Claude Chisserey, né le à Enghien-les-Bains et mort le dans le 12e arrondissement de Paris, est un responsable de l'OCI. À ce titre, il milite à la Sorbonne dans l'UNEF, peu avant et après Mai 68 et est le responsable du Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER, trotskiste)"Rebelle jeunesse" par Henri Weber, 2018, qui deviendra à la fin la FER, l'une des composantes politiques du syndicat étudiant, avant de devenir au début des années 1970 secrétaire, pour la région parisienne, de l'Organisation communiste internationalisteInformations ouvrières du 27 septembre au 4 octobre 1972 Informations ouvrières du 4 au 10 janvier 1973 .
En Mai 68, il rédige l'appel à la grève générale lancé par l'UNEF juste après les émeutes du et du . Il a le souci que le mouvement étudiant conserve la faveur de l'opinion, car il a l'espoir de rallier au mouvement étudiant les syndicats de salariés lors des négociations du lendemain. Il met en avant les occupations d'usine dès qu'elles débutent le . Ensuite durant les années 1970, il est responsable, du secteur jeune de l'Organisation communiste internationaliste, qui, dès 1971, contrôle l'UNEF, puis l'UNEF-ID du début 1980 et jusqu'en 1986. Face au chef de cette organisation politique, Pierre Lambert, Claude Chisserey incarne la génération Mai 68.
« Cyrano du trotskisme (qui) aimait ferrailler avec ses adversaires tout en les respectant », selon l'ex-président de l'UNEF Jean-Christophe Cambadélis, qui reconnait son influence, il était aussi très proche de l'historien et écrivain Benjamin Stora, qui lui a rendu hommage dans ses mémoires, La dernière génération d'octobre, après avoir milité avec lui au sein de l'UNEF de la Sorbonne peu après Mai 68"La dernière génération d'octobre" par Benjamin Stora, Editions Stock 2003 . L'année de son suicide en 1981, il est marginalisé..
Biographie L'UNEF du milieu des années 1960 De la formation d'instituteur à la Sorbonne Fils d'un cordonnier, Claude Chisserey naît le à Enghien-les-bainsVase de donnée de l'INSEE et grandit à Montmorency, dans un milieu modeste. Il commence par une formation d'instituteur à l’école normale de Versailles, au cours de laquelle il rencontre Boris Fraenkel, militant du "groupe trotskiste", dirigé par Pierre Lambert. Il adhère au groupe Lambert en 1961 "Du trotskysme à la social-démocratie : le courant lambertiste en France jusqu’en 1963" thèse présentée en 2019 par Jean Hentzgen à l’Université Le Havre Normandie , à 17 ans, au moment de la création du Front universitaire antifasciste (FUA) d'Alain Krivine et du CLER, fondé dans le sillage du grand meeting syndical réussi le pour la Paix en Algérie. Le CLER revendique le coup d'éclat de Gérard Rauzy, mathématicien qui a refusé de serrer la main à De Gaulle en visite à l'École normale supérieure (Paris). Il profite en 1961-1963 que l'UEC, concentrée sur le FUA et ses suites possibles, se désintéresse de l’UNEF pour y occuper le terrain, en particulier à la FGEL (Fédération des Groupes d'Études de Lettres). , qui est l'UNEF-Sorbonne. Dès l’automne 1961 à la Sorbonne, Jean-Pierre Bakhouche est élu président du groupe d'études de propédeutique qui essaime l’année suivante et le CLER compte une quarantaine d'adhérents en 1962 dont la moitié du groupe trotskiste vendant le journal La Vérité.
Chisserey adhère l'Union des étudiants communistes en 1963 alors qu'il est étudiant à la Sorbonne, au moment où trois militants du CLER, dont Jean-Pierre Bakhouche et Jean Puyade, siègent au bureau de la FGEL mais sont éliminés par son président Antoine Griset en , provoquant la rupture entre le CLER et la FGEL. Claude Chisserey, déjà militant trotskiste, pratique l'entrisme à l'Union des étudiants communistes (UEC) comme le faisaient d'autres étudiants trotskistes et diffuse un petit périodique L’étudiant révolutionnaire, d'abord sans grand succès. Décrit par Philippe Robrieux, secrétaire général de l'UEC comme un , avant de devenir le "Notre génération communiste: 1953-1968 : essai d'autobiographie politique", par Philippe Robrieux, aux Editions Robert Laffont 1977 , Claude Chisserey est selon ce dernier l'un des rares à comprendre l'issue inéluctable du congrès de l'UEC qui a lieu du 4 au à Montreuil, et qui marque la victoire des communistes orthodoxes, fidèles à la direction du PCF, sur les , autrement dit les contestataires, . Peu de temps avant, Jean-Louis Peninou et Marc Kravetz, entrés au bureau national de l'UNEF en grâce à leur action à la FGEL et au prix d'un passage du PSU à l'UEC, ont été balayés en raison de l'échec de leur tentative d’occuper la Sorbonne le pour en interdire l’accès au ministre de l‘Éducation nationaleBiographie Maitron .
Claude Chisserey rencontre à la Sorbonne Jean Sanvoisin et Charles Berg, étudiant en histoire, qui devient son et camarade à l'OCI. Ce dernier n'exerce pas de responsabilité à l'UNEF, à cette époque, car il s'occupe L'UNEF en mai et juin juin 68, colloque de 2018, Cité des mémoires étudiantes . Son ami Jean Sanvoisin adhérera au PCF en 1965, l'année où Chisserey cède sa place un nouveau responsable du "travail jeunes", Xavier Mourre, à l'issue d'une conférence spécifique en , pour se consacrer aux groupes "Révoltes" et à l'OCI qui nait deux mois après mais aussi, plus discrêtement, à l'UNEF.
Le lien avec les anarchistes espagnols L'espagnol Tomás Ibáñez, inscrit en 1963-1964 à la Sorbonne au département de psychologie, constate que c'est une place forte des trotskistes menés par Claude Chisserey "Conversations avec Tomás Ibáñez", dans la revue "A contre-temps DE JANVIER 2011 ., qui le présente à Richard Ladmiral, rédacteur à la revue anarchiste Noir et Rouge. Afin d'imiter les trotskistes de Claude Chisserey, qui avaient fondé en 1961, en pleine Guerre d'Algérie, le Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER) , nait l’idée de créer la liaison étudiante anarchiste, alliée au CLER au sein de l'UNEF.
Richard Ladmiral et Tomás Ibáñez militent au sein de l’UNEF dans la « tendance syndicaliste révolutionnaire » créée par les amis de Claude Chisserey, sur le modèle de l’alliance tissée dans la région de Saint-Nazaire entre lambertistes et anarcho-syndicalistes – dont Alexandre Hébert était la figure de proue. Cette alliance entre les anarchistes et le CLER leur permet de prendre le contrôle de plusieurs autres bureaux de l'UNEF à partir de 1964. C'est le cas à Strasbourg, puis Nanterre, où les anarchistes feront cependant sécession l'année 1966-1967, ou un peu plus tard à Clermont-Ferrand et à Nantes, où des ouvriers lambertistes seront, à l'origine du mouvement de grève générale de Mai 68Blog de Gérard FRETELLIERE .
Les lambertistes rejettent nettement l'influence des religions, facilitant leur entente avec les anarchistes, alors que le courant chrétien de gauche croît depuis la formation du Parti socialiste unifié face à la Guerre d'Algérieblog de Gérard FRETELLIERE .
Le départ de l'UEC avec Alain Krivine En , Claude Chisserey s'est levé avec Alain Krivine, ex-secrétaire général de l'Union des étudiants communistes huit ans plus tôt, pour chanter L'Internationale lorsque la nouvelle direction communiste de l'UEC les a exclus, à la demande de Paul Laurent, Roland Leroy et Jean-Michel Cathala"Le Chuchotement de la vérité" par Jean-Christophe Cambadélis, 1999 . À la suite de cette exclusion, Pierre Salvaing, jeune étudiant en Sorbonne et futur permanent à l'OCI, lui demande le d'y développer le CLER.
Une personnalité contre les curés, les flics et les patrons Décrit comme et "L'insoumis" par Jean-Paul Dollé, Grasset 2014 mais aussi avec un et un ou encore comme et populaire auprès des militants, il dirigeait les groupes "Révoltes", du nom de leur journal vendu aux portes des lycées ou des entreprises, et , en se déclarant, comme une partie des "Blousons noirs", , selon les souvenirs compilés par l'historien Karel Yon"Modes de sociabilité et entretien de l'habitus militant. Militer en bandes à l'AJS-OCI" par Karel Yon, dans la revue Politix en 2005, pages 137 à 167 .
Les militants de son groupe se donnent alors , selon Benjamin Stora.
La rencontre avec Guy Debord À la fin de l'année 1966, Claude Chisserey retrouve à Strasbourg le situationnistes viennent de publier la brochure De la misère en milieu étudiant, Guy Debord, cofondateur et dirigeant de l'Internationale situationniste de 1957 à 1972, qui publiera quelques mois plus tard La Société du spectacle (1967). Debord est pour lui une vieille connaissance, perdue de vue depuis Socialisme ou Barbarie"Vie et mort de Guy Debord", par Christophe Bourseiller, éditions de poche, 2016, une organisation révolutionnaire créée en 1948 par Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, qui s'autodissoudra en 1967. Claude Chisseray compte sur les situationnistes alsaciens, qui viennent de prendre le contrôle de l'UNEF locale, pour l'appuyer au niveau national au sein du syndicat étudiant.
En 1967-68, grâce au travail de Claude Chisserey et Charles Berg, le Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER) devient majoritaire, à la Sorbonne, dans les groupes d'études de l'UNEF en philosophie, psychologie et espagnolChronologie de Mai 68 - 21 avril 1968 HISTOIRE DES ASSOCIATIONS ETUDIANTES FRANÇAISES selon la FAGE 24 FÉVRIER 2013 .
Le combat contre les ordonnances et le Plan Fouchet La Sorbonne regarde alors vers la province. À la rentrée d’, la situation économique est jugée difficile avec une inflation en réveil et des conditions de travail difficiles dans l'industrie3lE Mans en Mai 68, par Joelle Lendant, juillet 2017 . Dans l'Ouest, la contestation sociale gagne avec la manifestation paysanne du suivie par celle à l’usine Renault ACI du Mans de pièces automobiles et d'engins agricoles qui compte le , puis le , avec une marche vers le centre-ville qui oblige les CRS à reculer et se retrouver cernés sur la place de la République sans pouvoir bloquer l’accès à la préfecture dont les grilles sont secouées, ce qui entraine l'interdiction préfectorale de manifester sur la voie publique et de procéder à des barrages de routes. Au même moment, l'agitation se développe contre la Réforme Fouchet des universités avec le un meeting "toléré” qui se transforme en manifestation improvisée à la Sorbonne et de befs heurts au carrefour de la rue Soufflot et du boulevard Saint-Michel entre les étudiants et forces de l'ordre. Après la manifestation, il participe au côté de Jacques Sauvageot, alors vice-président de l'UNEF à la contre-attaque. C'est qui rédige le communiqué appelant les étudiants à la grève et Jacques Sauvageot qui le signe.
Mai 68 En Mai 68, il insiste sur l’« unité des travailleurs, de la jeunesse travailleuse et des étudiants » qui lui semble indispensable, dès ses articles du tout début du mois de mai « Unité de travailleurs et des étudiants », titre de son article dans Informations ouvrières, , mai 1968 , dit aussi .
L'invasion de la Sorbonne le 3 mai En Mai 68, Claude Chisserey est toujours étudiant à la Sorbonne et connu comme le principal dirigeant étudiant de l'OCILa Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981), par Jean-Paul Salles, en 2015 . Lors de l'invasion de la Sorbonne par la police le , il participe aux négociations avec la police pour évacuer le bâtiment sans être arrétés, en compagnie d'Alain Krivine pour la JCR et de son camarade Charles Berg de la FER"Mai retrouvé", par Jacques Baynac, 1978 , la police demandant ensuite aux étudiants de se regrouper sous le porche donnant rue de la Sorbonne pour un contrôle d'identité. Cette décision de la police, alors arrivée en bien plus grand nombre que les étudiants, va peu à peu provoquer l'afflux de passants et d'étudiants, puis une révolte, de rue, la première de Mai 68, lorsqu'un ordre donnera finalement au bout d'une heure l'injonction aux policiers d'emmener les étudiants dans des cars jusqu'à des commissariats.