La déforestation du bassin du Congo, et en particulier au sein de la république démocratique du Congo qui abrite les deux tiers des massifs forestiers, est un enjeu écologique majeur à la fois sur le plan national et international. Abritant une diversité biologique remarquable et capturant un stock important de carbone, la forêt voit sa surface réduite en raison de l'extension des terres agricoles, de l’exploitation artisanale et industrielle, ainsi que de la construction des routes qui permettent d'en tirer les richesses. En raison de son ampleur, elle risque de bouleverser le changement climatique, menace la vie de nombreuses espèces et conduit à une dégradation des sols, qui à son tour amenuise la productivité agricole. Des politiques environnementales et des associations écologistes luttent pour la préservation de la forêt à différentes échelles.
Contexte Une biodiversité exceptionnelle
vignette Le Bassin du Congo comprend environ 70% de la couverture forestière de l'Afrique. Sur les 530 millions d'hectares du Bassin du Congo, 300 millions sont couvertes par la forêt constituée à plus de 99% de forêts primaires ou naturellement régénérées, par opposition aux plantations ..
La forêt tropicale du bassin du Congo est la plus grande forêt tropicale d'Afrique et la deuxième du monde après le bassin amazonien, avec d'hectares contre en Amazonie. En 2010, le couvert forestier du bassin se trouve à raison de 62,15 % en république démocratique du Congo, aux alentours de 8 à 10 % pour, dans l'ordre décroissant, le Cameroun, la république du Congo, le Gabon et la République centrafricaine, ainsi que d'approximativement 1 % pour la Guinée équatoriale.
La RDC est l'un des pays les plus riches en flore du continent. Il abrite plus de de plantes, de bois, ainsi que d'oiseaux, de reptiles et de mammifères, dont l'éléphant de forêt, le gorille, le buffle des forêts, le bongo et l'okapi .
État des lieux Le taux de déforestation net de la région est de 0,09 % entre 1990 et 2000, contre 0,17 % entre 2000 et 2005, ce qui montre une augmentation sensible, bien que les forêts soient encore globalement bien préservées. Un rapport de 1998 expose trois raisons pour expliquer cette proportion relativement basse jusqu'alors : le réseau routier à l'intérieur du pays a progressivement décliné, rendant l'accès aux zones plus éloignées plus difficile, les changements politiques et réglementaires ont découragé les investissements dans le pays et l'agriculture s'est développée en dehors des zones forestières.
La république démocratique du Congo est le pays où le taux est le plus important. De 1990 à 2015, le taux de déforestation en RDC est resté constant à 0,20 % selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, ce qui équivaut à la perte de par an. Une publication du CIFOR fournit un taux net qui a doublé entre les deux périodes analysées, passant de 0,11 % entre 1990-2000 à 0,22 % entre 2000-2005.
Le déboisement a augmenté considérablement ces dernières années. La récolte du bois d’œuvre est passée de 3,05 millions de mètres cubes en 1990 à 4,45 millions cubes en 2010 ; le bois de feu est passé de 44,2 millions de mètres cubes à 75,44 millions de mètres cubes par an au cours de la même période . Le plus faible taux de déforestation se trouve au Gabon, parti de 0,02 % entre 1990 et 2000 pour parvenir à l’équilibre de 2000 à 2015.
En 2019, Les données mondiales publiées par Global Forest Watch, qui est un projet d'observation par satellites et conduit par l'université de Maryland (États-Unis). Ces din6 ont montré que la république démocratique du Congo , le pays qui abrite. près de la moitié de la forêt Africaine, continue à perdre ce capital de la biodiversité à un rythme croissant depuis le début du siècle. Ces données montrent également qu'en 2018, la RDC a enregistré une réduction de la superficie de ses forêts primaires de 481 000 hectares, confirmant son deuxième rang derrière le Brésil et devant l'Indonésie parmi les pays les plus affectés par le recul des écosystèmes arborés. En 15 ans, la RDC a perdu 6% de son couvert forestier .
Causes du phénomène Les facteurs principaux à endiguer selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) dans l'ordre de priorité la culture sur brûlis, la collecte de bois de feu, l'artisanat non réglementé et l'exploitation forestière, et enfin le développement des infrastructures routières en quatrième place.
Transformation en terres agricoles L'expansion des terres destinées à l'agriculture de subsistance représente la cause majeure de la déforestation dans le bassin du Congo, comme l'illustre la migration massive de paysans tchadiens vers le nord du Cameroun et de la République centrafricaine ou la savane du Pool au Congo. Les plantations ont également remplacé le couvert forestier dans le sud-ouest camerounais depuis le début du .
L'agriculture sur brûlis est selon le PNUE le problème le plus urgent lié à la déforestation de la RDC . Ce problème a des racines profondes car une grande partie de la population de la RDC est tributaire de ce type de culture sur brûlis et pluviale pour sa subsistance. La pratique de ce style d'agriculture intensive avec de courtes périodes de repos du sol conduit à sa dégradation et à sa désertification . Elle entraîne une augmentation de l'insécurité alimentaire, et selon les estimations, jusqu'à 70 % de la population de la RDC souffre de malnutrition.
Au fur et à mesure que le sol se dégrade et que la désertification s'intensifie, les agriculteurs sont obligés de se déplacer continuellement plus loin pour trouver de nouvelles terres à cultiver, ce qui répète le processus à nouveau ; ainsi, les agriculteurs exacerbent le défrichement des forêts naturelles. De plus, les pratiques agricoles actuelles sont inefficaces et non durables. Lorsque les agriculteurs s'éloignent vers des terres exploitables, ils augmentent en même temps la distance entre eux et les marchés où ils peuvent vendre leurs produits. Avec presque aucune installation de réfrigération, les pertes après peuvent atteindre jusqu'à 80 % . La dépendance aux aliments importés exerce une pression supplémentaire sur les terres susceptibles d'être défrichées.
Si le fait que l'agriculture soit l'une des causes principales de la déforestation est communément admis ; la mise en cause de la culture sur brûlis en particulier est contestée. C'est plus généralement la progression générale d'une agriculture extensive, y compris de l'élevage, dans tous les pays du bassin du Congo, faiblement productive et mécanisée, qui explique que l'importance de ce secteur comme facteur explicatif de la déforestation.
Charbon et bois de feu vignette|Une femme transporte du charbon de bois à Manono, au Katanga. La collecte de bois de feu et de charbon de bois a été classée comme un moteur clé de la déforestation. La biomasse est utilisée pour répondre à 95 % des besoins énergétiques de la population de RDC en dépit des richesses naturelles du pays La dépendance énergétique de la population vis-à-vis du bois crée des cercles déboisés autour des zones urbaines, ce qui à son tour nécessite des excursions de plus en plus longues pour répondre à la demande. La synthèse de l'évaluation environnementale à l'intention des décideurs politiques du Programme des Nations unies pour l'environnement a indiqué qu'environ 89 hectares de forêt étaient perdus chaque jour en raison de la récolte illégale de bois de feu après la deuxième guerre du Congo. On estime que 72 millions de m3 de bois de feu et de charbon de bois sont produits chaque année.
Le charbon de bois, ou makala en lingala, est plus difficile à produire mais constitue une source d'énergie majeure en RDC. Bien qu'il soit pratiquement gratuit d'utiliser le bois de feu comme source d'énergie, le charbon de bois gagne en popularité en raison de plusieurs avantages. Il a un pouvoir calorifique supérieur par unité de poids (31,8 MJ/kg) par rapport au bois de feu(16 MJ par kg); et le charbon de bois, plus petit, est plus facile à stocker. Le charbon de bois n'est pas susceptible d'être détérioré par des champignons ou des insectes xylophages . Avec ces avantages, le charbon de bois est particulièrement populaire dans les villes. Cependant, même dans les zones rurales de Goma, au Nord-Kivu par exemple, le charbon de bois est également largement utilisé. En moyenne, chaque personne y utilise 1 à 1,6 mètre cube de bois de feu et 80 à 95 kg de charbon de bois par an..
Quelles que soient les finalités, commerciales ou domestiques, le bois et le charbon de bois sont principalement collectés par les femmes et les enfants dans la plupart des régions d'Afrique. Le prix du charbon de bois augmente surtout dans les grandes villes, comme Kinshasa, car de grandes quantités de forêt sont déboisées à proximité de la ville et le coût du transport augmente à mesure que la distance des sources de bois est plus éloignée.
Infrastructures et réseau routier La croissance économique et/ou démographique génère une demande croissante en infrastructures nécessitant un recul de la forêt, notamment dans le domaine du transport et de l’énergie. Le développement du pays a ainsi entraîné des travaux pour désenclaver des régions enclavées en Guinée équatoriale.
L'exploitation minière et sylvicole favorisent un facteur secondaire de la déforestation, la construction de routes. Les sociétés d'exploitation forestière construisent de nouvelles voies d'accès dans des zones auparavant inaccessibles, ce qui facilite la conversion des forêts exploitées en terres agricoles.
Abattage artisanal et industriel vignette|Coupe d'arbre au Cameroun. Une production artisanale à des fins domestiques ou destinée au marché intérieur Le sciage artisanal dans le bassin a surtout été étudié en République démocratique du Congo et au Cameroun. Dans ce dernier pays comme dans le reste de la région, le sciage s'effectue principalement de manière informelle. En 2009, le volume de production atteint 715 000 m3, soit plus du double du secteur industriel.
L'exploitation forestière artisanale en RDC s'effectue en dehors des concessions accordées par le gouvernement... On estime que l'exploitation artisanale non réglementée et à petite échelle représente 75 % du total des exportations de bois du pays et se produit à un taux de 5 à 8 fois supérieur à l'exploitation industrielle. Cependant, cette pratique est encore inférieure à la quantité totale de bois récoltée chaque année pour la production de bois de feu et de charbon de bois, ce qui représente une quantité 30 fois supérieure à l'exploitation forestière artisanale. Il existe trois types de codes forestiers en RDC : les institutions publiques, les forêts privées et les forêts communautaires. L'exploitation forestière artisanale a lieu dans les zones communautaires.
Les forêts communautaires en RDC appartiennent à des chefs de communauté ou à des propriétaires qui ont le pouvoir d'accorder une exploitation forestière à petite échelle qui n'est pas réglementée par le gouvernement. Beaucoup de ces forêts sont situées dans la partie nord-est de la RDC. L'exploitation artisanale est rentable mais elle est se pratique souvent de manière clandestine. Cependant, la corruption au sein du gouvernement local permet à celle-ci de continuer.