Le commerce entre la Nouvelle-France et les Antilles au , rédigé par l'auteur canadien Jacques Mathieu en 1981, établit un rapport détaillé des relations économiques entre la Nouvelle-France et les Antilles qui se développèrent au , dans le cadre du Commerce triangulaire. Envisageant le phénomène avec une perspective québécoise et canadienne et non plus française, l'ouvrage contraste avec la grande majorité des œuvres produites sur le sujet, l'éclairant donc sous une lumière nouvelle. On note également l'emploi de techniques novatrices quant à la documentation, notamment avec son choix d'analyser des documents canadiens peu, voire pas exploités. Jacques Mathieu est un spécialiste de l'histoire de la Nouvelle-France et un ancien professeur de l'Université Laval, et qu'il y a aussi travaillé en tant qu'administrateur et chercheur.
Contexte historiographique
Au début des années 1980, il y avait peu de chercheurs et d'historiens natifs des anciens territoires colonisés qui abordèrent le sujet de l'épisode colonial de la France. La très grande majorité des contributions à ce sujet provenaient d'auteurs français. De plus, ceux-ci traitèrent du sujet avec une vision strictement française, privilégiant ainsi le point de vue de la métropole. Toute la documentation provient également des archives françaises.. Dans cette optique on peut mentionner Paul Butel, qui avec la publication de son ouvrage Histoire des Antilles françaises: aborde l'histoire des Antilles sous une perspective très coloniale. Bien d'autres historiens aux pratiques similaires peuvent être identifiés, tels que « Tarrade, Meyer, Delumeau ou Boutruche ».
En publiant son ouvrage, Mathieu permit enfin un apport significatif des Canadiens au phénomène du commerce intercolonial, en éclairant plusieurs facettes qui restaient jusque-là inconnues. De plus, les centres d'archives canadiens sur lesquels il se basa amenèrent de nouveaux éléments de réponse à la problématique.
Les anciens pays colonisés commencèrent au cours des décennies 1980 et 1990 à tenter de s'approprier leur histoire et de la valoriser, en écrivant à leur tour des ouvrages en lien avec l'histoire de la colonisation, afin de ne plus laisser ce monopole aux Européens. Cet ouvrage s'inscrit donc dans cette tendance, puisqu'on cherche à présenter les faits sous une perspective qui est d'abord canadienne et donc relative aux peuples anciennement colonisés. On met en valeur l'ampleur des liens économiques existants entre les colonies françaises de l'Amérique, de manière indépendante face à la métropole, soulignant ainsi leur caractère de nations.
Également, son livre s'inscrit dans une démarche de position critique en ce qui a trait à la documentation, un élément qui est récurrent lors de l'appropriation du fait colonial par des auteurs d'anciens pays colonisés.
Toutefois, le langage qui est adopté par l'auteur est très neutre et objectif, car le sujet abordé est économique. Il ne s'inscrit donc totalement pas dans les nouvelles tendances plus récentes des études du postcolonialisme visant à effectuer une révision de l'histoire coloniale. Les principaux auteurs qui établirent les bases de ce genre furent Frantz Franon, Albert Memmi et plus particulièrement Edward Said, avec la sortie en 1978 de son célèbre ouvrage L'Orientalisme. Ils cherchent à s'attaquer aux visions européennes dont les peuples colonisés ont été visés. Ce genre privilégie des thèmes portant sur l'identité et les représentations. Ces nouvelles approches préconisent également de sortir des seuls centres d'archives occidentaux quant à la documentation, ce qui n'est pas le cas avec cet ouvrage.
Il est à noter que cet ouvrage a eu peu de reconnaissance dans la communauté scientifique et historienne. L'élément principal à mettre en cause semble être le fait qu'il parut avant l'ère d'Internet, devenant alors plus difficile pour son auteur québécois de se faire entendre de l'autre côté de l'Atlantique, où brille le monde scientifique francophone.
Description du contenu
La bibliographie établit dans un premier temps la liste des sources manuscrites, provenant des centres d'archives du Canada et de France. Les ouvrages généraux sont mentionnés par la suite, de même que les études spécialisées et complémentaires. Une liste présente également les instruments de travail utilisés. C'est donc une riche bibliographie qui compte un nombre impressionnant de sources primaires et secondaires, ajoutant à la précision de l'ouvrage.
Introduction Mathieu fait d'abord un point essentiel en rapport avec les sources qu'il utilisa dans sa recherche. On apprend que son étude se base essentiellement sur des types de documents qui sont plus rarement exploités, tels que « les données du trafic maritime enregistrées au Canada, la correspondance des administrateurs et les registres de port de l'île royal et les registres de port des Antilles françaises ». Ces documents furent dénichés dans les centres d'archives français et québécois. Il établit ainsi une critique des sources habituellement utilisées, en soulignant comment les états de commerce peuvent très facilement être sujets à des erreurs. Il spécifie que les documents antillais sont particulièrement précieux, car les administrateurs postés aux Antilles consignaient des rapports commerciaux qui étaient bien plus détaillés et précis par rapport à ceux produits par leurs homologues en Nouvelle-France. Il est donc pour ces raisons cruciale de confronter les données des documents canadiens avec les statistiques antillaises. Mathieu souligne comment cette distance critique pourtant nécessaire face aux sources ne fut pas appliquée par nombre d'historiens qui traitèrent de la question du commerce intercolonial, se contentant d'une lecture « rapide et superficielle » . des données. Sa recherche s'inscrit donc dans une volonté de rétablir la vérité sur le phénomène du commerce intercolonial, à l'aide des bons outils.
Chapitre un : « La reprise des échanges » En premier lieu, on décrit l'origine du commerce liant les colonies françaises de l'Amérique, soit entre les Antilles au sud et la Nouvelle-France au nord. C'est Jean Talon, l'intendant de la Nouvelle-France des années 1655 et 1670, qui posa les bases de ce commerce intercolonial, prétextant que cela permettrait un essor de la colonie. Mathieu explique que ce premier contact économique ne se poursuivra pas après le départ de l'intendant. Cette mise en contexte établie, un portrait précis des colonies au début du est ensuite dressé, en détaillant leurs populations, leurs territoires de même que leur situation économique. C'est ainsi qu'on apprend que la Nouvelle-France se trouvait dans une situation soi-disant « critique » ., l'économie étant en situation précaire dû au fait que le commerce des fourrures n'était plus lucratif comme jadis. Les Canadiens devaient donc se tourner vers de nouvelles activités commerciales. C'était également une période marquée par un retour à la terre, favorisant donc des surplus agricoles. Quant aux Antillais, ceux-ci avaient grand besoin de vivres, étant donné que leur sol n'offrait pas de pousses qui pouvaient à elles seules subvenir à une population. Rapidement, les administrateurs des colonies réalisèrent à quel point il serait bénéfique d'augmenter les échanges économiques. Les Antillais exportaient vers la Nouvelle-France des produits qui se vendaient mal en Europe, tels « la tafia, la guildive, le sirop, le cacao » . et recevaient en échange de la morue, du saumon, des pois et de la farine.
Chapitre deux : « La réglementation du commerce » Ce chapitre fait majoritairement état de toutes les réglementations et des règles s'appliquant au commerce liant les colonies françaises de l'Amérique. Les fondements du système économique mercantiliste de la France sont d'abord présentés, où l'industrie était plus valorisée que le commerce. Les matières premières des colonies sont exportées en masse vers la métropole, qui elle lui vend des produits manufacturés fabriqués à partir de ces mêmes ressources. L'attitude de Paris face au développement de ce commerce intercolonial est par la suite illustrée. L'auteur souligne entre autres comment il y avait la présence de quelques réticences chez les officiels français, étant donné que ceux-ci souhaitaient garder le contrôle sur les colonies. Néanmoins, la réglementation exercée par la métropole connut quelques assouplissements qui sont bien détaillés par l'auteur, permettant de favoriser ce commerce intercolonial. Mathieu détaille les acteurs chargés de régir ce commerce, tout en spécifiant leurs fonctions et compétences. Il identifie entre autres le ministre de la marine, qui exerce une « surveillance étroite » . et le Domaine d'Occident, responsable de la « régie interne du commerce ».. L'auteur note que la réglementation présentait une certaine lourdeur, les autorités cherchant à empêcher toutes sortes d'abus, passant par la fraude et la contrebande. De courtes listes présentent toutes les règles auxquelles les commerçants et les capitaines étaient soumis. Un tableau s'intitulant « Moyenne par navire des droits à payer à l'entrée en Nouvelle-France ». présente ainsi le coût en livres de ces droits selon les années.
Chapitre trois: « Les opérations maritimes » Ce chapitre fait état des différents acteurs qui sont au centre de ce commerce maritime et des nombreuses difficultés qui se manifestèrent pour ceux-ci, qu'elles soient « d'ordre technique, géographique, économique ou social » .. Il prend le temps également de détailler l'équipement maritime et portuaire. On apprend ainsi que le capitaine de port avait de nombreuses responsabilités à sa charge et qu'il devait entre autres s'assurer de la bonne circulation des navires. Son autorité étant assurée par l'intendant. L'auteur fait ensuite part de tous les dangers qui pouvaient être rencontrés en mer, tels les tempêtes, les naufrages. Les circuits commerciaux sont par la suite détaillés, grâce à l'identification des principaux types de voyage. Mathieu fait ainsi part entre autres du circuit « France-Québec-Antilles ». qui était une voie fréquemment empruntée par les navires. En relation avec ce qui avait été établi dans l'introduction quant à la documentation, l'auteur a indiqué avoir découvert à la lumière du croisement de sources de nombreuses erreurs dans les rapports portant sur la trajectoire des navires. Il fait part dans cette optique de l'exemple des nombreux capitaines antillais qui déclaraient se rendre à Louisbourg alors qu'en fait ils allaient plutôt jusqu'à Québec. Dans une sous-section s'intitulant « Navires et armements »., quelques tableaux sont présentés décrivant les dépenses liées à un navire, de même que l'âge des différents membres des équipages.
Chapitre quatre: « Les procédés maritimes »