Le trésor de Rougga est un trésor datant du qui a été découvert à Rougga en Tunisie en 1972. Constitué d'un ensemble de pièces d'or romaines, il est conservé au musée de Mahdia.
Ce trésor fouillé méthodiquement et entièrement préservé a été étudié à la fois sur les plans historique, archéologique et numismatique.
Contemporain du de 647, préalable à la conquête musulmane du Maghreb, ce trésor, par les conditions de sa découverte, sa datation et le lien qu'il permet d'établir avec des événements cités dans les sources littéraires, est, selon Hédi Slim, .
Localisation Le site archéologique de Rougga dit Henchir Inchilla, situé à treize kilomètres au sud-est d'El Jem, l'antique Thysdrus, est étendu sur plusieurs centaines d'hectares.
Il est situé entre Thysdrus et Usilla, sur un .
Histoire et redécouverte Découverte Le site a été fouillé en 1970, puis de 1971 à 1974, par une équipe franco-tunisienne.
Les fouilles sont menées par l'Institut national d'archéologie de Tunis et l'Institut d'archéologie méditerranéenne d'Aix-en-Provence. Les saisons de fouilles portent sur l'étude du forum qui a livré des vestiges d'escargotières de l'Épipaléolithique ainsi que d'une installation néo-punique. Le qui mesure, selon les fouilleurs, sur , est muni d'un portique large de plus de .
Le trésor est découvert le dans une cruche en céramique dissimulée contre le mur, sous une dalle du forum de Rougga, dans une cache de de diamètre sur de profondeur. La poterie contenant le trésor intègre par la suite le dépôt archéologique d'El Jem.
L'importance du trésor est due en particulier à la qualité de la fouille réalisée, et du fait qu'il est complet, selon l'expression de Slim au début des années 2000. Avec cette découverte archéologique, .
Histoire
vignette|alt=Carte de l'Empire byzantin au milieu du .|Empire byzantin vers 650.
La ville de est présente sur la table de Peutinger. Des vestiges préhistoriques et néo-puniques des y ont été trouvés. Elle est le et entourée de . Un évêque y officie à la fin du . Au , l'exarchat de Carthage est réputé très riche, ce qui a pu aiguiser les appétits des éventuels envahisseurs.
Le premier raid musulman dans la région, qui date de (année 647 du calendrier grégorien), s'abat sur Sbeïtla, capitale de l'usurpateur, le patrice Grégoire, mais avec des conséquences pour les alentours de Thysdrus, puisque .
Les témoignages archéologiques sont précieux car l'époque était auparavant surtout connue par des historiens arabes postérieurs aux faits, dont Ibn 'Abd al-Hakam mort en 871, et d'autres encore plus tardifs car datés du . Les sources écrites sont accusées d'être soit trop brèves soit emplies d'éléments légendaires. Pour Ibn 'Abd al-Hakam, l'essentiel est de narrer la conquête de l'Égypte et des éléments de jurisprudence ; cette . Les récits maghrébins ou andalous ont été perdus. Les textes tardifs fournissent beaucoup plus de détails que les textes plus anciens, en particulier les récits d'Ibn al-Athîr qui, même s'il ne cite pas ses sources, .
vignette|alt=Vue générale d'un grand édifice en ruine au premier plan mais bien conservé à l'arrière-plan.|Vue générale de l'extérieur de l'amphithéâtre d'El Jem.
Le circuit des envahisseurs est inconnu tout comme le lieu de la bataille ou les . Les envahisseurs parviennent à prendre la forteresse d'El Jem. Les Byzantins paient un tribut ( selon al-Athîr) pour obtenir le départ des troupes arabes qui en tirent . L'expédition a duré , avec des raids dans la région de Gafsa ou au nord-ouest de Sbeïtla, puis une reprise de l'offensive contre les troupes de Byzance, dont les populations étaient menées par . L'amphithéâtre d'El Jem a été un lieu de défense, comme en témoignent les aménagements des arcades du rez-de-chaussée , et sert d'abris aux devant lequel les envahisseurs font le siège. Les Arabes, qui avaient dû faire face à des problèmes logistiques comme l'alimentation en eau, ont pu compter sur les citernes de Rougga, situées non loin de là, qui pouvaient contenir .
vignette|gauche|alt=Vue intérieure d'une citerne avec des piliers en maçonnerie et de l'eau dans ses parties basses.|Vue intérieure d'une des deux citernes romaines de Rougga.
De manière générale . L'étude numismatique permet de faire avancer la recherche mais, sur une dizaine de découvertes, la seule qui soit complète et dont on connaisse le contexte est le trésor de Rougga. Le trésor est enfoui entre 647 et 648 sur le site de l'ancien forum de la cité de Bararus, l'actuelle Henchir Rougga.
Ce forum, détruit au Bas-Empire comme de nombreux édifices de la ville, est recouvert de gravats et un habitat s'y installe à l'époque byzantine, à cinquante centimètres au-dessus du pavement. Des pièces sont aménagées sur l'emplacement du côté sud du portique. Le site de Rougga comportait un fortin byzantin avec les ruines du forum ; le trésor a pu être enfoui lors du raid sur la cité et son propriétaire . Le raid sur Rougga n'est que l'un de ceux menés dans la région et témoigne de la faiblesse du système de défense des Byzantins et de l'accord au tribut payé.
Description Description générale
vignette|alt=Présentation d'une céramique avec de nombreuses pièces de monnaie en or étendues.|Présentation du trésor avec la cruche en céramique qui le contenait. À gauche, des solidi globulaires, de petit diamètre.
Le trésor a été retrouvé dans une cruche de terre cuite avec un bouchon de céramique scellé avec du plâtre. Il est composé de de monnaie, des ..
Les pièces ont été frappées à Constantinople (), Carthage () et Alexandrie (deux exemplaires) et leur poids est situé entre (le poids théorique du solidus est de .). La masse totale du trésor est de , soit . La différence de masse est due au frai ou à des retraits de métal, soit pour frauder, soit pour adapter les pièces aux conditions économiques locales. Les monnaies frappées à Carthage sont plus légères et celles de Constantinople de moindre qualité numismatique, en raison de l'usure provoquée par leur circulation.
Les monnaies de Carthage ont une forme particulière, dite globulaire, plus épaisse et de moindre diamètre que les monnaies de Constantinople, tout en ayant le même titre et le même poids nominal, donc la même valeur. Cette technique locale de fabrication requiert moins de force pour la frappe et dispense de préparation préalable du flan, ce qui a pour conséquence une usure moins rapide des coins monétaires et une productivité accrue de l'atelier carthaginois.
Composition du trésor Les pièces de monnaie se répartissent entre les règnes de Maurice, Phocas, Héraclius et Constant II (582-602 et 646-647), et deux globules les plus récents datent de la cinquième indiction (-). Le catalogue montre une très grande diversité (y compris à l'intérieur des différents types monétaires) au niveau graphique mais aussi dans les abréviations utilisées qui sont des reflets des rapports politiques et religieux de l'époque.
Empereur Nombre de pièces de monnaie Maurice (582-602) 1 Phocas (602-610) 83 Héraclius (610-641) 120 ou 121 Constant II (641-668) 64 ou 63
L'exemplaire de la pièce de Maurice est d'un type datable de 592 et frappé à Constantinople. Ce type monétaire est frappé jusqu'en 602. Toutes les autres monnaies sont thésaurisées après cette date. L'épargne est considérée comme irrégulière même si elle continue à partir de 602.
Le nombre de pièces de Phocas est en avec le contexte politique qui précède l'accession au pouvoir d'Héraclius, l'Afrique étant dissidente après la révolte de l'exarque et des frappes importantes ayant lieu à Carthage avec une représentation du prétendant au trône.
69 monnaies d'Héraclius ont été frappées à Constantinople entre 616 et 625. Les premières monnaies du règne portent à l'avers un portrait de l'empereur accompagné du prince héritier Héraclius Constantin, au revers un ange ou une croix.
Le nombre de pièces de Constant II est un indicateur de la grande activité de la production monétaire au début de son règne, après dix à quinze années d'émissions limitées à la fin du règne d'Héraclius. Les monnaies les plus récentes sont contemporaines .
Les pièces les plus usées sont les plus récentes. Plus de 72 % des monnaies ne sont pas d'origine locale, ce qui constitue une différence avec les autres découvertes connues, qui comportent une grande majorité de de Carthage.
Interprétation Confirmation des sources littéraires Le trésor a , avec une tradition littéraire sur les premiers raids arabes et la confirmation archéologique de l'abandon du site.
Les sources littéraires byzantines sont très limitées, les sources arabes se rattachant à quatre traditions, trois du et la dernière du qui nous est parvenue intégralement.
Le trésor permet de confirmer les récits d'Ibn al-Athîr et d'autres auteurs, en dépit de leurs défauts. Il a une .
Témoignage fiable des conditions économiques du Le trésor a été thésaurisé durant les dernières décennies de l'occupation byzantine. La valeur du trésor a été estimée, à partir de documents notariés découverts à Tébessa, au prix de vente de 175 esclaves ou oliviers plantés sur .
La composition du trésor est juste avant les troubles qui mettent fin à la domination byzantine dans la Tunisie actuelle, et de la persistance de liens avec la capitale de l'empire : ce trésor est soit une caisse d'un commerçant dont les affaires étaient en Orient, soit celle d'un fonctionnaire venant du bassin oriental de la Méditerranée, ou alors une caisse destinée à payer des soldats. La forte production monétaire est un signe de la vitalité économique et de la reprise au début du règne de Constant II. Cette vitalité est peut-être à lier à un rebond à la suite de l'avancée arabe en Cyrénaïque antique en 642 et à Tripoli et Sabratha l'année suivante.
Les circonstances des fouilles sont parfaitement documentées et valides scientifiquement : la stratigraphie est donc fiable, contrairement à d'autres découvertes aux conditions de découverte mal connues et un contenu dont on ignore s'il est complètement parvenu jusqu'à nous. La seule autre découverte d'époque byzantine utilisable a été faite à Thuburbo Majus en 1924.
Témoignage de l'insécurité des dernières décennies de l'occupation byzantine La date d'enfouissement, au milieu du , confirme la tradition d'expédition arabe en Ifriqiya. Le trésor confirme et la violence du . Les événements précis sont méconnus.
Le premier raid musulman, uniquement de reconnaissance, a eu lieu en 645-646. Le raid de 647, beaucoup plus grave dans ses conséquences, a entraîné de lourds affrontements entre chrétiens et musulmans. La cache du trésor de Rougga est de ce fait contemporaine de l'un de ces deux premiers événements, daté du du fait de la composition du dépôt. L'enfouissement peut selon Roger Guéry être daté des deux phases de reconnaissance ou des razzias de 647, et a été réalisé dans les ruines de la .
L'enfouissement est lié au siège d'El Jem et n'est pas . Le trésor nous apprend . Le site de la cité, détruite sans doute lors du raid, est occupé par la suite par des Berbères sédentaires.
Références Classées selon certains ouvrages Histoire générale de la Tunisie, vol. I : L'Antiquité
Les grandes découvertes d'époque romaine
De Carthage à Kairouan, 2000 ans d'art et d'histoire en Tunisie
Recherches archéologiques franco-tunisiennes à Rougga. III. Le trésor de monnaies d'or byzantines
Catalogue
Étude numismatique
Le trésor de Rougga et l'expédition musulmane de 647 en Ifrikya
Un trésor byzantin témoin du raid musulman de 647
Bararus (Rougga)
Annuaire 1974/1975
Autres
Voir aussi Bibliographie
Articles connexes
Conquête musulmane du Maghreb Monnaie romaine Atelier monétaire romain
Liens externes . .
Rougga Rougga Catégorie:Économie au haut Moyen Âge