Le Mormont est un site archéologique de la fin du second âge du Fer découvert en 2006 lors de sondages archéologiques préventifs, au sommet de la colline du même nom, dans les communes d'Eclépens et de La Sarraz dans le canton de Vaud. Conduites jusqu'en 2013, les fouilles ont révélé près de deux cents fosses ayant livré de nombreux ossements animaux et humains, des dépôts de céramique ainsi que de nombreux objets métalliques notamment, qui ont exigé un travail important de conservation-restauration au Musée cantonal d'archéologie et d'histoire de Lausanne : en 2014, on estimait ainsi à 110 mois/personne le temps total investi à cette fin.. Par sa nature, le site ne connaît pas jusqu'à présent d'équivalent dans l'Europe celtique. Les limites de l'extension du site ne sont actuellement pas connues. Son interprétation comme un sanctuaire celtique est à ce jour encore discutée par les chercheurs.

Géographie

Localisation La colline du Mormont se trouve sur le territoire de la commune d'Eclépens et de La Sarraz, dans le Canton de Vaud, à mi-chemin entre Lausanne et Yverdon-les-Bains, sur la ligne de séparation des eaux du Rhône et du Rhin. Le site occupe un petit plateau proche du sommet. Topographie La Colline du Mormont a été créée par un horst calcaire du Jura prenant la forme d'un plateau aux bords escarpés de 3 km de long pour 1 km de large. Le site archéologique se trouve au fond d'un secteur encaissé, encadré par des failles et proche du sommet de la colline. Le sol est composé de moraine et de sédiments fluvio-glaciaire qui atteignent par endroit 6 m d'épaisseur.

Historique

Découverte du site La colline du Mormont est exploitée depuis 1953 pour l'extraction de calcaire par l'entreprise Holcim SA, à des fins de production de ciment.. Dès 1998, en regard aux différentes lois d’aménagement du territoire régissant l’exploitation des carrières, un préavis stipule que chaque étape d’extension de la carrière du Mormont sera précédée d’interventions archéologiques afin de vérifier la présence ou non de vestiges archéologiques. Si ces interventions confirment l’existence de vestiges archéologiques, il en découlera des fouilles de sauvetage. Par conséquent, en réaction à l’extension de la carrière, des prospections sont réalisées en décembre 2000 puis en avril 2001. Sur vingt-deux sondages effectués, seuls trois livrent du mobilier archéologique, en faible quantité. De fait, aucune fouille de sauvetage n’est entreprise à l’issue de ces interventions.

En 2006, l'archéologie cantonale vaudoise mandate l'entreprise Archeodunum pour un diagnostic archéologique, afin de déterminer si la zone menacée par l'extension de l’exploitation de la carrière recèle un potentiel archéologique. Lors des premiers sondages, les découvertes principales sont datées de la fin de l'âge du Fer. Il s'agit notamment de trous de poteaux, de foyers et de fosses-dépotoirs, qui conduisent alors à une interprétation préliminaire comme site d'habitat.. Les fouilles engagées à la suite des sondages permettent d'identifier de très nombreuses fosses, livrant un important mobilier archéologique. Prévues initialement sur une durée de deux mois, ces premières fouilles se prolongeront sur plus d'une année, de janvier 2006 à mars 2007. Ces découvertes abondantes et inattendues illustrent l'urgence d'une intervention de sauvetage de plus grande ampleur.

Déroulement des fouilles (2006-2016) Dès l'été 2007, l'extension de la carrière entraîne une nouvelle intervention des archéologues sur le site et l'archéologie cantonale décide dès lors d'un programme de fouilles pour les années suivantes, en accord avec l'entreprise Holcim. Les techniques de fouille consistaient jusque-là en des sondages atteignant jusqu'à 4 m de longueur et de tranchées d'environ 10 m de longueur. Dès 2009, il est décidé de procéder dorénavant par décapages de grande surface à l'aide de moyens mécaniques. Cette technique permet en effet de mettre en évidence des structures ou anomalies dans le sol qui sont mieux perceptibles par une approche à grande échelle. Ces fouilles programmées se dérouleront chaque année jusqu'en 2013. Ces fouilles se dérouleront jusqu'en 2016, ou des zones de rejets des déchets seront découvertes.

L'importance des vestiges découverts et la nécessité de les documenter mais également de s'accorder au calendrier de la cimenterie Holcim ont vu la mise au point de techniques de fouille adaptées aux structures fouillées. Dans le cas des nombreuses fosses mises au jour, celles-ci sont dégagées par moitié : cela permet de documenter la succession des couches sédimentaires en stratigraphie, après quoi la seconde moitié de la fosse est vidée en négatif si celle-ci contient du mobilier archéologique.

Parallèlement aux fouilles, l'étude des différents objets et structures mobilisent de nombreux chercheurs depuis 2007. Pour les objets le nécessitant, c'est-à-dire surtout le mobilier métallique, ceux-ci font d'abord l'objet de travaux de conservation-restauration demandant parfois des traitements prolongés sur plusieurs années.

Structures 650 structures ont été découvertes, témoignant d’une occupation discontinue du Mésolithique au Moyen-Âge : divers foyers, traces d’habitats et d’exploitation agricole et même une route romaine ont été découverts.

Fosses à dépôts

Dans le courant du second Âge du fer, de nombreuses fosses à dépôts ont été creusées sur le site. Les fosses à dépôts sont des fosses renfermant plusieurs couches de sédiments contenant du mobilier archéologique, généralement en alternance avec des couches de remblais stériles. Ainsi, près de 250 fosses à dépôts ont été identifiées. Celles-ci sont concentrées dans la partie orientale ainsi qu’à l’extrémité Nord-Ouest du site. Ces fosses sont le plus souvent de forme circulaire ou ovale et l'on compte une dizaine de fosses quadrangulaires ou rectangulaires. Les dimensions de ces fosses sont très variables, allant d'un diamètre de 60 cm à 1,8 m, avec de rares exceptions pouvant aller jusqu’à plus de 4,5 m. Leur profondeur varie elle aussi sensiblement : d'env. 50 cm jusqu'à 5,15 m pour les plus profondes. Les parois des fosses sont droites ou évasées. Quant au creusement de ces fosses, trois types ont été distingués : fond atteignant le calcaire ; fond creusé dans le calcaire ; fond n'atteignant pas le calcaire.

Ces fosses comprennent différents types de dépôts, que l'on peut séparer en deux catégories : dépôts naturels et dépôts anthropiques. Parmi les dépôts anthropiques, on compte ceux dépourvus de mobilier archéologique, tels que remblais, amas lithiques ou présence de gros blocs. Quant aux fosses à dépôts anthropiques contenant du mobilier archéologique, celui-ci se classe dans les catégories suivantes : animal, végétal, humain, céramique et non céramique.

Les dépôts se retrouvent généralement dans les deux tiers inférieurs de la structure et peuvent être séparés par un remplissage. Le tiers supérieur est généralement formé d’un comblement de limon, de pierre, et de quelques objets épars. On retrouve fréquemment charbonneux dans ce comblement.

Dans la partie occidentale du site, les fosses ne se recoupent pas. Il est envisageable que des aménagements visibles en surface aient donc servi de marquage pour les fosses. Ainsi, peut-être que des blocs indiquaient l'emplacement de ces fosses, tels que le suggèrent trois blocs de granit retrouvés à la surface de trois fosses. Dans certains cas, les archéologues ont identifié des empreintes de poteaux de bois, qui ont pu servir à marquer l'endroit où se trouvait la fosse. Il est du reste également possible que les fosses, une fois comblées, soient restées simplement visibles en surface.

Autres structures de l'Âge du Fer Différentes structures domestiques et artisanales ont été découvertes. Une structure de la fin de l’âge du fer composée de 21 trous de poteaux disposés sur deux rangées parallèles a été découverte dans la partie Sud-Ouest du site. La datation exacte n’est pas assurée. Une dizaine de dépotoirs et deux zones de rejets à l’air libre de 18 m2 et 27 m2 ont été découvertes. Au Nord-Ouest, quatre cuvettes de 12 à 42 cm de profond contenant des scories de fer et des traces de charbon témoignent d’une activité métallurgique sur le site. Deux niveaux de sol ont également été découverts à l’ouest du site : le premier est interprété comme un chemin tandis que le second se trouvait scellé par une couche de bloc qui semble provenir d’une structure abattue.

Mobilier archéologique

Faune Les restes animaux représentent la plus grande partie du mobilier découvert sur le site : parmi les ossements retrouvés, près de ont été identifiés. Les mammifères domestiques composent la quasi-totalité du corpus avec un nombre minimum d'individus atteignant 481. Les animaux sauvages ne sont représentés que par dix restes (un crâne et une canine d'ours, une tête de loup, quatre os de chevreuil et 3 objets en bois de cerf) et la volaille par 7 os. Le bœuf représente près des deux tiers des vestiges animaux identifiés ; le cheval, le porc et les caprinés sont présents dans des proportions entre 10 et 15% tandis que le chien ne représente que 1% des restes identifiés.

Les dépôts d'ossements peuvent prendre plusieurs formes : os isolés, restes de boucherie, dépôts de crânes, de mandibules de bœufs ou de scapula, ensembles anatomiques ou encore carcasses entières. On compte 451 dépôts animaux d'une grande diversité : 324 dépôts de taille moindre dont 70 ne sont composés que d’un seul os, 87 amas culinaires, 33 dépôts de squelettes et 7 de carcasses. La fosse la plus importante comprend plus 800 restes animaux identifiés. On peut séparer les restes entre ceux qui ont été consommés ou non, avec une certaine proportion dans cette dernière catégorie d'individus laissés décomposés. Toutes les espèces domestiques sont présentes dans les deux catégories, à l'exception du chien, qui est toujours consommé et du bœuf, qui est l'animal le plus consommé. Les animaux consommés sont les plus nombreux et sont facilement identifiables par les traces de découpes et de cuisson ; l'hippophagie, fait rare dans le monde celtique, a été pratiquée au Mormont. Les déchets de consommation et de boucherie sont mélangés dans les fosses, ce qui laisse entendre que les deux activités se sont tenues au même endroit. Quatre ensembles de grande taille sont presque entièrement constitués de restes calcinés, pouvant correspondre à des bûchers rituels.

37 squelettes et 17 carcasses appartenant à nouveau à des mammifères domestiques (à noter, l'absence du chien) ont été découverts sur le site. Il s'agit pour les squelettes d'individus précipités dans les fosses, généralement la tête la première. La dimension des fosses empêche les animaux de grande taille d'atterrir dans une position naturelle : le bœuf et le cheval reposent rarement sur le flanc, contrairement aux espèces plus petites. Dans un cas particulier, une vache aurait été suspendue et maintenue au-dessus de la fosse jusqu'à sa décomposition et à la chute des os dans la fosse. Peu de traces de mises à mort ont été observées. Quant aux carcasses, il peut s'agir de squelettes dont des parts ont été perdues lors de la décomposition ou à cause de mauvaises conditions de conservation. On trouve 14 des 17 carcasses concentrées dans deux fosses (146 et 542), deux ensembles alignés avec d'autres fosses de grande importance.

Les restes s'organisent autour du centre du site et vers l'est du site et perdent en cohérence avec la distance. Très peu de remontages ont pu être effectués, en raison du mauvais état de conservation des restes. Néanmoins, en cinq occasions, des éléments de fosses différentes mais proches ont pu être mis en relation. Les animaux du Mormont sont de taille moyenne pour le monde celtique ; on remarque tout de même plusieurs chevaux de grande taille qui sont le fait d'importations d'Italie. L'âge des animaux permet de définir deux saisons d'abattage, au printemps et en automne.