Vieux-la-Romaine est un site archéologique situé dans le département français du Calvados, en Normandie. Situé sur le territoire de la commune de Vieux, à une quinzaine de kilomètres au sud de Caen, il correspond à la ville gallo-romaine d, dont le nom signifie en gaulois , en l'occurrence celle de la Guigne, ruisseau qui se jette dans l'Orne.
La ville antique est prospère sous l'Empire romain. Chef-lieu de la cité des Viducasses, elle possède les monuments et bâtiments qui identifient une capitale gallo-romaine de .
La cité est créée au à l'époque augustéenne puis connaît son apogée aux , avec l'achèvement du processus de romanisation. Elle subit une décadence à partir du mais n'est jamais totalement abandonnée. Le territoire des Viducasses est fusionné à celui des Bajocasses et la ville appartient à la catégorie des cités gallo-romaines ayant perdu la qualité de capitale pendant le Bas-Empire. Peu d'informations sont connues entre les , le site continue d'être occupé et les matériaux de la ville antique sont massivement réutilisés. Par la suite le village est mentionné dans les sources écrites au , mais la grande ville est désormais Caen.
Le site est fouillé à partir de l'époque de , mais surtout à partir du grâce à l'action de la Société des antiquaires de Normandie fondée au milieu des années 1820. Les fouilles anciennes permettent la découverte de grands édifices publics, de grands thermes et d'un théâtre gallo-romain, mais ces vestiges sont ensevelis après les travaux de recherche et les espaces rendus à l'exploitation agricole. Les fouilles scientifiques sont surtout l'apanage des , qui permettent de mettre au jour des éléments toujours visitables pour les plus emblématiques, comme la remarquable maison au grand péristyle, aux découvertes si riches qu'est décidée la construction du musée archéologique de Vieux-la-Romaine, ou la demeure plus modeste appelée maison à la cour en U. Les dernières fouilles, concernant une partie du , ont lieu dans la décennie 2010.
L'ensemble de ces travaux fait de Vieux l'une des cités gallo-romaines dont l'histoire est la mieux connue. Comme l'écrit dès 1977 Dominique Bertin, historienne et archéologue, . Pascal Vipard quant à lui considère en 2006 que le site illustre .
Localisation vignette|gauche|alt=Chemin balisé au milieu de champs|Le chemin Haussé. vignette|alt=Détail d'un parchemin avec un dessin de tours et noms de lieux en latin| sur la table de Peutinger, I, A, 1. La présence de deux tours est souvent utilisée pour signaler les capitales.
La commune actuelle de Vieux est localisée à au sud-ouest de Caen et à de la Manche. Le toponyme du nom latin est lié au gaulois (devant) et Genua, nom de la rivière qui coule là, ou alors lié au mot désignant une embouchure.
se trouve à un carrefour de voies antiques : le chemin Haussé, identifié à l'une des voies figurant sur la table de Peutinger, reliait Bretteville-l'Orgueilleuse à Jort.. Lors de la révolte des barons normands de 1047, le jeune duc Guillaume le Conquérant aurait emprunté cette ancienne voie romaine pour rejoindre Falaise. Cet événement a durablement marqué les mémoires, donnant au chemin l’appellation de « chemin Haussé du duc Guillaume »..
Les axes de communication filent vers le Cotentin, vers Jublains et les pays de la Loire, vers Lisieux et vers Rouen. Une voie va vers la mer. Certaines de ces voies forment le et le de la cité. Ils ne sont toutefois pas aussi rectilignes qu’on se l’imagine habituellement.
La ville s'installe sur le versant nord de la Guigne, exposée au sud et dans un secteur non inondable.
La ville peut compter sur des ressources géologiques : grès, schistes, et surtout marbre de Vieux, une sorte de calcaire. Le limon sert également aux bâtiments en torchis.
Histoire Histoire ancienne et médiévale Naissance d'une ville gallo-romaine
vignette|gauche|alt=Carte administrative de l'actuel nord-ouest de la France à l'époque romaine|Carte des cités et capitales romaines dans le nord-ouest de la France actuelle pendant le Haut-Empire.
Créée au , à l'époque augustéenne, est le chef-lieu des Viducasses, un des peuples de la Gaule lyonnaise. La superficie du territoire des Viducasses est estimée à . La cité apparaît comme une ville-étape sur la carte de Peutinger datée du . Son âge d’or se situe aux , la romanisation étant achevée dans ce dernier siècle.
Le territoire des Viducasses bénéficie d'une façade maritime et d'un fleuve, l'Orne, même si les limites sont imprécises : la Seulles à l'ouest, la Dives à l'est, et au sud un paysage de forêt et de collines. Les avantages pour l'installation humaine sont nombreux, avec . Avec un territoire varié, les Viducasses sont ouverts sur l'extérieur avec leur façade sur la Manche et le réseau viaire qui les relie surtout à des voies secondaires et peu au reste du monde romain tel Lugdunum, la capitale de la Gaule lyonnaise. La cité est donc .
Le peuple est mentionné dans l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien, IV, 107. La cité d' est mentionnée par Ptolémée dans la Géographie, II, 8, 2 et II, 8, 5. Le peuple des Viducasses appartient avant la conquête de la Gaule par César à la , tournée vers la mer. Le site n'est qu'un . L'occupation du site à l'époque gauloise n'est pas prouvée. Non loin se trouve le sanctuaire de Baron-sur-Odon, à à l'ouest, dont l'occupation débute à La Tène finale ou au début de l'occupation romaine. Aucun vestige laténien n'est connu et le site de Vieux est supposé être créé . La cité des Viducasses comme celle des Sagiens est peut-être liée au qui disposent d'une agglomération importante à Fontaine-les-Bassets.
Les traces d'occupation sont attestées au mais surtout à l'époque claudienne, avec dès cette époque une organisation urbaine.
Apogée aux vignette|alt=Gravure ancienne présentant les fouilles d'un bâtiment antique|Scénographie ou élévation perspective des anciens thermes de Vieux, gravure, Nicolas-Joseph Foucault.
La ville se développe sous les règnes de Tibère et Claude et l'apogée date des . Le site conserve peu de traces antérieures à la fin du et le noyau de la ville se situe entre la Guigne et le chemin Haussé. La monumentalisation n'est pas antérieure à 120-140 avec la construction d'édifices publics et d'un théâtre, et dans le même temps, une augmentation de la qualité des constructions privées. La ville s'étend au cours du , lors de la période qui va des Antonins aux Sévères ou aux Gordiens, empereurs pendant la période dite de l'anarchie militaire. À son apogée la ville atteint pour . Dominique Bertin estimait en 1977 pour sa part la population à ou habitants. L'hypothèse de est aussi avancée.
On sait grâce aux inscriptions sur le piédestal de statue trouvé sur place, le marbre de Thorigny, que la cité avait un statut privilégié du point de vue fiscal, et que ses magistrats étaient de droit citoyens romains. On y apprend la carrière d'un de ses citoyens gallo-romains jusqu'au conseil des Gaules, et la date de construction des thermes entre 220 et 238. La cité est à la fois et .
dispose à l'époque de l', une dispense fiscale d'impôt foncier, et du droit latin. Ces avantages sont peu accordés, environ treize cités avec de tels avantages sont attestés en Gaule, et Vieux possède donc . Elle témoigne de la réussite du processus de romanisation.
Déclin de la cité au Bas-Empire vignette|gauche|alt=Carte présentant les changements administratifs à la fin de l'Empire romain sur le territoire de l'actuelle Normandie|Vieux-la-Romaine, n'est plus la capitale du peuple des Viducasses pendant le Bas-Empire romain. La cité intègre la .
Le déclin est précoce, avec une baisse des constructions et de l'évergétisme dans la première moitié du . Très touchée par les troubles de la fin du à partir de 275, la cité subit une désorganisation, mais il ne faut pas en conclure une disparition de la ville dès cette époque, le pouvoir municipal se maintenant dans le premier tiers du . Vieux subit une à la fin du .
Un autel à Mars est dédié entre 263 et 267 avec mention de deux consuls de Postume, .. L'abandon de secteurs de la cité est à l’œuvre pendant la période, même si l'archéologie témoigne un maintien d'une production de tabletterie de qualité dans le troisième quart du . La périphérie est abandonnée. Dans la du Bas de Vieux, les fouilles attestent d'un maintien d' jusqu'à la fin du ; le site est ensuite occupé par une population plus modeste. Le retrouvé sur le site du musée archéologique est édifié au-dessus de remblais datés du dernier quart du . La consommation de bœuf qui témoigne d'une population aisée continue à être supérieure à celle de porc. La cité connaît encore comme d'autres villes qui se rétablissent entre 289 et 325, témoignage d'une reprise en mains par le pouvoir central et de la fin de l'insécurité constatée dans la période précédente. ne s’entoure pas pour autant d’une enceinte même s'il y a une occupation au dans un site non totalement reconstruit. La ville change de nom et s'appelle aux .
Au temps de la christianisation, elle ne devient pas siège d’évêché, à la différence de la plupart des autres cités de la future Normandie. Vieux est intégrée au territoire des Bajocasses pour des raisons de réorganisation et de contrôle territorial, autant de signes ou de causes qui annoncent un déclin de la capitale des Viducasses. La déchéance administrative trouve une preuve par l'absence du nom de la cité dans la et la datées de la fin du . Le changement peut dater selon Pascal Vipard de la réforme de Dioclétien de 297 et s'achève en 312-313, la fusion a pu également être décidée pour des motifs militaires. D'autres cités de la Lyonnaise seconde ont fusionné au même moment, les Calètes et les Véliocasses, et la capitale est alors Rouen. La décision administrative entraîne une accélération de l'exode urbain vers la périphérie du site ou la campagne. Contrairement à Vieux, Corseul et Jublains restent chefs-lieux de cités au , Jublains étant même un temps siège d'un évêché.
L'absence de rempart plaide pour une perte administrative précoce, due peut-être au . La réorganisation de la défense de l'Empire commence sous la Tétrarchie et se termine sous Constantin, la future Normandie étant dans une zone appelée . Les capitales sont placées sur l'itinéraire à partir de la mer afin de faciliter le déplacement des troupes.
n’est toutefois pas abandonnée au Bas-Empire : les archéologues ont constaté de nouvelles constructions de maisons, des restaurations et ont retrouvé des pièces de monnaie et des produits artisanaux, indices du maintien d’un commerce à longue distance. Il y a . Cependant, il est clair que la ville d' (Bayeux), défendue par un , prend le pas sur . Les travaux peuvent être liés à un rétablissement d'une cité devenue secondaire dès le début du .
Abandon du site au haut Moyen Âge vignette|alt=Reconstitution d'un habitat de terre, bois et chaume|la ferme carolingienne de Vieux reconstituée à Ornavik, chantier d'archéologie expérimentale situé à Hérouville-Saint-Clair.
La situation de Vieux au Bas-Empire est mal connue avec de nombreuses incertitudes entre le . Les sources sont . À partir du deuxième tiers ou de la moitié du , les éléments matériels deviennent ténus. Les monnaies découvertes sont celles d'Arcadius et , correspondant . Les céramiques accusent pour leur part une production locale. L'appréhension difficile peut être liée à la . Les sources manquent à partir du mais la ville continue d'être un centre de peuplement pendant l'époque mérovingienne ou carolingienne. Le manque d'informations continue jusqu'à la fin du .