La de Vieux-la-Romaine est une statue gallo-romaine fragmentaire trouvée dans la commune éponyme en 1988, lors des fouilles de la Maison au grand péristyle. Cet édifice, une maison urbaine aristocratique, a pu être fouillé quasiment intégralement et a livré un important mobilier archéologique conservé au musée archéologique de Vieux-la-Romaine, créé en 2002 spécialement pour l'abriter.

Les fouilles du site archéologique de Vieux, bien que la ville ait été identifiée dès la fin du , ont eu lieu jusqu'à la fin du et durant ce siècle sous l'impulsion de la société des antiquaires de Normandie. Le produit de ces fouilles anciennes est pour l'essentiel perdu. Au , elles ne reprennent que tardivement, et dans le secteur où a été découverte la .

C'est une des très rares statues d'époque romaine découverte dans l'espace de l'actuelle Normandie. Elle peut être restituée en dépit des lacunes existantes, par comparaison avec d'autres œuvres. Selon son inventeur, Pascal Vipard, elle possède un . C'est un rare exemple de mobilier ayant appartenu à un édifice dont le décor a pu être étudié, en dépit des lacunes, et permettant de restituer l'environnement d'une riche famille aristocratique ayant sans doute exercé des responsabilités politiques dans cette ville romaine.

Histoire Histoire antique vignette|gauche|alt=Plan de la cité|Plan simplifié d'. La statuette est découverte sur le site archéologique de Vieux-la-Romaine, à au sud-ouest de Caen, dans un bâtiment du détruit par un incendie au situé dans le lieu-dit .

L'histoire ancienne de Vieux, chef-lieu des Viducasses, est similaire à celle de nombreuses cités de Gaule, avec une fondation au suivie d'une période faste jusqu'au . La fin de ce siècle est marquée par une décadence et, au siècle suivant, la cité est rattachée à , actuelle Bayeux. La cité redevient un village et perd tout en restant assez peuplée. Le christianisme s'y installe à partir du -.

Les vestiges sont découverts dans une couche archéologique correspondant à l'incendie qui ravage la maison à la fin du . La statue est brisée lors de la chute de la charpente et des murs. La pièce est traversée par une rue tracée durant l'Antiquité tardive.

Redécouverte Redécouverte de Vieux-la-Romaine

vignette|alt=Copie du marbre de Thorigny au musée de Vieux-la-Romaine|Copie du marbre de Thorigny au musée archéologique de Vieux-la-Romaine.

Le marbre de Thorigny, principale inscription romaine connue en Normandie, est découvert en 1580 et amené au château des Matignon de Torigni-sur-Vire. Le site est identifié quant à lui dès la fin du .

Les fouilles de Vieux commencent dès le tout début du , mais ne sont pas réalisées avec suffisamment de rigueur ou de moyens jusqu'aux années 1970, donc la connaissance reste lacunaire.

Les fouilles du secteur du ont repris en 1988, , et aboutissent à la découverte d'une riche habitation ainsi que d'. Cette découverte aboutit à la création du musée archéologique de Vieux-la-Romaine. Les fouilles de la maison au grand péristyle durent quatre campagnes. Le musée de site qui est installé permet d'exposer les découvertes réalisées. Une autre maison moins opulente est fouillée dans les années 1990 et mise en valeur, la maison à la cour en U. Le fait également l'objet de sessions de fouilles dans les années 2000.

En dépit des travaux réalisés, la connaissance de la ville romaine reste très partielle au début du et les spécialistes ne peuvent .

Découverte de la statue dans la maison au grand péristyle vignette|alt=Mosaïque fragmentaire retrouvée dans le même salon que la .|Mosaïque fragmentaire retrouvée dans le même salon que la . vignette|gauche|redresse=1.2|alt=Plan de la maison à son apogée monumental|Plan de la maison à son apogée monumental. La statue a été retrouvée dans la salle d'apparat du nord-ouest, colorée en rose sur le plan. La maison au grand péristyle est l'édifice le plus luxueux fouillé jusqu'à présent sur le site archéologique de Vieux. L'édifice possède une longue histoire au cours de laquelle deux habitations sont réunies en une, la , puis un nouvel aménagement durant lequel elle est appelée . L'apogée de l'édifice est la fin du -début du où la surface est d'environ .

La statuette est découverte en dans l'angle nord-ouest d'une pièce de sur probablement dans une salle de réception, munie par ailleurs d'une mosaïque. La pièce est identifiée comme une salle d'apparat, située au rez-de-chaussée de l'aile occidentale dans la maison au petit péristyle. Elle était largement ouverte sur le jardin intérieur. La statue a été renversée dans l'incendie lors de la destruction de la charpente et des murs de torchis de l'édifice.

vignette|alt=Maquette de la colonnade et de la galerie d'une maison antique.|Maquette de la colonnade et de la galerie de façade, vue du nord. L'édifice subit un incendie lié à des activités artisanales et est traversé par la suite par une voie vers 330-340, le Q. Les matériaux font l'objet d'une vaste opération de récupération et une couche de démolition homogène est présente. Cette phase de destruction est datée de la fin du -début du mais une hache retrouvée lors des fouilles semble quant à elle dater de 475-550.

L’œuvre est publiée dès 1990 dans un article rédigé à la fin de l'année même de la découverte, alors que les fouilles ultérieures livrent d'autres fragments et permettent de préciser le contexte. Elle est exposée au musée de Normandie dans le second semestre 1990.

Description Description générale vignette|gauche|alt=Vue générale de la statue avec les fragments retrouvés |Vue générale de la statue avec les fragments retrouvés. vignette|alt=Suggestion de restitution à partir des éléments conservés|Suggestion de restitution à partir des éléments conservés.

La statue est faite en calcaire local, la pierre de Caen, et mesure initialement à . Elle représente une jeune femme. Plus de la moitié de l’œuvre est manquante, mais la reconstitution est possible en se basant sur des statues équivalentes connues.

Le personnage féminin, vêtu d'une tunique et d'un manteau, tient une corne d'abondance de la main gauche et une patère de la main droite. Elle porte sur la tête une couronne pourvue de tourelles et sur la face antérieure une représentation d'arc de triomphe ou de porte de ville. La jambe droite fléchie exprime du mouvement dans l’œuvre. Elle est fixée sur un socle dont une mortaise subsiste. La fixation se faisait par des tenons et des mortaises. L'incendie a laissé de profondes traces sur l’œuvre qui a .

La statue possède des traces de polychromie lors de sa redécouverte, dont sur le visage. Tous les éléments sculptés retrouvés dans la demeure étaient polychromes, donc la maison devait avoir .

Description de détails vignette|alt=Vue de la tête de la statue et de la corne d'abondance|Vue de la tête de la statue et de la corne d'abondance. Les fouilles ont permis de dégager six parties : la tête, la main gauche, la base, un fragment non défini, une couronne munie de tours et une corne d'abondance fragmentaire. Les bras, le corps et le socle n'ont pas été retrouvés à la date de la première publication. Ils sont considérés alors comme peut-être récupérés ou disparus quand la maison a été transpercée par le . Des fragments de la statue et du socle ont été retrouvés lors des fouilles de 1989 et 1990.

La tête de de haut, dont le nez est cassé, est retrouvée sans ses yeux, qui étaient peut-être en pâte de verre. Les cheveux de la jeune femme, en deux bandeaux, aboutissent à un chignon. L'arrière de l’œuvre est peu soigné. La coiffure est identifiable selon Pascal Vipard à une mode des Antonins en particulier Faustine la Jeune ou Bruttia Crispina ou Lucilla, épouse de Lucius Verus. La divinité de Vieux se rapprocherait davantage de la représentation de Faustine II, exécutée vers 160-170.

La tour placée sur la tête de la jeune femme, haute de , est séparée de celle-ci. Elle était fixée par une colle ou un mortier. Les motifs antérieurs de la tour sont continus avec la tête alors que cette continuité n'est pas présente à l'arrière de la statue. Cette différence est peut-être liée à . Une demi-fleur est présente sur l'avant. Une voûte, deux colonnes et une porte sont présentes également sur la face antérieure de la tour. La représentation est similaire à un arc de triomphe ou une porte d'édifice ou de ville. L'arrière et les côtés de la tour sont dégradés par l'incendie qui a détruit l'édifice.

vignette|gauche|alt=Vue de la corne d'abondance|Vue de la corne d'abondance. La main gauche, longue de , porte une grosse bague sur l'auriculaire et cette main tenait une corne d'abondance. Les doigts en sont très fins.

La corne d'abondance haute de ne subsiste que dans sa partie supérieure : elle comporte des motifs de grappes de raisin, une feuille de vigne, des pommes et des feuilles de figuier, et une pomme de pin en son sommet. Les éléments non visibles sont traités avec peu de soin. Elle est piriforme. La corne d'abondance était peut-être soutenue par un pilier.

vignette|alt=Zoom sur la main avec plateau|La main de la statue tenant la patère. La main droite, dont l'auriculaire est brisé, tient une patère où huit pommes sont disposées autour d'une fleur. La patère devait être disposée sur le vêtement de la statue. La jeune femme portait deux bracelets au poignet. La main et l'avant-bras mesurent . Ces fragments ont été trouvés entre et de l'emplacement de la statue ; ils ont sans doute été déposés à leur lieu de découverte pendant le haut Moyen Âge.

La base du vêtement, une tunique longue, mesure . Un manteau revêt la jeune femme. La base est composée de onze fragments. Un élément non identifiable est lié au vêtement, peut-être lié au drapé de ce dernier : la jeune femme était vêtue d'une et d'une .

Une partie du socle a été retrouvée en 1990 et y figure une partie des chaussures appartenant au type des . Le socle mesurait sur , pour une hauteur de .

Interprétation Artiste et qualité de l’œuvre vignette|alt=Photographie d'une pierre gravée représentant une divinité féminine.|Face est du pilier sud-est de la maison au grand péristyle : relief de Vénus anadyomène au musée de Vieux, dont l'auteur est peut-être le même que celui de la . L'auteur de l’œuvre est inconnu, et on ne sait s'il est d'origine locale ou extérieur à la cité des Viducasses.

L’œuvre a peut-être été sculptée par les mêmes artistes qui ont réalisé les piliers d'entrée de la demeure. Le socle est quant à lui d'. La statue a été disposée dans l'édifice à l'occasion de l'agrandissement de la maison postérieur à 170 et posée sur une mosaïque datée du dernier quart du ou du début du .

Les découvertes de statues à Vieux sont rares, trois fragments sont découverts à la fin du et au début du mais perdus depuis. La découverte dans le contexte archéologique précis permet d'apporter à la connaissance générale de la cité.

Symbolisme incertain vignette|alt=Statuette en argent de Tutela du trésor de Mâcon|Statuette en argent de du trésor de Mâcon. L'identification de la statue a posé question et différentes hypothèses ont été avancées par son inventeur.

La statue est identifiée soit à une divinité protectrice, soit la divinité tutélaire de la cité. La probabilité de l'identification à une , est très forte, voire à la cité d'Aregenua.

Pascal Vipard considère qu'il s'agit d'une ou Tyché, ou du fait du caractère urbain de la statue. La statue, qui comporte une tour et une corne d'abondance, serait une urbaine, et devrait se dénommer d'après Pascal Vipard. Les villes étaient personnifiées par le génie du lieu.

La comporte également des attributs de Cybèle, dont la popularité augmente jusque sous la dynastie des Sévères. Pascal Vipard indique cependant que cette déesse est comme divinité protectrice de la cité. Cependant l’œuvre découverte à Vieux-la-Romaine ne possède .