soleure, SO) Thierstein (Büsserach, SO) Chesselgraben (Erschwil, SO) Unter der Fluh (Balm bei Günsberg, SO) Kastelhöhle Nord (Himmelried, SO) Kleine Ganghöhle (Himmelried, SO) Heidenküche (Himmelried, SO) Bolken (Bolken, SO), Moosmatten (Aeschi, SO) Hintere Burg (Burgäschi, SO) Rislisberghöhle (Oensingen, SO) Trimbach (Trimbach, SO) Hard I et II (Olten, SO) Sälihöhle Oben (Olten, SO) Käsloch (Winznau, SO) Wilmatt (Winznau, SO) Köpfli (Winznau, SO) Oberfeld (Winznau, SO) Mühleloch (Starrkirch-Wil, SO)

Canton de Bâle

Liesberg (Liesberg, BL) Büttenloch (Ettingen, BL) Brügglihöhle (Nenzlingen, BL) Kohlerhöhle (Brislach, BL) Bruderholz (Bâle ville, BL) Birseck-Ermitage (Arlesheim, BL) Rütihard (Muttenz, BL) Hollenberg-Höhle (Arlesheim, BL) Lausen (Lausen, BL)

Canton d'Argovie

Eremitage (Rheinfelden, AG) Bönistein (Zeiningen, AG)

Canton de Lucerne

Stumpen (Reiden, LU) Stations aux alentours de Kottwil (Kottwil, LU)

Canton de Zoug

Cham (Cham)

Canton de Zurich

Rafz (Solgen-Im Grauen, ZH)

Canton de Schaffhouse

Freudenthal (Schaffhouse, SH) Schweizersbild (Schaffhouse, SH) Gsang (Schaffhouse, SH) Untere Bsetzi (Thayngen, SH) Vorder Eichen (Thayngen, SH) Kesslerloch (Thayngen, SH) Neue Höhle (Thayngen, SH)

Canton de Schwytz

Langrüti (Einsiedeln)

Caractéristiques Chronologie

vignette|redresse=1.6|Photo d'un cheval de Przewalski dans son environnement de nos jours. Ce cheval était sans doute l'animal prédominant durant le Magdalénien. Contrairement aux espèces saisonnières comme le bouquetin, le cheval de przewalski se trouvait en plaine toute l'année. Par ailleurs, il a été l'animal le plus consommé dans la région de Neuchâtel d'après les vestiges osseux retrouvés à Hauterive-Champréveyres et Neuchâtel-Monruz.

Le Magdalénien est la seule période du Paléolithique supérieur attestée archéologiquement en Suisse jusqu'à maintenant. De fait, le Paléolithique supérieur helvétique débute vers et se termine vers . Néanmoins, avant cette période d'occupation, la Suisse devait être un point de passage important entre la vallée du Rhin et entre l'Europe danubienne et l'Europe atlantique. La plus grande partie des sites du Magdalénien suisse se situent sur l'arc jurassien, plus précisément entre Genève et Schaffhouse. Certaines stations, comme Moossedorf-Moosbühl, illustrent des tentatives de pénétration sur le Plateau. D'autres, avoisinant les 1000 m d'altitude, vont jusqu'à toucher les Préalpes. Notons que tout le territoire suisse n'a pas pu être occupé par ces derniers. En effet, aucune trace de campements magdaléniens n'a été déterminée dans les Alpes et la Haute-Chaîne du Jura; une des hypothèses à ce propos, serait que des glaciers ou des pentes trop abruptes et trop peu végétalisées ne permettaient pas, non seulement l'implantation de campement, mais aussi elles étaient probablement trop escarpées pour les hardes de gibier. Dès le retrait des glaciers, la colonisation des territoires s'est principalement focalisée sur les régions les plus favorisées sur le plan climatique. Les principaux mouvements de population provenaient de l'est de la France. Sachant que le monumental glacier du Rhône dominait le bassin lémanique, c'est donc par le nord-ouest de la Suisse, dépourvue de glace, que les Magdaléniens ont pu s'établir en Suisse. Certains ont suivi le Rhin jusqu'au lac de Constance tandis que d'autres ils sont allés jusqu'aux abords du Jura et dans le pays de Neuchâtel.

Le Magdalénien, en Suisse, a été subdivisé en trois périodes par Jean-Marie le Tensorer, dont la première est la plus longue (18 000 ans - 14 000 ans AP). Les principaux sites correspondant à cette phase sont la grotte de Kastelhöhle (22 000 - 23 000 ans AP) dans la vallée de la Birse et Birseck-Ermitage. La grotte de Kastelhöhle a livré une industrie magdalénienne plutôt ancienne comptant principalement des éclats. Birseck-Ermitage, qui a surtout livré du Magdalénien moyen, a regroupé quelques pièces en triangles et des baguettes demi-rondes dépourvues de décors.

vignette|redresse=1.6|Croquis d'un rhinocéros laineux. Le coelondonta antiquitatis a été bien représenté dans le biome qui s'étendait de l'Europe à la Russie. Cette espèce s'est éteinte lors de la dernière glaciation du Würm, entre3 13 000 et 10 000. Malgré sa présence marquée, il est rare de retrouver un squelette complet. En 2010, l'IPH fait l'acquisition d'un squelette de l'espèce dans un état de conservation remarquable. En effet la corne nasale ou antérieure a été préservée, alors qu'il est très rare d'en retrouver quant à sa composition. Selon le chercheur T. Deng, le genre Coelondonta serait en Chine du Nord, dont le premier représentant serait Coelodonta nihowanensis, dont la taille est plus petite et les naseaux sont plus étroits. L'ancêtre directe du Coelondonta antiquitatis serait Coelodonta tologoijensis, dont des traces de sa présence ont été dénotées en Transbaïkalie occidentale. Cette espèce se distingue encore du coelondonta antiquitatis par sa taille plus élancée et par l'absence de jugales d'hypsodontes

La deuxième période correspond au réchauffement de l'Alleröd (13 900 ans - 12 900 ans AP). Les deux centres de diffusion du peuplement étaient alors situés à Schaffhouse et dans la vallée de Birse. Les sites de cette deuxième phase sont la grotte du Kesslerloch offrant une stratigraphie très riche. Sur ce site, de nombreux vestiges osseux de mammouth, mammuthus primigenius, de rhinocéros laineux, coelondonta antiquitatis ou encore de bœuf musqué, ovibos moschatus. La fin de cette seconde partie se définit par une expansion de la population vers 13 500 ans AP. L'outillage lithique est très analogue à celui qui a été retrouvé à Kesslerloch, alors que l'industrie en matière dure animale s'est appauvrie. Deux sites couvrent cette dernière phase du Paléolithique supérieur et selon l'archéologue Denise Leesch cette partie pourrait se subdiviser en deux groupes, dont le premier correspondrait aux sites d'Hauterive-Champréveyres et Neuchâtel-Monruz, présentant une industrie lithique comptant plus de 50% de lamelles simples et pouvant alors être pris comme référence et l'autre le site de plein air de Moosseedorf-Moosbühl, comportant une proportion élevée de lamelle à dos tronquées, de rectangles et des perçois à longues pointes.

Durant la troisième période, entre 13 000 ans et 12 000 ans AP, le froid revient en force avec le Dryas récent. Un changement est aussi à souligner dans les populations humaines. En effet, des phases de colonisation vers le Moyen Pays s'enchaînent. Les Magdaléniens parviennent enfin à s'établir entre les Alpes et le Jura bernois. Au sud-ouest de la Suisse, on note des mouvements de population provenant de Savoie en direction de la région genevoise, qui touchent la région lémanique suisse. Les sites caractérisant cette ultime phase du Magdalénien suisse sont les stations Winznau, non loin d'Olten, la grotte de Kohlerhöhle, dans la commune de Brislach et Brügglihöhle, dans la commune de Nenzlingen. L'industrie lithique est marquée par un armement avec des pointes à dos anguleux et à cran de type hambourgien.

Flore Flore primaire

À la suite de la fonte des glaces, les sols, riches en minéraux, se recouvrent peu à peu de végétation de type steppique. Les premières plantes qui se développent sont les héliophiles. Dès 17 500, quelques saules rampants apparaissent et quelques autres plantes artico-alpines comme des tapis d'herbacées composés de gypsophiles, de saxifrages, des hélianthèmes et du lin de haute montagne. En ce qui concerne les arbres, il s'agit plus de formes arbustives rases de saules rampants et bouleaux nains.

Flore finale