La spirale dynamique (Spiral Dynamics en anglais) est un modèle imagé de l'évolution par stades de la conscience humaine et des systèmes de valeurs. Ce modèle présente différentes étapes de développement humain, chacune caractérisée par des valeurs, des croyances, des modes de pensée et des rapports à la réalité (weltanschauung, vision du monde) développés par les êtres humains tout au long de l'évolution.
Le concept de spirale dynamique a été développé par Don Beck et Chris Cowan sur la base des théories de Clare W. Graves et présenté en 1996 dans un livre du même nom (dernière édition en 2014). Le modèle a été initialement conçu pour communiquer les idées de Graves à un public de managers, mais, de par sa facilité à appréhender la culture et la psyché des groupes humains, il a également trouvé d'autres promoteurs et cibles.
Origine du concept En 1952, un chercheur en psychologie, Clare W. Graves, débute une recherche sur ce qu’il appelle dans un premier temps la « théorie des niveaux d’existence humaine ». Son objectif est de comprendre pourquoi les réactions et les motivations des individus sont si variées. En 1966, il publie une première ébauche de ses résultats, conceptualisant des niveaux de conscience organisés hiérarchiquement. Il continue à affiner son modèle et arrive en 1974 à une échelle en huit niveaux organisée en deux cycles, le premier comptant six niveaux et le second deux niveaux.
Selon lui, l’humanité a inventé progressivement au cours de son histoire chacun de ces niveaux et, de l’enfance à l’âge adulte, chaque être humain passe d’un stade à l’autre jusqu’à se stabiliser, le plus souvent au niveau dominant dans sa culture. Le passage au niveau correspondant à un changement beaucoup plus radical (les termes second tier - quantum leap ou saut quantique servent à qualifier ce changement) et est en cours, en raison notamment des urgences écologiques.
Beck et Cowan, deux universitaires formés par Graves, proposent dans leur livre de 1996 une représentation visuelle de ces stades sous forme de spirale de couleur. Par analogie avec ce qu’on trouve dans la nature (coquillage, ADN, constellations,…), ils choisissent d’utiliser une spirale pour symboliser les stades de Graves. La spirale est à la fois « Expansive, ouverte, continue et dynamique ». La forme de la spirale fait pour eux aussi écho à la nature de la pensée, à la fois en évolution continue et revenant cycliquement à son point de départ pour y prendre appui. La formulation anglaise spiral dynamics aurait dû être traduite en français par dynamique en spirale au lieu de spirale dynamique.
Selon les mots de Graves :
Beck et Cowan déposent le terme Spiral Dynamics au National Values Center, Inc. Sous ce nom, leur société, le Spiral Dynamics Group, Inc. promeut l'usage de cette représentation pour aborder les questions de management.
La conscience évolue par stades Se référant aux observations de Graves, la Spirale Dynamique incarne et figure la conception selon laquelle les gens passent par différents niveaux de conscience au cours de leur vie individuelle ainsi qu'au cours de l'histoire humaine. Ces stades ou niveaux font qu’ils mobilisent différentes formes de sentiments et de pensées (visions du monde) relativement incompatibles entre elles. Lorsqu’on vit dans une culture, on n'a pas conscience de l’existence d’autres modes d’appréhension du réel que ceux qui y prédominent, ce qui fait qu'on a tendance à considérer ceux de sa propre culture comme universels et intemporels. Frédéric Laloux l'illustre en soulignant que, jusqu’au moyen âge et depuis l’antiquité, les hommes ont été convaincus que les femmes et hommes n’avaient pas le même nombre de dents. Ce n’est qu’avec l’émergence de la pensée scientifique et rationnelle puis son installation comme mode dominant d’appréhension du monde en occident qu’il nous est devenu évident « qu’il suffit de compter pour le savoir ». Laloux conclut que la pensée rationnelle, dominante culturellement actuellement n’était pas spontanée pour nos ancêtres et pose pour hypothèse que les modes de pensée qui vont à l'avenir s'imposer seront tout autant distants de nos modes de pensée actuels que la pensée rationnelle serait apparue étrange à un humain du Moyen Âge ou de l'antiquité.
C’est lorsqu’ils sont confrontés à des circonstances particulièrement pressantes que les hommes s'avèrent capables de développer de nouvelles visions du monde, un nouveau cadre d’appréhension du réel, afin que de nouveaux problèmes, insolubles avec le cadre de référence ancien, puissent être traités. C’est donc l'évolution des exigences de l'environnement naturel et social et des difficultés auxquelles l’humain a à faire face qui a déterminé l’apparition successive des différents « modèles », qui existent aujourd’hui dans l'esprit des gens et déterminent leur attitude générale envers la vie ainsi que les grandes caractéristiques de leur vision du monde (voir les exemples ci-dessous). Selon l'idée de la spirale dynamique, chacun de ces nouveaux modèles intègre tous les modèles précédents, du moins dans le cas d’une expression saine du niveau de la spirale. vignette|Représentation synthétique de la spirale selon Matthieu Van Niel. CC By SA Selon Beck et Cowan, ces modèles conceptuels sont organisés en « mèmes de valeur » (abréviation VMeme). Le mème est l’équivalent sur le plan culturel du gène biologique. Il dénote un certain contenu de conscience (par exemple une pensée ou dans ce cas-ci une vision intégrée du monde) qui est transmis par la communication et ainsi reproduit dans la communauté.
La représentation graphique permet en outre de distinguer deux versants de la spirale. Cela renvoie à une alternance d’évolution entre des systèmes de valeurs axés sur le sacrifice de soi au bénéfice du collectif et des systèmes de valeurs individualistes, privilégiant l’expression du soi.
Les niveaux de la spirale et le code couleur Les niveaux et codes couleurs suivants sont les plus communément admis.
AN-Beige : Mode archaïque, instinctif, déterminé pour la survie, autonomie Présent depuis le Paléolithique moyen ( avant J-C).
Il s'agit du niveau de survie de base pour lequel est priorisée l’obtention de la nourriture, de la chaleur, du sexe et de la sécurité. La survie s’appuie sur l’utilisation des habitudes et instincts. Un soi distinct est à peine présent et l’individu ne développe pratiquement aucun effort pour le préserver. Constitution de bandes orientées vers la survie. Présent chez : les premières formes sociales humaines, les nouveau-nés, des personnes âgées séniles, des personnes touchées par la maladie d'Alzheimer à un stade avancé, des traumatisés extrêmes.
Évalué à 0,1 % de la population adulte, pour 0 % du pouvoir dans la société.
BO-Violet : la pensée est animiste, tribaliste, magique-animiste Présent depuis le Paléolithique moyen ( avant J-C).
La pensée est animiste : croyance en la présence d’esprits magiques, bons comme mauvais, susceptibles d’entraîner des malédictions ou des bénédictions qui vont déterminer le cours des événements. S’organisent en tribus ethniques associée à des esprits issus des ancêtres qui maintiennent l’ordre social. C’est la parenté et les liens de sang qui établissent des liens politiques. La vision peut être dite « atomiste » : chaque virage dans la rivière reçoit un nom, alors qu’il n’y a pas de nom pour la rivière. Prééminence des liens de sang. Présent chez les peuples organisés autour de croyances en les malédictions vaudoues, des rituels inscrits dans le sang, de l’usage de grigris porte-bonheur, de rituels familiaux, de croyances ethniques et superstitions; forte dans les pays du Tiers-Monde, les gangs, les équipes sportives et les « tribus » d'entreprises.
Évalué à 10 % de la population, pour 1 % du pouvoir.
CP-Rouge : Dieux de la violence égocentriques et exploiteurs Présent depuis 7000 avant J-C.
Première apparition d'un soi distinct de la tribu ; expression de sa puissance autonome, de son impulsivité égocentrique, affirmation héroïque. Croit en l’existence d’esprits mythiques, animaux et d’hommes surpuissants. Les seigneurs féodaux protègent les subalternes en échange de l'obéissance et du travail. Apparition de structure dichotomique du pouvoir, à la base des empires féodaux où le pouvoir et la gloire sont valorisés. Le monde est vu comme une jungle pleine de menaces et de prédateurs. Conquiert, trompe et domine ; profite au maximum sans regret ni remords.
Présent dans : l'enfant de deux ans qui s’affirme, la jeunesse rebelle, les rivalités de voisinages, les royaumes féodaux, les héros épiques, les méchants dans James Bond, Atilla, …
20 % de la population, 5 % du pouvoir.
DQ-Bleu : absolutiste, obéissant, mythique, ordonné, déterminé, autoritaire Présent depuis 3000 avant J-C.
C’est le niveau de la règle et du conformisme. La vie a un sens, une direction et un but, ce qui nous arrive est déterminé par la toute-puissance d’un Autre ou d’un Ordre. Cet Ordre vertueux impose un code de conduite basé sur des principes qui ne se discutent pas et sont invariables, délimitant le bien et le mal. Violer le code ou les règles a de graves répercussions, peut-être éternelles. Suivre le code rapporte des récompenses pour ceux qui sont de bons croyants. C’est la base des anciennes nations, construites sur une hiérarchie rigide, souvent paternaliste. Pour toute chose, il y a une bonne façon de penser. La loi et l'ordre priment ; l'impulsivité se doit d’être contrôlée par le sentiment de culpabilité qui frappera celui qui transgresse. Les croyances, de type littéral, imposent une obéissance sans limite. Si le modèle est souvent religieux et absolutiste, il s’applique aussi à des modèles athées ou laïcs qui refuseraient toute transgression ou divergence de vue.
Présent dans l’Amérique puritaine, la Chine confucéenne, la France de Vichy, les fondamentalismes religieux, les partis construits sur un patriotisme guerrier et intransigeant.
40 % de la population, 30 % du pouvoir.
ER-Orange : le niveau de la réalisation individuelle, scientifique et rationnelle mais aussi stratégique Présent clairement depuis 1700 selon Wilber, (déjà en 600 après J-C selon Graves et Calhoun).
À ce stade, le moi s’extirpe (à nouveau, comme rouge avant par rapport au niveau beige) de la mentalité grégaire du bleu, et cherche la vérité et le sens en termes individualistes. C’est le règne de la pensée hypothético-déductive, de la preuve administrée dans un cadre expérimental, des représentations mécanistes. C’est le règne du scientifique au sens classique. Le monde est vu comme devant se conformer au modèle d’une machine rationnelle et bien huilée. Celui qui comprend les lois de fonctionnement et les maîtrise n’hésitera pas à les manipuler pour ses propres fins. Fortement orienté vers la réalisation individuelle, en particulier traduite par des gains matériels. Les lois de la science devraient à terme gouverner tant la politique que l'économie et les comportements humains qui sont censés rester rationnels. Le monde est un échiquier sur lequel les plus malins gagnent et profitent des autres.
Présent dans : Les Lumières, Wall Street, les classes moyennes émergentes à travers le monde, la chasse aux trophées sportifs et olympiques, le colonialisme, l'industrie de la mode, le matérialisme, la recherche du profit du monde libéral.
30 % de la population, 50 % du pouvoir.
FS-Vert : relativiste, personnalisé, communautaire, égalitaire Présent depuis 1850 (bourgeonnant au début du ).