Le raid d'Entebbe, aussi connu sous le nom opération Entebbe ou opération , s'est déroulé dans la nuit du au , à l'aéroport international d'Entebbe en Ouganda. Organisé par Israël, il a pour objectif de libérer les otages d'un avion détourné par un commando composé de membres du Front populaire de libération de la Palestine et des Cellules révolutionnaires.
Lors du raid, les Israéliens abattent quatre ravisseurs, trois otages israéliens et dix-sept militaires ougandais postés aux abords de l’aéroport. Réussissant à libérer la quasi-totalité des otages encore retenus, le raid est considéré comme une réussite militaire israélienne.
Le raid a été appelé opération Tonnerre par les forces militaires israéliennes l'ayant planifié et exécuté. Il a été nommé rétroactivement opération Jonathan. après la mort du colonel Yonatan Netanyahou., « Jonathan », le seul soldat israélien tué au cours du raid, frère aîné du futur Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.
Salué par la population israélienne, il fut en revanche ressenti comme un camouflet par l'Ouganda et son président, Idi Amin Dada, qui voulait profiter de la prise d'otages pour regagner la confiance de la communauté internationale. L’utilité du raid a aussi été questionnée du fait des négociations, bien avancées, qui devaient aboutir à la libération des otages encore détenus.
Détournement et prise d'otages thumb|left|F-BVGG, l'Airbus A300 d'Air France impliqué, ici à l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle en septembre 1980. Le , le vol , un Airbus A300B4-203, immatriculé F-BVGG, venant de Tel Aviv en Israël et transportant 246 passagers (dont 77 Israëliens) et douze membres d'équipage., décolle d'Athènes en Grèce, après y avoir fait escale, pour rejoindre Paris.
Peu après le décollage à , le vol est détourné par quatre terroristes. Les preneurs d'otages sont deux membres du Front populaire de libération de la Palestine-Opérations extérieures (FPLP-OE) (Fayez Abdul-Rahim Jaber voyageant avec un passeport koweitien, et Jayel Naji al-Arjam avec un passeport bahreïni) et deux Allemands (Wilfried Böse, voyageant avec un passeport équatorien, proche du terroriste Carlos, et Brigitte Kuhlmann avec un passeport péruvien) membres des Revolutionäre Zellen (Cellules révolutionnaires), groupe armé d'extrême gauche proche des Fractions Armée rouge. C'est le premier détournement d'avion de la compagnie Air France"Entebbe: The Most Daring Raid of Israel's Special Forces", Simon Dunstan, The Rosen Publishing Group, 2011, 978-1-4488-1868-6, .
À l'époque, les contrôles de sécurité aux aéroports sont laxistes et les détournements d'avion assez fréquents. Brendan I. Koerner, auteur du livre de 2013 , appelle 1968-1972 « l'âge d'or du détournement d'avion » (skyjacking) et estime que pendant cette période, ils se sont produits jusqu'à une fois par semaine.
Des cris viennent de la cabine de cockpit de l'Airbus où Jacques Le Moine, l'ingénieur en chef, se retrouve face à face avec Wilfried Böse, armé d'un revolver et d'une grenade à main. Böse expulse le copilote et, saisissant le microphone, annonce avec un accent germanique que l'avion est détourné et qu'il s'appellerait désormais « Haïfa 1 ». Les terroristes prennent ainsi le commandement de l'avion et le détournent vers Benghazi en Libye. Le commandant Bacos pilote l'avion, avec la consigne de ne pas casser le train d'atterrissage car il faudrait pouvoir repartir.
Les pirates de l'air commencent à récupérer les passeports des passagers et des documents personnels.
Après plusieurs heures de vol, l'avion se pose à l'aéroport international de Benina à Benghazi où il reste sept heures pour se réapprovisionner en carburant. Une otage (Patricia Heiman Martel, ressortissante britannico-israélienne, infirmière, nouvelle émigrée en Israël, qui venait de se marier) fait croire à l'imminence d'une fausse couche et est relâchée..
À Entebbe L'avion redécolle à , alors que le commandant Bacos ignore où il va le faire atterrir, pour se poser le à à l'aéroport international d'Entebbe en Ouganda - pays récemment décolonisé (1962) et instable. Idi Amin Dada ayant pris le pouvoir lors d'un coup d'État militaire (1971) pour y établir un régime militaire brutal, le dirigeant du pays n'est averti (de manière indirecte par l'ambassadeur de France Pierre-Henri Renard) de l'arrivée de l'appareil qu'au moment où l'avion survole déjà Entebbe.. L'Ouganda accède à la demande de la France de recevoir l'appareil . Les passagers réalisent qu'ils sont en Ouganda quand on les autorise à relever les volets de leurs hublots à travers lesquels ils voient sur le tarmac Amin Dada en tenue militaire de camouflage, entouré de ses hommes. Dans un premier temps, les passagers pensent qu'il est un ami d'Israël et qu'ils vont pouvoir repartir rapidement.
À Entebbe, les quatre preneurs d'otages sont rejoints par trois autres pirates déjà sur place. Le commando semble dirigé par les membres du FPLP, les deux Allemands n'étant apparemment là que pour détourner l'avion et servir ensuite de surveillants. Amin Dada, venu en personne observer la situation, se voit refuser l'accès à l'avion par le commando mais il convainc les preneurs d'otages d'évacuer l'avion et d'installer les otages dans un local de l'aéroport, où les conditions de détention sont meilleures qu’à bord. Les otages sont alors évacués dans le hall de transit du vieux terminal de l'aéroport international d'Entebbe, vaste hangar désaffecté, escortés par les militaires ougandais. Amin Dada leur fournit vivres, eau et matériel pour s'installer correctement dans le terminal, toujours surveillés par des hommes armés ; il affirme plus tard dans la journée à l'ambassadeur de France qu'il a tenté de neutraliser les terroristes mais que sa manœuvre a échoué. L’Allemagne de l’Ouest dépêche à Kampala son chef de la brigade antiterroriste pour soutenir les troupes d'Amin Dada.. La BBC indiquait en 1976, à tort, qu'il avait prononcé « un discours de soutien au FPLP et fourni aux pirates de l'air des troupes et des armes supplémentaires ».
Pendant toute la durée de la prise d’otage, le gouvernement français cherche à empêcher l’avion de faire le plein. « Il paraît préférable que, jusqu’à la libération complète des passagers et de l’équipage, les négociations se poursuivent en Ouganda plutôt que dans un autre pays qui pourrait nous être plus hostile », souligne le ministère français des Affaires étrangères dans un message adressé à l'ambassade française à Kampala.
Le , le commando palestino-germanique fait alors son premier communiqué officiel : il demande la libération de pro-palestiniens, détenus pour la plupart dans les prisons israéliennes, mais également au Kenya, en France, en Suisse, en RFA ou en Turquie. Les preneurs d'otages réclament également 5 millions de dollars, sous peine de commencer à exécuter les otages à partir du 1 juillet.
Le , une première vague de , notamment des femmes, enfants et personnes âgées, sont libérés par leurs ravisseurs, qui fixent l'ultimatum du 1 juillet : leurs demandes doivent être satisfaites avant , sinon ils feront sauter l'avion et les otages restants. Michel Bacos, commandant de bord et l’équipage d’Air France, qu'il convainc, refusent d’être libérés en même temps car leur devoir est de rester avec les passagers. Le délai semblant trop court, l'ultimatum est repoussé dès le lendemain au à .
Les otages sont alors triés et séparés selon leur passeport ou leur religionS. Dunstan, op. cit., : les Israéliens et les Juifs « sélectionnés » sont emmenés dans une autre pièce plus petite (appelée « la pièce israélienne »). Brigitte Kuhlmann s'oppose à la libération de quatre passagers juifs, belges et sud-américains (donc non-israéliens), après les avoir vus vêtus de châles de prière juifs (talith) lors de la prière du matinSetting the Record Straight: Entebbe Was Not Auschwitz, Yossi Melman, haaretz.com, . Une seconde vague d'une centaine de passagers non-juifs est ainsi libérée : seul reste l'équipage français qui a à nouveau refusé de partir sans tous les passagers de l'avion, les porteurs de passeports israéliens ou ayant la double nationalité, et également les passagers juifs, soit en tout .
Les otages non juifs libérés sont rapatriés sur un vol Air France vers Paris et Londres.
Durant les cinq jours où ils sont retenus en otages dans la vieille aérogare d'Entebbe, dont on leur a dit qu'elle est « bourrée de dynamite », et particulièrement dans « la pièce israélienne » où leurs conditions de captivité se détériorent, surveillés par des Ougandais et des terroristes en arme, les adultes angoissés ou fatalistes tentent de distraire les enfants avec des bouchons de bouteilles et des cartouches de cigarettes transformés en jouets ; d'autres donnent des conférences ; ils travaillent également par quarts, nettoyant ou partageant la nourriture (viande, riz, pommes de terre, bananes) pour la faire durer, assemblant une bibliothèque d'ouvrages qu'ils pensaient lire pendant le vol. Certains d'entre eux tombent malades. Les captifs n'ont ni vêtements pour se changer ni eau pour se laver et dorment sur des bancs ou sur des matelas posés sur le sol en béton, le sommeil gâché par la chaleur, les lumières allumées toute la nuit, entourés de moustiques et de mouches. Les otages reçoivent quotidiennement la visite du dictateur Amin Dada et de son entourage, qui s'adresse à eux dans de longs monologues commençant par un « Shalom ! », se faisant passer tantôt pour leur protecteur « aimant », tantôt pour un médiateur, en ne laissant jamais parler les otages.
Négociations vignette|La tour de contrôle en 1994. Les dégâts dus à l'assaut sont encore visibles. Le gouvernement d'Israël, refusant d'abord de discuter avec les ravisseurs, fait semblant d'accepter après les deux séries de libérations et des pressions exercées par les familles des passagers. Le jeudi matin — date limite pour que les demandes des ravisseurs fussent satisfaites — Pierre-Henri Renard, l'ambassadeur de France, était arrivé devant l'aérogare en criant : « Israël accepte la négociation ! » ; les otages avaient applaudi debout, manifestant leur soulagement et leur joie. Les preneurs d'otages octroient ainsi 72 heures supplémentaires aux responsables israéliens, ce qui permet à ces derniers d'envisager une alternative à la cession. vignette|Levi Eshkol avec Idi Amin Dada et John Babiha, à son arrivée en visite officielle à l'aéroport d'Entebbe, lors des relations amicales entre les deux pays (12 juin 1966) Le commando nomme comme porte-parole l'ambassadeur de Somalie en Ouganda, Hasni Abdullah Farah, . En face, les gouvernements concernés par les revendications palestiniennes sont représentés par l'ambassadeur de France. Idi Amin Dada joue le rôle de médiateur lors de cette table ronde ; ses bonnes relations avec l'Organisation de libération de la Palestine (qui condamne la prise d'otages) et ses membres qui s'entraînent en Ouganda permettent un dialogue non hostile avec les membres du FPLP. Cet avantage ne compense toutefois pas la méfiance d'Israël envers Amin Dada, qui, après avoir tissé des liens diplomatiques avec l'État hébreu à son arrivée au pouvoir, les a reniés un an après, en multipliant notamment les déclarations antisémites. En 1972, il a expulsé de son pays tous les Israéliens, dont ceux qui avaient entraîné son armée, et persécute fortement la petite communauté d'Abayudaya d'Ouganda, qui pratique le judaïsme Irwin M. Berg, «Among the Abayudaya», 'Commentary, vol. 103, n° janvier 1997, ..