vignette|Solidus de montrant Valentinien et son fils Gratien au revers. thumb|right|Les composantes occidentale et orientale de l’Empire romain en 395.

Les ValentiniensDu fait des origines de la famille dans la province romaine de Pannonia Secunda au nord des Balkans, l’historien hongrois Andreas Alföldi a donné à cette dynastie le surnom « d’empereurs pannoniens » (Nicholson (2018a)). ou la dynastie valentinienne régna sur l’Empire romain pendant l’Antiquité tardive du milieu du au milieu du et donna à celui-ci quatre empereurs. Elle succéda à la dynastie constantinienne (306-363). Elle devait avoir une durée limitée en Orient, étant remplacée par la dynastie théodosienne dès la mort de son premier représentant, Valens en 378. En Occident, grâce au mariage de Galla Placidia, fille du fondateur de la dynastie théodosienne avec (r. fév.-sept. 421), elle se perpétua pendant le long règne de (r. 424-455), arrière-petit-fils de (r. 364-375).

La période pendant laquelle cette dynastie régna sur l’Empire romain fut marquée par la consolidation de la notion même de « dynastie » alors que se creusait la division entre les parties occidentale et orientale de l’empire. Tant en Orient qu’en Occident, elle dut affronter de nombreuses invasions le long de ses frontières, en particulier celle du Danube qui s’effondrera laissant passage aux migrations barbares qui envahirent l’Italie et pillèrent Rome en 410, prélude à la dissolution de l’Empire romain d’Occident en 476. Cette période fut également ponctuée de nombreux conflits religieux entre païens et chrétiens, mais aussi, surtout en Orient, entre chrétiens ariens et chrétiens fidèles aux décisions du premier concile de Nicée (les Nicéens).

Le patriarche de la dynastie fut un général d’origine illyro-romaine, Gratianus Funarius, dont les deux fils, Valentinien et Valens furent faits coempereurs en 364. Les deux fils de Valentinien, Gratien et , devinrent à leur tour empereurs dans la partie occidentale de l’empire. Sa fille, Galla, épousa qui régnera sur la partie orientale de l’empire à la mort de Valens et fondera la brève dynastie théodosienne (379-457). À son tour leur fille, Galla Placidia, épousa l’empereur d’Occident (r. février-septembre 421), associé à Honorius, un des deux fils de Théodose. Leur fils, (r. 425-45) sera le dernier empereur de cette dynastie, laquelle sera également la dernière dynastie qui régnera sur la partie occidentale de l’Empire romain.

Contexte historique thumb|Les provinces de l'Empire romain autour de la Méditerranée. La Méditerranée, “lac romain” Créé véritablement sous Auguste (r. 27 – ), l’Empire romain s’était progressivement étendu de part et d’autre de la Méditerranée qui devint progressivement un « lac romain » entouré par le « barbaricum » ( litt : pays barbares). Il s’étendait depuis, le mur d’Hadrien dans le nord de l’Angleterre au nord-est, jusqu’à l’Euphrate en Mésopotamie. Les principales régions de l’empire (en latin : regiones) étaient d’ouest en est, l’Hispania (l’Espagne), Gallia (la Gaule), Britannia (l’Angleterre), Italia (l’Italie), dans les Balkans Illyrium (l’Illyrie) et Thracia (la Thrace), ainsi qu'Asiana (Asie mineure) et Oriens (essentiellement le Moyen-Orient). Au sud de la Méditerranée se trouvaient Africa à l’ouest et AEgyptus (l’Égypte) à l’est. Au nord-est, la frontière était formée par le Rhin, les Champs décumatesTerritoire situé à l’extrême sud-ouest de la Germanie, entre le Rhin, le Main et le Danube correspondant approximativement à l'actuel Bade-Wurtemberg. et le Danube.

Intermède entre les dynasties constantinienne et valentinienne thumb|right| Les mouvements migratoires du .

En 363, l’empereur Julien, le dernier des Constantiniens, meurt au cours d’une vaste opération militaire qui l’a mené jusqu’à Ctésiphon, capitale des Sassanides. Élu à la hâte par les généraux d’une armée en déroute, Jovien (r. juin 363 – fév. 364), n’a d’autre choix que d’accepter les termes d’une paix dictée par , le roi sassanide. Les Romains cédent cinq des neuf satrapies acquises en 297 ainsi que quinze places fortes frontalières. En outre, ils se voient interdire d’intervenir dorénavant dans les affaires d’Arménie dont le roi, , a été leur allié durant la guerreAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 25.7.9. et 12.Curran (1998) .

Les autres frontières sont également menacées.

Au nord, les courtes incursions menées par de petits groupes barbares se transforment en migration massive de peuples comme les Francs sur le Rhin inférieur, les Alamans dans les Champs décumates ou les Goths sur le Danube inférieurAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.5.7 et 8. Dans ce qu’on appelle alors la Bretagne, c.à.d. l’Angleterre d’aujourd’hui, les Pictes et les Scots franchissent le mur d’Hadrien tandis que des pirates francs et saxons pillent les côtes de concert avec les Attacotti d’IrlandeAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 27,8.3.; 27.10.6.; 28.3.1-9.. Enfin, en Afrique, la révolte gronde, les autorités romaines sont non seulement accusées de corruption, mais aussi d’être incapables de défendre le territoire contre les nomades du désert Ammianus Marcellinus, Res Gestae, 26.4.5.; 28.6.1-15.Prosopography of the Late Roman Empire, ci-après PLRE 1, « Romanus 3 ». Ce qui conduit à la rébellion de l’un des chefs locaux, Firmus, qui nécessite le transfert de Gaule en Afrique du comte Théodose, père du futur empereur Ammianus Marcellinus, Res Gestae, 29.5..

Au problème des invasions s’ajoute celui des querelles religieuses.

L’empereur Julien a tenté de réintroduire la religion traditionnelle romaine, ramenant au pouvoir nombre d’intellectuels païens et interdisant aux chrétiens d'enseigner la grammaire, la rhétorique et la philosophieThéodoret, Histoire ecclésiastique, III, 8. À son arrivée au pouvoir, Jovien se hâte de révoquer les édits de Julien contre les chrétiensWatts (2015), tout en se refusant à prendre parti entre Ariens et NicéensVasiliev (1980), . Toutefois, et comme ses prédécesseurs avant lui, il bannit les pratiques magiques et la divinationJones (1986), .

La notion de « dynastie »

thumb|Carte montrant la répartition de l'Empire romain entre les quatre tétrarques.

La « tétrarchie » créée par Dioclétien (r. 284 – 305) consiste en un système dans lequel deux coempereurs (les Augustes) sont, chacun, assisté d’un césar, lequel est censé prendre la place de l’Auguste au terme du mandat de celui-ci. Au sein d’un tel système, la succession dépend du choix des Augustes, en particulier de l’Auguste senior.

Abandonnant le système de la tétrarchie, la période des Constantiniens (293 – 363) réaffirme la notion de dynastie comme source de légitimité dans la succession impériale Humphries (2019). Les Valentiniens Kulikowski (2019) continuent cette tradition, soulignant même la continuité entre leur propre dynastie et celle des Constantiniens par des unions matrimonialesFrakes (2006) . La dernière descendante directe de Constantin le Grand et fille posthume de par sa troisième femme, Flavia Maxima Constantia (361/362 - 383), devient impératrice lorsqu’elle épouse Gratien, le fils ainé de Ammianus Marcellinus, Res Gestae, 31. 15. 6 « Flavia Maxima Constantia » (dans) PLRE,vol. 1 et joue un rôle important comme symbole de cette continuité dynastique pendant des décenniesMcEvoy (2016).

En raison du peu d’héritiers mâles durant cette période, le mariage des femmes de la famille impériale soulève souvent des inquiétudes puisqu’elles peuvent se traduire par la naissance de potentiels prétendants au trône. Ainsi, nombre de femmes, dont les demi-sœurs de Gratien, sont obligées de faire vœu de demeurer vierges et sont appelées sanctae necessitudines (litt : saintes parentes). Pourtant, c'est également une période où plusieurs d’entre elles, soit comme impératrices, soit comme consortes, jouissent d’un pouvoir sans précédentWashington (2015)Holum (1982)Herrin (2016).

Autre trait de cette dynastie, l’élévation d’enfants au rang de « coempereurs », ce qui changera l’image traditionnelle de l’empereur comme « homme d’action »McEvoy (2013). Ainsi élève son fils Gratien, alors âgé de seulement huit ans, à cette distinction et ce, sans passer par l’étape habituelle comme « césar » Ammianius Marcellinus,Res Gestae, 27.6.5.-10.; 27.6.16..

Son demi-frère Flavius Valentinius, le futur Valentinien II (r. 375 – 392), a seulement quatre ans quand il est acclamé par les troupes comme coempereur à l'instigation de sa mère et des généraux Mérobaud, Petronius Probus et Cerealis. Inquiets du manque d’intérêt du jeune Gratien pour la chose militaire, ceux-ci veulent sans doute empêcher une rébellion au sein des armées et dissuader d’autres chefs militaires comme Sebastianus et le comte ThéodoseCe dernier sera du reste exécuté l’année suivante pour des motifs obscurs. de tenter de s’emparer du pouvoirCurran (1998), . Enfin, lorsque le co-empereur Honorius (395-423) de Constance III, empereur d'Occident depuis 421, décède en août 423, le 23 octobre 425, Constance III fait proclamer le fils qu'il a avec Galla Placidia (388-450), (r. 425-455) empereur à Rome. Ce dernier n'est alors âgé que de six ans. En effet, le Sénat a nommé un usurpateur, Johannes (Jean), comme empereur. Johannes est éliminé au terme d’une courte guerre de douze mois Blockley, CAH, .

La tétrarchie de Dioclétien a également semé les bases d’une séparation régionale. Le regroupement des provinces en diocèses, eux-mêmes réunis au sein de préfectures du prétoire dont le préfet était directement responsable devant l’empereur. Tout en réaffirmant l’autorité ultime de ce dernier, ce geste fait des préfets du prétoire des sortes de premiers ministres régionauxRobert Malcolm Errington, (2006) .

En 364, lorsque sous la pression de l’armée, Valentinien divise l’empire (en latin : divisio regni) en se réservant l’Occident et en confiant l’Orient à son frère Valens, l’unité de l’empire prend fin. Même si le mythe d’une unité de juridiction est perpétué, car les lois portent le nom de tous les empereurs régnant, bien qu'en réalité elles ne sont destinées qu'à être appliquées dans une seule partie de l'empireAinsi une lettre de Valentinien au préfet de Rome, Praetextatus, datant de 367 et concernant les émeutes ayant eu lieu lors de l’élection de l’évêque Damasus est établie au nom des trois empereurs Valentinien, Valens et Gratien, même si Valens était alors à Marcianopolis en Thrace et que Gratien n’avait que huit ans (Robert Malcolm Errington (2006) ).. Aucun empereur de la pars occidentalis ne règne plus en Orient et, sauf pour deux brèves visites de Théodose en Occident, aucun empereur d’Orient n’exerce encore de pouvoir en OccidentErrington (2006) .

Le refus de Valentinien d’envoyer des renforts à son frère lors de la révolte de Procope montre que l’Auguste d’Occident s'attend à ce que celui d’Orient administre sa partie de l’empire avec les seuls administrateurs et les forces qu'il lui a confiées en 364 Errington (2006) .

Après le bref intermède où Théodose (r. 379 – 395) règne sur les deux parties de l’empire, celui-ci est définitivement partagé entre ses deux fils, Flavius Arcadius qui dirige l'Orient de 395 à 408 et Flavius Honorius qui dirige l'Occident de 395 à 423.

Le gouvernement impérial

L’empereur thumb|left| Tête du colosse en bronze de Constantin , (Musées du Capitole).

Alors que sous Constantin l’empire n’a qu’un seul empereur (imperator), Dioclétien institua avec la tétrarchie un système à deux niveaux dans lequel deux empereurs seniors (sing. Augustus, pl. Augusti) sont assistés de deux empereurs juniors (sing. Caesar, pl. Caesares) appelés à leur succéder. À l’issue de guerres où les Romains sont victorieux, les empereurs peuvent se voir accorder le titre de maximus (le plus grand) suivi du nom du peuple vaincu (par ex. Germanicus maximus)Shaw (2010) .