Adolf Eichmann, né le à Solingen en Allemagne et mort par pendaison le dans la prison de Ramla près de Tel Aviv-Jaffa en Israël est un membre du parti nazi, criminel de guerre et fonctionnaire du Troisième Reich.
Nommé pendant la guerre à la tête du Referat IV B4 (« bureau IV B4 ») du RSHA, qui s'occupe des , il est responsable de la logistique de la « solution finale ». Il est notamment chargé de l'organisation de l'extermination raciale, principalement dirigée contre les Juifs, et de l'organisation de leur déportation vers les camps de concentration et d'extermination. Il atteint le rang de SS-Obersturmbannführer.
Ayant réussi à échapper à la justice après la capitulation allemande, et notamment au procès de Nuremberg, il est retrouvé, puis capturé par des agents du Mossad le 11 à Buenos Aires, en Argentine, où il vivait depuis dix ans sous le nom de Ricardo Klement. Dans des conditions rocambolesques, il est exfiltré illégalement vers Israël, où il est condamné à mort et exécuté à l'issue d'un retentissant procès tenu à partir d' à Jérusalem.
Biographie Origines et jeunesse Né en 1906 à Solingen, Otto Adolf Eichmann est le fils aîné d’un comptable à la Compagnie des tramways et de l'électricité (d'abord à Solingen puis, à partir de 1913, à Linz)., Adolf Karl Eichmann, et de Maria née Schefferling, décédée en 1916. Durant la Première Guerre mondiale, le père d’Eichmann sert dans l'armée austro-hongroise. À la fin de la guerre, il retourne à Linz et reprend les rênes de l’affaire familiale.
Élevé dans une famille peu intéressée par la politique, le jeune Eichmann rejoint les Wandervögel (« Oiseaux migrateurs »), mouvement de jeunesse prônant le retour à la nature (dans l'éd. Gallimard, 2002, chap. II, 89-90).. Il est adhérent d'une section particulièrement radicale de ce mouvement, qui George L. Mosse, Les racines intellectuelles du Reich, trad. chez Points, 2006, , Die Greifen (Les Faucons), fondée par Otger Gräff.
Au gymnasium, il adhère au Jungfrontkämpferverband, la section de jeunesse de l'association des anciens combattants austro-germaniques, la . Pro-germanique et anti-républicaine, cette association est néanmoins tolérée par les autorités autrichiennes. Son chef le colonel Hermann von Hittl, un antimarxiste convaincu, milite pour l'émigration juive.
Il quitte l’école sans diplôme et commence l’apprentissage de la mécanique qu’il abandonne également. En 1923, il est embauché par la compagnie minière de son père qui a monté sa propre affaire. De 1925 à 1927, il travaille comme vendeur pour Oberösterreichische Elektrobau AG puis comme agent régional de la compagnie américaine de produits pétroliers (qui fusionnera en 1931 avec Standard Oil of New York pour former Mobil), d'abord à Linz puis à Salzbourg, jusqu’à son licenciement en 1932.
Du NSDAP à la SS La même année, à 25 ans, il assiste avec son père à une réunion du Parti national socialiste autrichien, sur l'invitation du père d'Ernst KaltenbrunnerSelon David Cesarani c'est Andreas Bolek vétéran nazi, futur gauleiter et ami de son père qui lance l'invitation, un vieil ami de la famille. Fortement impressionné par cet épisode qui détermine son engagement dans le Parti national-socialiste des travailleurs allemands, il rejoint l'organisation paramilitaire des « escadrons de protection » autrichiens (Schutzstaffel ou SS) le , comme simple recrue (Anwärter), sur proposition d'Ernst Kaltenbrunner, qui le considère avec certaines réserves. À ce moment-là, il vient d'adhérer à l'organisation para-maçonnique , une association conviviale cultivant l'humourSelon Eichmann, Voir Eichmann par Eichmann, texte établi par Pierre Joffroy et Karin Königseder, Berlin, Grasset, 1970, 557 p. emplacements 408 et suiv. sur 10316. mais Ernst Kaltenbrunner lui explique, selon Hannah Arendt, qu'. De toute façon, Eichmann est peu après exclu des Schlaraffia pour avoir manqué aux règles de politesse (bien qu'étant le plus jeune, il a pris l'initiative d'inviter ses confrères à boire un verre de vin).
Il est pleinement intégré à la SS en comme simple soldat (SS-Mann) (). Il sert alors à mi-temps dans la Allgemeine SS de Salzbourg. Lorsqu'il s'engage dans les SS, il ne connaît pas le programme en du NSDAPCe qui a toutefois été démenti par les recherches historiographiques de David Cesarani, qui indique qu'Eichmann connaissait le programme du NSDAP (David Cesarani, Paris, Tallandier, 2010, , ).
L'étude historiographique de Cesarani – qui, dans sa version originale en anglais, date de 2004 – a été la première à être publiée depuis les années 1960 et "puise dans des recherches nouvelles et des documents inédits" (Ibidem, p. 15)., et n'a pas lu Mein KampfCe qui a également été réfuté par David Cesarani (David Cesarani, Paris, Tallandier, 2010, , ).. Au cours de son procès à Jérusalem, il déclare :
Au printemps 1933, alors qu'Hitler est devenu chancelier et a obtenu en mars les pleins pouvoirs pour la « mise au pas » (Gleichschaltung) du pays, sa famille n'ayant pas abandonné la nationalité allemande, il retourne en Allemagne. Il demande son intégration à plein temps dans la SS, qui est acceptée. En , il est promu chef d'équipe (SS-Scharführer) et intégré à l'équipe d'administration du camp de concentration de Dachau, ouvert dès pour interner les prisonniers politiques.
En 1934, il choisit de faire carrière dans la SS et demande son transfert dans le Sicherheitsdienst (SD), alors dirigé par Reinhard Heydrich. Service de renseignement de la SS, le SD avait pour objectif initial d'effectuer du renseignement et du « contre-espionnage » dans les rangs du NSDAP. Selon son témoignage lors de son procès, il croit en fait rejoindre le service de sécurité du Reichsführer-SSC'est ce dont Eichmann fera part lors de son procès, mais il s'agissait très probablement d'une ignorance feinte et d'une tentative de falsification (David Cesarani, Paris, Tallandier, 2010, 560 p. , p. 57), dont Eichmann fit d'ailleurs preuve à maintes reprises lors de son procès., c'est-à-dire l'équipe des gardes du corps des hauts dignitaires nazis, plutôt que le Service de sécurité du Reich, 36-37 (éd. Penguin Classics, 1992), chap. III, (97 sq. éd. Gallimard, 2002)..
Il y est effectivement transféré en novembre et est promu SS-Oberscharführer, chargé d'abord d'accumuler du renseignement sur les « francs-maçons » (catégorie qui amalgamait alors les francs-maçons, les communistes, les juifs et les catholiques) et de préparer l'édification d'un « musée » (nazi) sur la franc-maçonnerie.
Au bout de quatre ou cinq mois, il est transféré au département du SD chargé des . Il réussit à être assigné au centre de commandement du Sicherheitsdienst (SD), à Berlin, où il est rapidement remarqué par ses supérieurs qui le promeuvent au rang de SS-Hauptscharführer en 1935 puis à celui de SS-Untersturmführer en 1937. Il devient alors intime de Dieter Wisliceny, qui témoignera ultérieurement contre lui.
Entretemps, il épouse Vera Liebl (1909-1997) le . Le couple a quatre fils, Klaus (Berlin, 1936-2015), Horst Adolf (Vienne, 1940-2015), Dieter Helmut (né en 1942 à Prague) et Ricardo Francisco (né en 1955 à Buenos Aires) ; ce dernier, archéologue, a dénoncé les crimes de son pèreLibération 20 juin 1995.
Au SD, son supérieur lui enjoint alors de lire son « premier livre sérieux », Der Judenstaat, de Theodor Herzl, ouvrage fondateur du sionisme. Il lit ensuite l’Histoire du sionisme d' ce sont là probablement ses seules lectures, hormis la presse, chap. III, 104-105 dans l'éd. Gallimard, 2002.. Eichmann devient alors défenseur de ce qu'il appelle la (au ) : l'expulsion des Juifs d'Allemagne. Lors de son procès, Eichmann, racontant cela, prétend qu'il n'est alors pas au SD, mais ingénieur chargé des routes à l'Organisation Todt (dirigée après 1942 par Albert Speer).
vignette|De droite à gauche, Eichmann (assis), son supérieur Herbert Hagen et le notable juif Josef Löwenherz, le à Vienne, alors qu'Eichmann est chargé d'organiser l'expulsion massive des Juifs autrichiens.
Dans la continuité de l'accord de transfert (Haavara) qui avait été conclu le à la demande de la Fédération sioniste d'Allemagne avec le gouvernement nazi, Eichmann accompagne en 1937 son supérieur Herbert Hagen en Palestine, alors sous mandat britannique, pour étudier les possibilités d'émigration massive des Juifs allemands vers cette contrée. Dans ce but, il entre en contact avec une organisation sioniste. Ils débarquent à Haïfa, mais n'obtenant qu'un visa de transit, ils vont jusqu'au Caire où ils rencontrent un membre de la Haganah. Le sujet de la conversation est encore de nos jours mal connu. Les rencontres qu'ils avaient prévues avec les chefs arabes ne peuvent avoir lieu car le territoire palestinien est interdit d'accès. Dans leur rapport, ils déconseillent une émigration à grande échelle des Juifs allemands autant pour des raisons économiques que pour être en cohérence avec .
Après l’Anschluss (), Eichmann est envoyé à Vienne, à la section du SD établie dans la ville et reçoit l'ordre de prendre la responsabilité des affaires juives. et d'organiser l'expulsion des Juifs d'Autriche (dite « émigration forcée »), chap. III (109-112 dans l'éd. Gallimard, 2002).. À ce poste, il est promu SS-Obersturmführer (lieutenant).
À la fin de la même année, marquée par la nuit de Cristal (à laquelle il aurait participé d'après Benjamin MurmelsteinLe Dernier des injustes, film documentaire réalisé par Claude Lanzmann, 2013.), il est désigné par le commandement SS pour former l'Office central pour l'émigration juive (Zentralstelle für jüdische Auswanderung), chargé de l'expulsion. En huit mois, sont expulsés par son action ; en dix-huit mois, il arrive au nombre de expulsés, soit 60 % de la population juive autrichienne. Il est assisté dans cette tâche par l'avocat , qui a l'idée de monter un alimenté par les Juifs les plus aisés afin de permettre aux plus pauvres de payer leur expulsion. L'une des premières mesures d'Eichmann est de libérer les notables juifs, pour la plupart internés dans des camps, afin ensuite de les convaincre de collaborer à l'organisation de cette expulsion massive. Il organise également le montage des différents papiers d'identité et documents de voyage nécessaires afin que les expulsés soient acceptés par des États-tiers.
À la suite d'une réunion en où Heydrich prône la création d'une réserve juive aux confins du Reich, Eichmann reçoit le l'accordSelon Christopher Browning, accord surinterprété par Eichmann. Il se serait agi d'un vague accord sans ordre de mission précis. d'Heinrich Müller, chef de la Gestapo, de déporter au-delà de la Vistule quelque du territoire annexé de Haute-Silésie orientale. Le , il trouve l'endroit où installer le camp, le village de Nisko près de Lublin. Le , le premier convoi part pour Nisko. En tout près de de Vienne, du protectorat et de Haute-Silésie orientale seront expulsés vers Nisko. Mais le plan Nisko est stoppé fin par Himmler qui le juge peu compatible avec sa priorité de réinstaller les Volksdeutsche. dans les territoires nouvellement conquis par le Reich.
Seconde Guerre mondiale Au début de la Seconde Guerre mondiale, Eichmann est promu SS-Hauptsturmführer et s'est fait un nom au bureau pour l'émigration juive de Vienne. Il s'y est fait de nombreux contacts avec les dirigeants du mouvement sioniste avec lesquels il travaille pour accélérer l'émigration juive depuis le Reich.