L'université Paris-Nanterre est une université française qui, depuis sa fondation, est l'objet de mouvements étudiants importants coïncidant parfois avec l'Histoire de France. L'université est notamment le lieu de départ du mouvement social de Mai 1968.
Elle détient le record avec le Centre Pierre-Mendès-France des blocages en Île-de-France, parfois assortis de violencesJudith Waintraub, Fac de Nanterre: le labo de l’extrême gauche, lefigaro.fr, 12 février 2021.
Mouvements étudiants des années 1960 À partir de 1966, l'université se fait surtout remarquer comme le théâtre du développement des groupes d'extrême gauche et les prémices du mouvement de 1968.
L'arrivée des anarchistes en 1964 et 1965 La Liaison étudiante anarchistes apparait à Nanterre dans le sillage des rapprochements depuis 1963 des anarchistes avec le Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER), à Nantes, Strasbourg ou la Sorbonne, au sein d'une « Tendance, syndicaliste révolutionnaire » de l'UNEF. Richard Ladmiral et Thomas Ibáñez entament à la Sorbonne, dès la rentrée 1963 au sein de l'UNEF une collaboration assez étroite avec la « Tendance syndicaliste révolutionnaire » impulsée par les lambertistes, sur le modèle de l’alliance tissée dans la région de Saint-Nazaire. En Mai 68 à Nantes, des ouvriers "lambertistes" seront aux débuts du mouvement de grève généraleBlog de Gérard FRETELLIERE de Mai 68. Ils sont aidés par Alexandre Hébert, responsable régional de Force ouvrière et la figure de proue locale entre anarcho-syndicalistes et lambertistes.
La LEA diffuse à la rentrée 1964 un communiqué dans Le Monde libertaire convoquant une réunion, en octobre, à son local de la rue Sainte-Marthe : une douzaine d’étudiants, y viennent, parmi eux, Jean-Pierre Duteuil et Georges Brossard – fraichement inscrits à la nouvelle université de Nanterre. Venu du lycée de Nanterre, Jean-Pierre Duteuil participé à l’envahissement de la pelouse lors d’un match de rugby à Colombes entre la France et l’Angleterre devant les caméras de télévision mais a aussi rencontré des militants anarchistes italiens en Italie. La LEA Nanterre prône l'interruption de cours, le refus systématique de tout pouvoir, fût-il symbolique, et la critique virulente du contenu de l’enseignement.
La LEA de Nanterre accueille à la rentrée 1965 Daniel Cohn-Bendit, qui a connu des militants de Nanterre lors du camping international libertaire organisé par la FIJL en 1965 à Aiguilles, dans le QueyrasBiographie Maitron Bilan du camping international libertaire de 1965 . .
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Premiers affrontements avec l'extrême-droite en 1966 Une d'Occident de gauche devant le restaurant universitaire de Nanterre, les 16 et .., en présence de Daniel Cohn-Bendit, déclenchant et causant , parmi lesquels le futur cinéaste Pascal Bonitzer"Mai 68 C'est la Faute à Nanterre. Témoignage de Marc Sanberg, étudiant à Nanterre et Militant de la J.C.R. en 68. Atelier des archives .
La grève de novembre 1967 et la Commission Campus Le , un tract commun de l'UNEF et de divers syndicats de la FEN lance une manifestation de plusieurs milliers de personnes"D'un mouvement étudiant l'autre : la Sorbonne à la veille du 3 mai 1968", par Geneviève Dreyfus-Armand, dans la revue Matériaux pour l'histoire de notre temps en 1988 : étudiants et lycéens se mobilisent à l'appel de l'UNEF contre le Plan Fouchet et contre les Ordonnances sur la Sécurité socialeBiographie Maitron ..
Le , les étudiants en sociologie de Nanterre lancent un mot d'ordre de « grève sauvage », en accord avec leurs professeurs : les étudiants sont là et discutent de leurs problèmes avec ces derniers. Pour la majorité des étudiants, cette grève ne remettait pas en cause le principe de la réforme Fouchet, mais ses modalités : travaux pratiques surchargés, manque de bibliothèques, problème des équivalences entre l'ancien et le nouveau régime, observe L'Express"L'Express, 18 mars 1968: la révolte des étudiants", par Jacqueline Giraud, dans L'Express du 19/03/2018 ..
Le mouvement gagne l'ensemble de la faculté et dure : il obtient la constitution d'une commission mixte (étudiants, professeurs) chargée d'élaborer les propositions communes à soumettre au ministère. Une solution dont sont satisfaits les étudiants qui ont créé en novembre 67 la Commission Campus, voulue par les modérés"Chronologie des événements à Nanterre en 1967-1968" par Rachel Mazuy et Danièle Le Cornu, dans la revue "Matériaux pour l'histoire de notre temps" en 1988 .. Ces "modérés" condamnent les "minorités agissantes", sur fond de crise de l'UNEF et de crise de l'Union des étudiants communistes, qui refusent cette réforme "technocratique" et dénoncent au contraire l'asservissement de l'Université aux besoins immédiats de l'industrie.
La grève démarre à Nanterre pour protester contre le plan Fouchet, qui prévoit le développement de formation courtes dans le premier cycleArticle de Vincent LUCY et Geoffroy MANNET dans Libération. Début 1968, Dominique Tabah et sa sœur sont interviewées, en tant que dirigeantes de l'association des résidents de Nanterre, dans un film documentaire de Victor Franco et Claude Ventura réalisé pour l’ORTF : comment vivent les étudiants dans la résidence de Nanterre en grève depuis "Les résidents de Nanterre", dans l'émission de l'ORTF, Tel quel 26 mars 1968 time code . Plus tard, Dominique Tabah participe aux manifestations au Quartier latin et racontera la difficulté de prendre la parole en tant que jeune femme, alors que les hommes se complaisent dans la violence de rueFrance Culture ressuscite Mai 68 dans le Quartier latin Elise Racque, dans Télérama le 11/05/2018 .
Les évènements violents de décembre 1967-janvier 1968
Dès la fin de la grève de contre la création des IUT, les anarchistes, alliés aux Enragés, réclament la dissolution de l'UNEF puis organisent un boycott des cours. Ce mouvement indigne les étudiants qu'il empêche de travailler. Une rumeur traîne alors dans le microcosme gauchiste : l'administration de l'université a dressé des listes noires. Les enragés empruntent un appareil photo et photographient n'importe qui dans le hall, puis collent les clichés sur des panneaux et promènent le tout, le . Cette manifestation du dans le hall de la Faculté « contre les listes noires » déclenche la première intervention de la police dans les locaux universitaires.
Dès la fin du mois de , ils multiplient les actions scandaleuses à Nanterre : interruption de cours, graffitis énormes, et « tomatage » des professeurs avec le soutien des anarchistes, qui craignent d'être pris de vitesse. Lors de l'affichage mural géant du tract intitulé « En attendant la cybernétique les flics », le texte initial n'est pas respecté et les signes de ponctuation sont remplacés par des croix gammées..
Le doyen Pierre Grappin n'apprécie pas d'être traité de nazi et ces croix gammées tracées sur les murs, d'autant qu'il a fait des ouvertures un mois plus tôt en créant des commissions paritaires.
Quelques jours plus tard., Patrick Cheval"SPECIAL MAI 68. Le témoin du jour. René Riesel, , étudiant en philosophie à Nanterre, prosituationniste" par Béatrice Vallaeys dans Libération du 6 mai 1998 est expulsé de la cité universitaire.
Dans la foulée, au début du mois de , en hommage aux plus radicaux des sans-culottes de la Révolution française est donné le nom d'«Enragés» au groupe qui prend forme autour de Patrick Cheval, Gérard Bigorgne, plus tard exclu pour cinq ans de toutes les universités françaises et René Riesel, convoqué devant le conseil de l'Université avec six autres étudiants, ce qui déclenchera les événements du mois de mai.
Juste après, Cohn-Bendit doit comparaître devant la commission spéciale d'expulsion de la Préfecture de Police, le samedi . Il est menacé d'expulsion du territoire français « pour avoir tenu des propos offensants à l'égard de M. Missoffe, lors de l'inauguration de la piscine de Nanterre, mais aussi pour avoir participé à l'agitation politique "dans un mouvement anarchiste à la faculté" »"Mai-68 : et tout commença par une histoire d'accès aux chambres des filles" dans L'OBS de mai 2018 .
Parmi les convoqués début mai devant le conseil d'université pour des sanctions pour répondre de la soirée du , il y a René Riesel, des "enragés". Yves FleschMai 68 et Pierre Ploix, étudiant en sociologie, sont aux comités maoïstes pour le Viet Nam. Daniel Schulmann a quitté la JCR pour se rapprocher des pro-chinois, Michel Pourny est membre du bureau national du Comité de liaison des étudiants révolutionnaires. Seul Olivier Castro n'est membre d'aucune organisation.
Mai 1968 La situation sociale et politique du campus à la rentrée 1967 La Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR) se crée à Pâques 1966, mais ne fonctionnera réellement qu'en octobre puis créé en , un Comité Vietnam avec des enseignants et des étudiants de l'UEC, avec des objectifs pacifistes et «apolitiques» calqués sur ceux du Mouvement de la paix puis en prend le contrôle et développe le CVN Nanterre qui va adhérer au Comité Vietnam national. De 1966 à 1968, la JCR joue par ailleurs un rôle prépondérant dans l'UNEF Nanterre.
Pendant quelques mois de l'année 1967, l'AFGEN pour l'UNEF de l'ensemble de Nanterre est présidée par Jean-François Godchau (JCR, étudiant en histoire). Pendant l'hiver 1967-1968, est apparue la figure d'Yves Stourzé, qui lui succède. La direction de l'université a accordé un local syndical unique, commun à l'UNEF et la FNEF, implantée au département de Droit et Sciences Eco.
L'UNEF n'avait, en sciences économiques, au début pas d'existence vraiment indépendante de la rue d'Assas (l'AGEDESEP). Jean-Pierre Dupuis a fondé le groupe d'études de l'UNEF en droit et sciences économiques pour Nanterre en 1967. Il crée un groupe d'études avec la neutralité bienveillante de quelques éléments de l'UEC, et l'aide d'Alain Lenfant, un des rares de la JCR en droit et sciences économiques et celle de Jean-Paul Guillot, un militant catholique , qui quelques mois plus tard fondera le MARC, mouvement d'action et de recherche critique.
La Jeunesse communiste révolutionnaire est contre la première occupation du bâtiment des filles en , organisée par l'ARCUN (Association des résidents), mais certains des initiateurs de l'occupation sont des sympathisants très proches et elle va tenter ensuite de contrôler l'ARCUN. Parmi ceux qui étaient à la Cité, Daniel Bensaïd qui venait de Toulouse, Bernard Benichou qui arrivait d’Algérie, ou Jacques Tarnero.
En , le grand public découvre les « maos » de Nanterre avec "La Chinoise", film de Jean-Luc Godard, qui y gagnera le sobriquet de « plus con des Suisses prochinois »"Génération Mao" par Sorin Raphaël, L'Express du 05/09/1996 .
Avant d'être médiatisée comme un des épicentres de Mai 68, Nanterre était progressiste : dès , le principe de cogestion, l'une des principales conquêtes du mouvement étudiant de 1968, était acquisCharles Mercier, « René Rémond à Nanterre en 1968 », Vingtième Siècle, 104, octobre-décembre 2009, 141-152. Des professeurs fondateurs, dont le germaniste et doyen Pierre Grappin, le philosophe Paul Ricœur ou le latiniste Jean Beaujeu, ont mis en place des relations plus égalitaires avec les assistants et les élèves.