Le concept de « local content » ou « contenu local » désigne pour une entreprise multinationale le fait d'intégrer dans ses processus de production, des entreprises et de la main-d'œuvre locale dans les pays étrangers où celle-ci a des activités... Le local content peut se mesurer en pourcentage de matériaux, personnel, financement, biens et de services produits intégrés dans l'activité locale de l'entreprise. L'application d'un système de local content peut aussi se traduire par des investissements dans la formation des travailleurs locaux, notamment via des partenariats avec les universités du pays, et des transferts de technologies.. Des systèmes de local content sont parfois imposés aux entreprises par les pouvoirs publics, sous plusieurs formes : des quotas d'embauche de main-d'œuvre locale ; l'ouverture de leur actionnariat aux acteurs nationaux ; qu’elles se fournissent localement en biens et services..

Le secteur extractif (mines, pétrole et gaz) est le premier concerné par ce système préférence nationale, celui-ci étant attractif pour les investissements étrangers mais peu créateur d'emplois directs dans la région..

Enjeux et chronologie du concept

Enjeux Le local content est en partie une réponse à la malédiction des ressources naturelles, qui désigne le fait qu'un grand nombre de pays à forte dotation en ressources naturelles ont en moyenne une croissance de long terme plus faible que les pays qui n'en disposent pas.. Cette tendance, aussi désignée comme « maladie hollandaise », peut s'expliquer par la dépendance des pays producteurs à la rente tirée de l'exploitation de leurs ressources naturelles. Celles-ci étant plus lucratives à court terme, les investissements sont tournés vers leur exploitation au détriment des autres secteurs économiques, qui ne se développent pas ou déclinent.

Dès lors, inciter les multinationales à intégrer des entreprises locales dans leur chaîne d’approvisionnement contribue à entretenir et développer une diversité industrielle, alimenter une croissance durable et lutter contre la pauvreté.

Il peut s'agir d'incitations fiscales, de clauses contractuelles imposées aux entreprises étrangères qui exploitent ces ressources, voire la promulgation de lois imposant des investissements, sous-traitances, et quotas d'embauches locales.

Plusieurs raisons expliquent de telles mesures :

La faiblesse du tissu industriel national, insuffisant pour absorber les activités des multinationales. Dès lors, des systèmes de local content incitent les entreprises à contribuer au développement industriel local, notamment par la construction d'usines, d'infrastructures énergétiques et de transports ; Le niveau de technicité des activités réalisées (notamment dans l'industrie pétrolière), nécessitant des niveaux de qualification élevés et spécifiques. Dès lors, imposer aux multinationales des quotas de main-d'œuvre locale à embaucher les incite à investir dans la formation professionnelle de la population active locale ; Un climat des affaires peu favorable à la création d'entreprises locales, notamment en raison des difficultés d'accès aux crédit, qui peuvent être compensées par des investissements privés des multinationales.

Chronologie Le concept de local content est apparu dans les années 1970 en Grande Bretagne, alors fortement dépendante d'investissements américains pour exploiter ses gisements pétroliers situés en Mer du Nord. L’application de local content a permis à la Grande Bretagne de valoriser son tissu d'entreprises parapétrolières, qui sont progressivement montées en compétence pour fabriquer l’ensemble des matériels nécessaires au développement des champs pétroliers.

Depuis lors, ce concept s’est diffusé dans de nombreux pays miniers et producteurs de pétrole, d'abord en Amérique du Sud, puis sur le continent africain.

Application de local content en Amérique du Sud

Le local content au Brésil Le Brésil, première puissance économique d'Amérique du Sud et neuvième puissance mondiale, a une industrie minière plus que centenaire. Le secteur minier métallique est dominé par le minerai de fer, qui représentait 90 % de la production de minerai métallique en 2012, suivi par le cuivre (4,7 %), l'aluminium (2,7 %), le nickel (1 %) et l'or (0,7 %).

En 2010, le gisement pétrolier offshore de Libra, le plus important au monde avec près de 12 milliards de baril, est découvert dans le bassin de Santos.. Outre Petrobras, les compagnies exploitantes sont Total, Shell, et les sociétés chinoises CNOOC et CNPC.

En dépit de ces ressources importantes, le secteur minier au Brésil est un employeur relativement modeste, concentrant moins de 1 % de la population active occupée en 2010. La pénurie de compétences professionnelles est régulièrement soulignée comme un défi récurrent auquel sont confrontées les entreprises minières brésiliennes. gauche|vignette|300x300px|Dilma Rousseff, présidente du Brésil de 2011 à 2016 Le gouvernement socialiste brésilien au pouvoir dans les années 1990 et 2000 a instauré des quotas très élevés sur les embauches de main-d'œuvre local aux entreprises minières et pétrolières implantées au Brésil. Ces local content ont été instaurés au travers de plusieurs « rounds », c'est-à-dire des lois de plus en plus contraignantes, lancés à partir de 1999.. En 2011, le gouvernement brésilien de Dilma Roussef présente le plan industriel "Bigger Brazil", avec pour objectif de promouvoir les industries nationales et d'améliorer la compétitivité, notamment face à la concurrence chinoise..

Les quotas imposés au secteur minier, dominé à 80 % par la compagnie privée Vale, sont moins strictes que celles imposées au secteur pétrolier dominé par la compagnie publique Petrobras. Des objectifs quantitatifs sont imposés concernant les achats locaux de biens et services spécifiques ainsi que l'emploi de personnel local. Dans le secteur minier, cette approche a été abandonnée, mais des programmes de développement de PME ont été encouragés en coordinations avec la société Vale, qui énonçait en 2015 que près de 90 % de ses achats étaient effectués auprès de fournisseurs brésiliens.

En 2017, les quotas d'embauche de main-d'œuvre locale imposés au secteur pétrolier sont assouplis pour faciliter l'exploitation du champ de Libra, alors que les multinationales étaient incapables de développer dans les délais des chantiers navals de taille suffisante au Brésil pour produire les FPSO nécessaires à l'exploitation du gisement.

L'entreprise française EDF, très active au Brésil dans la production d'électricité à partir d'éoliennes et d'énergie photovoltaïque, a fait le choix de développer des filières locales pour la production de turbines et de panneaux solaires destinés à équiper les parcs de Ventos de Bahia et de Pirapora, malgré d'importants surcoûts par rapport à la Chine..

Le local content au Chili Au Chili, la multinationale minière anglo-australienne BHP Billiton a créé, en coordination avec le gouvernement , un programme de formation destiné aux sous-traitants, qui a donné aux fournisseurs locaux les compétences pour être concurrentiels sur le marché mondial. Grâce à ce programme, les entreprises chiliennes qui fournissent les mines du pays, sont également devenues exportatrices sur le marché mondial.

Le local content au Pérou Le Pérou est l'une des économies les plus performantes d’Amérique du Sud, avec un taux de croissance moyen de 5 % depuis le début des années 2000. Le secteur minier a été l’un des principaux moteurs de la récente performance économique du Pérou, en générant 58 % des exportations totales, 16 % des recettes fiscales et 14,4 % du PIB en 2013.

En 2012, le Pérou est le troisième producteur mondial de cuivre, d'argent, d'étain, de plomb et de zinc et le cinquième producteur mondial d'or. Néanmoins, cette même année, le secteur minier n'embauche que 1,5 % de la population active péruvienne, contre 40 % pour le secteur agricole. Contrairement au Brésil, l'industrie minière au Pérou appartient en grande partie à des entreprises étrangères, tandis que le Pérou ne dispose pas d'une grande base industrielle, compensée par des investissements étrangers. À l'instar du Brésil, la pénurie de main-d'œuvre qualifiée, notamment en ingénierie, est un point bloquant pour la croissance de nombreux acteurs industriels.

En 2014, le Ministère de la production du Pérou a lancé le « Plan de diversification productive », afin de diversifier l'économie, réduire la dépendance à l'égard des prix des matières premières, et d'atteindre des taux de croissance durables à long terme.

Le Pérou n'a pas de règlement spécifique au secteur minier, mais des quotas d'embauche de main-d'œuvre locale communs à tous les secteurs : 80 % des emplois et 70 % de la masse salariale des entreprises opérant au Pérou doivent profiter à des Péruviens. La législation sur l'engagement en faveur du développement durable a imposé aux sociétés minières et à leurs sous-traitants d'acheter de préférence des produits et services locaux.

Application de local content sur le continent africain

Le local content au Nigeria Le Nigeria est considéré comme l'un des pays les plus avancés sur le sujet du local content en Afrique.. En 2010, la loi « Local Content Bill » a été votée pour maximiser l'embauche de Nigérians dans l'exploitation pétrolière, mais aussi pour donner un accès privilégié aux entreprises nigérianes aux activités de sous-traitance. La même année, le Nigerian Content Act, a été la première loi du genre sur le continent.

Le « Nigerian Content Development and Monitoring Board » est l'organisme chargé de veiller à l'application de ces quotas et maximiser les retombées économiques de l'exploitation pétrolière au niveau local..

Selon l'entreprise pétrolière française Total, le développement du champ de pétrole offshore d'Egina, à 130 km des côtes du Nigeria, a été pensé pour dynamiser le tissu industriel nigérian et favoriser les transferts de compétences.. Plus de la moitié des acteurs impliqués dans la construction des installations sont nigérians, tandis qu'un quai de 500 mètres de long a été construit sur place pour l’assemblement du FPSO, qui pourra être utilisé pour d’autres projets industriels.

La politique de développement local de Total au Nigeria s’articule autour de 3 grands axes : la formation et le recrutement de personnel local, l'achat de biens et de services locaux et le développement des infrastructures.

En été 2021, le Nigeria adopte une réforme pétrolière attendue depuis 2008, dont les changements s’opèrent autour de trois axes principaux : une fiscalité plus encadrée, une meilleure redistribution des richesses et le changement de statut de la compagnie NNPC.Il sera toutefois difficile de mesurer rapidement les effets de cette loi, étant donné qu’elle laissera le choix aux compagnies de décider si leurs activités seront régulées selon l’ancienne ou la nouvelle réglementation, jusqu’à la fin de leur licence. En outre, selon les experts, la situation sécuritaire reste le principal problème pour les investisseurs, et celle-ci un impact important sur le prix de l’exploitation, et donc sur les politiques d’investissement.

Le local content au Ghana L'exploitation minière au Ghana s'est traditionnellement concentrée sur l'extraction de l'or, souvent à petite échelle. Bien que l'industrie minière ne représentait que 1,7 % du PIB en 2013, sa contribution passe à 3.2 % si l'on tient compte de l'ensemble de la chaîne de valeur.

En , la loi LI2204 a été promulguée au Ghana pour promouvoir, entre autres, la maximisation de la valeur ajoutée et la création d'emplois grâce à l'utilisation de l'expertise locale, des biens et des services, du financement dans la chaîne de valeur de l'industrie pétrolière et de leur maintien au Ghana. Cette loi oblige les investisseurs étrangers à ouvrir 30 % de leur capital à des entreprises du pays.

Les objectifs énoncés dans cette loi sont :