Le Grand Prix automobile d'Espagne 2020 (Formula 1 Aramco Gran Premio de España 2020) disputé le 16 août 2020 sur le circuit de Barcelone, est la du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950. Il s'agit de la cinquantième édition du Grand Prix d'Espagne comptant pour le championnat du monde de Formule 1 et de la sixième manche du championnat 2020 L'épreuve se dispute pour la trentième fois depuis 1991 sur le circuit catalan (contre neuf fois à Jarama, cinq fois à Jerez et quatre fois au Parc de Montjuïc).
La course devait initialement avoir lieu le , mais elle a dû être reportée, tout comme les dix premières épreuves inscrites au calendrier, en raison de la pandémie de Covid-19. Finalement, le , la direction de la Formule 1 publie un calendrier provisoire comprenant huit courses, à commencer par le Grand Prix d'Autriche le . La manche espagnole est placée en sixième épreuve, au cœur de l'été et à huis clos.
Jusqu'à présent cette saison, la pole position se résume à une explication entre les pilotes Mercedes, la troisième place revenant souvent au même pilote Red Bull. C'est encore le cas à Barcelone où tout se joue lors de la première tentative des dix meilleurs lors de la troisième phase des qualifications : Lewis Hamilton devance Valtteri Bottas de 59 millièmes de seconde, porte le score à 4-2 face à son coéquipier en termes de départs en tête cette année, et établit son record à 92 pole positions. Max Verstappen, à nouveau troisième, est encore à plus d'une demi-seconde (708 millièmes) et les écarts sont serrés puisque les sept autres pilotes sont dans la même seconde que lui. De retour de quarantaine après avoir été positif au Covid-19 et manqué les deux courses à Silverstone, Sergio Pérez, quatrième, accompagne Verstappen en deuxième ligne. Lance Stroll place l'autre Racing Point sur la troisième ligne, devant la Red Bull d'Alexander Albon ; ils sont suivis par les McLaren de Carlos Sainz et Lando Norris en quatrième ligne. Charles Leclerc, neuvième devance Pierre Gasly alors qu'une nouvelle fois, son coéquipier Sebastian Vettel ne s'extrait pas de la Q2, pas plus que les pilotes Renault Daniel Ricciardo et Esteban Ocon.
Seuls trois pilotes terminent dans le même tour à l'arrivée de la sixième manche de la saison : le vainqueur Lewis Hamilton, son dauphin Max Verstappen et Valtteri Bottas, qui se classe troisième après avoir manqué son départ. Hamilton, qui mène intégralement un Grand Prix pour la vingt-et-unième fois, s'impose pour la quatrième fois consécutive sur le circuit barcelonais et remporte sa victoire, la quatrième en six courses disputées en 2020. Désormais seul recordman du nombre de podiums (156), il est en mesure, selon son rythme actuel, de dépasser dès cette année le record de 91 victoires de Michael Schumacher. Sa voiture n'ayant pas été affectée par les problèmes de surchauffe des pneumatiques qui avaient entravé sa marche en avant à Silverstone une semaine plus tôt, sa victoire n'a souffert d'aucune contestation. Pour les accessits, tout se joue au départ lorsque Verstappen prend d'emblée la deuxième place. Le ballet des arrêts au stand (deux pour chacun) ne change rien : il parvient à s'intercaler entre les deux Mercedes, à 24 secondes du vainqueur. Bottas, en obtenant le meilleur tour en course dans la dernière boucle, remporte le point bonus en privant son coéquipier d'un hat trick et du chelem .
Auteur d'un excellent départ, Lance Stroll dépasse Bottas au premier virage mais ne peut lui résister que durant cinq tours et termine cinquième sous le drapeau à damier ; il est ensuite reclassé à la quatrième place, son coéquipier Sergio Pérez qui termine devant lui grâce à sa stratégie à un seul arrêt, étant pénalisé de cinq secondes pour avoir ignoré les drapeaux bleus quand Hamilton lui prenait un tour. Carlos Sainz Jr. prend la sixième place devant Sebastian Vettel, qui a roulé en cinquième position en n'effectuant qu'un seul arrêt, mais n'a pu résister dans les dix derniers tours à la Racing Point de Stroll et à la McLaren du pilote espagnol. En revanche, il tient Alexander Albon en respect jusqu'à l'arrivée. Huitième, le pilote Thaïlandais précède Pierre Gasly, Lando Norris et Daniel Ricciardo onzième, tous finissant en formation serrée derrière Vettel, élu « pilote du jour ». Charles Leclerc est le seul à abandonner, au bout de trente-huit tours, quand un problème électrique éteint l'écran de son volant, provoque le blocage brutal de ses roues arrière et un tête-à-queue.
Hamilton (132 points) devance de 37 points Verstappen (95 points) au classement du championnat du monde. Bottas suit avec 89 points et Leclerc reste quatrième (45 points). Stroll et Albon (40 points chacun) dépassent Norris (39 points), qui précède Pérez, huitième avec 32 points, Sainz (23 points), Ricciardo (20 points), Vettel et Ocon (16 points). Mercedes poursuit son cavalier seul en tête du championnat des constructeurs (221 points) et Red Bull consolide sa deuxième place (135 points), loin devant Racing Point (63 points), McLaren (62 points) et Ferrari qui rétrograde au cinquième rang (61 points).
Contexte Modification du calendrier Au mois de , la pandémie de maladie à coronavirus 2019 provoque l'annulation ou le report de toutes les manifestations sportives dans le monde. Le 13, la manche d'ouverture à Melbourne est annulée à deux heures des premiers essais libres tandis que les Grands Prix de Bahreïn et du Viêt Nam (deuxième et troisième manches) sont reportés ; la quatrième manche, en Chine, avait déjà été reportée. Les Grand Prix des Pays-Bas () et d'Espagne conservent leurs dates et constituent les deux premières manches de ce calendrier perturbé. Toutefois, la direction de la Formule 1 précise dans un communiqué :
La tenue de la course le reste sujette à caution car l'Espagne est intégralement mise en quarantaine le . Les organisateurs du Grand Prix annoncent :
Le , les trois Grands Prix programmés au mois de mai en Europe, aux Pays-Bas (), en Espagne et à Monaco () sont reportés. , indique un communiqué des instances dirigeantes de la Formule 1.
Le , la direction de la Formule 1 publie un calendrier comprenant les huit premières courses de la saison qui démarre en Autriche le 5 juillet. La manche espagnole devient la sixième épreuve, le , au cœur de l'été, au moment où avait traditionnellement lieu la trêve et se dispute à huis clos.
Appel contre Racing Point thumb|La Racing Point RP20, déclarée illégale lors de trois Grands Prix de la saison 2020, reste cependant autorisée à poursuivre dans la même configuration. Les Racing Point RP20, surnommées les « Mercedes roses » en raison de leur forte ressemblance avec la Mercedes W10 championne du monde en 2019, ont provoqué une réclamation de l'écurie Renault, portant spécifiquement sur les écopes de freins qui, selon le règlement technique, doivent être conçues et usinées par le constructeur qui engage la voiture dans le championnat. Le , les commissaires de la FIA acceptent la réclamation de Renault, estimant que Mercedes est bien le concepteur initial de ces écopes et que Racing Point était en violation des règles de conception de la Formule 1 pour la saison 2020. En conséquence, ils retirent quinze points à l'écurie de Lawrence Stroll (Racing Point en avait marqué 14 au Grand Prix de Styrie) et lui infligent une amende de ( par voiture non-conforme au Grand Prix de Styrie). Pour les courses en Hongrie et en Grande-Bretagne, pour lesquelles une protestation a également été faite (Racing Point ayant continué à utiliser ces écopes), l'équipe ne reçoit qu'une réprimande.
Cinq écuries avaient déclaré, le , vouloir faire appel du jugement de la FIA sur les écopes de freins des Racing Point. McLaren Racing et Williams F1 Team décident finalement de ne pas aller plus loin. Il est probable que Toto Wolff, patron de mercedes Grand Prix, qui s'était positionné comme médiateur afin d'éviter une procédure longue, soit à l'origine de ce revirement puisque son écurie (impliquée dans l'affaire) est le motoriste actuel de Williams et sera celui de McLaren à partir de 2021.
Renault F1 Team et la Scuderia Ferrari ont, en revanche, formulé un appel contre une peine jugée trop clémente. Cyril Abiteboul explique que sa demande n'a pas pour but d'exclure Racing Point ou d'interdire la RP20 mais de clarifier la situation face aux écopes et de retirer les points, de manière rétroactive, acquis lors des premières courses de la saison. Il rappelle que l'argument selon lequel il s'agit d'une infraction au règlement sportif et non technique n'est pas suffisant pour ne pas disqualifier des monoplaces puisque Renault l'avait été au Japon en 2019 (après une réclamation de Racing Point) pour une infraction jugée sportive :
Le second point litigieux relevé par Cyril Abiteboul est l'autorisation donnée à l'équipe canadienne de continuer à utiliser ses écopes de freins, en dépit de l’infraction au règlement :
Bien que Red Bull Racing n'ait pas fait appel, l'équipe autrichienne se joint à l'avis que cette affaire doit permettre de clarifier davantage les infractions et les sanctions. Helmut Marko déclare :
À l'issue de l'épreuve, pour la quatrième course consécutive, Racing Point est réprimandé pour l'utilisation de ses écopes de freins arrière illégales.
Racing Point, de son côté, fait également appel, mais pour tenter de se faire disculper et démontrer que la sanction (retrait de 15 points et ) est infondée et que le règlement de la Formule 1 n'a pas été enfreint. Otmar Szafnauer, le directeur de Racing Point, assure que son équipe a récupéré le design des pièces lorsque celles-ci étaient encore non listées et pouvaient être vendues par une équipe à une autre :
Le , alors qu'il est toujours prévu que la Cour d'Appel Internationale de la FIA statue sur le cas de Racing Point, Renault demande à la FIA le retrait de son appel vis-à-vis de la décision des commissaires concernant la conception litigieuse de la Racing Point RP20. Cyril Abiteboul déclare :
Alors que Renault annonce son souhait de retirer son appel après des discussions sur le règlement 2021, la Scuderia Ferrari, seule écurie encore engagée dans la procédure d'appel, analyse l'ensemble des propositions pour que tous les éclaircissements soient faits sur les points qui lui posent problème concernant la réglementation vis-à-vis de la copie de monoplace ; au terme de cette étude, l'écurie pourrait retirer son appel si elle trouve entière satisfaction. Mattia Binotto précise :
La fin du « mode fête » ?
Le mode moteur utilisé par Mercedes particulièrement en qualifications, le « bouton magique » ou « party mode » (« mode fête ») qui permet d'augmenter singulièrement la puissance du bloc propulseur et n'est pas étranger aux 100 pole positions et 93 victoires obtenues par les Flèches d'Argent depuis 2014, est en passe d'être interdit par le pouvoir sportif. À Barcelone, les écuries ont reçu un courier de Peter Bayer, secrétaire général de la FIA pour le sport automobile, annonçant le projet d'interdire le changement de mode moteur pour les qualifications et la course. Cela devrait déboucher sur une directive technique l'interdisant et n'autorisant aucune différence dans le fonctionnement du moteur sur un weekend de Grand Prix. Cette directive pourrait être publiée avant la prochaine course en Belgique.
Lewis Hamilton déclare :
Rejoignant Lewis Hamilton, Toto Wolff estime que l'unité de puissance allemande pourrait en réalité trouver plus de performance en course si les modes moteurs étaient standardisés :
Le pilote Williams George Russell, déçu que l'idée d'interdire les modes de qualifications sur les moteurs soit envisagée, juge que ces réglages extrêmes ajoutent de la tension en qualifications:
Son coéquipier Nicholas Latifi confirme l'importance de la différence entre le mode de course et celui des qualifications :