Georges Sauge (1920-2012) est un homme politique catholique connu pour son engagement militant contre le communisme. Marxiste dans ses jeunes années, il évolue ensuite vers la droite nationale-catholique avant se rallier à la candidature de François Mitterrand en 1965 et d'adhérer au Parti socialiste à partir des années 1970.
Biographie
Premières années Il aurait milité dans sa jeunesse, selon ses dires, dans une organisation proche du Parti communiste français, les . Il se présentera en effet plus tard comme un communiste repenti qui a connu le communisme de l'intérieurRoland Gaucher, Les nationalistes en France, 1995, , Jacques Fauvet, Jean Planchais, La fronde des généraux, Arthaud, 1961, , Michel Winock, L'agonie de la République: 13 mai 1958, Gallimard, 2006, . Son adhésion au communisme est remise en cause par certaines sources, . Dans sa présentation dans Tu parleras au peuple, son ami Jean Damblans ne mentionne pas son appartenance aux Faucons rouges..
En 1938, il aurait été chargé de perturber la conférence du père Marcellin Fillère, professeur à l'Institut catholique de Paris, qu'on lui présente comme un . Toutefois, touché par les convictions de ce dernier, il se convertit au catholicisme et devient l'un des proches. . Il l'aide notamment à fonder le journal catholique L'Homme nouveau en 1946 et tient des réunions de propagande pour le Mouvement pour l'unité.
Il contribue au journal jusqu'en 1952, au moment où l'abbé Richard — avec qui il est en désaccord — en prend la direction.
Le , il organise avec d'autres activistes le sac du siège du Parti communiste français, situé place Châteaudun, afin de protester contre l'écrasement de l'Insurrection de Budapest par les chars soviétiques.
Figure de la mouvance nationale-catholique
Centre d'études supérieures de psychologie sociale En , il crée le Centre d'études supérieures de psychologie sociale, avec son ami Jean Damblans, professeur de mathématiques. Ce cercle a pour but de mieux faire connaître le communisme pour mieux lutter contre lui. Ses activités consistent en l'organisation de conférences et de débats partout en France, avec le soutien de personnalités notables comme :
les gaullistes Jean Toutain, Michel Habib-Deloncle, Jean Taittinger et François Missoffe ; les indépendants Pierre Poujade, Jean-Marie Le Pen, Julien Brunhes et Édouard Frédéric-Dupont ; le démocrate-chrétien Georges Bidault ; le député Ahmed Djebbour ; le cardinal Eugène Tisserant ; les évêques Tito Mancini et Jean Rupp.
Parmi les collaborateurs du Centre d'études supérieures de psychologie sociale, on peut citer le député André Gauthier, l'écrivain contre-révolutionnaire Pierre Debray, le chanoine Armand Muller. La présidence d'honneur en est confiée au général en retraite Maxime Weygand, connu pour son engagement dans la droite nationaliste. Des historiens affirment à tort que le général Weygand a présidé ce Centre d'études, , .
Les deux buts avoués du Centre sont de faire connaître la doctrine catholique et ses implications politiques dans sa forme de , ainsi que de s'opposer aux idées communistes considérées comme le plus grand danger que court la civilisation occidentale et la religion catholique. Pour cela, il faut former des cadres anti-marxistes à même de faire gagner la bataille idéologique.
En , George Sauge se rend à Rome où il reçoit l'appui d'Eugène Tisserant. Tito Mancini, un des collaborateurs du cardinal Tisserant, déclare à cette occasion :
C'est également en 1961 que Sauge crée une branche du Centre d'études supérieures de psychologie sociale à Rome.
Au cours de son existence, le Centre d'études supérieures de psychologie sociale aura un auditoire d'environ par an. De nombreuses conférences sont organisées dans les milieux militaires, notamment à l'École de cavalerie de Saumur, à l'École de guerre, au collège militaire de l'OTAN, en AlgérieJoseph Ortiz, Mes combats, carnets de route 1954-1962, 1964, etc. Parmi ceux qui ont assisté aux conférences de Georges Sauge, on peut notamment citer les colonels Antoine Argoud, Joseph Broizat et Charles Lacheroy, des officiers qui partagent ses thèses sur les dangers du communisme dans l'empire colonial français et qui auront un rôle notable dans la dernière phase de la Guerre d'Algérie. Le Centre d'études politiques et civiques (CEPEC) l'invite comme conférencier en pour son dîner-débat, consacré à « L’armée face à la guerre psychologique ». Il s'adresse à l'auditoire habituel de cette organisation patronale et à des officiers généraux et supérieurs.
Si ses conférences séduisent un temps son public anticommuniste, elles sont moquées par ses adversaires du fait de leur simplisme, . La revue anticommuniste Le Contrat social de Boris Souvarine juge sévèrement le livre de Sauge, Echec au communisme : . C'est que sa brochure accumule . Ce qui ne l'empêche pas de continuer ses conférences dans les années 1960, répétant sans cesse les mêmes arguments .
Comités civiques En , Georges Sauge et Pierre Debray créent les , des organismes qui s’affirment apolitiques, et dédiés à un but , d'après les mots de Guy Vaschetti, député UNR de la Seine qui parraine le mouvement.
Le premier rassemblement du mouvement se tient le à la Maison de la Mutualité et ressemble 300 personnes. Les orateurs qui se succèdent à la tribune sont les suivants : Georges Sauge lui-même, Michel Trécourt du Rassemblement national français, Pierre Debray, Louis-Olivier de Roux du mouvement maurrassien Restauration nationale, l'activiste Henri Dorgères et enfin le général Lionel-Max Chassin. Tous affirment leur hostilité à la visite en France du dirigeant de l'URSS Nikita Khrouchtchev, invité par le Général de Gaulle.
Les supports du programme des Comités civiques sont l’ouvrage de Sauge Échec au communisme (publié en 1958), l'encyclique Divini Redemptoris et la revue L'Ordre français de Pierre Debray. Ils soutiennent également la position du cardinal Alfredo Ottaviani, lui-même un tenant du national-catholicisme.
D'après Sauge, il faut . Il nie entreprendre cette lutte . D'après lui, .
Le , Georges Sauge se défend toutefois de vouloir manifester son hostilité à la visite de Nikita Khrouchtchev par des actes de violence, dans une lettre qu'il envoie au journal Le Monde. Le , il demande à Sergueï Vinogradov, l’ambassadeur de l'URSS, d'organiser un débat au cours d'une rencontre publique avec Khrouchtchev, demande qui lui sera refusée.
Le , au lendemain de la semaine des barricades à Alger, il est arrêté, ainsi que d'autres militants et inculpé par le pouvoir gaulliste d'atteinte à la sûreté intérieure de l'État. Il est finalement mis en liberté provisoire le puis relaxé.
Engagement pour l'Algérie française En , il participe à l'appel du Front Algérie française qui affirme : . Le FAF occupera à cette époque le même bâtiment que le Centre d'études supérieures de psychologie sociale.
En 1962, la CGT, Force ouvrière et la CFDT de Nantes font annuler par la mairie une réunion organisée par Georges Sauge, en raison de sa sympathie présumée pour l'OAS.
Ralliement au Parti socialiste Pour l'élection présidentielle française de 1965, il appelle à voter Jean Lecanuet au premier tour., puis soutient au deuxième tour François Mitterrand, du fait de son antigaullisme. Une position qu'il justifie de la manière suivante. :
Il adhère au Parti socialiste après le congrès d'Épinay de 1971, intègre la Convention des cadres de réserve pour l'armée nouvelle (CCRAN), l'organisation des réservistes de ce parti et devient cadre de la fédération socialiste des Hauts-de-Seine..
Il continue à rédiger sa Lettre d'information, à la diffusion confidentielle, jusque dans les années 2000 ; il demeure anticommuniste et catholique..
Œuvres Échec au communisme, Paris, Les Îles d'or, 1958, 215 p. « L'Armée face à la guerre psychologique », Les Cahiers du CEPEC, , conférence donnée au débat du Centre d'études politiques et civiques le , 28 p.Brochure présentée souvent à tort comme un ouvrage de Sauge : Jean-Paul Gautier, Les extrêmes droites en France: De 1945 à nos jours, Syllepse, 2017, . Par ailleurs, il ne s'agit pas d'une conférence organisée par Sauge mais d'un dîner-débat du CEPEC, contrairement aux affirmations de Marie-Catherine et Paul Villatoux, dans La République et son armée face au péril subversif : guerre et action psychologique en France, 1945-1960, Les Indes savantes, 2005. Tu parleras au peuple, Paris, Nouvelles impressions latines, 1962, 190 p. Présentation par Jean Damblans (Lire le début en ligne)
Bibliographie
Marie-Catherine et Paul Villatoux, La République et son armée face au péril subversif : guerre et action psychologique en France, 1945-1960, Les Indes savantes, 2005
Références
Liens externes
Conférence de Georges Sauge sur en 1958 (voir la vidéo sur YouTube) Notice biographique sur le site marcellin-fillere.com (Lire en ligne)
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