Le choix de nomination du Premier ministre français est, sous la Cinquième République, une prérogative du président de la République en vertu de l'article 8 de la Constitution.

L'Article 49 de la Constitution de la Cinquième République donne cependant à l’Assemblée nationale le pouvoir de censurer un gouvernement via une motion de censure, mais les assemblées découlant de l'ensemble des élections organisées depuis 1962 n'avaient pas trouvé de majorité pour en voter une.

Ce pouvoir peut s'exprimer soit dans le cas d'une majorité absolue au Parlement, dissuadant le président de choisir un Premier ministre hors de cette majorité, ce qui s'est produit lors des périodes de cohabitations de 1986, 1993 et 1997, soit par le vote conjoint d'une motion de censure par plusieurs oppositions représentant plus que la moitié du Parlement ce qui s'est produit le 4 décembre 2024 avec 331 voix, près d'une cinquantaine de plus que les 288 requises. Constitution L'article 8 de la Constitution fait de la nomination du Premier ministre, une prérogative du président de la République, mais cet article, long de 9 mots"Le Président de la République nomme le Premier ministre", seulement parle explicitement de nomination, pas de choix.

Si "la nomination du Premier ministre est un pouvoir discrétionnaire du Président de la République, la marge de manœuvre du Président de la République dépend des rapports de force au Parlement", selon une synthèse d'avis de constitutionnalistes. Jusqu'en 1988, les présidents ont toujours pu se reposer sur une majorité absolue à l'Assemblée.

Plusieurs fois depuis le début de la Cinquième République, la nomination s'est dans la pratique décidée sous d'autres critères que la préférence du président, en particulier des contraintes politiques, en vertu de calculs politiques ou en raison de promesses de campagne.

La question de l’interprétation de cet article 8 de la Constitution s'est en particulier posée en 2024.

Présidence de Charles de Gaulle

Gouvernement Michel Debré

Michel Debré fait partie des fidèles de Charles de Gaulle, et est l'un des architectes de la Constitution française du 4 octobre 1958.

Gouvernement Georges Pompidou 1 (avril-décembre 1962 )

Georges Pompidou est nommé Premier ministre par Charles de Gaulle en remplacement de Michel Debré, avec lequel les désaccords politiques s'étaient accumulés. De Gaulle est convaincu de la fidélité de Pompidou, qu'il charge d'agir en tant que . Gouvernement Georges Pompidou 2 (décembre 1962-janvier 1966)

Georges Pompidou est à nouveau nommé Premier ministre par Charles de Gaulle après la nette victoire de la majorité résultant des élections législatives anticipées causées par la dissolution de l'Assemblée consécutive à la chute du gouvernement Pompidou I.

Gouvernement Georges Pompidou 3 et 4 (janvier 1966-juillet 1968) Ils suivent la réélection en décembre 1965 du Général de Gaulle.

Gouvernement Maurice Couve de Murville (juillet 1968-juin 1969)

Charles de Gaulle souhaite remplacer Georges Pompidou du fait de désaccords et de la place qu'il avait prise dans le dispositif gouvernemental.

Si Robert Galley semble avoir été pressenti., c'est Maurice Couve de Murville, qui travaille aux côtés de Charles de Gaulle depuis plusieurs années, qui arrive au pouvoir quelques jours après les accords de Grenelle qui ont mis fin au vaste mouvement de grève de Mai 68.

Charles de Gaulle écrit de lui qu'.

Présidence de Georges Pompidou

Gouvernement Jacques Chaban-Delmas

Jacques Chaban-Delmas, qui procède d'emblée à la dévaluation du franc de 12,5 % le , représente la caution des gaullistes historiques, l'ouverture vers les syndicats et une « Nouvelle société » aux États-Unis.

Dans cet esprit, le cabinet du Premier ministre accueille des personnalités de centre-gauche, le mendésiste Simon Nora, et l'ex-syndicaliste CFTC Jacques Delors, chargé des questions sociales, qui fait voter une loi sur l'actionnariat ouvrier chez Renault (1969) et encourage la signature le du premier accord national interprofessionnel (ANI), sur la formation et le perfectionnement professionnel, par la CGPME et le CNPF ainsi que par les cinq organisations salariales (CGT, CFDT, CFE-CGC, CFTC et FO).

Il s'agit de rappeler les avancées des accords de Grenelle mais sans grèves, une loi Anticasseurs de 1970 réprimant l'agitation gauchiste tandis que la loi sur les regroupements de communes (1971) promeut des économies administratives.

Gouvernement Pierre Messmer (juillet 1972-avril 1973)

Pompidou se passionnant lui aussi pour la politique économique et industrielle, pour la première fois des conseils restreints se tiennent souvent à l’Élysée. Les divergences entre le Premier ministre et le président — soutenu par la majorité des députés de l’UDR — s’accumulent. Une partie des députés UDR craint de voir l’électorat conservateur s’éloigner d’eux.

Le , Chaban-Delmas reçoit un vote de confiance massif des députés (368 voix contre 96). Mais moins de deux mois après, c'est le gouvernement Messmer qui lui succède.

Présidence de Valéry Giscard d'Estaing

Gouvernement Jacques Chirac

Le ralliement de Jacques Chirac récompensé par VGE Le décès du président Georges Pompidou deux ans avant la fin de son mandat déclenche l'élection présidentielle française de 1974. Le contexte est celui d'une forte progression de la gauche dans les sondages préparatoires à cette élection présidentielle, qui se termine par le plus faible écart (1,62%) de toutes celles organisées sous la République

Valéry Giscard d'Estaing est élu de justesse, après s'être qualifié pour le second tour grâce au soutien d'un jeune gaulliste, Jacques Chirac qu'il nomme ensuite Premier ministre. En cours d'élection présidentielle, il s'est inscrit en opposition au candidat désigné par son propre parti, Jacques Chaban-Delmas, qui avait été le Premier ministre du président Georges Pompidou entre 1969 et 1972 et qui réalise au premier tour un score jugé très décevant.

La nomination de Jacques Chirac est ainsi acceptée même s'il n'est pas le chef de ce parti, resté dominant au sein de la droite à l'issue des législatives de 1973. Certains politistes considèrent que cette situation, un Président libéral et atlantiste choisissant comme Premier ministre un gaullo-pompidolien, serait une forme de cohabitation primitive, mais tous deux sont soutenus par la même majorité.

Gouvernement Raymond Barre

La compétence technique au service du projet de réélection Jacques Chirac démissionne au cours de l'été 1976, en pleine crise monétaire européenne. En nommant pour lui succéder Raymond Barre, un économiste alors non engagé directement en politique, Valéry Giscard d'Estaing veut envoyer un signal de maîtrise de la situation, concrétisé dès septembre 1976 par le Plan Barre.

Présidences de François Mitterrand

Pierre Mauroy (1981-1984)

Un compagnon de longue date Le Président de la République nouvellement élu choisit Pierre Mauroy du fait de son amitié avec lui et de leur communauté de vues, perçus comme un gage de cohésion dans la nouvelle équipe dirigeante.

Laurent Fabius (1984-1986)

Les suites de la défaite aux européennes de 1984 La nomination de Laurent Fabius, présenté comme un technocrate bon gestionnaire, fait suite à la double défaite de la gauche aux européennes de 1984, le PS comme le PCF perdant beaucoup de terrain, tandis que le Front national obtient près de 10%. Laurent Fabius équilibre les différents courants du PS tout en symbolisant le renouvellement et la jeunesse auprès des Français.

Une gouvernance en retrait Avec Laurent Fabius, qu'il considère comme le meilleur des socialistes, le Président peut insuffler les grandes lignes au gouvernement tout en laissant le Premier ministre le gérer et le diriger. Le caractère technocrate de Laurent Fabius, perçu par les Français, renforce sa réputation d'homme politique fiable et efficace. Le Monde écrit ainsi que le Président a choisi ; Le Quotidien de Paris titre . Le calcul politique semble toutefois ne pas être totalement réussi, car plus de quatre mois après sa nomination, l'action de Laurent Fabius est considérée comme satisfaisante par 49% des interrogés par la SOFRES, tandis que seuls 37% jugent au même moment faire confiance au Président Mitterrand. L'« effet Fabius » reste limité, car il ne profite pas au Président, ni au Parti socialiste. Alain Duhamel note que .

Jacques Chirac (cohabitation) (1986-1988)

Une contrainte parlementaire claire Lors des élections législatives françaises de 1986, l'avance de la coalition de droite sur la gauche est modeste, deux points et demi, mais significative, et sa majorité courte, avec 290 sièges soit 13 de plus que requis. Mais le choix du Premier ministre est simplifié par le fait qu'au sein de la droite, le RPR parti de Jacques Chirac, réalise trois points de plus que l'UDF, ce qui lui donne 23 députés de plus (76 contre 53), la plus grande parti des députés de droite, soit 147, ayant été élu sur des listes communes.

François Mitterrand nomme ainsi Jacques Chirac avec qui il trouve une forme d'accord non-écrit pour conserver ses prérogatives en termes de Défense et de politique extérieure, dans ce qui est la première cohabitation de la République.

Une stratégie pour l'élection de 1988 La nomination de Jacques Chirac est faite, outre sous cette contrainte parlementaire, dans le cadre d'une stratégie d'usure en vue de l'élection présidentielle de 1988. Le Président considère qu'en le nommant à Matignon et en ne gouvernant plus, son propre capital sympathie augmentera. Il déclare à ses proches .

Michel Rocard (1988-1991)

Les élections législatives françaises de 1988 voient élue une assemblée nationale pour la première fois depuis 1962 sans majorité absolue, bien que la majorité relative du PS en soit très proche. Une nomination dans l'air de la campagne La réélection de François Mitterrand à la suite de l'élection présidentielle française de 1988 est portée par une ouverture sur les partis centristes. Le Président décide, pour rester dans l'air de sa campagne, de nommer Michel Rocard. Il est à l'époque considéré par 32% des Français comme le plus "premier-ministrable" selon un sondage IPSOS du 8 mai 1988.

Un calcul politique visant à écarter Rocard Michel Rocard s'étant présenté depuis 1980 comme un adversaire de François Mitterrand, et comme le chef d'un courant fort au Parti socialiste, le Président décide de nommer Rocard en considérant que cela permettrait de le mettre à l'épreuve, et ainsi de le disqualifier définitivement comme homme d’État s'il échouait. Il confie ainsi à ses proches qu'il souhaite . En 1995, il confie que c'était pour lui une erreur que de le nommer, mais qu'il .

Édith Cresson (1991-1992)

Une volonté de marquer l'Histoire en créant une rupture nette L'objectif du président en nommant Édith Cresson plutôt que Robert Badinter et Roland Dumas est double. Tout d'abord, il s'agit de marquer une rupture avec les années Rocard, Cresson étant une anti-technocrate, et donc l'inverse de Rocard. Aussi, après avoir nommé le plus jeune Premier ministre de la Cinquième République, François Mitterrand a voulu nommer la première femme à ce poste.

Une stratégie pour imposer des ministres Le poids politique d’Édith Cresson étant faible (car, contrairement à Mauroy, Fabius, Chirac et Rocard, elle n'était à la tête ni d'un parti, ni d'un courant), François Mitterrand se laissait une grande marge de manœuvre pour intervenir dans les dossiers qu'il souhaitait, tout en imposant ses ministres au gouvernement, tels que Pierre Bérégovoy, Philippe Marchand et Roland Dumas, dont Édith Cresson ne voulait pas.

Pierre Bérégovoy (1992-1993)

Avant les législatives