Res gestae ou Rerum gestarum libri XXXI est le titre de l'ouvrage le plus connu de l'officier romain Ammien Marcellin : une œuvre, lacunaire aujourd'hui, composée à partir de l'an 380 et probablement conclue vers 392. Les livres qui composent le Res gestae tracent l'histoire de l'Empire romain de l'avènement de l'empereur Nerva en 96 jusqu'à la bataille d'Andrinople et la mort de Valens en 378.
Le titre, qui signifie « Les choses accomplies », n'est pas authentique, il a été appliqué par Priscien de CésaréeGrammaire Latine , 487.. Le Codex Vaticanus donne le titre Rerum gestarum libri, même si une hypothèse indiquerait que le titre probable serait Rerum gestarum libri ab excessu Neruae.
Le plan des Res gestae
Selon les dires de l'auteurAmmien, livre , 16, 9., son œuvre prend la relève des Histoires de Tacite et reprend le compte rendu historique peu après Tacite, allant de l'empereur Nerva en 96 jusqu'à la bataille d'Andrinople en 378. Une partie des 31 livres qui forment l'œuvre est publiée en 391, les autres (à partir du livre ) suivent, peut-être en 394. De nombreux chercheurs suggèrent toutefois une date plus tardive.. Des indices suggèrent que les livres XX à XXII sont publiés dans l'intervalle . On se base sur une publication en trois livres. Ammien indique que Aurelius Victor devint préfet de Sirmium (XXI, 10, 6), il le fut en 388, le livre n'a pas pu être écrit avant. L'indication sur la date limite de publication est l'éloge de Sérapéum d'Alexandrie à la fin du livre XXII, Ammien ne fit aucune allusion à sa destruction par les chrétiens en 391.. De ceux-ci, seuls les livres - sont connus des chercheurs, ouvrages qui couvrent la période 353-378 dont Ammien, comme membre de la garde impériale, a été témoin oculaire. En 1998, Timothy Barnes émet l'hypothèse que l'œuvre aurait été organisée par groupes de six livres et que ceux qui restent constituent les livres à . Des hypothèses défendent également des livres organisés en groupe de trois, surtout avec les livres XXIII à XXV, consacrés à Julien.
Ammien a écrit un mélange de biographies impérialesLe , groupe social se réclamant d'un ancêtre commun, a acquis depuis Suétone une grande influence dans la rédaction des biographies dont Ammien ne parvient pas tout à fait à se débarrasser. Les intrigues de la cour sont ainsi souvent au centre du récit. et d'histoire de l'Empire romain. Le récit chronologique de chaque règne suit une présentation concise de chaque empereur, à quoi s'ajoutent de nombreuses « digressions » (voir plus loin) qui interrompent le récit pour donner au lecteur la toile de fond d’un sujet donné. Elles sont rédigées de façon précise et portent un jugement sur la et les , c'est-à-dire sur les vertus et les défauts du souverain. Bien qu'Ammien ne traite que de façon concise l'histoire de Nerva jusqu'à Julien, la présentation se fait plus détaillée à partir du livre . Les évènements jusqu'au livre inclus sont organisés de façon chronologique alors qu'à partir du livre apparait une organisation plus géographique. Ammien s'appuie sur Tacite et tente de s'en tenir au sujet (sans irritation ou emballement). Tacite n'est pas sans parti pris, mais s'efforce à une impartialité qu'Ammien pousse plus loin que la plupart des autres historiens de l'Antiquité, ce que lui reconnaît le grand historienCitation tirée de . Ronald Syme ; comparer avec ., même si son souci d'impartialité ne l'empêche pas à l'occasion d'émettre des jugements subjectifs.
Les livres qui restent se répartissent approximativement de la façon suivanteConsulter l'étude détaillée du contenu dans . : livres - : La chute de Constantius Gallus. La nomination de Julien comme César en Gaule et ses premiers succès ; livres - : Julien consolide la frontière du Rhin. En Orient, doit se battre contre les Perses ; livres - : Julien est proclamé Auguste en Gaule. Développements jusqu'à la mort de , puis Julien seul empereur ; livres - : Expédition contre les Perses et mort de Julien. Court règne et mort de Jovien ; livre : et Valens se partagent l'empire ; livres - : Expéditions de Valentinien et mort de l'empereur ; règne de Valens en Orient ; livre : Les Goths, fuyant les Huns, s'installent dans l'Empire romain. Prise d’Andrinople.
La perte des treize premiers livres prive la recherche d'une historiographie complète allant de la fin du jusqu'à la fin du ; néanmoins la valeur des livres conservés est inestimable. Constatant en effet un déséquilibre, pour contre pour couvrir plus de deux siècles, des historiens ont spéculé sur une autre œuvre qu'aurait rédigée Ammien, indépendante, du même genre qui aurait couvert les règnes de Nerva à . C'est la thèse défendue par les historiens H. Michaëls et H. T. Rowell, leurs arguments étant que si on applique à chaque libre la même durée traitée, les Res Gestae ne concernent que des temps qu'à connu Ammien, il aurait fait un autre écrit de 96 à 337. Galletier salue une hypothèse audacieuse mais la rejette.. Son existence est rejetée par les plus récentes recherches, cela donnerait une œuvre de cinquante livres dont la perte serait passée inaperçue, et surtout qu'Ammien, tout comme Tite-Live, Tacite et Zosime, amplifie le contenu historique quand il est contemporain des événementsVoir par exemple
.
Les sources
La question des sources utilisées par Ammien a été soulevée pour nombre des thèmes. Les avis sur cette question sont partagésSur la question des sources, comparer les résumés de :
(voir l'index) et .. Si Ammien ne donne pratiquement aucune indication à ce sujet, il est certain qu'il a consulté des inscriptions et des archivesDes chercheurs rattachent des échanges de notes avec les Perses (Ammien, livre , 5) lorsque des membres de la délégation ont pu être utilisés comme sources., de même probablement que les carnets, aujourd'hui perdus, de Julien sur la bataille Argentoratum.
Tout aussi problématique et relevant de la fiction est la question de savoir quelles sources Ammien a utilisées pour les premiers livres, aujourd'hui perdus. Il est plus que probable qu'il ait eu recours à lHistoire romaine de Dion Cassius (qui va jusqu'à 229), de même que, comme le démontrent des études de textes comparatives, lHistoire des empereurs d'Hérodien qui dépeint les événements de 180 à 238. Parmi les autres sources possibles, des chercheurs mentionnent Dexippe avec sa Chronique ou lHistoire des Temps (qui va jusqu'en 270) et une histoire des guerres germaniques (Skythika) qui décrivent l'un et l'autre des événements qui lui sont contemporains. Éventuellement, il a pu se servir d'Eunape, païen militant, qui prolonge Dexippe, mais il s'agit là d'une hypothèse controverséeLa chronologie joue contre Eunape ; voir toutefois , mais il est peu vraisemblable qu'Ammien ait pu utiliser lHistoire des Césars qui n'existe qu'en état de fragments et dont la période de Julien ne repose que sur des sources de seconde main..
Ammien a sans doute utilisé d'autres sources latines. Citons entre autres, l’Histoire impériale d'Enmann connue uniquement par un bréviaire du mais qui devait aller jusqu'à la période de Constantin ou même jusqu'en 357, les Césars d'Aurelius Victor qu'Ammien affectionne, de même que Marius Maximus, bien qu'Ammien en parle en termes peu flatteurs. Enfin il y a une série de biographies impériales allant de Nerva à Héliogabale. Les Annales de Virius Nicomachus Flavianus, aujourd'hui disparues, constituent également une source fréquemment mentionnée. Les chercheurs ignorent encore si elles traitent de la république ou de l'empire, quoique de nombreux indices permettent de privilégier la deuxième hypothèse. Diverses considérations, aujourd'hui acceptées par la critique, indiquent que l'œuvre de Nicomachus Flavianus aurait été utilisée par des historiens subséquents. Une comparaison entre Ammien et l'écrivain byzantin Jean Zonaras porte à croire qu'ils auraient tous deux utilisé une même source, connue en allemand comme Leoquelle (selon Leon Grammatikos, début du ), laquelle, comme le laisse entrevoir Zonaras, pourrait être identifiée comme étant les AnnalesAu sujet des Annales de Nicomachus Flavianus, voir entre autres . L'historien britannique , est plutôt sceptique sur l'hypothèse que Nicomachus Flavianus aurait décrit la période impériale et qu'Ammien s'en serait servi comme source importante..
David Rohrbacher émet en 2006 l'hypothèse qu'Ammien, qui a consacré son travail principalement à l'histoire qui lui est contemporaine, n'aurait utilisé qu'un nombre restreint de sources pour la période antérieure, laquelle ne ferait qu'assurer le pont entre la fin des Histoires de Tacite et son travail historique. En vertu de quoi, Ammien aurait utilisé surtout Marius Maximus et l’Histoire impériale d'Enmann de même que certains passages d'une autre source (Eunapios ou l'œuvre qui aurait été utilisée dans la Leoquelle)..
À partir du livre , Ammien se fonde principalement sur son expérience de même que sur divers témoins oculaires, qu'il complète par diverses autres sources. Bruno Bleckmann met toutefois en doute cette opinion fort répandue ; il soutient plutôt que les sources primaires ont joué un rôle moindre que ce que les chercheurs croient généralement. Déjà Walter Klein a avancé quelque chose de semblable dans une étude approfondie.. D'après Bleckmann, Ammien se serait également appuyé dans les derniers livres (par exemple concernant Valentinien et Valens) sur des sources littéraires auxquelles se seraient ajoutées diverses sources ecclésiastiques.. Déjà, avant Bleckmann, Hans Christof Brennecke a émis l'hypothèse qu'Ammien se serait appuyé sur diverses sources chrétiennes, dont une histoire de l'Église « arienne ».. Les ressemblances entre Ammien et Zosime concernant les guerres persiques de Julien n'ont toujours pas été expliquées de façon satisfaisante. Toutefois, plusieurs chercheurs admettent régulièrement que l'un et l'autre se seraient servis de Magnus de Carrhes.
Les digressions
L'œuvre d'Ammien Marcellin n'est pas seulement importante comme source d'information sur les invasions barbares mais également, en ce qui concerne l'historiographie antique spécialement grecque, en raison des nombreuses digressions qui interrompent la structure formelle des biographies impériales. Ammien y traite, entre autres sujets, de géographie (pas toujours sans erreurSur ces erreurs, voir , par exemple .), d'ethnographie, d'histoire naturelle et de choses militaires. C'est l'un des rares historiens de l'Antiquité à avoir une expérience militaire. La structure de ces digressions se présente presque toujours de la même façon : introduction de l'auteur, exposé et conclusion. Il arrive même que certaines digressions contiennent d'autres digressions, comme dans celle sur les Parthes qui contient un exposé sur « Les Magiciens »Concernant ces digressions et leur signification, consulter :
Sur les digressions géographiques, consulter :
Comparer avec .Sur les Perses, consulter : Ammien, livre , 6 ..
vignette|alt=Carte montrant des trajets|Les grandes invasions du au .