L'abbaye Notre-Dame de Bourbourg est une ancienne abbaye bénédictine dédiée à Marie, mère de Jésus-Christ. Fondée au , à Bourbourg, en Flandre maritime, dans l'actuel arrondissement de Dunkerque, ce chapitre de chanoinesses issues de la noblesse ou noble chapitre disparait au moment de la Révolution française.

Histoire

Fondation Le comte de Flandre Robert II de Flandre, dit de Jérusalem, de retour de la première croisade, et son épouse Clémence de Bourgogne fondent l'abbaye Notre-Dame de Bourbourg ou abbaye de Sainte-Marie de Bourbourg, avec l'approbation de Jean de Warneton, évêque de Thérouanne et des papes Pascal II puis Calixte II (Calixte II est le frère de Clémence de Bourgogne). La date précise de création n'est pas connue mais elle eut lieu autour de 1103 : un site de la Bibliothèque nationale de France la dit fondée en 1103 de même qu'une chronique de l'abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer, qui l'attribue à la comtesse Clémence seule. Une bulle de Pascal II datée de 1113 constate la fondation.

Le monastère est implanté à Bourbourg, ville fortifiée, siège de la châtellenie de Bourbourg, située dans le diocèse de Thérouanne puis dépendant du diocèse de Saint-Omer.

L'abbaye est destinée à recevoir des chanoinesses, dames nobles qui doivent posséder plusieurs quartiers de noblesse, à l'origine au moins quatre du côté de chaque parent. Il s'agit donc d'un noble chapitre. On y observe la règle de Saint-Benoît.

Le monastère est fondé en dehors de la ville, près des murailles, entre le fossé d'enceinte et la rue du château. L'enclos du couvent, cimetière inclus, est entouré d'un fossé. L'abbaye dispose d'une pâture avec un moulin à blé.

En 1129, Clémence de Bourgogne, fondatrice et bienfaitrice de l'établissement, s'y fait enterrer.

Dans le siècle qui suit sa création, en 1182, le pape Lucius III réunit à l'abbaye le monastère de Saint-Léonard de Guînes avec ses biens.

Évolution En 1164, Thomas Becket, de passage en France, à la suite de ses difficultés avec le roi d'Angleterre Henri , est accueilli à l'abbaye Notre-Dame et lui laisse en souvenir un calice d'or.

Vers 1181, le pape Alexandre III ordonne à l'abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer de confier à deux prêtres le soin de desservir l'église (il s'agit de l'église de l'abbaye) de Bourbourg, ce qui améliore l'autonomie du monastère.

En 1375, dans le cadre de la guerre de Cent Ans, l'abbaye Notre-Dame abrite une négociation entre Anglais et Français : une trêve est conclue mais elle ne sera que de courte durée.

En 1389, à Saint-Omer, le duc de Bourgogne Philippe II de Bourgogne (Philippe le Hardi) alloue à l'abbaye un revenu sur les bois de Ruhout. Cette donation vise à dédommager le couvent des pertes subies durant les dernières guerres (croisade d'Henri le Despenser en 1383) et à l'aider à rectifier son église et ses bâtiments.

En 1505, un incendie se déclare dans l'abbaye, les titres originaux sont détruits par les flammes.

Au , la Flandre maritime constitue un des enjeux des tensions entre la France et l'Espagne, alors détentrice de la région en tant qu'héritière des comtes de Flandre puis des ducs de Bourgogne. Le couvent s'inquiète des dangers auxquels il est exposé du fait de sa position proche de la frontière entre les deux pays et alerte les autorités. Par ailleurs, l'empereur Charles Quint souhaite renforcer la défense des villes du Westhoeck. Marie de Hongrie, sœur de l'empereur et gouvernante des Pays-Bas, décide de transférer le monastère, estimé trop proche des remparts, à l'intérieur de la ville. Il s'agit tant de protéger l'abbaye que d'améliorer les défenses de la ville, gênées par la localisation de l'abbaye. Le transfert a lieu entre 1551 et 1555. Il a donné lieu à de difficiles négociations avec le magistrat (les autorités) de la ville. L'abbesse voulait obtenir le meilleur emplacement possible, ce à quoi s'opposait le conseil des échevins. On s'accorde finalement sur le refuge que possédait l'abbaye de Saint-Bertin à l'intérieur de la ville comme point d'ancrage de la nouvelle implantation. Finalement, l'abbaye va occuper deux mesures, près d'un hectare, en pleine ville. En 1552, à Anvers, l'empereur amortit (facilite l'acquisition de) la maison et le terrain sur lesquels s'est établi le chapitre.

Charles-Quint met à profit le moment du transfert pour charger quatre commissaires d'enquêter sur les droits et privilèges de l'abbaye afin de les sauvegarder. Le travail aboutit à un registre, rédigé en flamand, dont il ressort que, majoritairement, le monastère bénéficie de toute la justice seigneuriale, et à cette fin, dispose d'un bailli, un amman ou huissier de justice, d'échevins et compte deux cours de justices : la salle abbatiale et la vierschare. En 1559, un accord précise les droits respectifs de l'abbaye et du magistrat de la ville sur les terres détenues dans la châtellenie, tant du point de vue seigneurial que du point de vue de la justice; l'accord est ratifié par le conseil de Flandre en 1564.

Au , les affrontements incessants en Flandre vont conduire les religieuses à fuir. En , Bourbourg est sous la domination espagnole, mais Gravelines est française : le siège de Gravelines a débuté le et les Français l'ont prise le . Les religieuses se réfugient à Ypres. Le , elles sont à Lille où elles louent une maison, face à la dégradation de la situation à Bourbourg : le , les Français prennent le fort de Mardyck, le , le fort de Lynck tombe, le Bourbourg est encerclée, la ville se rend le . En , la communauté réside au prieuré de Faumont qui fait partie de leurs possessions. En 1658, la prise de Bourbourg par Louis XIV et la paix des Pyrénées signée en 1659 attribuant définitivement Bourbourg à la France, les religieuses regagnent leur établissement.

Un arrêt du Conseil d'État daté du ordonne que pour être admise dans une institution telle que l'abbaye de Bourbourg, il faut faire preuve de noblesse de sang et d'extraction et d'une filiation légitime et consécutive en remontant jusqu'en 1400 du côté paternel. Pour le côté maternel, il faut pouvoir prouver la noblesse de sang et d'extraction de la mère. Cette décision serait liée au souhait des moniales de devenir un chapitre séculier de dames nobles.

En 1782, l'abbaye de Bourbourg est donc érigée en chapitre royal de dames chanoinesses comtesses. La reine Marie-Antoinette a pris le titre de chanoinesse et a revêtu les dames membres du monastère d'un cordon de couleur jaune liseré de noir avec une croix portant au recto l'image de la Vierge Marie et au verso le portrait de la reine.

Organisation À l'origine, les chanoinesses ne sont pas tenues à la clôture et elles ne sont pas liées par des vœux. Néanmoins, dans les faits, elles ne sortent que rarement. Elles portent une grande croix attachée à un ruban en écharpe de l'épaule gauche à la hanche, et une petite croix sur un nœud ruban porté sur le cœur. Leur vêture se compose d'un habit modeste : robe noire avec de longues manches avec une coiffe noire carrée, une toile entourant le visage.

Les religieuses sont acceptées sans dot à l'abbaye et bénéficient dès leur entrée d'une pension.

Le nombre de chanoinesses varie au cours du temps mais se situe entre 15 et 20. Elles sont entourées de tout un personnel de service, (jardinier, cuisinier, brasseur...) plus 8 ou 9 (deux chambrières, trois servantes, une ou deux demoiselles...) au service de la seule abbesse. S'y ajoutent un secrétaire et un conseiller pensionnaire (homme de loi), chargé de la défense des droits de l'abbaye (droits seigneuriaux, propriétés, privilèges par rapport aux autorités laïques et à l'évêque...).

Dès sa fondation, l'abbaye est placée sous la protection de la papauté. Les papes prononcent son indépendance vis-à-vis de toute puissance séculière, l'exemptent de tout service paroissial ainsi que de la juridiction de l'évêque, l'abbaye a droit de justice sur ses biens et sur les personnes qui dépendent d'elleSauf le vol, l'homicide, l'incendie et le rapt ; .. Seul le nonce du pape a le droit de visite dans l'abbaye ; celle-ci peut célébrer l'office divin, les portes fermées même en cas d'excommunication de la paroisse. Ces privilèges suscitent la contestation de l'évêque de Thérouanne qui accuse l'abbaye d'empiéter sur sa juridiction et tente périodiquement de revenir sur cette situation : en 1366, l'évêque Robert de Genève, (futur Clément VII, interdit la célébration des offices à l'abbaye. Il est convoqué devant le pape Urbain V à Avignon. En 1337, l'évêque Raymond Saquet reconnait avoir outrepassé son droit en faisant arrêter dans l'enceinte du monastère de Bourbourg Henri de Cullento, archidiacre de Thérouanne et en y faisant opérer la saisie d'une partie de son mobilier.

L'abbaye Notre Dame bénéficie au fil du temps de privilèges divers lui permettant un fonctionnement quasi autonome : en 1114, le comte de Flandre Baudouin VII confirme les donations faites à l'abbaye par ses parents et accorde aux serviteurs de ce monastère exemption de toute taille, du service militaire et des autres charges séculières ; en 1120, Jean évêque des Morins (évêque de Thérouanne) déclare que, par son intermédiaire, la comtesse de Flandre, Clémence, a obtenu de l'abbé de Saint-Bertin, pour le monastère de religieuses de Bourbourg, un cimetière où seront ensevelies les religieuses et leurs serviteurs ; en 1333, l'abbesse reçoit le droit de choisir ses confesseurs et chapelains et de les destituer (la situation se produit en 1494), sous réserve néanmoins de les présenter à l'évêque de Thérouanne.

En 1644, les chanoinesses étant en fuite, elle élisent leur nouvelle abbesse à Ypres. Celle-ci va refuser d'accepter la clôture qu'aurait souhaité introduire dans le couvent l'évêque de Saint-Omer. Elle doit ensuite s'opposer au magistrat de Bourbourg qui voulait obliger l'abbaye à loger des troupes. Un rapport du Conseil d'État de la même année constate que les religieuses font alors les trois vœux fondamentaux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté, mais que les trois ou quatre plus anciennes ont pris l'habitude de garder des jeunes filles, même séculières, contre rémunération. De plus, ces jeunes personnes reçoivent des visites de leurs parents, ce qui engendre des perturbations dans l'abbaye. Sous couvert de noviciat, il y a donc recherche de profit. La nouvelle abbesse est chargée d'y mettre bon ordre. La nouvelle élue, dame Catherine de Beauffremez, va réaffirmer à l'évêque de Saint-Omer son refus de la clôture, en arguant que si elle avait voulu la clôture, elle aurait choisi un cloître d'une observance plus stricte.

Élection de l'abbesse Lors du décès d'une abbesse ou si celle-ci est atteinte d'une maladie incurable l'empêchant de poursuivre son action, la nomination d'une nouvelle titulaire fait l'objet d'une enquête auprès des religieuses par les commissaires du roi (d'Espagne, en tant que comte de Flandre, puis de France) afin de nommer une bonne catholique. Nommer une religieuse déjà présente demeure la situation la plus simple. Cependant, les commissaires souhaitent parfois favoriser une personne extérieure, ce qui peut provoquer des tensions avec les sœurs. Dans cette hypothèse, si l'accord ne peut se faire, les chanoinesses en appellent à leur seigneur.

Possessions Dès le début, les donations abondent. Le fondateur, le comte Robert, et sa femme Clémence multiplient les dons, terres, dîmes, rentes, bergeries, moulins... entre 1104 et 1110, à travers toute la Flandre maritime, souvent des terres novales ou terres neuves résultant d'assèchements de marais, comme celles conquises sur le marais entre Watten et Bourbourg, mais aussi en Flandre belge, ou jusque dans des régions plus éloignées comme Faumont en (l'abbaye va y posséder un prieuré), et Coutiches en Pévèle. Baudouin VII, en 1112, attribue lui aussi des terres nouvelles, de nouveau dans le marais asséché entre Watten et Bourbourg, en 1115, il ajoute la dîme d'une terre nouvelle de la rivière l'Yser. Charles le Bon poursuit dans la même voie.