Jean-Nicolas Truchelut est un horloger, inventeur puis photographe français, né le à La Bresse et mort le à Neuilly-sur-Seine.

Entre 1839 et 1889, il dépose différents brevets d'invention liés, entre autres, à l'horlogerie et à la photographie. Il fut notamment l’un des 15 élèves de Louis DaguerreJules Richard, « Figaro à l'exposition », Le Figaro, 26 septembre 1878, , photographe des Académies de France, contributeur régulier pour la presse française, membre de la Société française de photographie et président de la Chambre syndicale de la photographie. Il est surtout connu pour avoir inventé le panotype.

Biographie Premières années et formation Jean Nicolas Truchelut, né le à La Bresse dans le département des Vosges est le fils de Nicolas Truchelut, un cultivateur originaire du village voisin de Gerbamont et de Marie Jeanne Hans, fille d'un cultivateur de La Bresse. Le couple s'installe à La Bresse, dans une ferme à « La Clairie ». Nicolas Truchelut y loue ses bras comme marcaire. Vers 1822, il se reconvertit dans l'horlogerie. La région était depuis la fin du investie par les horlogers suisses. À la suite de la suppression des faveurs royales qui leur avaient été accordées, la plupart regagnèrent leur région natale. Commença alors l’ère d’une production locale dont Besançon deviendra la capitale française.

Bien qu'il soit issu d'une famille modeste, Jean Nicolas Truchelut reçoit une bonne éducation. Son père l'initiera à l'horlogerie, tandis que son oncle maternel, également l'instituteur du village, lui apportera les connaissances rigoureusement nécessaires à tout citoyen français de ce début du . Durant son service militaire, le jeune homme finira cinquièmeMémoires de l'Académie nationale de Metz, vol. 15, Académie nationale de Metz, Le Lorrain, 1834, . à un concours de grammaire organisé par l'académie nationale de Metz.

L'horloger À la fin des années 1820, Truchelut père et fils sont des horlogers ambulants et parcourent la campagne entre villes et villages. En 1831, Jean Nicolas, alors âgé de 20 ans, est reçu éligible au devoir civique. Trois ans après, alors qu'il sert toujours sa patrie, son père est retrouvé mort près d'Aix-en-Provence, laissant derrière lui sa femme et trois enfants. Jean Nicolas, seul garçon, se retrouve soutien de famille. Il s'établit d'abord à Langres, comme horloger ambulant, puis à Lyon où il semble parallèlement collaborer avec Auguste Gros, un horloger du 26 quai Saint-Antoine. En 1839, il dépose son brevet d'invention pour une montre qu'il nomme « montre thexique ou à réveil ». Ce brevet est souvent cité comme l'un des brevets précurseurs au réveille-matin d’Antoine Redier. Le , il épouse Françoise Pierrette Joséphine, fille du docteur André Gastier, un médecin de ville du bourg de Thoissey au nord de Lyon. Rapidement leur premier enfant viendra au monde, mais Jean Nicolas Truchelut était déjà à Paris, où il cherchait à s'initier à la photographie.

Le photographe Préparateur de Louis Daguerre vignette|190x190px|Daguerréotype par Truchelut en 1845. vignette|235x235px|Portrait de Truchelut, par Victor Chevalier.|alt=Bibliothèque nationale de France, Rés. Eg1-561.

Lorsque François Arago présente, le devant l'Académie des sciences de Paris, le daguerréotype, l'invention suscite un engouement immédiat. L'avènement de la photographie ouvre la voie à une nouvelle activité professionnelle. L'ambitieux jeune homme de 28 ans s'initiera dès la fin de l'année 1839 au nouveau médium en devenant l'un des élèves du maître. Il restera à son service jusqu'en 1841, comme l'un de ses préparateurs..

En 1846, son épouse meurt à l'âge de 27 ans, mais Truchelut est sur les routes. De 1841 à 1852, Jean Nicolas sillonne la France. Il est probable qu'il propose un double service : la daguerréotypie et l'horlogerie. Le plus souvent, ces daguerréotypistes ambulants étaient issus d’une formation étrangère à la photographie même, et nombre d'entre eux continuèrent de pratiquer leurs anciens métiers. On peut suivre une partie de la route de Jean Nicolas à travers la presse locale qui annonce son passage. Il est, par exemple, en , à Tours (Indre-et-Loire), en , à Langres (Haute-Marne)., ou encore en 1850, de passage à Colmar (Haut-Rhin).

Le passage de Truchelut à Tours, le samedi , est ainsi évoqué dans le Journal d'Indre-et-Loire :

La preuve de cette amitié, est aujourd'hui conservée à la Bibliothèque nationale de France, sous la forme d'une inscription manuscrite par Victor Chevalier au dos du daguerréotype qu'il réalise de son collaborateur, ..

En 1847, il est reçu au grade de Maître par la Loge « Les Vertus Réunies » à l'Orient de Vitry-le-François. L'année suivante, il épouse en secondes noces Joséphine Adèle Félicité Herbin à Vanault-les-Dames, Truchelut étant domicilié dans sa ville natale. Le couple s'installe non loin, dans la commune de Vagney. Il est probable que son activité d'horloger était plus rentable et nourricière à cette période, d'où une semi-sédentarisation dans le Grand Est français, berceau de cette activité en France.

Le panotype et les studios de photographie bisontins Le panotype En 1851, le négatif au collodion humide se répand. Il permet, entre autres, la réalisation d'une photographie positive sur verre. Présenté sur un fond sombre, le négatif est alors perçu comme un positif. L'ensemble est scellé hermétiquement dans un montage identique à celui des daguerréotypes. Il permet surtout au photographe ambulant de proposer des portraits moins coûteux et nécessitant un temps de pose moindre que le daguerréotype. Cette nouvelle photographie, nommée plus tard ambrotype, rencontre un véritable succès. Cependant, elle contraint le photographe ambulant à transporter une lourde charge de verre dans ses malles.. Jean Nicolas Truchelut dira avoir eu l'idée, durant l'été 1852, de transférer la couche collodionnée de la plaque de verre directement sur un morceau d'étoffe sombre. Au début de 1853, il cherche des collaborateurs pour améliorer sa technique, parmi eux, l'entreprise Wulff & Cie. Le , cette dernière tente de lui dérober son invention en déposant une demande de reconnaissance à l'Académie des sciences. La demande fut refusée pour défaut d'information sur le mode opératoire. Truchelut avait également écrit une lettre de contestation afin de revendiquer la paternité. Cette invention, d'abord nommée « toile cirée » ou « taffetas gommé » , prendra finalement le nom de panotype. durant le .

7, rue de l'Arsenal vignette|235x235px|Caricature de Truchelut par Bertrand. vignette|Atelier Central de photographie, 7 rue de l'Arsenal à Besançon.|alt=TRUCHELUT, ÉLÈVE DE DAGUERRE EN 1840, MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHOTOGRAPHIE. Mention honorable à l'Exposition de 1855. Portraits et groupes de famille de toutes dimensions, sans retouches ou miniaturés, sur papier, sur toile, sur ivoire, sur émail et sur tous les métaux ; sur verre, à 3 fr. Portraits cartes-de-visite à 12 francs la douzaine. Photographies microscopiques pour bijoux. NOUVELLE INVENTION. PORTRAITS DE GRANDEUR NATURELLE, sur toile ou sur papier, peints à l'huile ou au pastel. Plusieurs peintres de talent sont attachés à la maison. Vues de la ville et des environs pour stéréoscopes. Grand choix d'encadrements, écrins, broches, médaillons, cassolettes, porte-monnaie, albums pour cartes, etc. Copies amplifiées des anciens daguerréotypes, que l'on transforme en belles photographies. Portraits après décès rendus vivants. Leçons. Vente d'appareils. Réussite facile par mauvais temps, sous un pavillon vitré et chauffé en hiver. —— Le cliché qui a produit ce portrait sera conservé à la maison ; les nouvelles épreuves sont d'un prix peu élevé. Si on en désire, rappelez-vous le numéro.

La même année (1853), Jean Nicolas Truchelut se sédentarise définitivement en ouvrant au 7, rue de l'Arsenal, le premier studio photographique de Besançon. Rapidement son atelier devient un lieu recherché par les militaires de cette ville de garnison, puis les ecclésiastiques, grands amateurs de portraits. Enfin, l'abondante bourgeoise locale achèvera de fonder son succès. Très vite, il propose à ses clients les nouvelles inventions photographiques comme l'atteste la publicité au dos de ces cartes de visite « photographie au charbon » : un brevet d'invention de 1855 déposé par Alphonse Poitevin. Voyageant régulièrement à Paris, il participe à la première Exposition universelle française, où il obtient une mention honorable pour ses panotypes en 1855. En 1857, à la deuxième exposition de la Société française de photographie, dont il était membre depuis l'année précédente. En 1860, c'est Besançon qui souhaite se positionner comme la capitale de l'horlogerie. Pour cela, la ville ambitieuse conçoit la troisième exposition internationale en 1860, sur le modèle de l'Exposition universelle de Paris. Le chemin de fer achemine un grand nombre de visiteurs dont une grande partie passe devant l'objectif de Truchelut. Son atelier fourmille alors d'une équipe d'assistants, parmi lesquels : un ancien élève de Gustave Le Gray, Jean Marie Viane, et sa future épouse Françoise Alexandrine Désirée Houillier ; on trouve également Félix Théodore Valkman, qui deviendra plus tard le gendre de Truchelut (il succédera à Jean Nicolas Truchelut, en association avec son beau-frère Théodore Truchelut.). L'artiste bisontin Alexandre Bertrand laissera dans ses carnets de croquis un dessin à charge du succès de Truchelut.

14, Grande Rue vignette|Portrait d'homme par Truchelut en photographie et par les procédés de peinture.

Avec l'influence grandissante de la photographie sur la peinture, ajoutée au succès commercial du studio parisien Mayer et Pierson qui s'est spécialisé dans le portrait photographique retouché à l'aquarelle ou à l'huile, Truchelut devine le marché possible qui pourrait s'offrir à lui. En 1863, il ouvre un second studio au 14 Grande-Rue à Besançon, dans lequel il commence à exécuter des « Grands portraits peints à l'huile sur toile sans autre modèle qu'un Portrait carte ». Il s'agit de son nouveau brevet, utilisant les progrès dans les procédés d'agrandissement photographique. Pour réaliser ses peintures, il utilise les talents de Claude Nicolas Bourcheriette. Ce dernier exécutait déjà les rehauts à l'aquarelle et à l'huile sur les photographies du 7 rue de l'Arsenal. Les talents de portraitiste de Truchelut et l'expérimentation de nouveaux procédés de tirage lui permettent de maintenir une activité florissante, ce qui n'était pas le cas de nombreux studios. Ce fut certainement ce qui encouragea Truchelut à vouloir conquérir un nouveau public. Il installe un atelier de photo-peinture à Passy.

Finalement, en 1866, il vend son studio du 7 rue de l'Arsenal, incluant l'ensemble des clichés à Élise Mauvillier et son fils Alfred Robardet. Le matériel de studio, quant à lui, est cédé à son préparateur Jean Marie Viane, qui s'était installé, en 1863, à quelques numéros de son second studio.

Les studios de photographie parisiens 9, quai de Passy vignette|Lucie Jamin, première épouse de Henri Becquerel par Truchelut.