Le trépied de Giberville est un artefact archéologique gallo-romain découvert de manière fortuite sur le territoire de la commune de Giberville, dans l'actuel département du Calvados, région Normandie, en France, au .
Propriété de la société des antiquaires de Normandie à la suite d'un achat par Gervais de La Rue, il est déposé au musée des antiquaires de Normandie. Après des décennies d'incertitude quant au devenir de cette institution fortement endommagée par la bataille de Caen de 1944, l’œuvre est transférée au musée de Normandie à partir des années 1980. En 2024, il est conservé au musée archéologique de Vieux-la-Romaine.
Le trépied est un ouvrage très raffiné qui détonne avec l'absence de cité importante sur les lieux. Les connaissances archéologiques ont toutefois permis à la fin du et au début du de préciser l'occupation antique du site, même si l'usage de l'objet reste encore mystérieux.
Localisation Giberville, commune située au nord-est de Caen, est située à de l'Orne et de son affluent la Gronde. Le site, même s'il est peu précis vu l'ancienneté de la découverte, est sans doute à proximité immédiate de la Gronde. Le secteur est dans l'Antiquité une vallée sèche. Le site est localisé à une courte distance de la voie romaine reliant Vieux à Bréville-les-Monts.
Histoire et découverte Histoire vignette|gauche|alt=Carte des cités et des capitales à l'époque du Haut-Empire romain dans l'espace de l'actuelle Normandie.|Carte des cités et capitales à l'époque du Haut-Empire romain dans l'actuelle Normandie. vignette|gauche|alt=Localisation de la commune de Giberville sur la carte du Calvados, avec en filigrane les délimitations de circonscriptions administratives romaines|Localisation de Giberville sur le territoire de l'actuel département du Calvados.
La région entre Orne et Dives est très anciennement et densément occupée depuis longtemps. Deux zones d'habitat préromain sont identifiées sur le territoire de la commune actuelle, dont une ferme laténienne.
Le site, qui appartient durant l'Empire romain au territoire de la cité des Viducasses selon Élisabeth Deniaux (mais à celui des Esuviens selon Gaël Léon) est occupé du Haut Empire à l'époque moderne. Le maillage urbain antique est assez lâche, comparable à celui de la capitale de ce peuple.
À peu de distance du site où a été trouvé le trépied, des vestiges du Bas-Empire et du haut Moyen Âge sont fouillés en 1990. Les murs sont construits en solin et en torchis. Ce territoire est occupé par un . Gaël Léon évoque en 2022 un peut-être groupé, occupé entre 100 et 275. Le même signale que les vestiges peuvent appartenir au .
À de la ferme laténienne, est découvert un bâtiment qui mesurait sur et comporte sept pièces ne communiquant pas les unes avec les autres. Elles sont pourvues de dalles en pierre de Caen et couvertes d'. Les murs sont observés sur une hauteur de à . Selon Gervais de La Rue, du fait de la proximité de la rivière, la Gronde étant située , ce sont des vestiges industriels, peut-être des cuves de tannerie.
À proximité, des monnaies romaines sont découvertes : une d'Antonin, une d'Hadrien, une Crispine, un Septime Sévère et une représentant Postume.
vignette|gauche|alt=Dessin ancien en plan et en coupe d'un édifice composé de sept pièces|Monument romain de Giberville, trouvé en 1832 et dessiné par Amédée Léchaudé d'Anisy.
Un habitat des aux ruines est mis en évidence par des fouilles réalisées au début du sur le coteau au lieu-dit la « Delle de Derrière l’Église ». Un édifice muni d'un est reconnu, et l'habitat se prolonge vers la zone fouillée au . Des puits font également l'objet d'investigations. L'étude palynologique met en évidence un paysage de cultures céréalières, et des pépins de raisin et de pommes sont également rattachés à cette période d'occupation du site.
Le site est abandonné au durant la période de crise que connaît l'Empire romain, mais est réoccupé par la suite, tant dans l'Antiquité tardive que durant le haut Moyen Âge. Le site de Giberville se développe surtout à l'époque mérovingienne comme en témoignent les nécropoles, et l'église Saint-Martin trouve ses origines à cette époque.
Historique de la découverte et des recherches effectuées sur le site vignette|alt=Vue d'une église avec au premier plan un cimetière|L'église Saint-Martin de Giberville avec le cimetière.
Le trépied est découvert en 1812 et même si la Statistique monumentale du Calvados évoque la découverte en 1829, dans des vestiges de constructions romaines non loin de l'église Saint-Martin de Giberville. Arcisse de Caumont, Amédée Léchaudé d'Anisy et Charles Gervais se rendent sur place. Gervais de La Rue évoque une découverte de sarcophages en 1829 et une découverte fortuite du trépied pendant l'été 1812, , par un propriétaire effectuant des travaux dans la cour de sa maison. Gervais de La Rue en fait l'acquisition pour la Société des antiquaires de Normandie.
Au bord de la Gronde sont signalés au même moment des vestiges d'un édifice daté des . Des monnaies romaines sont trouvées non loin de ces vestiges.
vignette|gauche|alt=Photographie ancienne d'un édifice comportant un porche médiéval et une façade de l'époque moderne|Photographie ancienne de la cour du musée des antiquaires de Normandie.
Le trépied est, après son acquisition, déposé au pavillon des sociétés savantes à Caen avant d'intégrer le musée des antiquaires de Normandie lors de la fondation de cette institution culturelle. Il fait l'objet de la notice du catalogue des collections du musée établi en 1864, qui en comporte 762. Il est installé au premier étage du musée, dans une salle spéciale au petit matériel archéologique et dénommée .
vignette|alt=Vue d'un grand édifice au coucher du soleil|Logis des Gouverneurs, édifice qui abrite le musée de Normandie au sein du château de Caen.
Il est transféré au musée de Normandie depuis la constitution d'un département d'archéologie et la signature d'une convention entre la société savante et la ville de Caen le . L'œuvre est depuis conservée sous numéro d'inventaire D.S.A.N. 83-759.
Le secteur du site archéologique est à nouveau fouillé en 1944 et 1962. Le coteau entre l'église et la Gronde fait l'objet de fouilles préalables à l'installation d'un lotissement en 2005. On sait que le trépied a été mis au jour sur cet espace.
Description Description générale vignette|alt=Gravure ancienne d'un trépied avec les détails de la partie supérieure, comportant une tête féminine, et de la partie inférieure, avec une tête et une patte de lion|Gravure du trépied par Amédée Léchaudé d'Anisy. vignette|gauche|alt=Schéma en couleurs montrant les différentes parties du trépied : tête, partie basse et vasque|Schéma du trépied.
L'artefact archéologique retrouvé est d'.
Le trépied mesure environ un mètre de hauteur, précisément. Le trépied peut se refermer et est portatif. Chacun des pieds est muni de croisillons formant plusieurs triangles isocèles.
Le trépied est pourvu d'un bassin qui est une reconstitution moderne avec toutes les réserves que celle-ci comporte. La gravure réalisée par Amédée Léchaudé d'Anisy permet de se rendre compte de l'apparence de l'objet avant l'ajout de la vasque.
Description du décor de bronze Chaque pied comporte dans sa partie supérieure un protomé humain avec , un buste de femme et se termine en partie basse par une patte et une tête de lion. Un crochet est présent derrière les têtes, destiné à selon Charles Gervais.
Interprétation historique Vestige rare de mobilier gallo-romain Le mobilier d'époque romaine parvenu jusqu'à nous est très rare, même si l'archéologie donne des idées sur son apparence, avec des représentations sur vestiges lapidaires, des fresques ou même au hasard de conservations dans certains sites archéologiques dont les sites de la baie de Naples comme Pompéi ou Herculanum. Le mobilier est la plupart du temps en bois, et certains meubles comportaient des éléments métalliques. Les éléments métalliques ont la plupart du temps disparu, les matériaux ayant été récupérés.
Fonction incertaine vignette|alt=Vue d'un trépied pourvu d'un bassin sur une fresque principalement sur fond bleu|Trépied présent sur une fresque de la villa d'Oplontis. Le type d'objet, comportant un récipient, est connu depuis la plus haute antiquité. L'usage du bronze est habituel, même si d'autres matériaux, cuivre, pierre, bois, etc. ont pu être observés.
Attribut de l'Apollon de Delphes, l'objet a pu avoir un usage courant ou votif. Les trépieds d'usage courant peuvent se situer au-dessus de flammes ou non : pour les premiers, il s'agit de chauffer un liquide ou de cuire de la viande, soit pour un usage profane, soit pour un usage en relation avec un rituel religieux. Pour les autres, il s'agit de recevoir des liquides destinés à des banquets ou alors à finalité religieuse quand les objets étaient déposés dans des temples.
Les trépieds peuvent également être utilisés dans les cérémonies funéraires ou comme table à offrande voire comme . Le trépied peut aussi servir de simple objet de toilette. Il a pu également servir de récompense dans l'Antiquité grecque pour les vainqueurs de divers types de compétitions, tant sportives que lors des fêtes religieuses comme les chorégies ou Thargélies.
Le trépied a pu avoir chez les Étrusques un usage de table à libations ou funéraire. Certains objets ont pu servir de réchauds, voire être seulement décoratifs. À Rome, les trépieds ont pu posséder une cuve ou une tablette. Lorsqu'ils sont pliants, les trépieds ont appartenu selon Charles Victor Daremberg et Edmond Saglio à un type muni de tablette. Ils sont aussi à l'époque , utilisé pour les rites cultuels publics ou privés, pour les sacrifices ou les libations. Le trépied est un ustensile nécessaire aux sacrifices, avec la patère ou le . Ils servent également lors des rituels magiques ou lors des cultes funéraires.
Témoignage ténu de la présence d'une communauté prospère L'objet est et par sa qualité, le trépied de Giberville laisse envisager l'appartenance à une communauté relativement prospère et à un public à l'aise financièrement, et non uniquement des cultivateurs ou des éleveurs. Les habitants devaient jouir d'un .
Malheureusement, le n'est pas connu si ce n'est le bâtiment repéré au . Les archéologues ont pu conjecturer sur l'orientation de chemins menant à la confluence de l'Orne et de la Gronde. Le secteur de l'Orne a pu être pendant l'Antiquité un centre destiné aux échanges, comme pourraient en témoigner les découvertes anciennes de bateaux romains aux . Ces navires peuvent contenir des éléments artisanaux dont certains liés à l'industrie de la tannerie.
Notes et références
Statistique monumentale
Musée de Normandie Caen
Les nécropoles de Giberville (Calvados ) fin du - fin du ap. J.C
Giberville – La Delle de Derrière l’Église
Les collections de la Société des Antiquaires de Normandie au Musée de Normandie de Caen
Musée de la société des antiquaires de Normandie : catalogue et description des objets d'art de l'antiquité, du Moyen Âge, de la Renaissance et des temps modernes exposés au musée
Historique sommaire du Musée des antiquaires (1824-1963)
Calvados. — Giberville
Carte archéologique de la Gaule, 14. Le Calvados
Note sur des objets antiques découverts dans la commune de Giberville près Caen
Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines
Les agglomérations de bord de voie sur l’itinéraire Valognes - Bayeux - Lisieux
Voir aussi
Articles connexes Seau de Giberville Trépied sacrificiel
Bibliographie
Ouvrages généraux . . . . . . . . . . .
Ouvrages ou travaux sur la commune ou l’œuvre
Catégorie:Antiquité du Calvados Catégorie:Vieux-la-Romaine