John Henry Newman, né à Londres le et mort à Edgbaston le , est un saint catholique britannique. De son vivant, il est prêtre, cardinal, théologien, philosophe, essayiste et poète. Anglican à l'origine, il se convertit au catholicisme en 1845.
Étudiant à l'université d'Oxford, Newman est ordonné prêtre anglican et devient bientôt un théologien influent. Il publie plusieurs textes, les Tracts for the Times, destinés à défendre l'indépendance de l'anglicanisme face à l'État britannique. Ainsi naît le Mouvement d'Oxford, dont il est l'un des principaux acteurs. Cependant, ses recherches sur les Pères de l'Église l'amènent à se convertir au catholicisme, qu'il voit désormais comme la confession la plus fidèle aux racines du christianisme.
Ordonné prêtre dans l’Église catholique en 1847, Newman implante la Congrégation de l'Oratoire en Angleterre, avant de partir pour Dublin afin d'y fonder une université catholique. Pour expliquer sa conception de l’éducation et de la science, il donne un cycle de conférences, L'Idée d'université, mais il se heurte à la méfiance des évêques irlandais. D'une façon générale, Newman est regardé avec suspicion au sein du clergé catholique britannique, qui n'apprécie guère son indépendance d'esprit, alors qu'il fait figure d'apostat aux yeux des anglicans. Pour répondre aux uns et aux autres, il relate les raisons de sa conversion dans Apologia Pro Vita Sua, ouvrage qui accroît sa notoriété.
La controverse soulevée par le dogme de l’infaillibilité pontificale conduit Newman à défendre l’Église catholique dans sa Lettre au duc de Norfolk, dont les thèmes seront en partie repris par le concile Vatican II. Il écrit par la suite la Grammaire de l'assentiment, qui se veut une défense de la foi face au développement du positivisme. Le nouveau pape Léon XIII, élu en 1878, décide de le créer cardinal en 1879. John Henry Newman meurt onze années plus tard à l’âge de .
Théologien et christologue reconnu., il est l'une des figures majeures du catholicisme britannique, avec Thomas More, Henry Edward Manning et Ronald Knox. Il exerce une influence considérable sur les intellectuels catholiques européens, notamment les auteurs venus de l'anglicanisme. Pour Xavier Tilliette, il apparaît comme .. Ses œuvres, dont la Grammaire de l'assentiment et l’Apologia Pro Vita Sua, sont une référence constante chez des écrivains tels que G. K. Chesterton, Evelyn Waugh ou Julien Green, mais aussi pour des théologiens et des philosophes comme Avery Dulles, Erich Przywara et Edith Stein, qui a traduit en allemand plusieurs de ses écrits.
Proclamé vénérable par la Congrégation pour la Cause des Saints en 1991 et béatifié à Birmingham le par le pape Benoît XVI, il est proclamé saint le par le pape François. et docteur de l'Église le par le pape Léon XIV..
Biographie Années de formation Origines familiales John Henry Newman est l'aîné d'une fratrie de six enfants. La famille aurait des origines hollandaises, et le nom « Newman », auparavant écrit « Newmann », suggère des racines juives, sans que celles-ci soient prouvées.. Sa mère, Jemima Fourdrinier, est issue d'une famille de huguenots français, graveurs et fabricants de papier, depuis longtemps installés à Londres.
Le père, John Newman, d'appartenance whig, fonde une banque., emménage avec sa famille à Ham, puis s'installe à Brighton en 1807 et à Londres l'année suivante.. Les guerres napoléoniennes l'acculent à la banqueroute. en 1816., et la famille emménage alors dans sa maison de campagne de Norwood. Peu après, John prend la gérance d'une brasserie située près d'Alton et les Newman s'installent dans cette localité pour se rapprocher de ce nouveau lieu de travail.
Le frère cadet de John Henry, Charles Robert (1802-1884), homme intelligent mais caractériel et athée affirmé, mène une vie isolée, tandis que le benjamin, Francis William (1805-1897), fait carrière au University College de Londres comme professeur de latin. Deux des trois sœurs, Harriett Elizabeth (1803) et Jemima Charlotte (1807), épousent deux frères, Thomas et John Mozley. De l'union de Jemima Charlotte et John naît Anna Mozley, qui édite en 1892 la correspondance de Newman. La troisième sœur, Mary Sophia, née en 1809, meurt en 1828, ce qui affecte profondément le jeune John Henry..
Jeunesse À l'âge de sept ans, en , Newman est inscrit à l'école privée de George Nicholas à Ealing., où il poursuit sa scolarité jusqu'en 1816.. Parmi ses professeurs se trouve le père du biologiste Thomas Henry Huxley, qui enseigne les mathématiquesCyril Bibby, T. H. Huxley: Scientist Extraordinary.. Newman y reçoit une éducation chrétienne et se fait remarquer par son zèle studieux, mais aussi par sa timidité envers les autres élèves, dont il ne partage pas les jeux.. Il se décrit lui-même comme ayant été « très superstitieux » pendant sa jeunesse. Il éprouve un grand plaisir à lire la Bible, mais également les romans de Walter Scott, alors en cours de publication, et, entre 1810 et 1813, il étudie les Anciens tels qu'Ovide, Virgile, Homère et Hérodote. Par la suite, il découvre des auteurs agnostiques comme Thomas Paine et David Hume, qui l'influencent pendant un certain temps.
En 1816, lors de la faillite de la banque Ramsbottom, Newman & Co qu'a fondée son père, John Henry, contrairement à ses amis qui rejoignent leur famille, passe l'été à Ealing. Il a quinze ans et, alors qu'il entre dans sa dernière année de collège., il fait la connaissance du révérend Walter Mayers, protestant évangélique proche du méthodisme de John Wesley.. Très impressionné par ce prêtre avec lequel il entretient de longues conversations, il finit par adhérer lui-même à l'évangélisme.. Quelques mois plus tard, cette conversion s'approfondit : Cette évolution s'effectue de manière progressive : ..
Newman décrira plus tard, dans Apologia Pro Vita Sua, son adhésion à l'évangélisme. Le point central est pour lui de .. Certains auteurs ont vu là l'expression d'un , voire égotiste. Louis Bouyer, lui, perçoit dans la conversion de Newman une prise de conscience de soi, indépendance aussitôt confrontée à celle du Créateur, Dieu, rendu accessible par l'appréhension de soi en tant qu'individu.. Le livre de Thomas Scott, Force de la vérité, marque profondément Newman, qui affirme à propos de l'auteur : .. Thomas Scott y explique sa conversion et sa recherche d'une foi intégrale dans l'Église anglicane ; sa devise, , influence Newman, alors passionnément en quête de vérité.. De plus, l’Histoire de l'Église lui fait découvrir les Pères de l'Église.. Désormais, il considère que sa vocation implique le célibat, idée qu'il confirme pratiquement tout au long de sa vie.. Enfin, son attachement au protestantisme évangélique et au calvinisme lui rend l'Église catholique intolérable et il « [partage] vigoureusement les préjugés contre les papistes idolâtres et le pape “Antéchrist” »..
Étudiant à Oxford vignette|droite|Trinity College (Oxford), photographie de la fin du . Admis au Trinity College d'Oxford le , il s'y installe en , après six mois d'attente. Sa correspondance avec le révérend Walter Mayers témoigne de son esprit critique., et sa lecture des Private Thoughts de l'évêque William Beveridge l'invite à remettre en cause certains aspects du protestantisme évangélique que prône Mayers.: fort de ce nouvel apport, Newman s'interroge sur la pertinence des dons sensibles dans les conversions méthodistes et semble entrevoir que la conversion peut, par le baptême, se passer de toute expérience sensible.
Oxford lui plaît et, toujours de nature discrète et timide, il s'adonne à ses études.. Il se prend d'amitié avec John William Bowden, de trois ans son aîné, avec qui il suit les cours.. Ses camarades cherchent à l'emmener aux fêtes alcoolisées de l'université, mais il ne s'y sent pas à l'aise et leurs tentatives sont vouées à l'échec.. Il redouble d'efforts pour obtenir une bourse, sur neuf ans, qui lui est accordée en 1818., mais cette allocation reste insuffisante pour couvrir les frais universitaires alors que la banque paternelle a suspendu tout paiement.
En 1819, son nom est retenu pour Lincoln's Inn, la faculté de droit d'Oxford. Commencent alors des années de travaux universitaires acharnés.. Dès l'été 1819 et jusqu'à l'examen en , John Henry étudie près de dix heures par jour pour réussir à ses examens avec mention.. Pourtant, en proie à l'anxiété, il échoue à l'examen final et n'obtient son diplôme, sans la mention souhaitée, qu'en 1821.. Le de la même année, son père l'interroge sur son orientation et, contrairement à l'attente de celui-ci, qui envisageait une carrière au barreau, John Henry lui annonce son choix de l'Église anglicane..
droite|vignette|Oriel College, Oxford. Comme il désire rester à Oxford pour financer ses études, il donne des cours particuliers et sollicite un poste de lecteur à Oriel College, alors « centre intellectuel d'Oxford » fréquenté par des penseurs tels que Richard Whately ou Thomas ArnoldNewman's Oxford : A Guide for Pilgrims, Ecumenical undertaking between the Vicar of Littlemore and the Fathers of the Oratory at Birmingham, Oxonian Rewley Press (c. 1978) 10.. Newman passe l'examen et est coopté comme d'Oriel le ..
Son entrée dans le cercle très fermé des (surnom des membres d'Oriel College). représente un tournant dans sa vie : les sont élus de manière fort sélective et tous recherchent l'excellence intellectuelle.. Leur fréquentation permet à Newman d'affiner sa pensée religieuse, très marquée par la foi simple du protestantisme évangélique(il écrit plus tard qu'il professait alors des dogmes .), d'autant qu'il rencontre des théologiens tels que Richard Whately ou Edward Hawkins qui se réclament de la doctrine de la régénération baptismale tout en affirmant la visibilité et l'autorité de l'Église anglicane.. En 1823, Edward Bouverie Pusey le rejoint.
Prêtre anglican vignette|gauche|redresse=0.8|Portrait daté du 23 juin 1824, jour de sa première homélie.
Le , Newman est ordonné diacre au sein de l'Église anglicane. Dix jours plus tard, il prononce son premier sermon à l'église d'Over Worton (Oxfordshire), et en profite pour rendre visite à son ancien professeur Walter Mayers. Il est ordonné prêtre le dimanche , fête de la Trinité ; grâce à Pusey, il obtient la cure de Saint-Clément à Oxford et exerce deux années durant ses activités paroissiales tout en publiant des articles pour l’Encyclopædia Metropolitana sur Apollonius de Tyane, Cicéron et les miracles. C'est aussi l'époque où il découvre l’Analogie de la religion naturelle de Joseph Butler, dont les thèmes se rapprochent des siens.
En 1825, à la demande de Richard Whately, il devient vice-principal de Saint-Alban's Hall, mais ne demeure qu'un an à ce poste. La sympathie intellectuelle qu'il éprouve pour Whately, écrit-il plus tard, a grandement contribué à son « amélioration mentale » et à sa victoire partielle contre la timidité. D'autre part, la réflexion qu'il mène avec lui sur la logique lui permet d'ébaucher une première définition précise de l'Église chrétienne. Cependant, lorsque Robert Peel, auquel il s'oppose pour des raisons personnelles, est réélu en 1827 député de l'université d'Oxford, il met un terme à leur collaboration.
En 1826, il est nommé tuteur à Oriel College., où le rejoint comme enseignant Richard Hurrell Froude, qu'il décrit comme l'« un des hommes les plus perspicaces, intelligents et profonds qui soient ». Ensemble, Froude et Newman élaborent une conception exigeante du tutorat, plus cléricale et pastorale que séculière. Cette nouvelle collaboration marque sa pensée spirituelle : comme il l'indiquera plus tard, ...
C'est à cette période que Newman se lie aussi d'amitié avec John Keble et qu'il est retenu, en 1827, pour le prêche de Whitehall.
Maladie et deuil