Les reliefs mithriaques de Jort sont des sculptures en bas-relief trouvées en 2011 dans la commune éponyme, département du Calvados, région Normandie, en France. La découverte a lieu de manière fortuite lors de travaux publics d'assainissement et les bas-reliefs sont depuis lors conservés dans la mairie de la commune.

Les cultes dits orientaux se développent de manière importante dans l'Empire romain à différentes périodes mais essentiellement au début de l'ère chrétienne. Mithra est initialement une divinité indo-iranienne, fils d'Anahita. Son culte connaît un important développement dans l'Empire aux , avant d'être interdit tout à la fin du par l'empereur romain Théodose .

En dépit du caractère fragmentaire des bas-reliefs, et de l'aspect naïf des représentations, ils constituent un très rare exemple d'identification de vestiges liés au culte voué à Mithra dans le nord-ouest de la France actuelle.

Histoire Histoire antique du site Jort est à l'époque romaine ., un gallo-romain situé sur le chemin Haussé, voie romaine reliant Vieux à Exmes.

Jort est un point de passage installé à la frontière entre les Lexoviens et les Viducasses, sur la voie Lisieux-Avranches qui croise la voie reliant Vieux/Bayeux à Chartres, et un carrefour situé à un lieu de franchissement de la Dives. Les blocs sont retrouvés sur l'ancienne route qui mène à Exmes puis Sées.

Avec la mise en place du système de défense du , des troupes et des cultes orientaux arrivent dans la région au .

Au plan micro-toponymique, un champ situé dans la partie orientale de la commune s'appelait au .

Histoire de la découverte vignette|Musée de Normandie à Caen, lieu d'exposition du relief en 2018-2019.

De premières trouvailles ont lieu au . Un mémoire est réalisé dès le début du second quart du , aux fins de réaliser la statistique monumentale écrite par Galeron. En 1834, la réalisation d'une route aboutit à d'autres trouvailles, bientôt suivies de . Les blocs sont retrouvés plus récemment dans le même secteur .

Les bas-reliefs sont découverts de manière fortuite lors de travaux d'assainissement collectif dans la petite commune, dans la rue Albert-Guillain, ancien le . L'inventeur des blocs est le maître d’œuvre du chantier, un ancien archéologue du conseil général du Calvados. Les blocs sont succinctement nettoyés et la municipalité ainsi que les services de l’État sont informés. Aucun autre bloc n'a été retrouvé alors que le pelleteur dit avoir vu d'autres blocs et maçonneries. Même si les témoignages indiquent une découverte des blocs dans de la terre située sous une chaussée de pierre, le contexte archéologique est seulement partiellement connu mais . Le contexte stratigraphique interdit d'y voir une création d'un faussaire.

Des fouilles sont réalisées sur le site dans une propriété privée de la rue et sont alors identifiés des vestiges d'une habitation romaine datés du .

Le relief est depuis lors conservé à la mairie de la commune. Il est intégré à l'exposition Vous avez dit barbares ? au musée de Normandie à Caen en 2018-2019.

Description Les bas-reliefs sont en pierre de Caen, matériau qui sous-entend une réalisation locale. Ils présentent des traces de destruction anciennes mais aussi plus récentes, liées à la découverte des vestiges à l'aide d'engins de chantier.

Deux plaques de calcaire sont retrouvées. Le premier bloc est parvenu jusqu'à nous . Les plaques sculptées, des , ont d'abord servi au début de l'ère commune de corniche.

Bloc L'étude de la modénature du bas-relief a permis de proposer une identification à une corniche ou toute autre partie architecturale datable du Haut-Empire romain. Le relief n'a pas subi les intempéries. Ce premier relief a été retravaillé dans un second temps en .

Le bloc provient sans doute d'un monument funéraire et la sculpture est donc réalisée sur un bloc en remploi.

Le bas-relief mesure initialement sur et présente le sacrifice d'un taureau ; il est désormais car seule en subsiste la partie gauche, irrégulière car mesurant sur sur un côté et de sur . Seul un tiers de la sculpture est conservé.

Les vestiges permettent une identification : un buste dans un médaillon de de diamètre comporte une tête aux traits grossiers et radiée, munie de six pointes. Ce relief est très naïf. Un personnage debout est présent sur le côté gauche du relief, haut de ; il porte une sorte de perche dont la partie supérieure est perdue. Les jambes sont croisées. Le personnage porte une tunique ainsi qu'une cape attachée sur l'épaule au moyen d'une fibule. Ce personnage est considéré comme juvénile, bien que les déprédations subies par le bloc rendent difficile l'interprétation. Sa tête est entourée d'une auréole interprétée par les spécialistes de la sculpture antique comme simplement liée au processus de taille et non comme un attribut indiquant la sainteté .

Bloc vignette|Le bloc , fragment d'une représentation interprétée comme la naissance de Mithra.|alt=Le bloc 2 avec un personnage et un cercle Ce bloc porte une représentation humaine et il n'est également conservé que partiellement. Il en subsiste un fragment de sur pour une épaisseur de . Le relief a également été sculpté dans un bloc en remploi scié en deux parties au moment de sa réutilisation comportant une rosace à cinq branches et des rais-de-cœur. Un des côtés est difficile à décrire du fait d'une exposition aux intempéries. Le premier usage est difficile à dater car le motif à rais-de-cœur est connu dans la région dès le , ce qui n'est pas le cas de la rosace.

Le second bloc, dans sa réutilisation, est plus complexe que le premier car on n'en trouve pas d'équivalent. Il représente une . Le bloc est mal conservé puisque abîmé par l'engin de chantier. Il figure un homme portant un bonnet et levant un anneau. Le nez du personnage est peu épaté, avec une et les . Le bonnet ressemble au bonnet représenté sur l'autre bloc sans être semblable. Le personnage est peut-être présenté nu, il tend un anneau qui est .

La représentation n'est pas seulement partielle, elle est aussi très naïve.

Interprétation Les spécialistes pensent que le relief auquel appartiennent les fragments retrouvés présente le sacrifice du taureau par Mithra. Les scènes représentent le sacrifice et la naissance de la divinité.

Représentation canonique dans le culte de Mithra et originalité des blocs de Jort vignette|Tauroctonie du sanctuaire de Mithra de Marino.|alt=Tauroctonie du sanctuaire de Mithra de Marino en Italie

Sanctuaires et représentations classiques Les représentations liées au culte de Mithra sont assez bien connues et permettent une identification des blocs retrouvés à Jort. Ces images sont présentes dans l'Empire romain du .

Les reliefs mithriaques figurent le Soleil et la Lune encadrant une représentation du sacrifice du taureau par Mithra. La divinité orientale s'apprête dans les représentations à égorger l'animal. Elles ont été étudiées à l'extrême fin du par Cumont et au par Vermaseren.

Les sanctuaires de Mithra sont petits, conçus pour abriter de dix à trente personnes. Les sont soit installés dans un édifice existant, soit dans une construction nouvelle. Il y a peu de décor architectural, et les banquettes destinées aux croyants sont munies parfois de placage. Des décors peints ont parfois pu être reconnus, mais la décoration est exempte de mosaïques en Gaule.

Dans l'édifice, une crypte rappelle l'espace où Mithra a sacrifié le taureau. Le cultuel se situe tout le long de la largeur de la nef, trois autels sont présents et la tauroctonie est à proximité. L'iconographie mithriaque est connue car sont représentées les , même s'il y a des déclinaisons locales.

Bloc : fragment d'une tauroctonie

redresse=0.5|vignette|Statue en marbre du retrouvée à Panormus. Elle représente Cautopatès en dadophore.|alt=Statue de Cautopatès en dadophores Les statues cultuelles sont similaires : des dadophores sont représentés, des nommés Cautes et Cautopates, de ; un lion pouvait être présent ; le temps pouvait aussi être représenté, tout comme une scène de la naissance de Mithra surgissant de la pierre ; la tauroctonie avait lieu . Les statues sont polychromes.

Les bords du relief de Jort évoquent une niche, .

Sur la partie gauche est conservé un des deux dadophores. Les deux personnages étaient représentés de façon à peu près semblable, la seule différence étant l'accessoire tenu en main. Vêtus à la mode orientale, ils croisent les jambes et portent différemment leur torche, l'un la brandissant vers le haut et l'autre vers le bas, . Ils sont les . Les dadophores sont vêtus à la mode orientale, comme la divinité et éléments communs aux , même si la représentation de Jort est naïve et incomplète. Le personnage de Jort a perdu le sommet de l'objet qui était peut-être une torche, et le bonnet phrygien a également disparu. La représentation de Jort ressemble aux représentations connues de Cautès. La figure des dadophores est , en particulier car ils ne participent pas au sacrifice du taureau.

La scène centrale est perdue hormis .

Une tête radiée située en haut du relief figure , le soleil. Le côté perdu devait figurer , la lune.

Bloc : représentation originale L'interprétation en est car aucune représentation similaire n'est connue. Selon les études de Franz Cumont, il faut une attention aux symboles mais qui constituent un corpus connu.

Les bras levés sont un élément des représentations de la naissance de Mithra, appelées : un enfant nu, enfoncé dans un rocher, tend un couteau et une torche . À Jort, c'est une couronne qui est figurée. Certaines représentations comportent un globe et dans un . L'anneau est remplacé parfois par une couronne végétale. La représentation de Jort, si elle est un Mithra pétrogène, est une . La sculpture permet d'aider l'.

Pour le bloc , Schütz évoque une représentation originale, une figuration de la naissance du dieu Mithra qui porterait l'anneau cosmique. Cette interprétation est du fait du caractère singulier de la découverte.

Témoignage de l'histoire locale à la fin de l'antiquité romaine et problématique du commanditaire des reliefs Entre la fin de la Tétrarchie et la fin du , l'administration impériale met en place un système de défense et Jort, à la croisée de plusieurs voies importantes et sur un fleuve côtier, a un rôle stratégique.

Les représentations de Mithra découvertes dans les différentes provinces possèdent des similitudes mais les œuvres se distinguent par leur maladresse ou leur . Elles sont réalisées par des artisans locaux et les reliefs sculptés étaient un lors des initiations au culte de la divinité.

Les reliefs de Jort sont compatibles tant avec un collectif qu'individuel, lié à une pratique isolée. Le commanditaire peut être soit un ancien militaire, soit un marchand, ou encore un membre de l'administration de l'Empire installé dans la contrée. Selon Dubois, le est : il est bâti à l'initiative d'un privé mais est un lieu public destiné à une communauté. Les reliefs sont placés dans l'adyton des temples, mais pouvaient être placés dans des demeures ou des oratoires privés.

Le sculpteur de Jort manque de maîtrise comme en témoigne en particulier la pseudo-auréole involontaire liée à . Le tracé est schématisé et, même s'il est à replacer dans l'évolution de l'histoire de l'art, peut être dû à une création provinciale et populaire. Ces reliefs peut-être dus à un artisan local semblent donc destinés à la dévotion de membres de classes modestes.