La bande originale d'Alien (Alien: Original Motion Picture Score) est composée par Jerry Goldsmith, dirigé par Lionel Newman et interprétée par le National Philharmonic Orchestra. La composition originale se compose de dix morceaux tandis qu'un nouvel album, Alien: Original Motion Picture Score : Complete Edition, sorti en 2007, regroupe 30 morceaux sur un premier disque et 17 sur le second disque de l'album.

Production

Analyse musicale complète La bande originale dAlien est composée par Jerry Goldsmith. Certains clament qu'il s'agit de sa meilleure composition et sa plus viscérale L'enregistrement est interprété par le sous la direction de Lionel Newman.

Goldsmith avait signé quelques années plus tôt des morceaux possédant quelques similitudes, à l'écriture très contemporaine, parfois atonaleEn d'autre termes qui ne respectent pas les règles harmoniques de la musique classique, mises en place par J.S. Bach., pour des films comme La Planète des singes (Franklin Schaffner, 1968), ou encore Freud, passions secrètes (John Huston), qui sont des musiques parfois très froides, métalliques, atmosphériques, voire atonales (et donc très en marge des partitions hollywoodiennes habituelles pour l'époque).

À l'origine, Ridley Scott désire Isao Tomita pour réaliser la musique du film mais la 20th Century Fox décide d'opter pour un compositeur plus familier et le nom de Goldsmith apparaît sur les recommandations par le président de l’époque de la Fox, Alan Ladd Jr.David A. McIntee, Beautiful Monsters: The Unofficial and Unauthorized Guide to the Alien and Predator Films, Telos Publishing, 2005, p. 38.

Le score s'articule autour de deux axes majeurs : d'une part l'évocation d'un vide spatial quasi romantique, à travers un thème principal majestueux au contour mélodique ample et robuste, qui peut faire penser à une autre partition de Jerry Goldsmith écrite à la même époque, Star Trek, le film (), autre film de science-fiction, beaucoup moins sombre, puis un second axe nettement plus sombre et froid, chargé de sentiments aussi divers que l'angoisse, la terreur, le doute, l'isolement, la claustrophobie, l'égarement, des passagers pris dans un piège infernal dont ils ne peuvent échapper.

Mais l'atout majeur de la partition dAlien réside avant tout dans l'illustration sonore que nous propose le compositeur à l'écran, une illustration qui passe par une utilisation d'instruments rares et divers révélant un véritable travail de musicologue de la part du compositeur. Parmi cette liste d'instruments exotiques atypiques pour un film hollywoodien de la fin des années 1970 se trouvent le serpent, un cor à six trous doté d'un système de clés et d'une embouchure en ivoire ou en corne, très utilisé dans la musique religieuse de la fin du 16e et du début du 17e, deux conques - une indienne et l'autre polynésienne - utilisées pour obtenir des sons particuliers, une chalemie (instrument à vent à anche double de la famille des hautbois, très répandu au Moyen-Âge et à la Renaissance), un didgeridoo (instrument à vent utilisé par les aborigènes du nord de l'Australie, fabriqué à partir d'une branche d'eucalyptus creusée naturellement dans toute sa longueur par des termites, et que Goldsmith traite ici électroniquement pour obtenir un son étrange plutôt baveux et visqueux, totalement indissociable de l'alien dans le film, sans oublier les effets d'echoplex que le compositeur avait déjà expérimenté en 1968 sur La Planète des singes et en 1970 sur Patton avec ses fameux échos de trompette.

Pour la scène d'ouverture du film, Goldsmith opte pour une mélodie mélangeant un sentiment de romantisme et de mystère lyrique, ce qui créerait une atmosphère de suspense et de peur tout au long du film"Future Tense: Music and Editing", The Beast Within: The Making of Alien.. Dans un premier temps, Scott n'adhère pas au titre principal de la composition de Goldsmith, ce dernier le réécrit comme "la chose évidente : bizarre et étrange, et que tout le monde aimait." Une autre source de tension est le choix de l’éditeur Terry Rawlings d’utiliser des morceaux de musique de Goldsmith provenant de ses films précédents, y compris un morceau de Freud, passions secrètes, et d’utiliser un extrait de la Symphonie de Howard Hanson (Romantique) pour le générique de fin.

Scott et Rawlings s'attachent également à plusieurs repères musicaux qu’ils avaient utilisés pour la partition temporaire pendant le montage du film. Ils rééditent quelques repères de Goldsmith et réécrivent plusieurs séquences pour correspondre à ces repères et même laissé la partition temporaire en place dans certaines parties du montage final du film. Goldsmith avoue plus tard : . Malgré la situation, Scott admet que les morceaux composés par Goldsmith sont en somme dotés de et .

Le compositeur utilise ce qu'il a lui-même baptisé le « », une imitation d'un son de vent réverbéré crée à partir du souffle d'une conque géante sur laquelle Goldsmith rajoute de l'echoplex, un effet sonore impressionnant et totalement indissociable de la partition du film de Ridley Scott (on le retrouve par exemple lors de la séquence sur la planète des aliens). Jerry Goldsmith, toujours à la pointe du progrès, utilise la technologie audio de l'époque (nous sommes alors en 1979) pour créer des effets d'écho sur des sons des instruments de l'orchestre (cordes, percussions, vents et conque), le tout retranscrivant à merveille à l'écran la sensation du vide spatial absolu, l'idée de l'errance dans un univers inconnu, à des années-lumière de la terre. À noter qu'en dehors du travail d'echoplex, Jerry Goldsmith a restreint au maximum l'utilisation des synthétiseurs dans sa partition, hormis une seule et unique touche d'électronique sur la tenue de cordes au début du morceau . Pour le reste, la nomenclature orchestrale se présente à peu près de la façon suivante : 3 flûtes incluant un piccolo, 3 hautbois incluant un cor anglais, 3 clarinettes dont une clarinette basse, 3 bassons incluant un contrebasson, des saxophones (alto, ténor et baryton), 6 cors, 3 trompettes, 3 trombones, 2 tubas, un groupe de percussions (timbales, tambours, glockenspiel, vibraphone, steel drums, marimba, cloches, wood-blocks, tam tam, gong japonais, etc.), une machine à vent (entendue dans le morceau lors de l'apparition intégrale du titre dans et dans ), une harpe, un piano (incluant un piano électrique), 24 violons, 10 altos, 8 violoncelles et 4 contrebasses. À noter qu'à l'origine, Goldsmith avait prévu d'inclure des voix dans sa partition, la partie chorale ayant finalement été abandonnée lors de l'enregistrement du score (il resterait néanmoins une trace de ces parties vocales sur le manuscrit d'origine d'''Alien). Nous pouvons constater que Goldsmith a malgré tout conservé l'utilisation d'une voix pour un morceau en particulier, , où on entend clairement une femme siffler en glissando ascendant et descendant à partir de 0:19, rappelant une fois encore la grande inventivité du compositeur.

alt=Photo d'un vieil homme, qui porte des lunettes, un costard et qui sourit.|vignette|Jerry Goldsmith, compositeur d'Alien. D'un point de vue harmonique, le score oscille entre l'atonal pur et dur (parfois proche par moments de la musique sérielle de la première moitié du 20 siècle, celle de Arnold Schönberg ou de Pierre Boulez, et de la musique bruitiste et aléatoire de la fin des années 1950) et le tonal aux contours chromatiques pour les passages plus orchestraux et majestueux. Impossible de ne pas évoquer la fameuse histoire entourant la création chaotique du score dAlien. À l'origine, le film avait été monté avec un « » (une bande son provisoire) contenant quelques bouts de musique classique (dont un extrait du premier mouvement de la Symphonie Romantique du compositeur américain Howard Hanson dans le générique de fin du film) et des extraits de la musique de Jerry Goldsmith pour le film Freud, passions secrètes. S'étant visiblement attaché du « » monté par Terry Rawlings, Ridley Scott décide d'acheter les droits de la musique de Freud et de conserver finalement ces extraits musicaux qui collaient à merveille avec les scènes qu'elles accompagnaient (cela concerne donc la séquence du capitaine Dallas dans le conduit de ventilation, la scène de l'acide trouant la coque du vaisseau et la scène où Ripley, sur le point de s'enfuir dans la navette de secours, part à la recherche de son chat - ajoutons aussi que la scène de Hypersleep avait été montée à l'origine avec la berceuse de Thirsty Girl issue de la bande originale de Freud, passions secrètes mais qui a été remplacée dans le film par la musique originale de Goldsmith).

Le réalisateur demande à Jerry Goldsmith de réécrire et de remanier de nombreux passages du score qu'il ne juge pas satisfaisant sur les images. Ainsi le générique de début original a été remplacé par une nouvelle version entendue dans le film, adaptée du morceau qui avait apparemment fait forte impression auprès de Ridley Scott, et le générique de fin a été rejeté pour se voir remplacé par la Symphonie d'Hanson. À l'intérieur du film, des segments entiers ont été recomposés, réarrangés ou montés dans un ordre différent de celui prévu à l'origine. Jerry Goldsmith gardera toute sa vie une certaine rancœur tenace au sujet de cette partition, qu'il fit lui même réenregistrer à la fin des années 1980 avec une sélection de ses morceaux originaux pour la galette éditée par Silva et aujourd'hui épuisée. Le CD publié par Silva est largement incomplet et omet une large section de la musique alternée telle qu'elle est entendue dans le film, l'album collant davantage aux desideratas du compositeur plutôt qu'à l'ambiance musicale réelle telle qu'elle est entendue dans le film. Il faut finalement attendre la ressortie de l'album 2CD de chez Intrada pour pouvoir finalement pouvoir écouter le score dans sa version intégrale, incluant ainsi le l'original complet et l'ensemble du score alterné tel qu'on peut l'entendre dans le film.