La station de Brest-Déolen appelée aussi « La Maison des câbles » est le premier centre français des communications télégraphiques transatlantiques. Elle est située à l'entrée du goulet de Brest dans la crique de Déolen en Locmaria-Plouzané (Finistère). Elle fonctionne de à .

Le choix de Déolen En étant situé à l'extrême Ouest de la France, Brest (Finistère) est la ville idéale pour exploiter les câbles télégraphiques transatlantiques. Mais pour des raisons de sécurité, les câbles ne peuvent pas transiter par le goulet qui donne accès à la rade (trafic maritime, courants maritimes…). Il faut donc trouver pour l'atterrissage des câbles un lieu à proximité de la ville puis les connecter à des câbles aériens ou souterrains.

En 1869, la Société du câble transatlantique français choisit la plage du Petit-Minou, en Plouzané, pour poser le premier câble transatlantique français à destination de Duxbury, presqu'île de Cap Cod, au sud-est de Boston aux États-Unis, en passant par Saint-Pierre-et-Miquelon. La plage du Petit-Minou est facile d'accès grâce à la route qui mène au fort et au phare. Mais l'exploitation du sable pour la construction et les courants découvrent fréquemment le câble.

Fort de cette expérience, Déolen est préférée pour la tranquillité des lieux « éloignés de toutes influences de parasites industriels nuisibles au récepteur ». Au début du siècle, un promeneur en dira :« Nous voici en pays de légende. Après avoir parcouru des contrées remplies de gazouillements de fontaines et d'ombres poétiques, nous voici maintenant au désert, sur un sol quasi-vierge, dans la lande, avec, devant nous, une falaise à pic, découpée en décors de théâtre, et la mer grondant au bas. Paysage de plein vent et de plein soleil. C'est le désert de Déolen. D'étroits sentiers dévalent brusquement jusqu'au fond d'un premier ravin où coule un ruisseau vaseux qu'il faut passer à gué. De l'autre côté, la montagne est rude à gravir, mais, une fois au sommet, nous serons dédommagé de nos fatigues par l'originalité du spectacle. À nos pieds s'ouvre la crique de Déolen, déchiquetée, taillée en dentelles granitiques. ».Contrairement à la plage du Petit-Minou, les câbles sont placés dans des rigoles taillées dans les rochers et recouvertes par l'océan à marée haute. L'accès difficile empêche toute exploitation industrielle du sable. Il n'existe pas de route en dehors des anciens chemins vers la vallée des moulins.

Les câbles sous-marins atterrissant à Déolen

Le premier câble transatlantique partant de Déolen La Compagnie française du télégraphe de Paris à New-York que les Américains surnomment PQ (initiales de son fondateur Augustin Pouyer-Quertier) commande la fabrication et la pose du premier câble partant de Déolen à la société britannique Siemens Brothers. Le câblier Faraday appartenant à cette dernière réalise la pose en moins d'un an.

En commence la pose du câble principal qui rejoint Saint-Pierre-et-Miquelon, plus exactement au sud de l'île dans l'Anse à Ravenel. Il mesure (). Il est complété le par une première extension de () reliant Saint-Pierre-et-Miquelon à Cap Cod (États-Unis) puis une ligne aérienne rejoint Boston et New York. Le est réalisée une deuxième extension de 188 milles () reliant Saint-Pierre-et-Miquelon à Big Lorraine près de Louisbourg (île du Cap-Breton, Nouvelle-Écosse, Canada). Cette ligne atteint un débit de 25 mots par minute. Ce câble est détruit en 1929 par un tsunami dans la région de Terre-Neuve.

Déolen-Porthcurno En 1880, un câble de relie Treryn Dinas près de Porthcurno (Royaume-Uni) à Déolen en contournant Ouessant. En , il servira, avec succès, à des expériences de téléphonie pour tester le matériel de Cornélius Hertz. Il est coupé en et réparé en en utilisant le câble Brignogan-Porthcurno. Il est fermé en .

Le Direct (un record mondial) En 1895 est créée la Compagnie française des câbles télégraphiques (CFCT). En 1897, elle fait poser un câble, par le câblier François Arago, sans relais intermédiaire, entre Déolen et la nouvelle stationLa station est fermée en 1959. Elle est transformée en musée privé en 1972 d'Orléans Cove à Cap Cod. C'est un record mondial, car il peut transmettre 40 mots à la minute sur ( milles). Il est surnommé « le Direct », c'est le plus long et le plus lourd câble sous-marin jamais posé. Il évite la zone de Saint-Pierre-et-Miquelon aux fonds peu profonds et trop fréquentée par les pécheurs, ce qui occasionne de nombreuses ruptures. En , il est prolongé par un autre câble de jusqu'à New York (Coney Island).

Pendant la Première Guerre mondiale, les sous-marins allemands tentent de détruire les câbles transatlantiques. Le , le sous-marin allemand SM U156 commandé par Richard Feldt tente de localiser et de détruire le Direct près des côtes américaines. Il coule trois barges de travail au large d'Orleans au Cap Cod. Plus tard, lors d'une intervention, il est constaté que le câble n'est que légèrement endommagé.

Le , c'est par le Direct que les Américains apprennent que Lindberg a réussi la première traversée aérienne en solitaire de l'Océan Atlantique.

Il est coupé en et rétabli en après d'importantes réparations. Il sert jusqu'en .

New York (Coney Island) - Fayal - Brest (Déolen) En , la Compagnie française du télégraphe de Paris à New-York est chargée de dérouter le câble allemand AZ vers Déolen. Le câble n'est pas une liaison transatlantique directe car il passe par Fayal dans l'archipel des Açores. Il est opérationnel en . Le , par le traité de Versailles, la France conserve le câble au titre des dommages de guerre. Il est coupé en et réparé en . Il est fermé en .

Les câbles du Petit-Minou et celui de Brignogan déroutés sur Déolen En 1945, les câbles du Petit-Minou sont déroutés sur Déolen sauf celui de qui ne fonctionne plus. Le câble posé en relie la station à Dakar-Yoff (Sénégal). Ceux pris aux allemands et gardés au titre des dommages de guerre en relient Déolen à Casablanca (Maroc) et Dakar. En étant reliée à Dakar, la station émet jusqu'à Pointe-Noire (Congo), Monrovia (Libéria) et Douala (Cameroun) mais aussi vers l'Amérique du Sud.

En 1945, le câble de Brignogan (Finistère) à Porthcurno (Royaume-Uni), acheté en aux Anglais, est dérouté sur Déolen par l'île d'Ouessant (Finistère).

Histoire de la Maison des câbles Au départ un cabanon technique Pour la Compagnie française du Télégraphe de Paris à New York, le comte Arthur Dillon souscripteur et administrateur de la compagnie achète pour le compte de la société la parcelle D906 pour y construire une station.

Dès le départ, les relations avec le voisinage sont difficiles. Les cultivateurs de la commune déposent une pétition car la société veut interdire la récolte du goémon qui sert d'engrais dans leurs champs. Les propriétaires des terrains donnant accès à la station demandent un prix exorbitant pour vendre leurs parcelles pour permettre la construction d'une route.

Le cabanon technique de Déolen sert de relais entre le point d'atterrissage et les locaux d'exploitation à Brest par câbles souterrains. Il est remplacé par une maison à étage comme l'atteste le cadastre de Matrice cadastrale, archives Locmaria-Plouzané. Un gardien, M. Kerouanton puis M. Sévère son gendre, y vit avec sa famille et veille sur les équipements de mesure. La maintenance est assurée par des équipes techniques venant de Brest.vignette|Bande Baudot En , l'exploitation des câbles transatlantiques se fait à Brest à l'hôtel des Postes, 32 rue du Château. Le transfert des messages est manuel. Un agent lit directement la bande, puis la tape à la machine à écrire pour la donner à celui qui renvoie le message soit vers Porthcurno au Royaume-Uni, soit vers Paris ou au réseau national français qui utilise le code Baudot.

En , la station devient la propriété de la Compagnie française des câbles télégraphiques (CFCT).

Première Guerre mondiale Pendant la Première Guerre mondiale, l'entrée en guerre des États-Unis, en , entraîne une forte augmentation du trafic transatlantique. Les sous-marins allemands provoquent plusieurs ruptures sur les côtes canadiennes et américaines. « Le Direct » est le seul à ne pas être coupé. Le câble AZ allemand est détourné sur Déolen et restera français au titre des dommages de guerre. Certains agents de la compagnie sont payés partiellement pendant leur mobilisation pour s'assurer de leur retour.

Agrandissement et modernisation de la station En , Brest est un grand centre français de communications utilisant deux sites techniques.

Le Minou est un réseau gouvernemental vers l'Afrique de l'Ouest et l'Amérique du Sud. Déolen est un réseau privé contrôlé par l'État vers le Royaume-Uni et l'Amérique du Nord et du Sud.

En , un bâtiment technique vient prolonger la maison à étage. Une station d'exploitation et des dortoirs pour les personnels d'astreintes y sont aménagés. Trois logis mitoyens sont construits pour le gardien et deux techniciens et plus haut à flanc de colline la maison du directeur. Les pierres en granite viennent de la carrière de Ru Vras à proximité. Elles sont transportées par wagonnet sur un rail posé à cet effet.

En , une route privée est construite. Elle mène à Pen ar Menez par la route de Kerhallet.

Une citerne est construite au bord de la route pour alimenter la station et les logements. Il existe une fontaine près des bâtiments mais son eau est interdite « aux femmes enceintes et aux nourrissons ». Les habitants de la station y cultivent du cresson des fontaines.

Sur le plan technique, la station est équipée d'amplificateurs Heurtley et de lignes artificielles qui permettent de doubler la vitesse de transmission des messages. La station est reliée au central téléphonique de la place Wilson (Brest) par un nouveau câble souterrain commun dans sa traversée de la ville avec les embranchements des forts du Dellec et du Petit Minou.

En , les personnels de Brest sont transférés à Déolen. La station est dotée d'un relayage automatique qui a pour conséquence de réduire le personnel de 120 personnes à Brest à 20 à Déolen. Le personnel en sureffectif est muté en région parisienne.

Il ne faut plus que deux minutes pour la transmission d'un télégramme de New York et Paris ou Londres.

La station dispose de trois groupes électrogènes fonctionnant d'abord au charbon puis au gazole après la Seconde Guerre mondiale. Ils chargent un millier de batteries alimentant les câbles. À partir de , la station est reliée au réseau électrique.

Deuxième Guerre mondiale Dès en prévision de la guerre, pour anticiper l'absence d'opérateurs, le directeur Édouard Bernard, avec la Commission de contrôle télégraphique du deuxième bureau Marine, oblige les techniciens à apprendre à taper à la machine à écrire. Ils peuvent dès assurer sur place le contrôle des dépêches qui sont transmises matin et soir, lors de la relève du personnel au bureau Marine.

Dès 1938, il est prévu de loger les personnels de la société évacués du Havre (Seine-Maritime) et de Paris à Porsmilin en Locmaria-Plouzané dans des locaux loués et les cadres de la direction régionale évacués de Paris à l'hôtel d'Armorique.

Le gouvernement impose la censure et les communications sont essentiellement militaires sur les lignes transatlantiques. À partir du , elle est protégée en permanence par un sous-officier et dix hommes du régiment régional logés dans une maison du personnel.

Juin 1940 La station de Déolen devient la tête de ligne des diverses compagnies de câble reliant la France aux États-Unis (Western Union, Commercial Cable Company…). Inquiet de voir la progression rapide des Allemands, Édouard Bernard remet les tracés sous-marins des câbles transatlantiques à des cadres de passage de la Western Union.