Hantu est un duo d'artistes performers français composé de Pascale WeberEn parallèle de la performance et de son activité d'écriture Pascale Weber pratique diverses disciplines somatiques, le Tai-Qi-Chuan, la danse butoh, la méthode Feldenkrais, la méditation et le rêve dirigé, des techniques vocales issues du joik, du chant de gorge ou chant diphonique. et Jean DelsauxJean Delsaux a co-dirigé durant Brouillard précis, un atelier de création en images de synthèse et images vidéo à Marseille. Il pratique la photographie et la vidéo et s'appuie dans son travail artistique sur son expérience de la Bio-énergie et du Tai-Qi-Chuan., fondé à la suite de plusieurs collaborations en 2006 et 2007. Hantu a créé de nombreuses performances, dans différents pays, généralement in situ, en privilégiant des lieux inhabités où la nature semble encore intacte.

Description

Les fantômes du corps Hantu (« fantôme » en indonésienValentina Gioia Levy, « Un défi à la disparition - à propos de la performance [do.ne][fɔʁm] », in Les nouvelles formes de présence dans la performance, Institut Répine/École des Beaux-Arts de Saint- Pétersbourg, 2018, : « le nom commun Hantu est utilisé en Indonésie pour définir des apparitions spectrales hantant des lieux, mais sans lien particulier avec ses habitants humains. Un concept très similaire à ce que les latins appelaient le Genius Loci, l'Esprit du Lieu, évoquant donc un état de cohabitation entre physique et métaphysique. ») fait référence à la puissance de la mémoire et des spectres qui accompagnent ou malmènent le corps. Hantu est à la fois le nom du duo constitué par Pascale Weber et Jean Delsaux, une typologie de 20 sous-ensembles de performances déclinées par le duo (de Hantu#1 à Hantu #20) et l'idée directrice du duo, selon laquelle, la création n'est ni affaire de promotion égotique, ni simple création d'auteur, mais une exploration qui vise à faire ressurgir et à accueillir les fantômes qu'abritent ou que portent nos corps. Comme le dit Valentina Gioia Levy : « dans le travail de Hantu, il ne s’agit pas de mettre en place des dispositifs relationnels ou d'explorer des possibilités nouvelles de produire des formes sonores. Il s’agit pour le duo français de révéler l’invisible et le flux des sons traversant le corps, produisant une répétition presque mécanique, un écho qui est un défi de la parole et du son au silence et à la disparition. Il s'agit de produire des images par le médium du corps, une exigence expressive qui semble répondre à une esthétique iconographique primordialeIdem, .».

Les corps atmosphériques Ensemble, Pascale Weber et Jean Delsaux conçoivent et réalisent, entre 2012 et 2020, en Europe, Afrique du Nord, Asie, en Amériques du Nord et du Sud, en Arctique, en Indonésie et dans la jungle de Mentawai, environ 70 performances qui se structurent entre présence et représentation du corps. Lorsqu'elles sont réalisées sans public, ces actions donnent lieu à des films ou des séries photographiques. Pour Hantu, le corps est un dispositif doué d’un pouvoir révélateur d'une réalité impalpable : « Dans leurs performances les artistes déploient des actions qui placent l’humain et son corps au centre d’un discours métaphysique qui touche à l’essence de l’être et de ses rapports avec le monde naturel et ses phénomènes. Le duo met généralement en place des actions simples, discrètes, dont l’harmonie formelle et la délicatesse évitent le grandiloquent, et qui contribuent à la création de microclimatsIbidem, .. »

Le corps pour le duo, est en même temps médium et champ d’investigation privilégié, comme le remarque Valentina Gioia Levy : « Parfois Hantu se concentre sur la tentative de rendre visible l’audible, d’autres fois, se focalise sur l’effort de rendre palpable la circulation de l’air, les turbulences atmosphériques qui agitent le corps, le rythme des courants fluctuants d’un fleuve jusqu’à la mer, autant d’actions qui produisent des simulacres éphémères de l’invisible dans le visible, de l’immatériel dans le matériel ».

Performance 46 -[do.ne][fɔʁm] Dans la performance phono-plastique Hantu#11-Performance 46 -[do.ne][fɔʁm], réalisée aux Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg en 2017, Delsaux et Weber se font face dans le noir. Lui, donne des indications phonétiques à sa partenaire, elle, prononce les différents sons : « Lorsque Weber prononce les paroles donner forme, une vapeur incorporelle s'échappe de sa bouche comme une pellicule inconsistante entourant son souffle parlé prenant forme. Le spectateur peut ainsi assister au déploiement du souffle parlé et de la parole dans l'espace. L’informe prend forme par l'acte de donner forme et l’invisible se révèle au regard par l’acte de révéler. Derrière le deux artistes est projeté un film vidéo sur lequel apparaissent des nuages de fumée correspondant au ralenti de la forme que prend l’air au sortir de la bouche de WeberIbidem....»

Pour le duo, il n'est possible de défendre l'environnement qu’en défendant la part sensible de notre corps, au lieu de jouer sur nos peurs et sur le sentiment de culpabilité. Valentina Gioia Levy souligne l'expérience immanente des performances de Hantu : « Le travail de Hantu se pose donc souvent dans une position de promiscuité, entre expérience physique et métaphysique, entre nature et artifice, engendrant des contaminations fugaces et continuelles entre les deux dimensions. Cela dit, si placer l'être de l’homme dans l'immatériel relève de la métaphysique et donc de la transcendance, replacer l’être dans la dimension matérielle nous ramène à la nature physique du réel. Les performances de Delsaux et Weber s'inscrivent donc dans cette démarche de retour à la dimension immanente de l'être et de l'univers et semblent engendrer une sorte de compte à rebours de la civilisation vers l'essentiel de l'existenceIbidem, . ».

La co-incidence des corps En tant que duo, Hantu s'intéresse aussi beaucoup à la co-présence et la représentation de l'autre, l'homme/la femme, l'animal, le partenaire, le spectateur, l'aïeule (Les Vieilles de Francisco de Goya), l'aveugle (Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient de Diderot) ou le consort chassé d'Eden (dans la peinture de Masaccio)…

Performance 37- Accommodation Dans la Performance 37- Accommodation (2016)Cette version est réalisée à la Maison de l'Italie, Cité Internationale universitaire, Paris/France, en juin 2016., sur la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient (1749), Hantu reprend la machine qu'utilise Nicholas Saunderson (1682-1739) pour ses calculs algébriques.

Pour Simona Polvani, « C'est cette structuration mathématique qui constitue le point de départ et le pivot […] de l’agencement du dispositif dramaturgique et performatif, […] Des chaises sont disposées dans le noir. Pascale Weber entre sur scène, vêtue d'un blouson et d'un short en satin bleu-violet, de bas fuchsia. La performeuse semble se glisser dans la peau de Saunderson, le met en jeu, sans jamais l'incarner en tant que personnage. Saunderson est évoqué à la troisième personne, dans un procédé de narration, descriptif, qui vise à la fois à fournir des informations aux spectateurs et à  donner des indications à la performeuse elle-même pour expérimenter la condition d'aveugle. […] Tout en représentant Saunderson et, en filigrane, l’aveugle né de Puisaux, elle demeure présente à elle-même, dans le chemin sensoriel et intellectuel qu’elle est en train d'emprunter dans la performanceSimona Polvani, « Voir à fleur de peau : la violence de l’accommodation », in Le théâtre et les sens. Théories, esthétiques et dramaturgies, [dir. Paola Ranzini), Itinera rivista di filosofia e di teoria delle arti, , 2017, [en ligne] (consulté le 16 septembre 2020). ».

Yanna Kor décrit la boxeuse aveuglée cognant dans le vide : « Pour moi, la situation est ambigüe : comme j'appartiens à l'univers féminin, l'Autre c’est évidemment l'homme ; mais en même temps j'appartiens à la société des voyants et, dans ce cas, l’Autre c’est l’aveugle. Mais qui est l’Autre pour les coups de Pascale ? Une autre elle ? L'autre au sens général ? Sa définition de l'autre, comme quelqu’un qui n’est pas elle, mais en même temps qui est elle, est également juste pour nous. Cet autre nous le rejetons, et nous cherchons en même temps à le toucher, parce que notre existence dépend de son regardYanna Kor, « Le combat pour le regard de l'Autre. À propos de la performance Accommodation de Hantu », in Le théâtre et les sens. Théories, esthétiques et dramaturgies, [dir. Paola Ranzini), Itinera rivista di filosofia e di teoria delle arti, , 2017, (consulté le 16 septembre 2020). ».

Pascale Weber le dit à Anna Kor : « Nous choisissons un point de vue, nous définissons une zone d’aveuglement, nous cherchons à échapper à la zone d’aveuglement de l'autre, à nous rendre visibles, et nous nous jetons dans ses bras pour voir que l’autre nous voit, pour exister. Au point de l’intersection des zones d'aveuglement ne se trouve pas l’Autre, qui que ce soit, homme ou femme, aveugle ou voyant, mais un combat infini pour son regard dans le désir d’être (visible), d'existerLettre de Pascale Weber à Yanna Kor, 6 juillet 2016, citée dans Yanna Kor, « Le combat pour le regard de l’Autre. À propos de la performance Accommodation de Hantu », in Le théâtre et les sens. Théories, esthétiques et dramaturgies, [dir. Paola Ranzini), Itinera rivista di filosofia e di teoria delle arti, , 2017, [en ligne] (consulté le 16 septembre 2020). ».

Performance 48 - Faute d'Eden La Performance 48 - Faute d'Eden a été réalisée en 2018Hantu#9— Performance 48- Faute d'Eden a été créé au Non-Lieu, de Roubaix/France, le 9 juin 2018.. Pour cette performance, Pascale Weber et Jean Delsaux, avec le musicien Bordel Pavelski, s'inspirent de la célèbre fresque Adam et Ève chassés du Paradis du peintre italien Masaccio.

Sylvie Roques décrit ainsi cette performance : « Une plate-forme surplombe deux énormes cuves. En arrière-scène improvisée, sur une grande toile noire a été grossièrement peint au Blanc de Meudon la forme incertaine des deux corps. Sur cette surface de plâtre est projetée l'image des performers nus dans la pose d'Adam et Ève. L'image apparaît progressivement durant la performance tandis que la luminosité baisse. C'est à la fresque de Masaccio que l’on songe en tout premier. Comme une transposition, un modèle incarné qui ne cesse de nous étonner. Les deux performers se sont emparés de la gestuelle avec précision. Nouveaux Adam et Ève, ils prennent la pose des deux personnages de la peinture. Il ne s'agit pas tant d'une imitation que de la reprise d’un mouvement celui de la marche, celui de la mise en dialogue ou de la mise en crise d'un couple. S'ils s'observent et tentent d'entrer en communication, les différences s’accentuent, les possibles s'explorent et les luttes s'expriment. Les rôles s'inversent. […]Sylvie Roques, « Faute d'Eden, une performance de Hantu (Weber + Delsaux) et Bordel Pavelski », in TK-21-La Revue, août 2018, [en ligne] (consulté le 16 septembre 2020). ».

Corps et plantes En 2013, Hantu commence la série de performance Corps et arbres. Cette série confronte et/ou associe le corps au règne végétal (arbres, plantes) en écho au rite mortuaire revisité des arbres-tombes Toraja (Sulawesi).