La vallée des Rouets est une partie de la vallée de la Durolle, principalement située sur le territoire de la commune de Thiers, dans le département du Puy-de-Dôme et dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, en France. Elle est connue pour son long passé artisanal car on y a exploité la force motrice de la rivière Durolle dès le Moyen Âge. Au début du , la plupart des rouets de la vallée disparaissent au profit de l'industrie coutelière, majoritairement installée dans la vallée des Usines en aval.
Après plusieurs années de mobilisations associatives pour la protection du patrimoine bâti de la vallée des Rouets, la mairie de Thiers ouvre au public dès sous l'impulsion de Maurice Adevah-Pœuf, alors député-maire de Thiers, de Jean-Claude Potte, alors premier adjoint, et d'André Kristos, président d'association locale, un parcours touristique fusionné avec le musée de la coutellerie présentant l'histoire du lieu, les techniques de fabrication de couteaux ainsi que le fonctionnement du dernier rouet en activité de la vallée et de sa roue à aubes.
Toponymie
Le terme de « vallée des Rouets » est utilisé pour décrire la partie de la vallée de la Durolle où le nombre d'anciens rouets est très important.. Le nom de la vallée ne devient officiel qu'au début du .
Géographie vignette|Plan des sites touristiques bordant la Durolle.|alt=Plan des sites touristiques bordant la Durolle. Il est possible de différencier la vallée des Usines, le sentier de la Margeride et la vallée des Rouets.
Situation géographique À l'est, la vallée se forme à la hauteur du rouet de « Chez Lyonnet », toujours en activité en 2020, près du barrage de Membrun.. Elle s'élargit d'est en ouest sur une longueur de jusqu'à son extrémité orientale, matérialisée par les premières usines au lieu-dit du « Bout du monde »..
La vallée des Rouets se situe sur le versant est de la rivière Durolle dans le département du Puy-de-Dôme (région administrative d'Auvergne-Rhône-Alpes)..
vignette|Panorama des gorges de la Durolle entre la vallée des Usines et la vallée des Rouets.|alt=Photographie panoramique des gorges de la Durolle entre la vallée des Usines et des Rouets.
Topographie La vallée est creusée au fil des siècles par la Durolle. dans les monts du Forez, situés au nord du Massif centralLa commune de Thiers marque la limite nord-ouest des monts du Forez..
La vallée s'étend de son point de rencontre avec le barrage de Membrun, en aval, jusqu'à la vallée des Usines.. La partie est de la vallée est accidentée avec plusieurs sommets dépassant d'altitude. La partie ouest de la vallée, après le dernier rouet, continue son cours sinueux avant de s'élargir légèrement pour laisser place à de grandes usines construites sur les berges de la Durolle..
Jusqu'au , la vallée des Rouets est un lieu de culture de la vigne, pratiquée sur les hauteurs la dominant. Plusieurs traces de cette culture sont encore présentes ; les murs de soutènement qui servaient à retenir les terres afin de cultiver de la vigne sont toujours en place..
Géologie L’histoire géologique de la région thiernoise est caractérisée par la présence et le fonctionnement d’une faille majeure d’orientation générale nord-sud affectant le socle géologique régional : elle délimite ce socle en blocs distincts tout en servant de guide à l’effondrement tectonique du bloc ouest tandis que le bloc est reste plus ou moins en place..
À l’ouest de cette faille, l’effondrement du bloc a permis le remplissage par des roches sédimentaires, qui forment le bassin de Limagne où s’est développée la ville-basse de Thiers ; à l’est la partie du socle qui ne s’est pas effondrée, correspondant aux monts du Forez, est constituée de roches magmatiques sur lesquelles s’est édifiée la ville-haute et dans lesquelles la vallée des Rouets est creusée.
Le sol de la vallée fait partie de l'ensemble géologique du Massif central. Il est surtout constitué de différents granites parfois recouverts d’arènes et d’éboulis..
vignette|La Durolle dans la vallée des Usines près de l'usine du May.|alt=Photographie de nuit où il est possible de voir la Durolle éclairée devant l'usine du May.
Hydrographie Le territoire de la vallée des Rouets est drainé par la Durolle dont le bassin versant est de .. La rivière a été exploitée pour sa force motrice servant notamment à actionner les mécanismes d'aiguisage des lames de couteaux.. La rivière est également un site de pêche aux truites depuis l'amélioration de la qualité de l'eau au début du ..
Démographie La commune de Thiers abrite la majeure partie de la vallée des Rouets.. Plus en amont, la Durolle traverse les communes de La Monnerie-le-Montel, Celles-sur-Durolle, Les Salles, Cervières, Noirétable et Chabreloche. Le nombre total d'habitants de ces communes est de au recensement de 2015..
Transports Le principal axe de communication est la (ancienne route nationale 89) qui borde la rive droite de la Durolle et suit sa courbure d'est et ouest. L'accès au cours d'eau est toutefois impossible par voiture, du fait de la topographie accidentée.. L'entrée de la vallée est desservie par le réseau de transports urbains thiernois (TUT).. La gare de Thiers se situe à du point d'informations touristiques à l'entrée de la vallée..
Historique
Moyen Âge La force hydraulique de la Durolle est utilisée à Thiers dès le Moyen Âge pour mouvoir les moulins à farine, les foulons des tanneurs, les maillets des papetiers, et avec le développement de la coutellerie, les martinets des fondeurs et les meules des émouleurs... Une légende voudrait ainsi que les croisés auvergnats aient rapporté d’Orient le secret de la fabrication du métal.. Dès le , un quart de la population thiernoise exerce le métier de coutelier. Les objets produits dans la vallée sont exportés dans plusieurs pays au , en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Turquie et « aux Indes »Legrand d'Aussy remarque dans son livre, Voyage en Auvergne, en 1788, que les industriels thiernois luttent efficacement contre les industriels anglais jusque dans les Indes..
Révolution industrielle À partir de , seule la coutellerie parvient à se maintenir avec l'introduction des machines qui préfigure l'avènement de la grande industrie.. À cette époque, la production coutelière présente une organisation particulière. La main-d'œuvre nécessaire pour fabriquer un couteau est disséminée à travers la ville ; il y a une extrême division du travail, les ouvriers sont spécialisés dans un métier, transmis de père en fils, pour lequel ils acquièrent une grande dextérité. Les barres d'acier que les entreprises reçoivent sont d'abord confiées aux « martinaires » qui les amincissent (afin qu'elles puissent être aiguisées) grâce à des martinets mus par la force hydraulique de la rivière. Les forgerons reçoivent ensuite ces barres avec lesquelles ils forgent les pièces de couteau. Ces pièces sont ensuite envoyées aux limeurs, aux perceurs, aux émouleurs puis aux polisseurs qui aiguisent et polissent les lames sur des meules entraînées par la Durolle. Le fabricant effectue la trempe, puis, après que le cacheur. a livré les manches, toutes les pièces sont finalement remises aux monteurs qui habitent les faubourgs de Thiers. Cette organisation de la production est donc caractérisée par une dissémination importante des lieux de travail dans la région thiernoise et plus particulièrement dans la vallée.
À la fin du , la concurrence étrangère amène les industries thiernoises à se moderniser. Cette modernisation passe par l'électrification. Un nouveau type d'usines se crée, où sont intégrées toutes les opérations de la coutellerie. Les usines de papeterie qui n'ont pas voulu recourir à ces techniques modernes de production doivent fermer leurs portes ; elles ne sont plus qu'une vingtaine en .
Tout début du Les problèmes concernant les eaux de la Durolle sont de plus en plus nombreux au début du . En premier lieu, le débit de la rivière en été reste très bas et très irrégulier, provoquant un chômage relatif. En effet, les rouets, qui utilisent la force motrice de la rivière pour faire tourner les roues à aubes, ne peuvent travailler sans un débit d'eau suffisant. En hiver, le phénomène s'inverse, la Durolle d'hiver devient un torrent en crue avec une force considérable. Thiers est l'une des villes les plus vulnérables du département du Puy-de-Dôme face aux crues et la vallée des Rouets est le quartier de la ville le plus touché..
Pour ne plus dépendre des caprices de la Durolle, des usines ouvrent leurs portes plus en aval et utilisent la force motrice électrique dès . La Durolle permet d'obtenir une puissance d'environ par jour en moyenne en contre pour l'énergie d'origine électrique.
La puissance moyenne par jour de la force motrice électrique s'établit ainsi :
année puissance en cheval-vapeur170 803 L'indépendance des usines face à la Durolle leur permet de devenir des « usines complètes ». Ainsi, dans la vallée de la Durolle, plus de et sont présents en . Durant cette période, le bassin thiernois est le plus gros bassin français de production de couteaux et d'outils possédant une lame, loin devant ceux de Châtellerault, Nogent-en-Bassigny et Paris et à égalité avec Sheffield au Royaume-Uni. La production, à partir de connaît de nombreuses fluctuations :
année production en tonnes19123 108 t 19181 210 t 19202 618 t
Fermetures progressives à partir des années À partir des années , les rouets et la fabrication artisanale de couteaux en directe dépendance de la Durolle n'arrivent plus à concurrencer les usines qui produisent des pièces à bas coût... Ils ferment progressivement jusque dans les années où le dernier rouet en activité ferme ses portes en . Celui-ci, nommé « Chez Lyonnet », est continuellement entretenu par son propriétaire jusqu'à son décès, avant que la mairie de Thiers et l'association « Le Pays thiernois » ne prennent le relais dans les années ..
Les rouets sont laissés à l'état d'abandon dès leur fermeture. Installés dans un milieu sombre et humide au fond des gorges de la Durolle, ils se détériorent rapidement, et seuls subsistent les éléments les plus solides : les murs, les biefs ou encore les roues à aubes.. Les jardins situés à l'arrière des ateliers qu'entretenaient les artisans disparaissent très rapidement.
Tournant des années 1980 et mise en valeur Au début des années , l'association « Le Pays thiernois » se mobilise afin de protéger le patrimoine bâti de la vallée des Rouets. Ses membres, passionnés d'histoire, commencent par défricher le chemin d'accès à tous les rouets. Le dernier rouet de la vallée qui a fermé en est préservé dès lors.
vignette|Le rouet de « Chez Lyonnet » ouvert aux visites.|alt=Photographie du dernier rouet en état de fonctionnement de la vallée : chez Lyonnet. Il est possible de voir le rouet avec la Durolle en premier plan et la forêt en arrière-plan.
En , la première partie du musée de la coutellerie ouvre ses portes place Lafayette, dans la cité médiévale de Thiers.. Il connaît une première année encourageante quant à la fréquentation : payantes.. L'association de production « La Maison des Couteliers » est alors présente au sein du musée. Les visiteurs voient ainsi, en plus des collections de couteaux, l'entreprise artisanale dont le but est de montrer que la coutellerie est une activité d'actualité dans la ville de Thiers. En , la deuxième partie du musée ouvre au public, dans la maison dite de « l'Homme des bois » rue de la Coutellerie. Celle-ci informe les visiteurs sur l'histoire et les origines de la coutellerie thiernoise. Seulement, aucune de ces deux parties n'est à proximité directe de la Durolle : l'idée d'une troisième partie est alors envisagée. En , la mairie reprend l'entretien du rouet de Chez Lyonnet en vue d'en faire un musée.. Le ., la troisième partie du musée est officiellement inaugurée : la vallée des Rouets ouvre au public.
La coutellerie thiernoise au