La traduction de la Bible en chinois inclut les traductions de tout ou de partie de la Bible en n'importe lequel des niveaux et des variantes de la langue chinoise. Les toutes premières tentatives de traductions sont dues à des prêtres catholiques isolés au , et sont restées à l'état de manuscrits. La première bible complète à être imprimée a été la traduction due au pasteur écossais Robert Morrison, en 1823. Par la suite, les travaux de traduction ont été handicapés par des rivalités confessionnelles, des affrontements théologiques, des conflits linguistiques et des défis pratiques, du moins jusqu'à la publication en 1919 de la version de l'Union chinoise, protestante, qui est devenue la base des versions standard en usage aujourd'hui.

La traduction de la Bible en chinois a eu un certain nombre de conséquences au-delà de son objectif initial d'évangélisation : L'accès à la Bible dans leur propre langue a permis aux Chinois de développer plus facilement des formes de christianisme indépendantes des missionnaires et des églises étrangères. Les traductions conçues pour être lues à haute voix ont été importantes non seulement pour les croyants chrétiens, mais aussi pour les Chinois qui voulaient des modèles pour écrire en langue vernaculaire. Les langues ou dialectes régionaux ne pouvant pas être écrits correctement en utilisant les seuls caractères chinois, les traducteurs ont dû inventer des systèmes de transcription phonétiques ou autres, ce qui fait que la Bible a souvent été le premier texte imprimé dans ces langues. Les besoins de la traduction ont poussé les missionnaires à étudier le chinois de manière très approfondie, contribuant au développement de la sinologie. La Bible, en particulier l'Ancien Testament, a offert aux dirigeants de la rébellion de Taiping au une vision apocalyptique de la justice sociale sur laquelle fonder leurs revendications.

Traductions protestantes droite|vignette|450x450px| Impression de la Bible chinoise Les missionnaires protestants ont été les pionniers de la traduction dans les langues locales et régionales, ainsi que de l'impression et de la distribution des Bibles. Au , les missionnaires ont traduit la Bible et l'ont enseignée dans les églises et les collèges, fournissant une ressource pour diffuser la connaissance de la religion chrétienne. Au , les érudits et les prédicateurs chinois ont étudié et cité la Bible, contribuant à des formes distinctives du christianisme chinoisJohn Y.H Yieh, "The Bible in China: Interpretations and Consequences," in R.G. Tiedemann, (ed.), Handbook of Christianity in China. Volume Two 1800-Present. (Leiden: Brill, 2010), pp. 891-892..

Premières tentatives au début du Les premières traductions protestantes ont été faites par des traducteurs isolés s'appuyant parfois sur les collègues qu'ils pouvaient consulter ou sur des traductions manuscrites plus anciennes. La toute première tentative protestante a été faite vers 1800 par le révérend William Willis Moseley, de Daventry, dans le Northamptonshire, en Angleterre. Il a trouvé, au British Museum, une traduction manuscrite en chinois d'une harmonie des quatre évangiles, des Actes et de toutes les épîtres de Paul. Il a ensuite publié « un mémoire sur l'importance et la faisabilité de la traduction et de l'impression des Saintes Écritures en langue chinoise, et de les faire circuler dans ce vaste empire »Alexander Wylie, "The Bible in China: A Record of Various Translations of the Holy Scriptures", in Arnold Foster, Christian Progress in China: Gleanings from the Writings and Speeches of Many Workers (London: Religious Tract Society, 1889), pp. 29-46.

L'archevêque de Canterbury a recommandé à la Société pour la promotion de la connaissance chrétienne d'imprimer cette Bible chinoise, mais, après quatre ans de délibération, le projet a été abandonné.

Premières traductions de la Bible complète (1820-1850) Deux tentatives indépendantes et presque simultanées vont finalement aboutir à des traductions de l'ensemble de la Bible.

D'une part, le Collège anglo-hindou de Fort William, à Calcutta, fondé en 1800, avait créé un département consacré à la traduction des Écritures dans les langues asiatiques, principalement les langues vernaculaires indiennes, mais aussi en chinois. Le professeur Hovhannes Ghazarian (Lassar), un Arménien né et éduqué à Macao, a commencé par traduire l'Évangile de Matthieu, qu'il a terminé en 1807Martirosyan, P. «Չինաստան» (China). Soviet Armenian Encyclopedia. vol. ix. Yerevan, Armenian SSR: Armenian Academy of Sciences, p. 47.. Il a ensuite déménagé à Serampore, où le travail s'est poursuivi sous la conduite du missionnaire anglais . La British and Foreign Bible Society put publier le Nouveau Testament en 1813 et la Bible entière en 1822. Ce fut la première version imprimée des Écritures en chinois.

Simultanément, le pasteur écossais Robert Morrison, qui se trouvait à Canton, traduisait lui aussi la Bible en chinois. Morrison était le premier missionnaire protestant en Chine, où il était arrivé en 1807, envoyé par la London Missionary Society. La traduction des Écritures, avec la compilation d'un dictionnaire chinois-anglais et anglais-chinois, était devenue sa tâche principale parce que la prédication publique de l'Évangile dans l'empire chinois, et même l'accès des étrangers à cet empire, était interdite et qu'il lui fallait miser sur l'écrit. Avant de quitter l'Angleterre, il avait fait une copie du manuscrit d'Harmonie des Évangiles mentionné précédemment, dont il fit la base de sa traduction du Nouveau Testament, achevée en 1813. Il avait été rejoint la même année par le révérend William Milne, mais quelques jours après son arrivée à Macao, celui-ci avait été contraint de partir pour Canton, puis était allé s'installer à Malacca en Malaisie. Les deux collègues n'en ont pas moins collaboré pour traduire l'Ancien Testament : Milne a traduit les livres historiques et le Livre de Job ; les autres livres ont été traduits par Morrison. La tâche fut terminée en , puis révisée par Morrison. Cette Bible a été imprimée à partir de blocs de bois et publiée, en , en 1823. La British and Foreign Bible Society a versé plus de livres sterling pour la traduction, la production et la diffusion de cette édition et des éditions suivantes.

Joshua Marshman fit remarquer que Robert Morrison et lui-même avaient grandement profité des échanges de leurs travaux respectifs, et que la traduction serait portée à une aussi grande perfection en vingt ans qu'elle aurait pu être entre les mains d'un seul en cinquante ans. Pourtant, ils n'ont jamais pu se rencontrer en personne pour comparer et réviser leurs travaux respectifs.

La version de Morrison et Milne, comme celle de Marshman, voulait être une traduction fidèle et littérale, et non pas une traduction élégante ou littéraire. Morrison souhaitait d'ailleurs en publier une version améliorée. Dans une lettre adressée à la Société biblique, il écrivait: "J'en fais mon œuvre quotidienne de corriger la version chinoise des Écritures; et mes frères de la Mission de l'Outre-Gange sont priés de noter tout ce qui pourrait leur apparaître comme une erreur ou imperfection dans la traduction. Celles-ci seront envoyées au collège et conservées, ou immédiatement utilisées, selon ce qui semblera le mieux. " Il espérait que son fils, John Robert Morrison, à qui il avait enseigné le chinois de puis son plus jeune âge et qui avait fréquenté le de Malacca, réviserait ultérieurement sa traduction de la Bible, mais la mort précoce de John Robert Morrison ne lui a pas permis de consacrer beaucoup de temps à ce projet. En effet, celui-ci, ayant succédé à son père en tant que traducteur gouvernemental à la mort de ce dernier, décède 9 ans plus tard, à (en 1843).

La traduction suivante a été faite par un groupe de trois missionnaires, Walter Henry Medhurst, Karl Gützlaff et Elijah Coleman Bridgman, avec l'aide de John Robert Morrison avant sa mort. Ce groupe a terminé la traduction du Nouveau Testament en 1835, et Medhurst en fit la relecture finale en 1836. Cette traduction devint la version de référence pour les protestants pour plus de dix ans. Medhurst participa également à la traduction de l'Ancien Testament publiée par Gützlaff en 1840. En plus de traduire l'Ancien Testament, Gutzlaff a modifié la version du Nouveau Testament que lui et Medhurst avaient préparé conjointement et il en a révisé et imprimé une douzaine d'éditions.

L'American Baptist Board of Foreign Missions a demandé au révérend Josiah Goddard, l'un de leurs missionnaires, de réviser la traduction de Marshman. Il a publié une version révisée du Nouveau Testament en 1853, quatorze ans après son arrivée en Chine. À sa mort, il n'avait que peu avancé sa traduction de l'Ancien Testament, et son travail a été poursuivi par le révérend Dean, de la même société missionnaire, qui résidait à Bangkok. Une nouvelle révision du Nouveau Testament de Marshman, due au missionnaire baptiste anglais, TH Hudson, a été publiée en 1867.

La Version des délégués En , une réunion de missionnaires a eu lieu à Hong Kong pour discuter de la question d'une nouvelle révision de la traduction de la Bible en chinois, et un plan a été adopté afin de permettre à tous les missionnaires capables de contribuer d'y collaborer. Cinq comités locaux ont été formés, et ont pris en charge une partie du travail. À partir de ces comités locaux, des délégués ont été nommés pour former un comité général de révision, par lequel les traductions des comités locaux devaient être comparées, et la version finale adoptée par un vote des délégués.

La première réunion des délégués eut lieu en , les membres du comité étant Mgr Boone, de la Mission épiscopale américaine; le révérend Medhurst, de la London Missionary Society, tous deux résidant à Shanghai, le révérend W. Lowrie, de la Mission presbytérienne américaine, établi à Ningbo, le révérend John Stronach, de la London Missionary Society, établi à Amoy et le révérend Bridgman, de l'American Board of Commissioners for Foreign Missions, de Guangzhou. Le pasteur Lowrie s'est noyé peu de temps après le début des travaux, et le révérend William Charles Milne a été élu pour le remplacer. Mgr Boone n'a jamais assisté à une réunion des délégués après la fin du premier chapitre de l'Évangile de Saint Matthieu, et le Dr Bridgman n'a jamais fait de suggestion que ses collègues pouvaient accepter; ainsi, lorsque la version fut finie, il en rejeta toute responsabilité, de sorte que la traduction fut pratiquement l'œuvre des missionnaires anglais Medhurst, Stronach et Milne.

Le comité, aidé par plusieurs lettrés chinois (principalement l'érudit chinois Wang Tao), a travaillé tous les jours, de 10h00 à 14h00, presque sans interruption. La traduction du Nouveau Testament a été achevée en . Elle a été publiée avec l'approbation des délégués et fut dès lors dénommée la Version des délégués (« The Delegates Version »). Peu de temps après la publication de ce Nouveau Testament, une révision de l'Ancien Testament a commencé, mais en raison de devergences de vue entre les membres, le comité s'est séparé, ce qui a donné lieu à la publication de deux versions différentes. L'une, publiée en 1853, a été faite par les missionnaires anglais Medhurst, Stronach et Milne et a été appelée « The Delegates Version », ce qui n'était pas strictement exact, mais, comme les traducteurs réels étaient les mêmes que ceux qui avaient traduit la Version des délégués du Nouveau Testament, et comme le style est uniforme, ce même titre a été donné à toute la Bible.

Pendant ce temps, le Dr Bridgman et le Dr Michael Simpson Culbertson, missionnaires américains, se sont retirés du comité des délégués et ont préparé une version finale distincte.