La psychologie environnementale, confondue parfois avec l’écopsychologie, est « l'étude des interrelations entre l'individu et son environnement physique et social, dans ses dimensions spatiales et temporelles »Moser, G., & Weiss, K. Espaces de vie: aspects de la relation homme-environnement, Armand Colin, Paris, 2003. Elle s'intéresse aussi bien aux effets des conditions environnementales sur les comportements, cognitions et émotions de l’individu qu’à la manière dont celui-ci perçoit ou agit sur l'environnement.
La psychologie environnementale repose sur une meilleure compréhension et prise en compte des interrelations complexes qui se tissent entre l'individu et son environnement, qu'elles soient conscientes ou non. En tant qu’acteur, l’individu perçoit, ressent, se représente et se projette dans « son » environnement, de manière positive ou négative selon les cas. Cet environnement, avec ses particularités réelles ou fantasmées, la manière dont il est investi et façonné par l’individu participe de l’identité de l’individu et d'un groupe, et donne signification à leur comportement.
L’environnement n’est pas ici considéré comme un simple décor environnant l'individu ou le groupe, ni même uniquement comme source de services écologiques, mais pour ses aménités et aussi pour les peurs inconscientes qu'il peut susciter (peur du loup, peur du noir, peur du sauvage et de l'incontrôlé...). Il n’est pas uniquement composé d’éléments matériels : l’individu y est continuellement présent, que ce soit de manière effective ou virtuelle.
Historique Dans les années 1950, des interrogations émergent à propos du rôle de l'environnement dans les soins apportés aux malades mentaux. En France, aux États-Unis, ainsi qu'en Suède, de nombreux travaux sont ensuite réalisés sur ce thème. Parallèlement, les architectes ont manifesté un besoin de comprendre l'usager, afin de lui fournir un cadre de vie adapté à ses besoins selon son âge, son profil de personnalité et certaines spécificités (propres à l'autisme par exemple).
La psychologie environnementale s'est pour partie formalisée dans les années 1970 (Ittelson, Proshansky, Rivlin, et Winkler, 1974Ittelson, W.H., Proshansky, H.M., Rivlin, L.G. et Winkel, G.H. (1974). An introduction to environmental psychology. New York: Holt, Rinehart and Winston.), et correspond à la prise de conscience, dans des domaines aussi divers que l'architecture, l’anthropologie, l’urbanisme ou la psychologie, de la nécessité de prendre en compte la dimension humaine dans l’aménagement de l’environnement. Puis la discipline s'est intéressée à différents thèmes : le stress urbain, les nuisances urbaines, les comportements pro-environnementaux...
La psychologie environnementale s'est créée à partir et autour d'une demande sociale basée sur deux axes principaux : les questions d'urbanisme et d'architecture d'une part, et les problématiques liées à l'écologie et à l'évolution des écosystèmes d'autre part.
Cadres environnementaux La psychologie environnementale « considère la relation à l’espace et au vivant qui nous entoure comme un système d’interdépendances complexes dans lequel le rôle et la valeur de ceux-ci sont notamment déterminés par la perception et l’évaluation subjective dont un lieu, un animal, une plante, un paysage... est l’objet » (Ittelson, 1978)Ittelson, W.H. (1978). Environmental perception and urban experience. Environ. Behav. 10, .. C’est : une psychologie de notre relation à l'altérité minérale et non vivante (avec l'eau, l'air, les roches) ou vivante (la faune et la flore, domestiquées ou non, la complexité des agrosystèmes et écosystèmes) ; une psychologie de notre relation au mystère du vivant (la mer où l'on ne peut vivre, l'environnement nocturne que nos sens appréhendent mal...) ; une psychologie de l'espace-temps, dans la mesure où elle analyse les perceptions, les attitudes et les comportements de l'individu en relation explicitent avec le contexte physique et social dans lequel il évolue dans le temps.
Il est ainsi possible de distinguer quatre niveaux de référence sociaux-spatiaux : le Micro-environnement, l’espace privatif (logement, poste de travail) concerne l’individu et la sphère familiale. le Méso-environnement, l’environnement de proximité partagé (espaces semi-publics, habitat collectif, quartier, lieu de travail, parcs, espaces verts) concerne les relations interindividuelles et les collectivités de proximité. le Macro-environnement, les environnements collectifs publics (villes, villages, campagne, paysage) concerne l’individu dans sa relation à la collectivité : communautés, habitants, agrégat d'individus. l’Environnement global, l'environnement dans sa totalité (l’environnement construit et l’environnement naturel, les ressources naturelles), concerne la population, société dans son ensemble.
Cette distinction permet de comprendre et d’analyser la relation individu-environnement en termes de rapport à l’environnement dans ses dimensions physiques et de préciser les rapports à autrui que chacun de ces différents niveaux impliquent. En effet, les problèmes mis en jeu diffèrent selon l’échelle spatiale et temporelle à laquelle l'individu se place, et en conséquence aussi, les modalités d’intervention et les filtres que la psyché (culture, expérience personnelle..) place entre soi, le groupe et la réalité environnementale.
Contexte des relations individu-environnement
L'individu et le groupe modifient sans cesse leur environnement, et l'environnement et ses modifications rétroagissent sur le comportement et l'état d'esprit de l'individu. L'environnement procure l'eau, l'air et la nourriture qui nous sont vitales, mais aussi du sens et de l'identité, en situant l'individu socialement, économiquement et culturellement, il véhicule des significations. Nous façonnons, et de plus en plus, et de plus en plus vite, l'espace construit et notre environnement, et « cet espace construit nous signifie en retour qui nous sommes et ce que nous devons faire » (Getzel, 1975)Getzels, J.W. (1975). Images of the Classroom and Visions of the Learner. in: T.G. David and B.D. Wright (Eds.) Learning Environments, Chicago: University of Chicago Press.. Le contexte environnemental, objet de perceptions, d'attitudes, et de comportements déployés en son sein, nécessite la prise en compte de la dimension temporelle (Perla Serfaty, 2002Serfaty-Garzon, P. (2002). Chez soi. Les territories de l’intimité. Paris, Armand Colin, Moser & Uzzell, 2002Moser, G. & Uzzell, D. (2002). Environmental psychology. in: Millon, T., & Lerner, M.J. (Eds.), Comprehensive Handbook of Psychology, Volume 5: Personality and Social Psychology, New York: John Wiley & Sons.).
La relation à un espace donné est, au-delà du présent, tributaire de son passé et du futur. Les lieux ont un passé qui contribue à son interprétation actuelleKorosec-Serfaty, P. Le public et ses domaines. Contribution de l’histoire des mentalités à l’étude de la sociabilité publique et privée. Espaces et Sociétés, , 1991, ., et un futur qui est susceptible de nous guider dans nos actions à travers nos représentations anticipatoires. Les systèmes d'interactions/transactions entre l’individu et l'environnement intègrent aussi bien son expérience que ses projets, ses représentations et ses actions, et s'inscrivent donc dans la temporalité. La capacité de l’individu à se projeter dans le futur prend toute son importance au regard des analyses des conditions d'adoption de comportements écologiquesPol, E.; Castrechini, A.; Di Masso, A. (2010). Développement durable: attitudes, compétences et cohesion sociale. In Karin Weiss et Fabien Girondela (eds) Psychologie et développement durable Éditions In Press (95-118). Les références au temps sont présentes de manière récurrente en psychologie environnementale. Des auteurs comme Perla Serfaty (2003)Serfaty-Garzon, P. (2002). Chez soi. Les territories de l’intimité. Paris, Armand Colin, Altmann et Rogoff (1987), Proshansky (1987)Proshansky H.M. (1987). The field of environmental psychology: securing the future. In D. Stokols and I. Altman (Eds.) Handbook of Environmental Psychology. New-York: Wiley, Vol.2, ., Werner , (1992)Werner, C.M., Altman, I. & Brown B.B. (1992). A transactional approach to interpersonal relations: physical environment, social context and temporal qualities. Journal of Social and Personal Relationships, 9, 297-323. et Perla Serfaty,1994, 1985, 1984Korosec-Serfaty, P. (1994) Dwelling, place making, and the experience of transition and relocation; Korosec-Serfaty, P. (1985) Experience and Use of the Dwelling, in I. Altman and C. Werner, Human Behavior and the Environment, Vol. 8 : Home Environments, New York, Plenum Press, ; Korosec-Serfaty, P. (1984) The Home, from Attic to Cellar, Journal of Environmental Psychology, 4, y font expressément référence.
Se référant aux dimensions sociales et culturelles, la psychologie environnementale considère que l’individu, dans sa relation avec les différents espaces, est conditionné par le contexte culturel et social dans lequel il évolue, son histoire et ses aspirations vis-à-vis de cet espacePerla Korosec-Serfaty (1985). Experience and Use of the Dwelling. in Irwin Altman and Carol M. Werner, Home Environments Human Behavior and Environment. Advances in Theory and Research.Volume 8. New York, Plenum Press, . En d’autres termes, la relation de l’individu avec l’environnement ne peut se comprendre que s'il est tenu compte à la fois des contextes culturels et sociaux dans lesquels cette relation s’actualise, l’histoire aussi bien collective qu’individuelle qui conditionne les pratiques des lieux privés ou publicsKorosec-Serfaty, P. "La grand'place. Identité et pratiques quotidiennes d'un espace public urbain." Éditions du CNRS, Paris, 1985 et 1999., les perceptions et comportements ainsi que les besoins et aspirations particulières. Cette interaction sera également tributaire de la projection de l’individu dans le futur, toujours en relation avec l’environnement avec lequel l’individu est en interaction.
center|600px
Ainsi, quel que soit le niveau environnemental avec lequel le sujet interagit, l’ensemble de ces facteurs détermine la manière dont l’individu va percevoir et agir dans cet environnement.
De l’analyse à l’intervention Un objectif de la psychologie environnementale est d'identifier les processus qui régulent et médiatisent la relation de l’individu à l’environnement, en mettant en évidence les perceptions, attitudes, évaluations et représentations environnementales d’une part, les comportements et conduites environnementales qui les accompagnent d'autre part. De ce fait, elle s'intéresse aussi bien aux effets des conditions environnementales sur les comportements et conduites humaines qu’à la manière dont l'individu perçoit ou agit sur l'environnement. Bien que les analyses puissent prendre comme point de départ aussi bien l'individu que certains aspects physiques (bruit, pollution, aménagement) ou sociaux (densité, hétérogénéité de population) de l'environnement, elles débouchent souvent, au-delà de la mise évidence des incidences particulières de ces aspects, sur une explication interrelationnelle et systémique, dans la mesure où les facteurs physiques et sociaux sont inextricablement liés dans leurs effets sur la perception et le comportement de l'individu (Altman et Rogoff, 1987). L'environnement est vécu à travers l'action ; il a une valeur symbolique, esthétique et multimodale (tous les sens sont concernés simultanément). Les transactions continues de l'homme avec son environnement mettent en évidence le caractère actif de la personne, qui transforme son cadre de vie, l'approprie et entretient avec lui une relation dynamiqueSerfaty-Garzon, P. (2002) L’Appropriation. In M. Segaud Dictionnaire de l'habitat et du logement. Paris, Armand Colin. pp. 27-30.