vignette|Toros Roslin (1210-1270), Incrédulité de saint Thomas, enluminure de Malatia Gospel (1267-1268). Le royaume arménien de Cilicie ou royaume de Petite-Arménie (en arménien Կիլիկիոյ Հայկական Թագաւորութիւն, transcrit Kilikio Haykakan T’agavorout’ioun, à ne pas confondre avec les royaumes de la Grande Arménie) est un État fondé en Cilicie, au sud-est de l'Anatolie, par des réfugiés arméniens fuyant l'invasion turque seldjoukide de l'Arménie.. Soutenu par les Croisés de 1100 à 1250, puis allié inféodé aux Mongols de 1250 à 1300, il est finalement vaincu par les Mamelouks d'Égypte après avoir été indépendant de 1080 à 1375.

Le royaume de Petite-Arménie fut fondé par la dynastie roupénide, une famille arménienne apparentée aux rois bagratides et Arçrouni, qui régnèrent à diverses époques sur l'Arménie et la Géorgie. Ce bastion de la chrétienté orientale fut un allié précieux pour les Croisés, et il fut également le cœur du nationalisme et de la culture arménienne, l'Arménie elle-même se trouvant alors sous occupation étrangère.

Sa capitale était à Sis puis à Mamistra, sa métropole au port d'Ayas, et le royaume comptait parmi ses autres villes et châteaux le port de Korykos, Adana, Vitzada, Lampron, Barbaron, Vahka, Hromgla, Tarse, Anazarbe, Tel Hamdoun.

La Cilicie byzantine L'empereur byzantin Nicéphore II Phocas reprit la Cilicie aux Arabes vers 965. Il expulsa les musulmans qui y vivaient et encouragea les chrétiens de Syrie et d'Arménie à s'y installer. L'empereur Basile II étendit son empire vers le royaume arménien de Vaspourakan, l'annexant en 1021., ainsi qu'en Syrie. En conséquence, les Arméniens se dispersèrent en Cappadoce et à l'est de la Cilicie, dans les régions montagneuses du nord de la Syrie et de la Mésopotamie..

L'immigration arménienne s'accentua avec l'annexion formelle de la Grande-Arménie à l'Empire byzantin en 1045, puis par la conquête seldjoukide, dix-neuf ans plus tard, ces deux événements entraînant deux nouvelles vagues de migrations. Après la chute de l'Arménie bagratide, et durant les siècles qui suivirent, la nation arménienne fut incapable de rétablir sa souveraineté. Elle resta sous la domination de tribus turques.

Fondation de la puissance arménienne en Cilicie Les immigrés arméniens se mirent au service des Byzantins, devenant officiers militaires et gouverneurs : ils reçurent le contrôle de cités majeures à la frontière orientale de l'Empire. Lorsque le pouvoir impérial s'affaiblit dans cette région, dans les années qui suivirent la désastreuse bataille de Manzikert (1071), certains d'entre eux saisirent l'opportunité de l'affaiblissement byzantin et se proclamèrent souverains indépendants, tandis que d'autres restèrent loyaux à l'Empire, du moins en théorie. Par exemple, Philaretos Brakhamios, ancien général de Romain IV Diogène., réussit à bâtir, entre 1072 et 1085, une principauté s'étendant de Mélitène au nord à Antioche au sud, et de la Cilicie à l'ouest à Édesse à l'est. Cependant, son État s'effondra à sa mort, attaqué par les Seldjoukides et divisé en seigneuries locales.

Philaretos avait attiré à lui de nombreux nobles arméniens, leur donnant terres et châteaux. L'un de ces princes était Roupen, ancien officier du dernier roi d'Arménie bagratide, Gagik II. Pensant qu'il ne pourrait jamais recréer le royaume bagratide, il se rebella contre l'Empire byzantin en Cilicie, ralliant à lui de nombreux propriétaires et nobles arméniens. Ainsi, en 1080, les fondations de la principauté arménienne indépendante de Cilicie furent posées par Roupen et ses descendants, les Roupénides..

Au moment de la mort de Roupen, en 1095, la région comptait six principautés majeures : Lampron et Babaron, situées au sud des Portes de Cilicie, étaient contrôlées par l'ancien général byzantin Oshin, fondateur de la dynastie héthoumide. Au nord-est se trouvait la principauté de Constantin , le fils de Roupen. Son pouvoir était centré sur les forteresses de Partzapert et Vahka. Plus loin au nord-est, hors de la Cilicie proprement dite, se trouvait la principauté de Marach, sur laquelle régnait Tatoul, un ancien officier byzantin. À l'est de Marash, l'Arménien Gogh Vasil tenait les forteresses de Raban et Kesoun. Au nord de celles-ci, sur le haut-Euphrate, se trouvait la principauté de Mélitène, tenue par Gabriel, un ancien officier de Philaretos, soumis aux Seldjoukides lui aussi. Enfin, au-delà de Mélitène se trouvait Édesse, contrôlée par Thoros, un autre officier de Philaretos, et beau-fils de Gabriel de Mélitène.

La première croisade et la principauté roupénide

vignette|redresse=1.5|Tancrède de Hauteville recevant les envoyés Ciliciens. Miniature du extraite de Guillaume de Tyr, Histoire d'outremer. vignette|Tram d'argent du royaume arménien de Cilicie.

Durant le règne de Alexis Comnène survient la première croisade ; une imposante armée ouest-européenne s'avance vers Jérusalem en passant par l'Anatolie et la Cilicie. Les Arméniens de Cilicie gagnent de puissants alliés en la personne des Francs. Godefroy de Bouillon est perçu comme un sauveur par les Arméniens et Constantin considère l'arrivée des croisés comme une occasion d'éliminer la présence byzantine en Cilicie.. Avec leur aide, ils assurent la Cilicie contre les Byzantins et les Turcs, à la fois par des actions militaires directes dans la région et par l'établissement des États latins d'Orient d'Antioche et Édesse. Les Arméniens aident également les croisés, comme le rapporte le pape Grégoire XIII :

Pour exprimer leur satisfaction aux Arméniens, les croisés accordent les titres de comes et baron à Constantin. De plus, pour cimenter les bonnes relations entre Arméniens et croisés, des mariages se font régulièrement entre eux. Par exemple, Josselin , comte d'Édesse, se marie avec la fille de Constantin, et Baudouin de Jérusalem, frère de Godefroy, épouse la nièce de Constantin, la fille de son frère Thoros. Les Arméniens et les croisés sont tantôt alliés, tantôt rivaux durant les deux siècles qui suivent. Le fils de Constantin, Thoros , s'empare du château-fort d'Anazarbe aux Byzantins et repousse les Turcs qui se rassemblent dans le territoire de Gogh Vasil aux alentours de Marach, où ils sont encore une fois battus. La Cilicie souffre d'une invasion de Malik Shah , sultan seldjoukide d'Iconium. Thoros perd la première bataille contre Malik Shah, mais réussit à le battre lors d'un deuxième affrontement.

Une sorte de gouvernement centralisé finit par émerger dans la région comme le pouvoir des princes roupénides s'accroît. Au , ils sont les plus proches d'être une dynastie régnante, et luttent avec les Byzantins pour le contrôle de la région. Le prince Léon intègre les cités côtières de Cilicie à la principauté arménienne, consolidant ainsi sa domination commerciale dans la région. En 1137, il est vaincu par l'empereur Jean II, qui considère toujours la Cilicie comme une province byzantine, et emprisonné avec plusieurs membres de sa famille. Il meurt en prison trois ans plus tard. Thoros II, son fils et successeur, est aussi emprisonné, mais il s'évade en 1141 et reprend la lutte contre les Byzantins. Après quelques succès, il finit par se soumettre à l'empereur Manuel en 1158. Les Roupénides continuent à régner sur leur principauté, qui a acquis une telle importance au cours de ces années qu'en 1151, le siège de l'Église arménienne est transféré à Hromgla.

Le royaume d'Arménie thumb|La forteresse de Korykos. vignette|Léon II d'Arménie, reine Kéran de Lampron, et leurs cinq enfants. vignette|Héthoum de Korikos, Héthoum II à la cour mongole en 1254, dans Histoire des Tartares (1307).

Léon II devient prince en 1187. Il est l'une des figures les plus importantes de la Cilicie arménienne. Sous son règne, il doit affronter les souverains de Konya, Alep et Damas. Ce faisant, il intègre de nouvelles terres à la Cilicie, doublant la longueur des côtes contrôlées. Il fait également beaucoup pour accroître la capacité militaire de son pays.

À cette époque, Saladin a grandement affaibli les États croisés, ce qui entraîne le lancement d'une nouvelle croisade. Léon II profite de l'occasion pour améliorer ses relations avec les Européens. En 1189, le pape Clément III envoie des lettres à Léon et au catholicos Grégoire IV pour demander aux Arméniens leur soutien militaire et financier. Cela démontre l'importance de la Cilicie dans la région. Grâce au soutien de l'empereur Frédéric Barberousse et de son fils Henri VI, il peut faire de sa principauté un royaume. Le couronnement du prince Léon II se déroule le , 1198, le jour de Noël pour les Arméniens, dans la cathédrale de Tarse. Le patriarche syrien jacobite, le métropolite orthodoxe de Tarse, ainsi que plusieurs dignitaires religieux et militaires assistent à la cérémonie. L'onction de Léon est effectuée par le catholicos et son insigne est présenté par Conrad de Wittelsbach. En 1198, il devient ainsi le premier roi arménien de Cilicie.

Ainsi, alors que la Grande Arménie est passée sous la domination abbasside puis mongole, , comme l'explique l'historien Alain Ducellier..

En 1219, la couronne passa à la dynastie rivale des Héthoumides par la fille de Léon, Zabel. À la suite de l'empoisonnement de son premier époux par Constantin de Barbaron, elle se remarie en 1226 avec Héthoum . Héthoum et Zabel règnent ainsi ensemble sur la Cilicie.

À l'époque, les Mongols ont atteint le Moyen-Orient et conquis la Grande-Arménie, la Mésopotamie, la Syrie, et avancent en direction de l'Égypte. La conquête mongole est un désastre pour ceux des Arméniens qui habitent toujours en Grande-Arménie, mais ce n'est pas le cas pour ceux de Cilicie : les Mongols ne les attaquent pas, parce qu'Héthoum prend l'initiative de coopérer avec les Houlagides (Ilkhanat de Perse en 1247, assurant ainsi la sécurité des Arméniens vivant hors de Cilicie. Il envoie son frère Sempad à Karakorum en 1247 afin de négocier une allianceClaude Lebedel dans Les Croisades décrit l'alliance entre les Mongols et les Francs d'Antioche et de Tripoli : (en 1260) « les barons francs refusèrent l'alliance avec les Mongols, sauf pour les Arméniens et les princes d'Antioche et de Tripoli ».. Celui-ci revient en 1250 avec un document garantissant l'intégrité de la Cilicie, ainsi qu'une promesse d'assistance mongole pour la libération de châteaux-forts conquis par les Seldjoukides. En 1253, Héthoum visite lui-même le nouveau khan mongol, Möngke Khan, à Karakorum. Il est accueilli somptueusement et obtient l'exemption de la taxation des églises et monastères arméniens en territoire mongol. Durant son voyage vers Karakorum et lors de son retour en Cilicie en 1256, il traverse la Grande-Arménie. À son retour, il y reste longtemps et reçoit des visites de princes, évêques et autres religieux.

Campagnes avec les Mongols thumb|Les Mamelouks battent les Arméniens à Mari, en 1266. Enluminure tirée du Livre des merveilles du monde ().

Héthoum et ses troupes combattent aux côtés des Francs de Bohémond VI d'Antioche sous le commandement du Mongol Houlagou lors de la conquête de la Syrie musulmane et de la prise d'Alep et Damas par ce dernier, en 1259-1260. Héthoum tente même, en vain, de convertir les Mongols au christianisme« Le roi d'Arménie et le prince d'Antioche se rendirent au camp militaire des Tatars, et partirent pour la conquête de Damas ». Le Templier de Tyr, cité dans ..