Le Parti mauricien social démocrate (PMSD) est un parti politique mauricien de centre-droit et de droite. fondé sous le nom de Parti Mauricien par Jules Koenig en 1955.

Le PMSD est l'un des plus anciens partis politiques du pays toujours en activité. Anti-indépendantiste et prônant une forme de départementalisation sur le modèle de La Réunion dans les années 1960, il est issu du Ralliement mauricien fondé par Koenig en 1953 dont la rhétorique fustige la potentielle « hégémonie hindoue » qui découlerait de l'indépendance et remplacerait « le modèle dominant occidental, chrétien et libéral sur le plan économique, et instaurerait une société indienne hindouisante socialiste. »

Parti traditionnellement associé aux minorités blanche et créole dans le contexte de la démocratie consociationnelle mauricienne, il connaît un déclin majeur depuis les années 1970 et l'émergence du Mouvement militant mauricien (MMM) de Paul Bérenger, n'obtenant que 7 élus lors des élections du contre 30 pour le MMM.. Plusieurs fois au pouvoir au sein d'alliances nécessaires du fait du système de Westminster hérité des Britanniques, il est battu aux élections législatives de 2019 au sein de l'Alliance nationale (PTr/PMSD/Mouvement Jean-Claude Barbier)...

Conservateur sur le plan sociétal. — même si le parti est connu pour avoir porté historiquement le combat contre la peine de mort. —, favorable au libéralisme économique. — mais officiellement d'obédience social-démocrate — et francophile., le PMSD est associé à la famille Duval..

Le leader actuel est Xavier-Luc Duval, ancien ministre des Finances et ancien chef de l'opposition parlementaire. À la suite de la démission d'Arvin Boolell, Xavier-Luc Duval retrouve le poste de chef de l'opposition parlementaire le ..

Histoire

Avant l'indépendance (1955-1968)

La crainte du « péril hindou » et l'émergence de Gaëtan Duval

Fondé par Jules Koenig comme une scission du Ralliement mauricien en 1955., le Parti Mauricien (PM) est réputé proche des milieux des affaires. et adopte le discours du « péril hindou » qui anime déjà les discussions dans certains cercles franco-mauriciens, y compris la presse avec Le Cernéen de Noël Marrier d'Unienville. :« Le suffrage universel ici veut dire, personne n’en doute, le suffrage hindou. Le suffrage hindou veut dire l’hégémonie hindoue. L’hégémonie hindoue signifie fatalement… l’annexion, dans un temps plus ou moins long, de l’île Maurice à l’Inde. » — Noël Marrier d'Unienville, Le Cernéen, .En 1956, lors du débat constitutionnel examinant les questions du suffrage universel, le chef de file du PM déclare, pour justifier sa position contre une certaine « hégémonie hindoue » qui influencerait les élections : « Vous savez que je hais l’hégémonie d’où qu’elle vienne, et que j’ai maintes fois déclaré, non seulement à vous mais au public, que si j’ai combattu la domination blanche dans ce pays comme je l’ai fait, je ne tolérerai pas qu’elle soit remplacée par toute autre domination. » — Jules Koenig, 1956.

Le contexte de l'indépendance : l'autonomisation prônée par le PMSD En 1959, le Parti Mauricien est cependant défait par le Parti travailliste mauricien fondé par Maurice Curé et emmené par Sir Seewoosagur Ramgoolam et ne récolte que 3 sièges au Parlement.. Le jeune Gaëtan Duval entre comme député sous les couleurs du PM en 1960 et se fait particulièrement remarquer lors des manifestations à Port-Louis de novembre 1963 où, selon l'historien Benjamin Moutou, il parvint à « détacher les Créoles qui étaient avec le PTr », électorat resté clef pour le PMSD depuis lors. Les élections de 1963 confirment la tendance d'un PM revivifié, obtenant 10 sièges au Parlement.

C'est dans ce contexte d'une indépendance imminente, avancée par le Parti travailliste, que les élections de 1967 ont lieu, présentées par les partisans de l'indépendance (PI) ou de l'autonomie relative (PM) comme un référendum pour ou contre l'indépendance. L'ascendant de Sir Gaëtan Duval se confirme et dès 1967, il devient le leader du Parti Mauricien, auquel il ajoute l'adjectif social-démocrate pour séduire un « électorat créole des cités ouvrières ». La spécificité du PMSD est qu'il est la seule formation à s'être opposée au processus d'indépendance de Maurice vis-à-vis du Royaume-Uni, mise en avant par le Parti de l'Indépendance (PI) regroupant l'Independent Forward Block (IFB), le Comité d'Action Musulman (CAM) et le Parti travailliste mauricien de Sir Seewoosagur Ramgoolam..

L'heure de gloire du PMSD comme parti incontournable de la scène nationale Au terme des élections du , le PMSD, mené par Sir Gaëtan Duval, est défait par le PI qui l'emporte avec 56% des voix. Toutefois, avec 44% des voix, le PMSD est un parti incontournable avec lequel il faut compter, d'autant plus qu'il engrange la majorité des voix des Créoles, des Blancs, des Sino-Mauriciens et d'une certaine partie des Musulmans d'origine indienne qui redoutent les effets de cette indépendance dans le contexte de la partition indo-pakistanaise. Soupçonné d'avoir alimenté un climat de division ethnique par ses adversaires., le PMSD accepte néanmoins la main tendue d'une coalition au sein d'un gouvernement d'unité nationale avec le PTr., ce qui provoque le départ d'une partie des cadres du parti — dont Maurice Lesage — qui fonde l'Union démocratique mauricienne (UDM), notamment après le vote du Public Order Bill de 1970 restreignant, entre autres, la liberté de la presse..

De l'indépendance à la dislocation (1968-2009)

Le gouvernement de l'union nationale (PMSD-PTr) et la rupture en 1973 De 1968 à 1973, le PMSD est en coalition avec le Parti travailliste. Cette période est connue comme une phase où l'État consolide un régime parfois qualifié d'autoritaire et s'appuyant sur un état d'urgence quasi-permanent pour limiter les libertés fondamentales, dont la liberté d'expression et de la presse au nom de la pacification publique. C'est aussi le début du déclin du PMSD qui doit faire face à l'émergence du Mouvement militant mauricien de Paul Bérenger qui lui dispute un électorat populaire créole, sensibilisé aux thèmes du tiers-mondisme et de l'altermondialisme de gauche, adoptant une rhétorique anticapitaliste et socialisante, évoquant notamment la lutte des classes..

Gaëtan Duval, un tribun populiste de droite

vignette|Gaëtan Duval, leader historique du PMSD, lors d'une liesse populaire. Jusqu'en 1973, le PMSD est partie prenante de la coalition gouvernementale qui dirige le pays à la suite de l'indépendance du . Gaëtan Duval oriente son parti vers un discours moins favorable aux élites franco-mauriciennes, notamment par des saillies relevant d'une forme de « populisme » ou nationalisme noir sans doute exacerbé par un contexte international de lutte contre la ségrégation raciale et la montée des mouvements tiers-mondistes se réclamant de les dialectiques de Frantz Fanon ou de la négritude, comme le Mouvement militant mauricien, comme en témoignent sa réponse au chef de l'opposition de l'époque, Maurice Lesage, ancien du PMSD :« Sir, since the Coalition Government has been formed, everything has been done in order to destroy confidence in it. Why? Because this Government is composed primarily of black people. (...) Yes, because this Government is composed primarily of black people and, for centuries it has been said again and again that black people could never rule this country, sub-consciously perhaps, not consciously! (...) The black have been called at all times Noirs volères. Therefore, when you have a Government of black people, you have a Government of volères. » — Gaëtan Duval, ..Défendant le Public Order Bill, il avance que celui-ci n'est pas élaboré pour protéger le Gouvernement, mais le peuple lui-même :« The Bill is not to protect the Government. It is to protect, as my hon. friend said, the people themselves. Not later than a week or ten days ago, those people had to call the Riot Unit to their own municipality. Why did they do it? Because the people outside were black! They were énergumènes (...). Power in this country belongs to the black and the black are prepared to co-operate with everybody who respects their rights. (...) The Public Order Bill is made for savages like me, against black people like me, against savages like me, not against civilized people like you (en s'adressant à Maurice Lesage) ! » — Gaëtan Duval, . En tant que ministre du Tourisme entre 1967 et 1973, il promeut cependant le pays comme une destination phare pour les Occidentaux et certains États dont la législation présente encore un contenu liée à la ségrégation raciale, comme le régime d'apartheid en Afrique du Sud.

La rupture en 1973 : le départ des quatre ministres PMSD Le , les quatre ministres PMSD (Gaëtan Duval, ministre du Tourisme ; Guy Marchand, ministre du Commerce et de l'Industrie ; Cyril Leckning, ministre de l'Emploi et Da Patten, secrétaire d'État aux affaires étrangères) sont révoqués par le Premier ministre Sir Seewoosagur Ramgoolam. La raison probable est l'augmentation des impôts sur le revenu de 15%, refusée par Gaëtan Duval et des discordances sur les stratégies à adopter pour lutter contre le Mouvement militant mauricien de Paul Bérenger, libéré en 1973.. L'accalmie n'est que de courte durée, puisque le PMSD réintègre le gouvernement en 1976 après la défaite de Ramgoolam..

L'affaire Azor Adélaïde, l'émergence du MMM et le déclin progressif du PMSD Le est assassiné un membre du Mouvement militant mauricien, Azor Adélaïde, à la rue Chasteauneuf, Curepipe.. Les soupçons se portent sur Ignace Bahloo, qualifié de « première gâchette » de Gaëtan Duval à Curepipe, même si son fils, Éric Bahloo, affirme que « l’assassin présumé pourrait être hindou et non créole. Il aurait pu être payé pour tuer Bérenger, peut-être par quelqu’un d’autre que Duval…». Néanmoins, le meurtre est imputé à des « nervis » du PMSD et Paul Bérenger réemploie l'affaire qui nuit gravement à l'image du PMSD., d'autant plus que le , Gaëtan Duval avait déjà reconnu que certains de ses partisans nuisaient volontairement aux sympathisants du MMM de façon inappropriée..

L'émergence du Mouvement militant mauricien est largement évoquée par le PMSD comme une source de préoccupation, allant jusqu'à qualifier le parti de Paul Bérenger d'agents infiltrés des Soviétiques dans un contexte de guerre froide et poussant sans doute Gaëtan Duval à réintégrer le gouvernement en 1976, Michel Legris affirmant déjà en 1970 :« De son côté, M. Gaétan Duval n'avait pas été sans percevoir les risques qu'une opposition systématique faisait courir au pays. Il n'avait pas non plus assisté sans inquiétude à l'apparition du Mouvement militant mauricien, qui paraissait décidé à faire de la surenchère antigouvernementale et qui, fondé par le franco-mauricien Paul Béranger, cherchait d'abord à prendre de l'influence auprès de sa propre clientèle. » — Michel Legris, « II. - M. M. M. ... le maudit », Le Monde, .Les « années de braise » (1970-1980) selon l'expression consacrée, sont cependant les années de déclin du PMSD. La stratégie du slogan black power lors des élections de 1971 s'avère un échec, le PMSD ne récoltant que 7 sièges au Parlement en 1976. Le « virage à gauche » sur le plan social est contrecarré par l'inexorable montée du MMM, plus crédible sur ce point. Les élections de 1982 confirment le déclin réel du Parti travailliste et du Parti Mauricien Social-Démocrate. Après avoir récolté 7 sièges en 1971, le PMSD ne récolte que 2 sièges lors des élections de 1982 et uniquement grâce au best loser system, contre 30 sièges pour le MMM en 1972 puis l'historique 60-0 en faveur du Mouvement militant mauricien en 1982. Mais c'est surtout à partir de 1983, lorsque le Premier ministre mis en minorité est dans l'obligation de convoquer de nouveau des élections législatives, que le déclin du PMSD est définitivement acté, ne récoltant globalement que des sièges de best losers lorsqu'il se présente seul face aux suffrages.