Helleborus cyclophyllus est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Ranunculaceae. C'est une plante herbacée vivace poussant dans les Balkans et en particulier en Grèce où elle est célèbre depuis l’Antiquité comme plante médicinale. Dans le Corpus hippocratique, elle est connue sous le nom d’ellébore noir (elleboros melas ελλεβοροσ μελας) réputée comme un excellent évacuant puis à partir des premiers siècles de notre ère, elle fut principalement recommandée en usage interne pour guérir la folie (voir Histoire de l’ellébore médicinal).
Son feuillage est caduc, ses fleurs vert clair.
Étymologie
Le nom de genre Helleborus, introduit par Linné en 1753 dans Species plantarum, désigne en latin et en grec ελλεβορος - elleboros une espèce d'hellébore qui était l’évacuant par excellence de la médecine hippocratique dans la Grèce antique (André).
L’épithète spécifique cyclophyllus est une composition du grec ancien κύκλος - kuklos, « cercle, roue » et φυλλον - phullon, « feuille » (Bailly). En grec ancien, l'upsilon se prononce vraisemblablement et change de point d'articulation à l'époque classique en . L'épithète cyclophyllum, -us s'applique parce que les feuilles sont pédalées c'est-à-dire qu'elles sont constituées de segments unis en un point à la base (palmés).
Histoire de la nomenclature
Aux s , l’ellébore noir (elleboros melas, έλλέβορος μέλας, terme employé dans les textes médicaux grecs antiques) est une des plantes médicinales les plus utilisées par les médecins hippocratiques. Le remède continua à être connu grâce à l’ouvrage de référence de la matière médicale de Dioscoride, traduit au cours des siècles, en latin (De materia medica), syriaque, arabe, persan et langues européennes.
Au , le médecin italien Mattioli écrivit un Commentarii in libros sex Pedacii Dioscoridis, orné de 500 gravures, qui connut un immense succès. L’œuvre fut publiée en italien en 1544, puis en latin en 1554 et traduite en français en 1572 et en allemand en 1626. Sur la base des descriptions sommaires de l’Antiquité, Mattioli assure que (Commentaires de Matt. de Diosc., III, chap. CXLVI).
Dans ce seizième siècle européen, la botanique commence à se construire comme une véritable science : les descriptions de plantes sont plus méticuleuses, la terminologie s’établit, les diverses parties du végétal sont analysées, des herbiers sont constitués et les premières ébauches de classifications apparaissent.
L’identification de l’espèce d’hellébore que connaissait Hippocrate, va maintenant être l’œuvre de botanistes. Il faudra toutefois quatre siècles, pour que les botanistes explorateurs Pierre Belon au et Pitton de Tournefort au , puis les théoriciens du siècle des Lumières, Carl Linné et Jean-Baptiste de Lamarck et enfin le botaniste explorateur Edmond Boissier au , tirent au clair l'identité botanique de elleboros melas qui croissait dans les montagnes de la Grèce antique.
thumb|upright=2|center|Chrolologie des cinq botanistes ayant contribué à établir l'identité botanique de Helleborus cyclophyllus
De 1546 à 1549, le naturaliste Pierre Belon (1517-1564) accompagne deux ambassadeurs de François Ier auprès de Soliman le Magnifique. Il parcourt le Levant de 1546 à 1549 et lorsqu’il passe au mont Athos, il observe dans plusieurs vallées l’hellébore noir. Dans le récit qu’il en donne, Les observations de plusieurs singularités et choses mémorables, il remarque que sur ce mont Athos, il et sur le mont Olympe, il observe que .
La seconde expédition au Levant a été décidée par Louis XIV qui envoya le naturaliste Pitton de Tournefort (1656-1708) afin de (Fontenelle, préface à Relation d’un voyage au Levant, tome1). Il partit de Marseille le 9 mars 1700 et visita la Crète, les Cyclades, Constantinople, et l’Asie mineure, sans passer par la Grèce-Centrale ou la Thessalie (avec au nord le mont Olympe).
Dans le tome 2 de son récit, il écrit p. 474:
(Relat. voy. au Levant, tome 2)
Avant d’entreprendre cette expédition, Tournefort avait proposé une nouvelle classification des plantes dans un ouvrage intitulé Éléments de botanique (publié en 1694) puis en latin Institutiones rei herbariae (en 1700). Avant Linné, il propose de regrouper les espèces de plantes par genre, et de faire commencer le nom des espèces d’un même genre par le même terme. Dans la classe VI, le genre XI, intitulée Helleborus, Ellébore noir, il note (Elémens de botanique, p. 85). Dans sa liste d’ellébore noir, il signale deux Ellébores noirs orientaux, l’un à très grande feuilles, à tige très élevée, à fleur purpurine et un autre à feuilles de Renoncule, à fleur non globuleuse.
Carl Linné (1707-1778) intervient dans cette histoire de l’elleboros melas, non pas pour avoir contribué à l’identifier, mais pour avoir fermement établi un système binomial d’appellation des espèces qui servira à le nommer. En 1753, dans Species plantarum, il crée le genre Helleborus, possédant cinq espèces : H. hyemalis, H. niger, H. veridis, H. foetidus, et H. trifolius. Son hellébore noir (Helleborus niger) est purement européenne (Habitat in Austria, Hetruria [Toscane], Apenninis), il ne mentionne pas l’Ellébore noir oriental de Tournefort.
Lamarck qui s’intéressait à la classification, connaissait bien les travaux de Tournefort qui de surcroit avait travaillé dans la même institution que lui Le Jardin du Roi devenu le Muséum national d'histoire naturelle en 1793. Car, s’il est surtout connu pour être le premier scientifique à avoir défendu l’idée d’évolution, il fut aussi l’un des plus grands botanistes de son temps. Dans Encyclopédie méthodique. Botanique publié en 1789, il introduit une nouvelle espèce dans le système binomial, Hellebore du Levant, Helleborus orientalis . Elles ont un calice à 5 folioles ovales ou arrondies, 5 pétales ou davantage, tout à fait tubuleux, en cornet, plus court que le calice, un grand nombre d’étamines, plusieurs ovaires droits. La distribution est dans l’aire de la Grèce antique (Grèce centrale, Anatolie) .
Il ne restait plus qu'à un botaniste expérimenté d'aller sur le terrain pour contrôler les informations assez parcellaires jusque-là récoltées. C’est ce que fit le botaniste suisse Edmond Boissier (1810-1885), ancien élève de Augustin Pyrame de Candolle, qui avait acquis une solide expérience en élaborant la première flore d’Espagne. En 1842, il part en Grèce et parcourt le Péloponnèse, et dans l’Empire ottoman, les environs de Constantinople, ainsi qu'en Asie mineure, La Lydie, La Carie, la Bithynie. La Grèce longtemps occupée par l’empire Ottoman venait d’obtenir son indépendance par le Traité de Constantinople (1832). Dans Flora Orientalis, il donne la description d’une nouvelle hellébore, qu’il nomme Helleborus cyclophyllus et qu’il localise dans la région du mont Parnasse, l’Eubée, le mont Hélicon en Béotie. Il conserve néanmoins l’espèce Helleborus orientalis Lamarck qu’il localise en Macédoine, Thrace, Asie mineure boréale.
Description Helleborus cyclophyllus est une plante vivace, de 40 à de haut et autant de large. thumb|Feuillage
thumb|Fleurs aux sépales verts
Le feuillage est caduc, il meurt à l’automne. Les feuilles se développent sur la tige florale, une fois qu’elle a pris de la hauteur.
La feuille est pédalée, formée de sept segments principaux dont les extérieurs sont à nouveau divisés pour former jusqu’à onze segments. La foliole centrale n’est jamais divisée. Les segments sont largement lancéolés, dentés, densément velus en dessous, spécialement pour les feuilles naissantes qui ont des poils argentés.
L’inflorescence est une cyme portant plusieurs fleurs. L’axe portant les fleurs de de haut est robuste. Les bractées sont divisées comme les feuilles et dentées.
Les fleurs, de de diamètre, sont aplaties ou en forme de soucoupe, pendantes ou tournées vers l’extérieur. Elles sont parfumées.
Elles sont normalement vertes, pouvant tirer sur le jaunâtre, voire le crème mais jamais le blanchâtre comme H. orientalis. Elles portent 3 à 7 carpelles, libres à la base (ne se joignant pas entre-eux), chacun courtement pédonculé.
La floraison se déroule de février à mars-avril.
Habitat et répartition L’hellébore de Grèce est typiquement une plante de montagne qui croît dans les clairières, au milieu des broussailles, sur les talus herbus, dans les bois.
Distribution : sud de l’ex-Yougoslavie, nord de la Grèce, sud de la Bulgarie, Albanie.
Notes
Références
Liens externes
- synonyme
Catégorie:Ranunculoideae Catégorie:Espèce de Ranunculaceae (nom scientifique) Catégorie:Dicotylédone d'Europe Catégorie:Plante médicinale d'Europe Catégorie:Plante à fleurs de Grèce Catégorie:Plante toxique Catégorie:Espèce décrite en 1867